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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 28 janvier 2021

La chronique du blédard : Trump et le réel

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 janvier 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Des États-Unis nous vient une question d’ordre philosophique : qu’est-ce que la réalité ? C’est cette interrogation qui m’est venue très vite à l’esprit alors que je regardais jusqu’au petit matin les images en direct de l’invasion du Capitole par des sympathisants du président Donald Trump. Passée la première surprise, j’ai essayé de me concentrer sur les visages, les gestes et surtout les paroles des uns et des autres. 

 

Il est édifiant de noter que la majorité des personnes interviewées, qu’elles soient véhémentes ou calmes, en première ligne ou simplement suiveuses, étaient persuadées d’œuvrer pour la démocratie. Ces gens venus d’Alabama, du Kentucky ou d’improbables coins perdus du cœur de l’Amérique disaient presque tous la même chose. Le Capitole, c’est la maison du peuple, elle nous appartient. Nous voulons protéger la Constitution des États-Unis d’Amérique, les démocrates nous ont volé l’élection. Il y a eu des fraudes généralisées et les médias mentent. Il ne s’agissait pas de factieux décidés à changer de système ou à établir tel ou tel type de dictature. Non, ces gens croyaient sincèrement œuvrer pour le bien (je ne parle pas ici des extrémistes d’extrême-droite qui étaient à la manœuvre).

 

Devant le petit écran, un œil rivé sur les échanges via les réseaux sociaux, je me suis rendu compte que ces gens étaient dans leur propre réalité. Tout dialogue, à ce moment-là, était impossible avec ceux qui, comme moi, n’ont vu dans cette pitoyable affaire qu’une tentative plus ou moins planifiée de faire dérailler la certification des résultats de l’élection de novembre dernier et donc l’officialisation de la victoire de Joe Biden. Question simple, comment fait-on quand deux perceptions aussi antagonistes de la réalité existent ? 

 

Dans la horde, essentiellement masculine et blanche, qui a pris d’assaut le pseudo « cœur de la démocratie américaine » (je n’oublie pas que c’est ici qu’a été votée à la quasi-unanimité la guerre contre l’Irak), il y avait, bien sûr, des gens déterminés. Des hommes habillés en combinaisons tactiques, cagoulés, prêts à en découdre et sachant visiblement ce qu’ils faisaient. Ceux-là se réclament ouvertement d’une idéologie raciste et suprématiste. Ils sont d’extrême-droite et constituent un danger réel. Ils rêvent de feu, d’acier, de potences et de sang. Mais il y a les autres, ces cohortes de ravis, tous contents d’être au cœur de l’action, ouvrant des yeux ébahis, presqu’enfantins en découvrant les salles du capitole, prenant des photographies, appelant sûrement leur cousine d’Arkansas pour lui montrer les images de la « révolution ». 

 

Les premiers et les seconds ont en commun qu’ils croient fermement en des choses qu’une grande majorité de personne balaie d’un haussement d’épaules. Quand un manifestant, sans masque, hurle que les communistes chinois ont trafiqué à distance les machines à voter et que Cuba et le Venezuela sont aussi derrière la fraude électorale favorable à Biden et que les médias « mainstream », comprendre les principales chaînes de télévision ainsi que le Washington Post et le New York Times, obéissent à un ordre obscur, satanique et pédophile, on a le droit de hausser les épaules et de se dire « mais quelle bande de tarés ! ». Oui, c’est vrai, mais le problème, c’est qu’il s’agit de convictions et qu’elles semblent bien profondes. Des millions de personnes pensent ainsi. Elles n’envahiront pas pour autant le Capitole et il se peut même qu’elles réprouvent ce qui s’est passé la semaine dernière à Washington. Mais rien ne dit qu’elles ne suivront pas un mouvement factieux initié par plus déterminés qu’eux.

 

La réalité, disent certains philosophes est affaire d’imagination mais aussi de construction collective. Ce qui pourrait se résumer à de banales divagations pour quelques zélotes trumpistes isolés devient tout autre chose quand leur nombre est supérieur à la population du Portugal et de la Tunisie réunis. La réalité étant souvent l’argument d’autorité – ce que je vous dis est vrai car c’est ce qui s’est passé « réellement » – on réalise que l’on a affaire à des constructions inconciliables. La question est donc toujours la même : comment faire face à cette situation ? Observant deux camps s’étripant pour des questions religieuses, un esprit cartésien peut les renvoyer dos-à-dos. Mais, dans le cas présent, il ne s’agit pas de foi ou d’imaginaires mais du réel, d’événements tangibles que chacun voit à sa façon. 

 

Ces derniers jours, je n’ai pas été étonné d’apprendre que, déjà, des thèses contredisent avec force ce que mes yeux ont vu. Nombre d’Américains, suivis en cela par d’autres dénégateurs y compris en Algérie où la fascination pour l’homme fort pousse au culte de Trump, sont persuadés que le Capitole a été pris d’assaut par des anti-fa, des gens d’extrême-gauche téléguidés par la Chine (encore elle, on devine qu’elle sera « le » sujet de ces prochaines années chez les républicains). La boucle est bouclée. Un événement, des récits antagonistes qui surgissent instantanément et la grande victime est cet autre thème philosophique : la vérité.

 

On pourra gloser longtemps sur Donald Trump et ses incompétences, son narcissisme, peut-être même sa folie et ses excès en tous genre. Mais ce raciste qui qualifia un jour certains pays africains de « trous à merde » et dont l’une des premières mesures une fois élu fut d’interdire l’accès aux États-Unis à des musulmans (« muslim ban »), a réussi le tour de force d’entraîner avec lui des dizaines de millions de personnes. Et s’il y est arrivé, ce n’est pas juste parce que la faillite des démocrates séduits par le libéralisme lui a préparé le terrain. Ce n’est pas uniquement parce qu’il a multiplié les discours flattant les pires travers de son électorat. Sa réussite, impressionnante, est que par son charisme, il a réussi faire partager à ses troupes sa propre vision de la réalité. Qu’importent les événements, le président sortant arrivera toujours à convaincre ses ouailles que c’est lui qui détient la vérité. C’est tout simplement fascinant.

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mercredi 25 novembre 2020

La chronique du blédard : Du complotisme et des complotistes

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 novembre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

Le complotisme dont on parle tant par ces temps de pandépidémie ou d’élections américaines qui – à en croire Donald Trump et ses adorateurs – auraient été truquées, ce n’est pas uniquement croire aux complots. Car il ne faut surtout pas être naïf. Les complots et les conspirations ont toujours existé et il en existera toujours. L’histoire est truffée de machinations, de tentatives de renverser l’ordre des choses, de provoquer tel ou tel résultat en manipulant les hommes et les événements. Par exemple, un coup d’État est d’abord un complot. De même, les opérations « false flag » ou sous faux drapeau ou encore sous faux pavillon peuvent être assimilées à des conspirations puisque des actes de guerre sont commis au nom d’autrui comme lorsqu’Israël mena de 1979 à 1983 une campagne d’attentats à la voiture piégée au Liban en faisant porter la responsabilité à un « Front pour la libération du Liban » inventé pour cela.

 

Alors qu’est-ce que le complotisme ? Il existe plusieurs définitions et plusieurs écrits à ce sujet (1). Pour ma part, je pense qu’il s’agit d’une propension à réfuter des faits établis en proposant une explication alternative sans jamais hésiter à tordre le cou à la réalité et sans craindre de se contredire. Les constructions intellectuelles qui circulent actuellement à propos d’un complot mondial qui serait derrière l’épidémie de Covid-19 en sont la meilleure preuve. Le vacarme est tel que plusieurs thèses circulent avec des affirmations en apparence structurées, qui empruntent quelques éléments de réalité, mais dont la finalité est de reprendre la fameuse phrase de la série X-Files : « la vérité est ailleurs » (on ne dira jamais assez à quel point cette série a préparé le terrain aux dérives complotistes).

 

Le complotisme est une facilité. A des situations complexes, incertaines, où il existe certainement des éléments ignorés par la majorité, il apporte des réponses simples. S’il y a une épidémie, c’est la faute (choisir par ordre de préférence) : Les Chinois, les « Big pharma » (les grandes compagnies pharmaceutiques), Bill Gates, les Illuminatis, la CIA, le Mossad, le gouvernement mondial constitué par de grands financiers et patrons, etc. Le complotisme, c’est, ne cherche pas à comprendre, « ils » sont plus forts que nous, « ils » contrôlent les médias, « ils sont partout ». Ils ? Les maîtres du monde ou, pourquoi pas, les envahisseurs que traquait David Vincent dans une série elle aussi paranoïaque mais ayant plus à voir avec la guerre froide et la supposée infiltration des États-Unis par les communistes.

 

Le complotisme est aussi le refus systématique de la version officielle. Ce qui n’est pas forcément une tare. Tous les gouvernements, toutes les entreprises mentent. Par volonté de ne pas tout dévoiler, par volonté de masquer leurs bêtises et incompétences, par souci de ne pas affoler les marchés financiers. Mais ces mensonges, que n’importe quel (bon) journaliste doit avoir en tête lorsqu’il est en conversation avec un service de presse, ne signifient pas que « tout » est mensonge, trucage et surtout, que tout dérive d’une machination structurée. Prenons la gestion catastrophique de la situation sanitaire en France au printemps dernier. 

 

Les enquêtes de la presse et des commissions parlementaires, les indiscrétions parues ici et là, tout cela montre que ce qui a dominé, ce sont l’impréparation, la désinvolture au début de la crise (des réunions ministérielles qui n’ont pas lieu à cause des vacances de ski !), la désorganisation (trop de centres de décision) et l’incompétence. Par la suite, sont venus les mensonges, comme notamment celui qui consistait à faire croire que les masques étaient inutiles plutôt que de reconnaître une pénurie qui aurait exigé que des coupables soient sanctionnés. Bref un mélange de bêtise, d’erreurs et de duplicité. Les autorités françaises le nieront jusqu’au bout, mais leur but au départ était d’imiter la stratégie de Boris Johnson en pariant sur l’immunité croisée. On connaît la suite… Feu Michel Rocard, l’ancien premier ministre français, avait une formule lapidaire pour résumer la chose : « toujours préférer l'hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare. » On peut remplacer connerie par incompétence ou sournoiserie.

 

Le complotisme permet de s’affranchir des règles de base quant au savoir et la science. Les médecins peuvent dire ce qu’ils veulent concernant le virus, la façon de le traiter ou de s’en protéger, leur propos sera raillé, délégitimé. La phrase, « je ne suis pas médecin mais je pense que… » est devenue monnaie courante. « Je ne suis pas médecin mais je pense que les vaccins ne servent à rien », m’a affirmé il y a peu un ancien camarade de lycée. Je lui ai fait remarquer que notre génération a échappé à la tuberculose, à la variole et à la poliomyélite grâce aux programmes de vaccination scolaire des années 1960 et 1970. « Je suis sûr que ça ne servait à rien », m’a répondu ce vendeur de voitures, métier, on le sait, qui donne autant de légitimité que quelqu’un qui a fait huit années d’études de médecine… Il faut bien garder en tête les propos du philosophe allemand Norbert Bolz pour qui Internet est devenu le « royaume des idiots », c’est-à-dire ces « idiotae » de jadis qui se contentaient d’avoir une opinion en étant persuadés qu’ils pouvaient se passer du savoir des lettrés. 

 

Le complotisme donne au complotiste la sensation qu’il est plus intelligent que les autres. Normal, puisque lui « sait » tandis que les autres, naïfs qu’ils sont, baignent volontairement dans l’ignorance et le déni. Discuter avec quelqu’un qui est persuadé que les vaccins servent à injecter des puces électroniques destinées à nous surveiller en permanence est une expérience édifiante. Pour reprendre un mot bien algérien, le gars est « mareg ». Il est « aware », c’est un « « sachant » qui n’aura que mépris et commisération pour son interlocuteur.

 

Enfin, le complotisme est une facilité et une incitation sournoise au renoncement. Puisque le monde est géré par des forces occultes et puissantes, puisque les dés sont pipés, pourquoi alors s’engager et se battre ? Pourquoi se mobiliser puisque « tout » ce qui arrive est le résultat d’une savante conspiration que personne ne semble capable de démonter ? Interrogé avec véhémence sur les raisons pour lesquelles il ne se prononçait jamais sur le « complot » des attentats du 11 septembre 2001 (aucun avion n’aurait percuté les tours du World Trade Center, etc), Noam Chomsky fit la réponse suivante : « il faut être économe de son énergie et se concentrer sur les combats qui valent la peine d’être menés ». Autrement dit, le complotisme n’est finalement rien d’autre qu’une dangereuse distraction.

 

(1) Voir l’ouvrage de Marie Peltier, « Obsession : Dans les coulisses du récit complotiste », Éditions Inculte, Paris, 2018, 128 pages, 15.90 euros. Lire aussi la livraison de Manière de Voir consacrée au complotisme : « Complots : Théories… et pratiques », n°158, avril-mai 2018, 100 pages, 6 euros (version numérique).

 

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vendredi 18 septembre 2020

La chronique du blédard : En Algérie, l’étranger, cet ennemi…

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 août 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

Il y a quelques années, Ahmed Ouyahia, alors chef du gouvernement, avait déclaré avec l’assurance arrogante d’avant-Hirak qu’on lui connaissait, que l’Algérie avait les moyens de tenir seule durant au moins trois années. Autrement dit, le pays pouvait, selon lui, vivre en autarcie sans nul besoin de relations avec l’extérieur. Sans nul besoin d’exporter ou de vendre quoi que ce soit aux étrangers… Ce genre de déclaration est la parfaite illustration de la structure mentale que le pouvoir s’est forgé et qu’il a réussi à diffuser dans la société. A l’époque, je m’étais dit que cela illustrait bien une boutade entendue un jour dans la bouche d’un diplomate occidental. Pour ce connaisseur du Maghreb et de l’espace sahélien, le régime algérien fait partie d’un lot rares de pouvoirs s’estimant capables de dicter leur propre loi à la mondialisation et non l’inverse. En clair, nos dirigeants pensent depuis très longtemps que c’est à la marche du monde de s’adapter à leurs règles. C’est ce genre de délire qui conduit le pays dans les bras du Fonds monétaire international (FMI) et qui ouvre la voie à de vraies ingérences mais cela est une autre histoire.

 

En réalité, ce n’est que l’un des aspects d’une mentalité plus large où le rapport à l’extérieur est des plus ambigus et demeure un sujet idéal de manipulation. La scandaleuse condamnation de Khaled Drareni et le discours de certaines « élites » justifiant son emprisonnement, le démontrent bien. Depuis des décennies, le peuple algérien est conditionné pour avoir en tête que tout contact avec l’étranger est un acte suspect. Qu’étranger rime avec menace et complot. Je ne parle même pas ici des membres de la diaspora qui, dès lors qu’ils tiennent un discours qui ne cadre pas avec ce que l’on attend d’eux, sont immédiatement rappelés à leur statut de traîtres et de vendus. 

 

Pour bien montrer que l’on n’est pas naïf, on ne répétera jamais assez que tous les États ont pour objectif de d’abord défendre leurs intérêts. Mais on rappellera aussi qu’il fut un temps où l’on célébrait la coopération et le partage entre les peuples. On acceptait l’idée que des pays plus riches, plus développés ou plus puissants, puissent accepter de nous aider sur tous les plans, éducatif, culturel, économique et même économique. On savait, parce qu’il s’agissait de bâtir un pays neuf, que le savoir et l’expertise étaient à prendre à ailleurs et que les « missions à l’étranger », puisque telle était l’expression consacrée, devaient servir à apprendre et à progresser. On se souvenait aussi que la Révolution algérienne avait eu besoin de soutiens extérieurs, qu’ils soient diplomatiques, financiers ou militaires. Les maquis étaient le fer de lance de la guerre d’indépendance mais les envoyés spéciaux du Front de libération nationale (FLN) qui faisaient le siège des capitales et des institutions étrangères pour obtenir un soutien, une reconnaissance officielle ou des armes ont fait aussi leur part du travail auprès d’interlocuteurs amis et bienveillants.

 

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où les universitaires doivent demander l’autorisation du ministère avant d’organiser un colloque ou d’inviter des collègues étrangers. Une situation de paranoïa voulue où un billet d’avion payé par un organisme étranger devient une affaire d’État. Je suis sidéré de lire des universitaires ou des journalistes qui trouvent normal que l’on mette en cause quelqu’un parce qu’il a été invité par une institution étrangère et que ses frais de déplacement et d’hébergement ont totalement été pris en charge. C’est pourtant le b.a.-ba de nombre d’échanges internationaux. En des temps normaux, c’est-à-dire hors pandémie de Covid-19, le monde entier n’est qu’un immense ballet de colloques, de conférences et de rencontres en tous genres. Il suffit de lire le délicieux roman Un petit mondede David Lodge pour en prendre la mesure.

 

On dira, certes, mais il faut veiller à vérifier qui est la « puissance invitante » (expression reprise d’un échange sur les réseaux sociaux). Ici, on s’approche rapidement du complotisme habituel qui veut que certaines organisations, je pense notamment aux think tanks et autres organismes de promotion de la démocratie dite libérale, n’auraient pour vocation que de conspirer contre les régimes établis (comme par hasard, ces régimes ont toujours quelques soucis en matière de respectabilité et de respect des droits de la personne humaine, mais là aussi, c’est une autre affaire). Que des agendas de « soft power » existent dans de tels organismes, c’est une évidence. Qu’ils soient Américains, Français, Russes ou Turcs, ces solutions de financements pour chercheurs ou intellectuels en mal de ressources, ont pour vocation d’œuvrer au renforcement de l’influence de leur pays mais en acceptant les règles du jeu : celui de la liberté d’expression et de création.

 

Il y a quelques années, c’est dans la grande salle de l’Institut français des relations internationales (IFRI) situé à Paris que j’ai entendu l’une des plus virulentes charges contre la politique étrangère française en Afrique subsaharienne et cela en présence d’officiels du Quai d’Orsay, de conseillers de l’Élysée (c’était à l’époque de la seconde présidence de Jacques Chirac) et de cadres de la compagnie pétrolière Total. Des universitaires sénégalais, ivoiriens, avaient fait le déplacement de leurs pays respectifs pour présenter leurs travaux et leurs analyses mordantes et cela n’avait pu être possible que parce qu’il existait un budget, prélevé sur les versements du contribuable français, pour cela. Oui, mais quel est l’intérêt des Français dans tout cela, demandera-t-on avec méfiance. Evitons le propos grandiloquent et répondons qu’il existe une sorte de consensus paradoxal selon lequel plus on parle et on échange à propos de questions délicates et plus les risques de violence et de rupture s’éloignent.

 

Le pire dans l’affaire, comme le rappelle très bien l’universitaire Ali Bensaad dans sa récente charge à l’encontre du ministre de la communication (1), c’est que ce qui est permis pour les uns est interdit pour les autres. Si on fait partie du système, alors on a tous les droits. Rencontrer des étrangers, bénéficier de Bourses pour de courts ou longs séjours, être pris en charge dans des colloques ou des réunions internationales avec force per diem. Mais si, d’aventure, un opposant ou tout simplement quelqu’un de rétif au régime bénéficie de la même chose, alors on sortira l’accusation de trahison et les juges s’empresseront d’agir.

 

Le patriotisme n’est pas affaire de grandes déclarations et de folklore. C’est une ligne de conduite qui vaut quelles que soient les circonstances. Celles et ceux qui crient et dénoncent le plus, celles et ceux qui nous expliquent ce qu’est être un « bon Algérien », sont souvent les plus suspects comme le montrera tôt ou tard l’ouverture de certaines archives françaises. Ces imprécateurs sont comme ce convive qui, lors d’un dîner, ne cesse de médire des voleurs tout en vantant sa propre honnêteté, ce qui oblige la maîtresse de maison à cacher immédiatement son argenterie.

 

(1) Mes vérités pour Khaled Drareni, texte disponible sur Internet, notamment sur la page Facebook de l’auteur ainsi que sur le site de Radio M qui continue à être interdit d’accès pour les Algériennes et les Algériens !

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