Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est droit international. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est droit international. Afficher tous les articles

mercredi 2 mars 2022

Le pas de côté : Non au campisme

Par Akram Belkaïd

Paris, mercredi 2 mars 2022

 

L’invasion de l’Ukraine par les forces armées russes déclenche un peu partout passions et divisions. Dans ce genre de situation, les adeptes du campisme – autrement dit ceux qui multiplient les injonctions à choisir son camp – entretiennent la confusion et poussent à la surenchère et à la radicalisation des positions. Les uns condamnent Poutine et vont jusqu’à exiger un conflit armé avec la Russie. Les autres rappellent, à juste-titre, que d’autres pays ont envahi ou annexé des territoires qui ne leur appartiennent pas et que cela ne déclenche pas les mêmes réactions indignées.

 

Que faire ? 

 

Comme pour toute crise majeure, l’unique boussole devrait être le respect du droit international et de la Charte des Nations Unies. Qu’importe la nature des régimes concernés et qu’importe le passif des uns ou des autres. Je m’explique. En 1990, l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein a provoqué une situation comparable à celle que nous vivons aujourd’hui. Il s’agissait alors d’une agression contraire au droit international puisque Bagdad entendait annexer un pays souverain reconnu par la communauté internationale. Arguant de la nature détestable de la monarchie koweitienne, nombreux furent ceux qui y trouvèrent argument pour ne pas condamner l’attaque irakienne. Or, cette condamnation était nécessaire et légitime. En attendant que l’humanité trouve mieux, la règle est simple : on n’attaque pas son voisin, on ne l’envahit pas et, surtout, on ne l’annexe pas. Le respect des frontières est la clef de voûte de la paix dans le monde.

 

Cela vaut pour ce qui se passe en Ukraine. La condamnation de l’attaque russe doit être sans équivoque et même, s’il le faut, sans passion aucune. Le droit international est trop précieux pour être séquencé ou relativisé. Et c’est cette condamnation qui donne du crédit à la position non-campiste que l’on est en droit de défendre. Condamnation ne veut pas dire naïveté ou complicité avec l’Occident. Oui, la Russie a des griefs légitimes à l’encontre de l’Occident et plus particulièrement des États-Unis. Oui, la promesse faite à Mikhaïl Gorbatchev de ne pas étendre à l’est les forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’a pas été respectée. Oui, la mise en garde vindicative de Vladimir Poutine contre l’unilatéralisme américain lancée en février 2007 lors de la Conférence sur la politique de sécurité n’a pas été prise au sérieux ou, pire, elle a été méprisée. Tous ces arguments sont recevables pour réclamer des négociations pour la paix mais ils n’excusent pas l’attaque de l’Ukraine et la mort de civils.

 

Personne ne niera que le droit international n’est pas toujours respecté par les pays qui le brandissent aujourd’hui afin de sanctionner la Russie. En 1991, il fut mis en avant pour « libérer » le Koweït alors que, dans le même temps, il continuait d’être violé par Israël qui, aujourd’hui encore, continue d’occuper – et de coloniser - des Territoires palestiniens qui ne lui appartiennent pas sans oublier l’annexion illégale du plateau du Golan syrien. Dans les deux cas, Israël foule aux pieds plusieurs résolutions des Nations Unies et cela décrédibilise les discours occidentaux à l’encontre de la Russie. Nous en avons l’habitude : droit international en faveur des uns mais pas des autres… C’est bien pour cela que la condamnation de l’invasion russe est nécessaire. Elle relève d’une cohérence de position. Si nous revendiquons le droit des Palestiniens à être libres et à bénéficier des résolutions de l’ONU, nous ne pouvons pas décider de regarder ailleurs en ce qui concerne l’Ukraine. Le message à l’égard de l’Amérique et de l’Union européenne est simple : Nous condamnons comme vous cette invasion mais nous ne sommes pas dupes quant à vos principes à géométrie variable. Et en cela, nous ne sommes pas dans le même camp.

 

Cela amène, pour finir, à la remarque suivante. Oui, il est toujours désagréable d’avoir la sensation d’être dans le même bateau que les BHL et autres néo-conservateurs qui s’étaient déjà illustrés en 2003 en soutenant l’agression anglo-américaine contre l’Irak. Ces gens sont des clowns dangereux dont la posture belliciste a déjà fait beaucoup de dégâts. Rappelons donc la formule d’usage qui sied à ce genre de situation : une montre cassée donne tout de même l’heure exacte deux fois par jour. Condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce n’est pas être dans le même camp que BHL et compagnie. C’est juste une coïncidence, surtout si on rappelle à cette camarilla ses silences et compromissions à propos de la Palestine. 

_

dimanche 3 août 2014

La chronique du blédard : Israël ou la folie de Sparte

_
Le Quotidien d'Oran, jeudi 31 juillet 2014
Akram Belkaïd, Paris

Jusqu’où et jusqu’à quand ? La folie criminelle d’Israël ne semble plus avoir de limites comme en témoigne le bilan humain sidérant de son intervention militaire à Gaza. Plus de 1.200 morts au 30 juillet (plus de 1600 au 3 août 2014) ! Des victimes civiles pour leur grande majorité. A cela il faut ajouter des milliers de blessés, des quartiers entiers réduits en cendres, des infrastructures, déjà très rares et vétustes, entièrement détruites et une population profondément traumatisée qui se sait abandonnée à son terrible sort. C’est une gigantesque tuerie qui est en train de se dérouler à Gaza et elle confirme qu’Israël, célébré par certains pour sa « démocratie », n’est rien de moins que Etat voyou. Un Etat terroriste, ivre de sa force militaire, qui s’affranchit de toutes les règles et lois internationales et dont le gouvernement actuel mériterait d’être traîné devant un tribunal spécial chargé de juger les crimes de guerre massifs commis contre les Palestiniens.

Dans le monde entier, l’indignation et la colère ne font qu’augmenter à l’encontre de ce massacre. Comme en 2006 (attaque contre le Liban) ou en 2009 et 2012 (interventions à Gaza), les opinions publiques dénoncent cette sauvagerie prétendument appelée guerre alors que les forces en présence n’ont rien de comparable. Mais Israël n’en a cure. Son gouvernement comme la majorité de sa population d’ailleurs. Bien sûr, il existe une minorité israélienne honorable, active, qui dénonce ce qui se passe à Gaza et réclame une paix durable. Des hommes et des femmes tentent avec courage de manifester à Tel Aviv malgré les menaces de l’extrême-droite. Ils sont l’honneur d’un peuple qui, il faut tout de même le dire, est peu ou prou en accord avec l’usage de la violence contre les Palestiniens. Ainsi, selon un sondage rendu public en début de semaine, seuls 4% des Israéliens interrogés estiment que l’opération « bordure protectrice » est disproportionnée. On sait qu’il faut toujours manipuler les sondages avec prudence mais tout de même ! Combien de morts palestiniens faudra-t-il pour que l’opinion israélienne réalise qu’elle est la complice de crimes massifs contre des civils désarmés ? Deux mille ? Trois mille ?

Quand on évoque la situation dans cette région du monde, il est de bon ton d’affirmer que le peuple israélien veut la paix. En réalité, il est à l’image de ses dirigeants actuels qui n’ont aucune intention de permettre la création d’un Etat palestinien souverain. En clair, Israël ne veut pas la paix mais « sa » paix. Une paix bâtie sur la sujétion extrême des Palestiniens et c’est le message implicite de ce qui se passe à Gaza. « Nous vous voulons le dos courbé et la tête baissée », tel est en somme le message adressé à une population encagée depuis 1948 et soumise à un implacable blocus depuis 2006.

Dans cette épouvantable affaire, nombreux sont ceux qui blâment le Hamas, l’accusant d’être le premier responsable des malheurs de son peuple. Outre le fait que c’est vite oublier que le Hamas a été élu à la régulière en 2006, ce genre de position sert surtout à ménager les critiques à l’encontre d’Israël et, pour ce qui est de certains intellectuels arabes, de faire allégeance de manière plus ou moins assumée aux lobbies pro-israéliens. Mais c’est surtout faire mine d’oublier que la situation en Cisjordanie n’est guère meilleure. Bien sûr, Naplouse ou Ramallah ne sont pas bombardées. Du moins, pas encore… Ces vingt dernières années, le Fatah et ses alliés au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ont multiplié les concessions. Pour quels résultats ? La colonisation continue aggravant le morcellement d’un Etat palestinien qui n’est encore qu’une virtualité. Plus les jours passent, et plus l’impossibilité de revenir aux frontières de 1967 augmente. Jour après jour, les Israéliens créent ce que l’on pourrait appeler des « facteurs de situation irrémédiable ». Ici, une route à l’usage exclusif des colons qui perce un village palestinien ou une oliveraie. Là, ce sont des maisons que l’on dynamite. Cela sans oublier ce mur de séparation, témoignage physique de ce qu’est aujourd’hui la réalité de la situation, c’est-à-dire un apartheid visant à installer un « développement séparé » entre un Etat souverain et des bantoustans. Israël, c’est, d’une certaine façon, l’Afrique du sud d’hier. C’est le Mississipi, l’Alabama ou la Géorgie des années 1950…

Hamas ou pas, Israël ne veut pas d’un Etat palestinien. Mais cela ne s’arrête pas là. Car ce pays, cela a déjà été écrit à plusieurs reprises, c’est Sparte. Une cité antique guerrière qui ne vivait que pour et par la guerre. Israël a besoin de la guerre. C’est ce qui forge ses consensus politiques, c’est ce qui lui permet de réaliser le « vivre ensemble » entre des populations qui n’ont pas grand-chose en commun si ce n’est la même appartenance religieuse. Les Palestiniens font aujourd’hui les frais de cette dévotion à la guerre. Demain, ce sera de nouveau les Libanais ou peut-être, qui sait, les Egyptiens. Israël est plus fort que tous ses voisins arabes réunis. Cela lui procure l’ivresse du puissant. Une ivresse qui, tôt ou tard, conduira cet Etat voyou, qui ne respecte ni le droit international ni les résolutions de l’ONU, à sa perte.
_

Addenda :
En septembre 2025, Benjamin Netanyahou a déclaré vouloir faire de son pays une "super Sparte"...
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-mercredi-17-septembre-2025-3596448

Je dédie cette info au troll mono-neurone Aït-machin-chose vivant à Genève qui s'est offusqué de la comparaison entre Israël et Sparte. Ah, yal kavi, tfouh 3alik.
_