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mercredi 2 mars 2022

Le pas de côté : Non au campisme

Par Akram Belkaïd

Paris, mercredi 2 mars 2022

 

L’invasion de l’Ukraine par les forces armées russes déclenche un peu partout passions et divisions. Dans ce genre de situation, les adeptes du campisme – autrement dit ceux qui multiplient les injonctions à choisir son camp – entretiennent la confusion et poussent à la surenchère et à la radicalisation des positions. Les uns condamnent Poutine et vont jusqu’à exiger un conflit armé avec la Russie. Les autres rappellent, à juste-titre, que d’autres pays ont envahi ou annexé des territoires qui ne leur appartiennent pas et que cela ne déclenche pas les mêmes réactions indignées.

 

Que faire ? 

 

Comme pour toute crise majeure, l’unique boussole devrait être le respect du droit international et de la Charte des Nations Unies. Qu’importe la nature des régimes concernés et qu’importe le passif des uns ou des autres. Je m’explique. En 1990, l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein a provoqué une situation comparable à celle que nous vivons aujourd’hui. Il s’agissait alors d’une agression contraire au droit international puisque Bagdad entendait annexer un pays souverain reconnu par la communauté internationale. Arguant de la nature détestable de la monarchie koweitienne, nombreux furent ceux qui y trouvèrent argument pour ne pas condamner l’attaque irakienne. Or, cette condamnation était nécessaire et légitime. En attendant que l’humanité trouve mieux, la règle est simple : on n’attaque pas son voisin, on ne l’envahit pas et, surtout, on ne l’annexe pas. Le respect des frontières est la clef de voûte de la paix dans le monde.

 

Cela vaut pour ce qui se passe en Ukraine. La condamnation de l’attaque russe doit être sans équivoque et même, s’il le faut, sans passion aucune. Le droit international est trop précieux pour être séquencé ou relativisé. Et c’est cette condamnation qui donne du crédit à la position non-campiste que l’on est en droit de défendre. Condamnation ne veut pas dire naïveté ou complicité avec l’Occident. Oui, la Russie a des griefs légitimes à l’encontre de l’Occident et plus particulièrement des États-Unis. Oui, la promesse faite à Mikhaïl Gorbatchev de ne pas étendre à l’est les forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’a pas été respectée. Oui, la mise en garde vindicative de Vladimir Poutine contre l’unilatéralisme américain lancée en février 2007 lors de la Conférence sur la politique de sécurité n’a pas été prise au sérieux ou, pire, elle a été méprisée. Tous ces arguments sont recevables pour réclamer des négociations pour la paix mais ils n’excusent pas l’attaque de l’Ukraine et la mort de civils.

 

Personne ne niera que le droit international n’est pas toujours respecté par les pays qui le brandissent aujourd’hui afin de sanctionner la Russie. En 1991, il fut mis en avant pour « libérer » le Koweït alors que, dans le même temps, il continuait d’être violé par Israël qui, aujourd’hui encore, continue d’occuper – et de coloniser - des Territoires palestiniens qui ne lui appartiennent pas sans oublier l’annexion illégale du plateau du Golan syrien. Dans les deux cas, Israël foule aux pieds plusieurs résolutions des Nations Unies et cela décrédibilise les discours occidentaux à l’encontre de la Russie. Nous en avons l’habitude : droit international en faveur des uns mais pas des autres… C’est bien pour cela que la condamnation de l’invasion russe est nécessaire. Elle relève d’une cohérence de position. Si nous revendiquons le droit des Palestiniens à être libres et à bénéficier des résolutions de l’ONU, nous ne pouvons pas décider de regarder ailleurs en ce qui concerne l’Ukraine. Le message à l’égard de l’Amérique et de l’Union européenne est simple : Nous condamnons comme vous cette invasion mais nous ne sommes pas dupes quant à vos principes à géométrie variable. Et en cela, nous ne sommes pas dans le même camp.

 

Cela amène, pour finir, à la remarque suivante. Oui, il est toujours désagréable d’avoir la sensation d’être dans le même bateau que les BHL et autres néo-conservateurs qui s’étaient déjà illustrés en 2003 en soutenant l’agression anglo-américaine contre l’Irak. Ces gens sont des clowns dangereux dont la posture belliciste a déjà fait beaucoup de dégâts. Rappelons donc la formule d’usage qui sied à ce genre de situation : une montre cassée donne tout de même l’heure exacte deux fois par jour. Condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce n’est pas être dans le même camp que BHL et compagnie. C’est juste une coïncidence, surtout si on rappelle à cette camarilla ses silences et compromissions à propos de la Palestine. 

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jeudi 25 janvier 2018

Editorial, Manière de Voir Palestine : Duplicité arabe, impasse palestinienne

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Akram Belkaïd et Olivier Pironet
Manière de Voir
Février - Mars 2018


LLa décision, le 6 décembre 2017, du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël n’a pas simplement remis en cause un statu quo en vigueur depuis plusieurs décennies à propos du statut de la Ville sainte. Elle a aussi souligné la duplicité de nombre de gouvernements arabes. Certes, aucun d’entre eux n’a manqué de voter en faveur de la résolution de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui a (implicitement) condamné l’initiative américaine. De même, la Ligue arabe envisageait de demander à l’ONU la reconnaissance internationale d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale. Mais, au-delà d’un effet d’affichage, principalement destiné à leurs opinions publiques, Washington a bien pris note de l’absence d’autres manifestations concrètes de la réprobation des régimes arabes.

La suite est à lire ici : Duplicité arabe, impasse palestinienne


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jeudi 20 décembre 2012

La France ne peut pas se passer de l'Algérie

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A l'heure des débats sur le passé franco-algérien, le chroniqueur Akram Belkaïd regarde vers le futur.


Discours de François Hollande à Alger le 19 décembre 2012. Philippe Wojazer / Reuters
l'auteur
 
                                           

Il est une vérité que nombre de Français et de Françaises n’aiment pas entendre. Mais qu’importe: profitons de la visite de François Hollande dans notre bon pays pour l’énoncer : Dans les années à venir, la France aura plus que jamais besoin de l’Algérie.
Je ne dis pas du Maghreb, je dis de l’Algérie et l’on me pardonnera cet exclusivisme qui pourrait heurter quelques consciences maghrébines unitaristes.
Oui, la France a besoin de l’Algérie parce qu’il est temps que l’Hexagone se souvienne qu’il est aussi un pays méditerranéen et, qu’à bien y regarder, il n’a guère gagné à courir derrière l’Allemagne au cours de ces trente dernières années.

Pourquoi occulter l'autre réalité possible?

On insiste trop souvent sur les malentendus, les polémiques mémorielles et les prurits identitaires qui opposent l’Algérie à la France. C’est occulter une autre réalité possible. Quelque chose qui a besoin d’être consacré à haut niveau et qui ne serait pas tu comme on passe sous silence des vérités dérangeantes.
La France a besoin de l’Algérie parce que ce pays est, d’abord, l’un des rares avec lequel elle fait de très bonnes affaires. C’est avec l’Algérie que chaque année, la France présente un solde commercial positif. C’est en Algérie que le « made in France » va de soi même si les importations en provenance d’Orient, qu’il soit proche ou extrême, ont tendance à augmenter.
La France a besoin de l’Algérie parce que près de 3 milliards d’euros prennent la direction de l’Hexagone chaque année. Cette fuite de capitaux, qui se fait le plus souvent en dehors des circuits officiels, irrigue l’économie française.
Cela fait vivre le bâtiment et permet aux agences immobilières françaises de faire de belles affaires. Reconnaissons au moins l’existence de ces flux d’argent pour en finir avec le détestable raccourci du visa et les images d’Algériens misérables qui rêveraient en permanence de la France.

La France, une puissance de second ordre

La France a besoin de l’Algérie parce qu’elle n’est plus qu’une puissance de second ordre. Certes, il y a toujours ce droit de veto au Conseil de sécurité de l’Onu mais jusqu’à quand ?
La France a besoin d’alliés, riches et puissants sur le plan démographique. A l’heure où l’on sent bien que des forces concomitantes poussent la France – et ses entreprises telles qu’Areva – en dehors du Sahel, Paris n’a pas d’autre solution que de trouver en Alger un précieux relais et recours. Il y a urgence car les sirènes étasuniennes se font de plus en plus entendre en Algérie…
La France a besoin de l’Algérie parce que le monde arabo-musulman bouge et que l’illusion du Qatar en tant que puissance tutélaire d’une zone géographique bien turbulente se dissipera tôt ou tard.
Jamais, la France n’a été aussi influente dans le monde arabe que lorsque ses initiatives politiques ou diplomatiques étaient relayées ou soutenues par l’Algérie.

Le futur n'attend pas

L’enjeu de demain, sera de compter face aux blocs émergents asiatiques et au duo Etats-Unis et Brésil. La France peut bien jurer que c’est l’Europe qui lui donnera sa marge de manœuvre mais l’on sait bien aujourd’hui que cette Europe n’est rien d’autre qu’un immense marché ouvert sous influence britannique et allemande.
La France officielle doit donc reconnaître qu’elle a besoin de l’Algérie. C’est d’autant plus nécessaire que quelque chose se passe entre les deux pays. Des hommes et des femmes vont et viennent. Ils ont les deux nationalités et construisent leurs vies à cheval entre les deux pays.
Cela mériterait un cadre plus formel, une dynamique politique moins compassée. Le passé et ses tourments ne doivent plus être portés comme une honte car, c’est bien connu, le futur n’attend pas.
Akram Belkaïd

mercredi 28 novembre 2012

Ces pays africains qui boudent la Palestine

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SlateAfrique, 28 novembre 2012

Le chroniqueur Akram Belkaïd se demande quelle position vont adopter les pays africains lors du vote de l'Assemblée générale des Nations unies sur le statut d’État non membre de la Palestine.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le 23 septembre 2011 aux Nations unies, à New York. REUTERS/Mike Segar
L'AUTEUR
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C’est ce jeudi 29 novembre que l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) va décider ou non d’accorder à la Palestine le statut d’État non membre. Selon les prévisions, entre 130 et 135 pays sur 190 devraient voter en faveur de cette demande (à la différence du Conseil de sécurité, aucun veto ne peut s’opposer à ce vote).
Parmi eux, la France qui, après quelques semaines de tergiversations, a fini par décider de prendre le risque de se fâcher avec le gouvernement de Benjamin Netanyahou. De façon générale, la majorité des pays soutenant la démarche palestinienne appartiennent à ce que l’on qualifie habituellement de «Sud»: pays arabes, bien sûr, mais aussi d’Amérique latine, d’Asie et, à quelques exceptions près, d’Afrique.

Une possible abstention

À ce sujet, on ne sait pas encore quels sont les pays africains qui vont certainement s’abstenir durant le vote (aucun ne devrait voter contre la demande palestinienne), mais pour en avoir une idée, on peut se baser sur le scrutin de novembre 2011 pour l’adhésion de la Palestine àl’Unesco. A l’époque, huit pays africains s’étaient réfugiés dans l’abstention, ce qui pour nombre de Palestiniens et d’Arabes, s’apparentait tout de même à un vote négatif. Il s’agit du Burundi, du Cameroun, du Cap Vert, de la Côte d’Ivoire, du Rwanda, du Togo, de l’Ouganda et de la Zambie.
Comment expliquer une telle abstention alors que le Sud prend en règle générale parti pour les Palestiniens? On peut d’abord relever que l’abstention reste tout de même le meilleur moyen de ménager la chèvre et le chou et de résister aux pressions diplomatiques des grandes puissances.
Ainsi, les États-Unis n’ont pas caché qu’ils étaient opposés à l’adhésion de la Palestine à l’Unesco ou à l’ONU. Un pays proche de Washington comme l’Ouganda s’est donc très certainement retrouvé dans une position difficile, d’autant qu’il existe en plus des liens économiques et militaires entre Kampala et Tel Aviv. Même chose pour le Burundi et le Rwanda, deux pays ayant longtemps été dans la sphère d’influence française, mais dont on sait aujourd’hui qu’ils sont plus à l’écoute des États-Unis – et de l’État hébreu – que de Paris.
Il reste à savoir si cette proximité va déboucher jeudi sur une abstention ou un vote négatif. En effet, l’affaire est autrement plus sérieuse qu’une adhésion à l’Unesco. En bénéficiant du statut d’État non membre, la Palestine pourra tout de même attaquer Israël auprès de la Cour pénale internationale (CPI), une perspective qu’ont en tête toutes les chancelleries occidentales. D’où l’importance du vote à l’ONU.
Par ailleurs, on peut s’interroger sur la motivation des abstentions possibles de la Côte d’Ivoire, duCameroun et du Togo. Est-ce le fait que les services de sécurité israéliens sont plutôt actifs dans ces pays qui explique leur non-vote d’il y a un an? Est-ce la volonté de ne pas se mêler d’une affaire qui peut paraître moins urgente que les problèmes auxquels est confrontée l’Afrique subsaharienne?
En tout état de cause, le vote africain de ce jeudi sera examiné à la loupe et révélera quels sont les pays du continent qui s’inscrivent sans complexes dans la vision étasunienne du mode de résolution du conflit israélo-palestinien

Akram Belkaïd (Quotidien d'Oran)
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