Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 4 décembre 2020

La chronique économique : Quand s’endetter rapporte

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 2 décembre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

C’est une bien étrange époque, de celles où ce qui a longtemps relevé de l’impossible devient possible. On se souvient du baril de pétrole à un prix négatif au printemps dernier. Désormais, on vient d’avoir une dette souveraine avec un taux négatif. L’événement n’a duré que quelques minutes la semaine dernière mais il est emblématique : le taux des obligations d’État portugaises à 10 ans est devenu négatif à -0,004%. Autrement dit, c’est le prêteur qui achète une obligation à un tel taux qui in fine doit rémunérer l’emprunteur. Le monde à l’envers !

 

Confiance en la zone euro

 

Comment comprendre cette tendance qui touche aussi des pays comme l’Espagne, l’Italie et même la Grèce ? Rappelons que ces trois pays ont longtemps été considéré comme le maillon faible de la zone euro alors qu’ils bénéficient aujourd’hui d’une importante détente des taux, c’est-à-dire qu’ils peuvent emprunter pour presque rien alors qu’ils étaient exposés à des rémunérations allant parfois jusqu’à 10%-12% il y a encore quelques années. Dans le cas d’Athènes, le taux d’emprunt était de 37 % (!) en 2012 mais il est tombé récemment à 0,66 % sur dix ans. Selon les spécialistes, il pourrait même passer en négatif au cours des prochaines semaines. Le gouvernement grec émet d’ailleurs déjà des obligations à -0,13 % sur deux ans.

 

Pour les experts, c’est le signe que les marchés croient de nouveau en l’avenir de la zone euro après avoir douté d’elle dans le sillage de la crise de 2008 et des déboires de la Grèce. Malgré la pandémie de Covid-19, la zone euro semble tenir bon avec un plan de relance décidé en juin dernier. De même, la communication de la Banque centrale européenne (BCE) est omniprésente pour rappeler qu’elle défendra la stabilité de la zone. Signe des temps, l’euro s’apprécie par rapport aux autres devises, ce qui confirme la confiance des marchés. Combien de temps durera-t-elle ? Personne ne le sait mais en tous les cas, le Portugal, comme ses voisins, n’a aucun souci à lever des fonds sur les marchés bénéficiant de taux d’intérêts inférieurs à ceux des États-Unis.

 

Un phénomène massif

 

De façon plus générale, le contexte est porteur. Le cas du Portugal n’est pas isolé et l’indice Bloomberg Barclays estime à 17 500 milliards de dollars d’obligations à rendement négatif en circulation. Un record historique ! De la dette pour pas cher, voilà qui caractérisera à jamais ce début de décennie. Dans le détail, le Japon a émis près de 30% de ces obligations ainsi que la zone euro (15% respectivement pour la France et l’Allemagne). Même la Chine est concernée puisque Pékin a réussi à lever 750 millions d’euros à cinq ans au taux de -0,15%.

 

Dans un contexte de liquidités abondantes, il est évident que l’amoncellement de ces dettes se paiera un jour ou l’autre. Un grain de sable politique, une aggravation de la pandémie ou des divergences politiques au sein de la zone euro et l’hypothèse d’un krach obligataire sera de nouveau dans les têtes. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le thème de l’annulation de la dette fait son chemin en Europe et aux États-Unis. Une sorte de remise à zéro concertée où les Banques centrales joueraient un rôle prépondérant mais on n’en est pas encore là. Pour le moment, s’endetter rapporte de l’argent. Pourquoi les États s’en priveraient-ils ?

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mardi 2 octobre 2018

La chronique du blédard : Franco et la mémoire espagnole

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 septembre 2018
Akram Belkaïd, Paris


C’est une affaire espagnole dont on parle peu à l’extérieur de la péninsule ibérique alors qu’elle a pour caractéristique bienvenue de trancher avec l’air du temps. Il s’agit de la décision prise récemment par le gouvernement de Pedro Sánchez de signer un décret-loi permettant d’exhumer, avant la fin de l’année en cours, les restes de l’ancien dictateur Francisco Franco (1892-1975) du mausolée El Valle de los Caídos (« la vallée de ceux qui sont tombés »). C’est dans cet immense monument situé dans la grande banlieue de Madrid que reposent les corps des « héros et martyrs de la Croisade », comprendre les combattants nationalistes morts pendant la guerre d'Espagne (1936-1939). Le mausolée accueille aussi des sépultures de républicains, le gouvernement franquiste ayant décidé, au nom de la « réconciliation » de transférer leurs dépouilles récoltées dans les fosses communes à partir de 1959.

Bien entendu, la décision de Madrid (elle doit être confirmée par la Chambre des députés) provoque la polémique et réveille de vieux démons qui, au demeurant, n’ont jamais vraiment disparu. La mémoire de la guerre civile hante depuis des décennies l’Espagne. Dans certains villages, voire dans certaines familles, il reste encore quelque chose des haines qui opposèrent les deux camps. La question des fosses communes divise régulièrement l’opinion publique. Ici, c’est un maire de gauche qui souhaite ériger une plaque commémorative en l’honneur de combattants républicains exécutés par les phalanges. Là, c’est l’inverse, avec un élu de droite désireux de rappeler que les chemises noires ne furent pas les seules à commettre des massacres. Dans certains villages, comme par exemple en Andalousie, les plus anciens « savent » où se trouvent des fosses anonymes que les autorités locales aimeraient bien que l’on oublie au grand dam de familles qui, à travers toute l’Espagne, continuent de vouloir savoir où est enterré tel ou tel aïeul disparu pendant le conflit.

Dès le début des années 1980, avec le retour à la démocratie, une grande partie de la gauche espagnole voulait déjà transférer les restes de Franco hors du mausolée, ce dernier accueillant plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an. Pour cette gauche, il n’était pas question que le dictateur « l’emporte » avec lui car ce monument et sa croix immense furent construits par sa volonté dans le but essentiel de célébrer sa victoire contre les partisans de la République. Malgré les discours sur la « réconciliation » et la « paix des morts », c’est comme cela qu’El Valle de los Caídos a toujours été appréhendé par une grande partie des Espagnols : un monument érigé à la gloire éternelle du franquisme.

Le gouvernement de Pedro Sánchez va donc accomplir ce que ni celui de José Luis Rodríguez Zapatero ni celui de Felipe González n’ont été capables de faire, à savoir refuser à Franco la victoire posthume qu’il ambitionnait. Certes, le Caudillo a vaincu les républicains et tenu son pays d’une main de fer (1939-1975). Mais l’Histoire accorde parfois à l’éthique, à la morale et à la justice le droit de l’emporter. Dans une guerre civile, il est souvent difficile de distinguer les « bons des mauvais ». Dans le cas de la guerre d’Espagne, une telle distinction coule de source. Un pays démocratique comme l’Espagne ne peut glorifier ou admettre qu’un dictateur - qui aurait mérité d’être traduit en justice pour répondre de ses crimes – puisse continuer d’avoir rang de héros national. On dira qu’il fait partie de l’histoire de ce pays et qu’il ne sert à rien de remuer la fange du passé. Certes, mais la gauche espagnole a le courage d’assumer son propre héritage et de ne pas renier ses valeurs.

Voilà pourquoi cette question va au-delà de la simple péripétie politicienne. C’est une question de mémoire mais aussi de conviction. A l’heure où le populisme de droite a le vent en poupe, à l’heure où de nombreux « rouges » (ou « roses » ou « verts ») semblent fascinés par le « brun », lui empruntant sa dialectique et certains de ses raisonnements (à l’égard de l’islam ou des migrants, par exemple), à l’heure où des « camarades » européens n’hésitent pas à nous expliquer que Bachar Al-Assad est à ranger dans le camp de l’anti-impérialisme, il est réconfortant de voir qu’un gouvernement dit de gauche garde le cap. Bien sûr, il y a d’autres sujets sur lesquels Pedro Sánchez et ses ministres seront jugés mais quand, en Italie, on entend régulièrement des propos dithyrambiques sur Mussolini, et quand les néo-nazis allemands battent le pavé et occupent une large place chez les médias (lesquels sont parfois très accommodante), on se dit alors que certains rappels à l’histoire sont les bienvenus.

De nombreux pays doivent composer avec le legs d’un monstre ou d’un dictateur. Certains y arrivent au prix d’un vrai travail de remise en question. D’autres préfèrent l’évitement et le refoulement. Il y a des cas où un révisionnisme mâtiné de nostalgie se répand à la faveur de difficultés ou de crises conjoncturelles. L’Espagne n’en a pas fini avec Franco mais elle est dans la bonne direction.
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dimanche 1 juillet 2018

Au fil du mondial (17) : A onze mètres, le pénalty…

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Il n’y a pas de tournoi final de Coupe du monde de football digne de ce nom sans épreuve de penalties. C’est l’un des moments à part de ce sport. L’instant où tout peut arriver, où le sort et la chance le disputent au savoir-faire, à la préparation et à la technique. C’est une dramaturgie intense qui passe par un séquençage qui mérite d’être détaillé. La première étape intervient alors que le match et ses prolongations ne sont pas encore terminés. Question simple : l’équipe doit-elle continuer à jouer au risque de se prendre un but en contre ou lui faut-il verrouiller le jeu et s’en remettre à l’épreuve finale ? Aujourd’hui, la Russie et le Danemark ont décidé d’attendre, estimant (à raison pour la première, à tort pour le second) qu’ils s’en sortiraient mieux que l’Espagne et la Croatie. La Roja (et non, la « rora » chers confrères français) a essayé quant à elle de jouer jusqu’au bout mais on a vu quelques joueurs faire des passes vers l’arrière et tergiverser. Des hésitations annonciatrices de leur défaite… Quant à la Croatie, elle revient de loin même si elle a semblé se réveiller en fin de partie.
Après le coup de sifflet final, il faut désigner les dix premiers tireurs qui doivent rester dans le rond central. En théorie, la liste a été établie par l'entraîneur avant le match. En théorie encore, chaque équipe prend l’habitude de préparer cette séance à l’entraînement. En réalité, et cela vaut pour d’autres aspects de ce sport, il ne sert à rien de tout préparer car les circonstances de jeu, ce qui s’est passé pendant le match, la fatigue des uns, les nerfs qui craquent des autres, obligent souvent à réaménager la liste. C’est donc le moment où certains joueurs prennent leur responsabilité. Ils ne se défilent pas. Ils y vont. D’autres, se cachent, évitent le regard de l’entraîneur et laissent leurs coéquipiers aller au charbon. Ce fut le cas en 1998, lors du match France – Italie remporté par les Bleus aux tirs aux buts. Des joueurs, et non des moindres, avaient refusé de tirer. La peur d’échouer. La peur de se faire vilipender par le public. La peur d’être ridicule. Et c’est ainsi que deux jeunots, Thierry Henry et David Trezeguet durent se dévouer. Ainsi naissent les champions. Et Modric, le numéro dix croate, est un champion, un vrai. Rater un pénalty pendant le match (à quelques minutes de sa fin !) et prendre le risque d’en tirer un second pendant la séance : il faut du culot, de la confiance en soi et un certain sens des responsabilités…
Les penalties constituent aussi un moment particulier pour le gardien de but. Certains ont planché les jours précédents sur les habitudes des tireurs adverses. Tirent-ils à droite, à gauche ? Quelle course ? D’autres s’en fichent. Ils « vivent » le moment. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le gardien de but qui vit une grande solitude au moment du penalty. La solitude, c'est celle du tireur qui marche vers la surface de réparation. Quelques pas. Une éternité. Le gardien, lui, n’a rien à perdre. Il peut jouer sur les nerfs de l’adversaire. Le toiser pour le déstabiliser, le « chambrer » même comme l’a fait Kasper Schmeichel avec les joueurs Croates. On se souvient ainsi de Bruce Grobbelaar, le gardien zimbabwéen de Liverpool et de ses pitreries lors de la finale des clubs champions en 1984. 
Pas de solitude donc pour le gardien et pas d’angoisse non plus, contrairement, là aussi, au titre du roman de Peter Handke (L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty) et du film éponyme de Wim Wenders. L’angoisse est pour le tireur car le gardien n’a rien à perdre (il faut lire à ce sujet Onze mètres, la solitude du tireur de penalty du journaliste britannique Ben Lyttleton, publié en langue française chez Hugo Sport). S’il arrête le tir, c’est un exploit. S’il y a but, personne ne lui en voudra. Par contre, on se souvient encore du nom des tireurs qui ont loupé leur penalty, surtout ceux dont l’échec signifia la défaite de leur équipe. Comment oublier la détresse et la solitude de Roberto Baggio (en finale de la coupe du monde en 1994) après son tir raté ? Bref, pour le gardien de but, c’est « fait de ton mieux », pour le tireur c’est « tu n’as pas intérêt à louper ».
Mais certains tireurs trouvent le moyen de s’illustrer pendant la séance. Des milliers d’articles ont été écrits à propos du tchécoslovaque Antonín Panenka et de la manière irréelle dont il tira un pénalty contre la RFA de Sepp Maier (1976, la Tchécoslovaquie championne d’Europe au terme de la séance). L’histoire du football raconte que Maier n’a jamais pardonné à Panenka ce tir rectiligne et en feuille morte. Depuis, des milliers de joueurs ont imité ce geste à l’image de Zinedine Zidane en finale de la Coupe du monde en 2006 (celle du fameux coup de boule). La « panenka », prise de risque et humiliation infligée au gardien...
Au terme d’une épreuve de penalties, il y a toujours cette séquence incontournable. Une équipe est effondrée. Une autre envahit le terrain en courant dans la même direction (vers le gardien qui a arrêté le tir ou vers celui qui l’a réussi). D’un côté, les rires et la joie (pensons au passage au soulagement du cinquième joueur russe qui n’a pas eu besoin de tirer son pénalty, l’échec du joueur espagnol signant la défaite de son équipe). De l’autre, les pleurs et l’abattement.
Sur le plan des statistiques, une rencontre perdue aux penalties n’est pas comptabilisée comme une défaite mais comme un match nul puisque le score était à égalité au terme des 120 minutes. C’est une manière de signifier le caractère spécial des tirs aux buts. Leur injustice a alimenté les polémiques. On a créé le « but en or » pour y remédier avant de l’abandonner car, lui aussi, fut jugé trop injuste. Quoi qu'il en soit, qu'on les aime ou pas, qu’ils nous crispent ou non, les « pénos » font partie de la beauté du jeu.
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vendredi 12 mai 2017

L'équipe de filles qui bat les garçons

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En Espagne, rapporte le New York Times (*), en ligue junior amateur, le champion est un club de jeunes filles (le règlement permet un championnat mixte et même des équipes mixtes jusqu'à l'âge de 14 ans). L'AEM Lieida et ses joueuses ont donc mis la pâtée à nombre de clubs composés uniquement de garçons et son titre de champion lui permet de lancer une opération d'appel aux dons via internet. 
Deux citations à retenir de l'article :
1-Sur le machisme :
José Maria Salmeron, directeur de l'AEM Lieda dit : "It's strange, but most of the macho comments and insults have come from the mothers of some of the boys we play". Autrement dit, certaines mères espagnoles ne supportent pas que leurs fistons soient surclassés par des filles...
2-Sur la supériorité tactique du club féminin
Pere Clariso, directeur technique de La Noguera, club rival (et battu lui aussi) : "Tactically, you can see that these girls listen to every word from their coach. They really try to do as they're told". Et de louer leur discipline supérieure à celle de leurs concurrents.
(*) "The girls team that beat the boys", NYT (édition internationale), 12 mai 2017.
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mercredi 17 octobre 2012

Espagne 1 France 1

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    Ce matin, la France est persuadée qu'elle va gagner la Coupe du monde de foot... Faire nul avec l'Espagne est certes un exploit mais quelques remarques s'imposent :
    - Oui, le but de Menez était valable
    - Mais le but de Giroud était hors jeu au départ (hors-jeu de Ribery)
    - Manquaient à l'appel chez les Espagnols : Puyol, Piqué, Villa, sans compter la blessure de Silva.
    Donc, on se calme un peu et on attend mars prochain pour le retour..
    Cela étant dit, une bonne nouvelle fait du bien dans un contexte hexagonal bien déprimant...
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jeudi 29 mars 2012

La chronique économique : LE RETOUR DE LA GRIPPE ESPAGNOLE ?



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Après la Grèce, l’Espagne ? Ce qui n’était qu’une hypothèse négative semble se transformer en catastrophe de plus en plus probable. Depuis plusieurs jours, les taux à long terme que les marchés financiers imposent à l’Espagne sont en train d’augmenter et dépassent même ceux que supporte l’Italie. Cela signifie que les prêteurs doutent de plus en plus de la capacité espagnole à rembourser en temps et en heure ses emprunts. Du coup, l’hypothèse d’une nouvelle crise de la dette dans la zone euro refait son apparition avec la possible nécessité pour l’Union européenne d’accorder d’urgence des prêts de secours à Madrid dont la dette atteint 630 milliards de dollars (soit l’équivalent de 70% du Produit intérieur brut).


UNE VRAIE CRISE STRUCTURELLE
Alarmisme ou pessimisme justifié ? D’un côté, l’Espagne n’est pas la Grèce car elle dispose de plus d’atouts économiques que ce pays. Industries, services, finance, l’économie espagnole est bien plus diversifiée que son homologue hellénique. Mais, d’un autre côté, cela ne saurait cacher le fait qu’elle est encore à la recherche d’un nouveau modèle de développement. L’immobilier, qui a servi de locomotive durant les années 2000, est en détresse tandis que la compétitivité de l’industrie espagnole ne lui permet pas de se développer à l’international. De plus, en 2012, le pays devrait connaître la récession et être donc confronté à une aggravation de son déficit budgétaire. Prévu à 4,4% du PIB, il a été fixé à 5,8% du PIB avec l’aval de la Commission européenne. Et, déjà, des estimations avancent le chiffre de 6,5% de déficit voire plus.
Comme ce fut le cas pour la Grèce, Bruxelles et d’autres pays européens exhortent Madrid à faire des économies afin de réduire ce déficit budgétaire et d’envoyer des signaux susceptibles de rassurer les marchés. Bien entendu, personne ne croit vraiment que l’Espagne va être capable de s’en sortir seule malgré les assurances du gouvernement de droite qui vient de s’installer aux commandes. Une aide financière de l’Europe, voire de la Banque centrale et du Fonds monétaire (FMI) risque fort d’être nécessaire. Et c’est pour précipiter le mouvement que les marchés financiers spéculent actuellement contre l’Espagne. Pour eux, il s’agit de montrer sa défiance de manière à ce que la troïka réagisse au plus vite. Et ce n’est pas un hasard si ces turbulences interviennent la semaine où le gouvernement espagnol doit présenter son budget pour l’exercice à venir. Que les coupes décidées par Madrid – et qui lui valent d’ores et déjà un appel à la grève générale pour le 30 mars prochain (jour de présentation du budget) - soient jugées insuffisantes par les prêteurs et ce sera l’hallali à l’image de ce qui se passe pour la Grèce depuis la fin 2009.

MADRID N’EST PAS ATHENES…
Cela étant, de nombreux observateurs sont convaincus que l’Espagne sera « plus et mieux » aidée que la Grèce, ou tout du moins, moins maltraitée. D’une part, ce pays dispose d’une diplomatie européenne plus active et très introduite dans les rouages de l’Union européenne. De plus, le gouvernement de Mariano Rajoy a promis qu’il serait inflexible en matière de réduction des dépenses publiques ce qui rassure ses partenaires européens. Signe qui ne trompe pas, l’Allemagne et ses dirigeants ne critiquent guère Madrid et se disent même prêts à adapter les outils financiers communautaires pour éviter une crise à la grecque. Reste que la partie est loin d’être jouée d’autant que se profile la perspective d’un bras de fer politique entre Madrid et les provinces espagnoles que le Premier ministre Rajoy veut obliger à réduire leurs dépenses. Une pression qui n’est pas du goût de nombreux Espagnols qui défendent la décentralisation mise en place en 1978. 

A cela s’ajoute bien entendu l’impact social des mesures d’austérité dans un pays où sont apparus les premiers Indignés européens. Un mouvement qui n’a jamais complètement disparu et qui pourrait se radicaliser de nouveau dans les semaines qui viennent.

Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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