Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Messi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Messi. Afficher tous les articles

samedi 30 juin 2018

Au fil du mondial (16) : Quel match ! Et au-revoir Messi…

_
Il arrive parfois qu’un match de football rende aux gens l’amour et la passion qu’ils témoignent à ce sport. Ce fut le cas aujourd’hui avec la victoire de la France contre l’Argentine (4-3). Ce n’est pas tant le score qui importe ici, même si on peut comprendre la joie folle des supporters des Bleus (oh les gars, on se calme un peu avec le trop-plein de cocoricoisme !). Il y a d’abord la ferveur des supporters Argentins. Ces chants, ce nombre, ce bleu et blanc qui ondoie. Heureuses et heureux celles et ceux qui étaient au stade et qui ont pu les entendre et les voir. Il y a des peuples qui se contentent d’aimer le football et d’autres qui le vivent et le respirent : c’est le cas des Argentins dont un grand nombre s’est déplacé en Russie avec très peu de moyens.
Ensuite, il y a le scénario du match. Une équipe conquérante, la France, qui mène très vite. On se dit alors que le match est plié, que cette Argentine sans allant offensif va boire la tasse. Mais le football n’est pas une science exacte et il est fait de coups de théâtre et de retournements. C’est ce qui fait sa beauté. Comme cela s’est souvent passé au cours des derniers mois, l’équipe de France a commencé à ne pas savoir quoi faire de sa victoire annoncée. Elle a reculé, elle n’a pas « tué » le match et les Argentins ont peu à peu relevé la tête. Dans ce genre de situation, l’entraîneur est démuni. Il peut hurler ses consignes, cela ne change rien. La dynamique s’inverse et l'équipe adverse obtient l'égalisation. Celle de l'Argentine était logique. Et soudain, c’est un autre match qui a commencé alors que la première mi-temps n'était même pas terminée.
Passons à la deuxième période : l’Argentine marque rapidement un deuxième but et là, on se dit que l’affaire est pliée. Que la France va se mordre les doigts de ne pas avoir cru en ses chances. Que l’Argentine fait vraiment partie de ces équipes tueuses qui ne renoncent jamais. Et là, nouveau changement dans le scénario. Loin de sombrer, les Bleus démontrent un sang-froid et un caractère qu’on ne leur connaissait pas. Egalisation par Pavard (l’un des plus beaux buts de cette compétition sinon le plus beau) puis un et deux autres buts de Mbappé (oui, d’accord, on se calme du côté d’Alger, on va finir par le savoir que sa mère est algérienne…). Mais l’ascenseur émotionnel est loin de s’arrêter puisque vient un dernier but des Argentins qui, s’il avait été suivi par un autre, aurait mené aux prolongations. Quel scénario... Quel match ! 
On reviendra sur l’équipe de France et ses chances pour la suite (Après cette victoire, avec Benzema dans le groupe, nous l’aurions déclarée invincible…). Revenons juste sur l’Argentine. Quelle honte que la composition de cette équipe. On ne sait pas si c’est l’entraîneur ou Lionel Messi qui en sont les responsables. Une chose est certaine, il s’agissait d’une insulte au jeu offensif et à l’identité de jeu argentine. Perez, Marcado, Rojo, Pavon et Banega : une belle palanquée de bourrins utiles pour aller jouer un match de qualifications en plein hiver à Bogota ou à La Paz mais pas pour briller en Coupe du monde. A Barcelone, Messi a toujours bénéficié du talent des Iniesta, Xavi, Busquets ou Rakitic. Avec l’équipe d’Argentine, le prodige est resté isolé. La faute à qui ? Celle de ses entraîneurs qui n’ont jamais pu composer une équipe destinée à le servir au mieux ? Celle de certains de ses coéquipiers qui ont refusé de jouer (totalement) pour lui (Dybala, Icardi, Agüero) ? Et la sienne aussi (et surtout ?) de par son refus d’accepter que d’autres joueurs puissent lui faire de l’ombre. L’un des plus grands joueurs de l’histoire du football ne sera jamais champion du monde. Ce n’est pas la première fois que cela arrive (Cruyff, Platini, Francescoli, …) mais l’Argentine n’a pas tout donné pour lui offrir ce titre.

samedi 23 juin 2018

La chronique du blédard : Football, génie et altruisme

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 juin 2018
Akram Belkaïd, Paris

Tout le monde ne cesse de le dire et de le répéter : le football est un sport collectif qui met en valeur les vertus de solidarité, d’abnégation et même d’intelligence collective chez les membres d’une même équipe. Mais, dans le même temps, tout le monde sait aussi qu’une équipe sans joueur exceptionnel aura toujours un atout en moins par rapport à ses adversaires. Certes, cela peut s’avérer être pénalisant quand la vedette n’est pas en forme ou absente. L’Egypte n’est pas une grande équipe de football et cela apparaît très vite quand sa star Mohamed Salah n’est pas sur le terrain. De même, l’Argentine sans Lionel Messi n’est guère dangereuse pour ses adversaires (les mauvaises langues relèveront qu’elle ne l’a guère été « avec lui » depuis le début du mondial russe…). Mais toute équipe rêverait d’avoir un Mo Salah ou un Léo Messi avec elle.

Nous avons donc affaire à un sport collectif où, néanmoins, certains joueurs ont des statuts à part du fait même de leur talent. Et si l’on va au-delà du discours convenu du « chacun doit remplir sa tâche » ou bien encore du « nous formons un ensemble soudé », analyser la manière dont sont considérés ces joueurs d’exception est particulièrement intéressant. Cela doit d’ailleurs interpeller celles et ceux qui, dans leur travail, ont à « gérer des équipes », expression consacrée pour dire qu’ils sont chefs – petits ou grands – et qu’ils ont des subordonnés sous leur coupe.

Il y a quelques jours, Jorge Valdano, joueur argentin champion du monde en 1986 et reconverti dans l’analyse des rencontres et dans le conseil pour managers – ce qui lui vaut notamment le surnom de « philosophe du football » - a accordé un entretien au quotidien sportif L’Equipe (*). L’occasion pour lui d’aborder la question du leadership et du statut des grands joueurs. Première chose, il faut, selon lui, se garder d’oublier qu’un seul joueur ne peut remporter un match à lui tout seul. Extrait : « Si on cite l’Argentine parmi les favoris, c’est parce qu’elle a Messi. Ce qu’on ne peut pas faire, c’est lui demander ce qu’on demande à une équipe entière. C’est une injustice et même une aberration typique de notre époque où on s’obstine à individualiser la réussite et l’échec. »

Les médias ont leur part de responsabilité dans cette individualisation de la responsabilité. Mais ils ne sont pas les seuls. Les sponsors jouent aussi un rôle néfaste en mettant en avant de manière systématique les joueurs les plus connus. Cette omniprésence a ses conséquences : quand le succès est là, c’est la vedette qui est encensée. Quand la défaite survient, le joueur tête d’affiche est directement visé. Je n’aime guère le système de notes que certains journaux attribuent aux joueurs (à l’arbitre et à l’entraîneur aussi) après un match. C’est parfois violent (on imagine ce qui passe par la tête d’un joueur qui a obtenu un deux ou un trois sur dix), c’est souvent subjectif mais cela a le mérite de mettre en lumière les bonnes performances de joueurs dont on ne parle pas assez.

Tout en gardant à l’esprit la notion de juste répartition des responsabilités, Valdano a tout de même un avis tranché concernant la place que doit occuper un joueur vedette au sein d’un collectif. Deuxième extrait de l’entretien : « le joueur de génie doit avoir un statut à part. Ensuite, personne ne doit se planquer dans son ombre. Le génie est exceptionnel et il mérite de vivre une vie différente. Les autres font partie des simples mortels. À eux de veiller à l’équilibre de l’équipe, d’être disciplinés. » Et de citer le cas de l’entraîneur Cesar Luis Menotti (vainqueur du titre mondial en 1978) qui, lors d’une causerie avec ses joueurs demanda d’abord à Diego Maradona de sortir de la pièce avant de demander au reste de l’équipe : « À votre avis, combien de ballons devez-vous donner à Diego au cours d’un match ? Ne me répondez pas. La réponse est : tous les ballons. »

C’est donc à l’entraîneur de faire passer la pilule aux autres joueurs. Certains d’entre eux accepteront sans aucun problème le statut à part du « génie » que Valdano compare à une « arme de destruction. » Mais d’autres y retrouveront à redire, estimant que leur talent n’est pas suffisamment reconnu ou que celui de la vedette est surévalué. L’époque actuelle est celle des égos surdimensionnés, de « ma pomme d’abord ». Beaucoup d’équipes souffrent de cette situation où la concurrence entre personnalités débouche sur des désastres sur le terrain.

Bien entendu, tout dépend aussi du « génie ». Comparons, à ce sujet, ce qui ne devrait pas l’être, du moins pas encore. Le brésilien Pelé reste le plus grand joueur de tous les temps. Neymar, son compatriote, est un talent très prometteur. Le premier a su se mettre au service de son équipe et quand il tirait trop la couverture à lui avec ses comportements de diva, certains de ses coéquipiers (Carlos Alberto, Rivelino, Jerson,…), qui ne lui déniaient pas sa primauté, savaient tout de même le rappeler à l’ordre. Le second, lui, semble échapper à tout contrôle. Trop égoïste, trop individualiste, incapable de bonifier le jeu de ses partenaires (qu'il lui arrive d'insulter comme lors du match contre le Costa Rica), il est à craindre que ses performances n’aillent guère très loin. On peut aussi citer le cas de Zlatan Ibrahimovic. S’il n’avait pas autant écrasé de son égo ses coéquipiers, allant même jusqu’à les martyriser, il est probable que la Suède aurait enregistré de meilleurs résultats au cours de la dernière décennie. En football, comme ailleurs, le bon « génie » est celui qui possède une dose suffisante d’intelligence pratique et, surtout, d’altruisme.

(*) « Pour les grandes équipes, gagner ne suffit pas », 15 juin 2018
_

jeudi 15 décembre 2011

La chronique du blédard : Ballon d'or pour Iniesta et Xavi

_
Parlons football et oublions un peu le fracas du monde. L'une des conséquences de la récente victoire du FC Barcelone contre le Real de Madrid (3 buts à 1, et à Madrid s'il vous plaît !) est qu'elle clarifie la course au Ballon d'or. En effet, on voit mal comment Cristiano Ronaldo, l'attaquant madrilène bien peu en vue lors de ce classico, pourrait décrocher le gros lot (même si une surprise n'est pas impossible). Du coup, l'affaire semble entendue. Lionel Messi, prodige barcelonais, est en passe de remporter le trophée pour la troisième année consécutive (de quoi faire enrager Michel Platini, ce qui, au passage, ne serait pas une mauvaise chose…). 

On le sait, trois joueurs ont atteint le dernier pallier avant la désignation officielle du Ballon d'or, début janvier : Messi, Ronaldo et Xavi Hernandez, le milieu barcelonais sur lequel on reviendra. Commençons d'abord par regretter une grande injustice, de celles dont la Fifa (désormais aux commandes de cette prestigieuse distinction) semble maîtriser l'art et la technique mesquine. Il s'agit de l'absence d'Andrés Iniesta, un autre joueur de Barcelone qui (c'est dit sans aucun chauvinisme) aurait mérité non seulement de faire partie de la dernière sélection mais, plus encore, de décrocher la récompense. Oui, Iniesta ballon d'or 2011. Oui, Iniesta meilleur que Messi. Cela sans oublier le fait qu'Iniesta méritait déjà d'être ballon d'or en 2010 (il n'a eu droit qu'à la deuxième place derrière Messi).

Argumentons. Sans Iniesta (et Xavi), Messi ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Il suffit juste d'examiner les piètres performances de l'Argentin avec son équipe nationale pour s'en rendre compte. Bien sûr, Messi est époustouflant avec le Barça. Ses dribles, ses courses parties de loin, ses buts aussi (il a dépassé la barre des deux cent) et sa capacité à perforer n'importe quelle défense en font un joueur d'exception. Mais que serait-il sans Iniesta ? Sans la capacité de ce dernier à transformer en occasion en or n'importe quel ballon récupéré au milieu de terrain ? Balle au pied, Iniesta est tout aussi inégalable que l'Argentin. Sa vivacité, qu'il démontre à chaque match, et sa capacité à se faufiler par le plus petit des chats d'aiguille sont impressionnantes. Parlez-en aux madrilènes Coentrão et Pepe qui ont passé l'une des pires soirées de leur vie samedi 10 décembre face aux attaques virevoltantes de celui qui, en d'autres temps footballistiques, aurait fait un parfait ailier pour une formation en 4-2-4…

On peut citer maints exemples à propos du talent de «Don Andrés» comme par exemple son but en finale de la Coupe du monde de 2010 ou son égalisation miraculeuse dans le temps additionnel face à Chelsea en 2009. Mais, le concernant, il y a une phase de jeu qu'il faut garder en mémoire et montrer en boucle à tous les footballeurs en herbe. C'était au printemps dernier, lors d'un match de Ligue des champions contre Arsenal. Comme à son habitude, Iniesta récupère le ballon au milieu du terrain, sur le côté gauche. Il pique au centre, avance rapidement vers le but adverse, élimine un adversaire, puis deux. Jusque-là, rien d'inhabituel… Puis vient ce geste, unique, qui consiste, pour lui, à se pencher et à regarder vers la gauche. Résultat, comme un seul homme, toute la défense d'Arsenal bascule à gauche. Le trou est fait. Iniesta passe la balle vers la droite où Villa transmet à un Xavi esseulé qui n'a plus qu'à marquer. Une phase digne d'un match de basket-ball avec feintes de corps et de visage à l'appui. C'est là toute la science et le talent d'Iniesta.

Parlons maintenant d'un autre grand de Catalogne. Contrairement à Iniesta, Xavi a encore toutes ses chances de remporter le Ballon d'or. Là aussi, ce ne serait que justice. Après avoir vu un match du Barça, il faut le revoir en s'attachant à ne suivre que Xavi, ses placements et ses passes. C'est lui l'unité centrale et le métronome de l'équipe catalane. C'est l'homme charnière qui donne le tempo, qui décide s'il est temps d'attaquer ou s'il faut encore temporiser. C'est lui qui devine si l'adversaire est cuit ou s'il a encore la capacité de résister à la déferlante blaugrana. C'est lui qui repère la brèche avant même qu'elle ne se forme. On pense souvent que le football est un sport où vingt joueurs de terrain passent leur temps à courir sans réfléchir derrière le ballon. Xavi montre que c'est tout le contraire. Avec lui, on attend le bon moment pour recevoir ou demander la balle.

Vues à l'écran ou des tribunes, ses temporisations et ses retours en arrière alors qu'un coéquipier est démarqué, peuvent étonner voire même irriter. C'est pourtant tout l'art de jouer de Xavi. S'il ne passe pas la balle, c'est qu'il a en tête deux ou trois coups d'avance. En une fraction de seconde, ayant mémorisé où sont placés ses coéquipiers et ses adversaires, il devine et anticipe ce qui risque de se passer. Et il prend alors la décision de faire durer la séquence de jeu, de l'accélérer ou de l'orienter autrement. On peut d'ailleurs se demander s'il ne s'agit pas là d'une allégorie de la vie et si Xavi, lui-même, en est conscient. Jouer comme on vit, écrire comme on joue : ouvrir, fermer, relancer, durcir, offrir, rythmer, casser...… Il faudrait plusieurs feuillets et colonnes pour creuser cela. Mais passons.

Evoquant ses joueurs de milieu de terrain, l'entraîneur barcelonais Pep Guardiola a tenu les propos suivants dans un entretien accordé à Fifa.com : «Les milieux sont des joueurs intelligents, qui prennent la plupart des décisions dans un match. Pour pouvoir décider, il faut d'abord comprendre. C'est ce qu'on leur demande également.» Il est évident que Guardiola – qui fut lui aussi un grand milieu de terrain et le chef d'orchestre de la «dream team» barcelonaise du début des années 1990 – pensait à Xavi en disant cela. Xavi le maestro… Alors oui, ballon d'or pour lui. Sinon pourquoi pas un ballon d'or à égalité pour Iniesta et Xavi ? Au nom de l'intelligence et de la beauté du jeu.
____
PS : cette chronique est dédiée à la mémoire de deux grands joueurs disparus récemment. D'abord, le Brésilien Socrates, qui, outre un talent fou et une classe inégalée, a montré de par son engagement chez les Corinthians qu'un mouvement de sportif contestant leurs conditions de travail pouvait aussi contribuer au retour de la démocratie au Brésil. Ensuite, l'Algérien Djamel Keddou, ancienne gloire de l'équipe nationale et de l'USM Alger. Ce joueur à la fois stylé et dur sur l'homme (on le surnommait le Beckenbauer algérien) a montré, une fois devenu entraîneur, que l'on pouvait construire une équipe en respectant les valeurs du travail bien fait y compris dans un pays comme l'Algérie.
_