Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 29 novembre 2017

La chronique économique : L’exemple norvégien

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 22 novembre 2017
Akram Belkaïd, Paris

C’est une option très intéressante que souhaite prendre la Banque de Norvège. Gestionnaire du fonds souverain du pays – lequel fonds est alimenté par les recettes pétrolières et gazières – l’institution financière propose de se désengager du secteur des hydrocarbures. Autrement dit, le plus gros fonds souverain du monde (près de 1 000 milliards de dollars d’actifs) n’investirait plus dans les sociétés liées à l’or noir ou au gaz. A ce jour, ce fonds qui place son argent dans des actions, des obligations et de l’immobilier, consacre près de 6% de ses placements en actions au secteur des hydrocarbures.

Volonté de diversification

Officiellement, la Banque de Norvège justifie sa proposition faite au gouvernement (c’est à ce dernier de décider in fine) par l’existence d’une trop grande dépendance du pays aux énergies fossiles. Hors services, ces dernières représentent plus de 14% du produit intérieur brut (PIB). Le raisonnement des argentiers norvégiens est qu’il faut que le fonds souverains se diversifie et qu’il ne soit pas lui-même affecté par cette dépendance. Dans sa lettre de motivation, la Banque de Norvège précise ainsi que sa démarche « s’appuie exclusivement sur des arguments financiers et des analyses ayant trait à l’exposition totale de l’Etat [norvégien] au pétrole et ne reflète aucunement une opinion quelconque sur l’évolution du prix du pétrole, la rentabilité future ou le caractère durable du secteur pétro-gazier ».

En clair, l’établissement ne dit pas qu’il ne faut plus croire dans la rentabilité des hydrocarbures et il ne veut pas que sa suggestion soit interprétée comme une anticipation d’une baisse durable des cours de l’or noir (ce qui diminuerait les revenus de la Norvège et de son fonds souverain). Pour autant, ce qui est clair, c’est que la Banque centrale veut se prémunir de la volatilité des cours à laquelle on assiste depuis quelques années. Une telle approche préventive est un signal d’alerte adressé aux autres producteurs d’or noir qui pensent que l’on finira tôt ou tard par revenir à des niveaux de prix plus élevés sur de longues périodes. Car il y a désormais une idée qui fait consensus chez certains analystes de marché : les prix du brut seront de plus en plus instables au cours des prochaines années.

Une rare transparence

La Banque de Norvège s’est déjà éloignée du secteur du charbon. Elle veut privilégier les énergies renouvelables, les nouvelles technologies mais aussi l’immobilier sans oublier les incontournables obligations d’Etat, un placement jugé sûr malgré les turbulences régulières sur les marchés de la dette. Pour qui possède un fonds souverain ou des actifs à valoriser, la stratégie financière de la Banque de Norvège mérite d’être suivie de près voire d’être considérée comme un exemple à suivre.

Un autre élément plaide d’ailleurs pour cette exemplarité, c’est celui de la transparence. Le site internet de l’institution norvégienne fournit en temps réel le niveau de valorisation du fonds souverains. Ses grandes décisions de placement ou d’investissement sont connues du public. C’est la grande différence entre ce fonds et ses homologues du Golfe. Pour ces derniers, et au-delà des discours policés, on ne sait jamais s’ils sont la propriété du pays (et de ses ressortissants) ou celui des familles régnantes.

mercredi 30 janvier 2013

Le Qatar, l'Italie, la corruption et la Norvège

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"L'émir du Qatar, ce n'est tout de même pas le roi de Norvège !" - Mario Monti

Voici une citation qui devrait faire date.

Elle est rapportée par le supplément économie du Monde (daté du 30 janvier 2013). Ces mots ont été prononcés par Mario Monti, l'actuel président du Conseil italien. Selon lui, il aurait demandé un jour à l'émir du Qatar pourquoi son pays n'investissait pas en Italie. "A cause de la corruption" lui aurait répondu le souverain wahhabite (oui, le Qatar est 'l'autre' pays où la doctrine religieuse est le wahhabisme...).

"Choqué, explique Le Monde, M. Monti aurait alors laissé échapper ce cri du coeur, effaré que même le dirigeant d'un pays du Golfe vienne lui donner des leçons de gouvernance".

On peut se demander si Monti était en droit d'être choqué. Pourquoi, après tout, l'émir du Qatar n'aurait-il pas le droit de lui faire la leçon ?  Certes, le Qatar n'est pas la Norvège mais ce pays, contrairement aux idées reçues, n'est pas non plus exempt de reproches (lire ici les informations de wikileaks). Reste que l'Italie demeure l'Italie, avec ses pratiques douteuses, sa mafia et son économie souterraine et cela même si Berlusconi n'est plus au pouvoir...

Mais, dans le même temps, on comprend le trouble du dirigeant italien surtout quand on sait certaines méthodes du Qatar pour obtenir ce qu'il veut. En témoigne ce dossier à charge que le bi-hebdomadaire France Football vient de publier (le Qatargate) à propos de l'obtention de l'organisation de la Coupe du monde 2022 par ce petit émirat. Quant à la crainte de la mafia italienne, il suffit de connaître les pays du Golfe pour savoir que son homologue russe y évolue comme un chameau dans le désert. Bref, il serait intéressant de connaître les raisons exactes de la défiance du Qatar à l'égard de l'Italie.
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