Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 21 novembre 2019

La chronique du blédard : Élections en Algérie : Le quintette des histrions

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 novembre 2019
Akram Belkaïd, Paris

La pseudo campagne électorale a donc commencé dimanche dernier. Première constatation, les cinq candidats ont vraiment l’air d’y croire. Oui, oui, je vous le jure, ils y vont sérieusement, à donf… L’un fait la prière sur un trottoir, l’autre se tape la boussa dans une zaouïa pour obtenir talismans et baraka, un troisième prononce un discours devant deux pékins et trois chats en écartant ses bras emprisonnés dans les manches d’une veste étriquée, un autre promet de rappeler à la France que l’Algérie est indépendante (Macron, t’as entendu ?) et le dernier affirme que dans l’Algérie qu’il présidera, on rasera gratis (enfin, il n’a pas dit cela exactement mais c’est juste un résumé de l’intention). Cinq candidats donc. Cinq comédiens plus ou moins talentueux (d’où le titre de la chronique). Cinq fois x occasions de rigoler, n’eut été la gravité de la situation.

On a même vu l’un des membres de ce quintette se faire remettre solennellement une peinture encadrée représentant sa propre bibine moustachue et cravatée. Un cadre… encore ! Il faudra un jour que l’on réfléchisse sérieusement à cette obsession du bordurage doré. En 2014, déjà, on avait eu droit à une campagne électorale avec un président candidat absent représenté par son premier ministre de l’époque accompagné par un cadre tout en couleurs molles. Saura-t-on un jour qui est « l’artiste » derrière ces croutes d’un autre âge ou bien alors est-ce du made in China, pays où existent des fabriques intensives de portraits rococo et autres reproductions chevalines ?

Au-delà des considérations politiques dont on s’affranchira un peu pour cette chronique, le pouvoir algérien a toujours eu un penchant pour le manque de goût et le ridicule. On se souvient de cette chorale accueillant à Tlemcen les présidents Bouteflika et Hollande. Il paraît que le petit gros moqueur des « sans-dents » en rigole encore. Plus récemment, ce sont les croassements d’une zorna fêtant l’inauguration à Alger d’une franchise de junk food en présence de l’ambassadeur yankee qui a fait la joie des internautes. Constat : le bon goût est aussi rare que les libertés publiques et politiques.

Continuons et restons dans le registre du comique. Selon plusieurs internautes, les personnes qui accueillent « spontanément » les candidats à Adrar sont les mêmes qui les saluent tout aussi « spontanément » à El-Oued. Ah, la spontanéité (rémunérée). Quand c’est du Hirak dont il s’agit, la « 3afwiya » n’a pas de droit de cité. A en croire la légion de lustreurs de rangers à guêtrons qui affirment l’existence d’une « unanimité sur la nécessité de voter en masse » [pour le Brexit ?], il y a forcément complot, manipulation. Par contre, cinquante vachers qui clopinent dans la rue pour clamer leur soutien aux élections – ils ne disent pas « processus électoral » car mauvais souvenir -, là, c’est l’ « élan spontané » qui est loué au nom de la sacro-sainte « stabilité ». A ce sujet, l’un des marioles du quintette nous jure que si l’élection ne se tient pas, l’Algérie basculera dans une situation à la syrienne. Si mes souvenirs sont bons, c’est ce que nous avait affirmé un ex-premier ministre au début du Hirak avant de rejoindre sa paillasse à El-Harrach.

Concernant ces marches en faveur des élections, encadrées-protégées par les forces de sécurité et accompagnées par des cavaliers ayant sorti leurs costumes de figurants dans L'Épopée de Cheïkh Bouamama, son Excellence Fakhamatouhou Le Nouveau, nous dit qu’elles sont « massives ». Que dire ? Que plus c’est gros et naïf et plus le système croit que ça va passer ? Nier l’évidence en inventant une réalité improbable est une constante du système. Question : qui y croit ? Personne. Il faut juste faire semblant. Autre interrogation : que se passe-t-il dans l’esprit de l’un de ces laudateurs de ce système qui craque de partout. Comment fait-on pour répéter, encore et encore, des choses auxquelles personne ne croit ? Comment fait-on taire sa conscience ? Faut-il considérer que, pour certains, cette dernière a complètement disparu ?

Autre motif d’amusement. Un quintettiste promet une sortie du tout-pétrole. Ah ouais ? Et la loi sur les hydrocarbures que tes amis viennent de voter mon gars, t’en fais quoi ? Belle tentative de donner du contenu à des programmes qui en manquent. Cité par un twitto algérien, l’un d’eux affirme avoir « pour objectifs majeurs d'assurer l'amélioration du bien-être social et le renforcement de la fierté d'appartenance à la Nation ». Comme c’est beau ! Comme c’est noble. Lecteur, sois ému, pleure ! Question que le présent chroniqueur s’adresse à lui-même : mais, persifleur, pourquoi es-tu persuadé que ces gens qui, il y a peu, chantaient les louanges de Bouteflika et de son cinquième mandat ou qui l’ont servi à un moment ou un autre de leur vie, seront incapables de sortir le pays de l’ornière ? Come on, give the içaba a chance !

Autre point intéressant des « programmes » : l’omniprésence du référentiel religieux. Appel du pied à l’électorat islamo-conservateur ? Certainement. Mais surtout le vide de la pensée, l’incapacité à concevoir et mettre en pratique la rupture dont a besoin le pays. En rire mais d’un rire triste. Accablé.
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vendredi 20 juillet 2018

La chronique du blédard : Une équipe de (vrais) Français

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 juillet 2018
Akram Belkaïd, Paris


Champs-Élysées, dimanche 15 juillet 2018 (photo Akram Belkaïd)


La victoire des Bleus en finale de la coupe du monde de football ne plaît pas à tout le monde y compris en France. Avant même le sacre de dimanche dernier, les réseaux sociaux ont charrié des messages ouvertement racistes et favorables à l’équipe croate au prétexte que cette formation serait, elle, « blanche et véritablement européenne ». Ce n’est pas une surprise. Dans le contexte européen actuel, la parole raciste s’est libérée depuis longtemps et celles et ceux qui estiment que l’équipe de France n’est pas représentative de la « vraie » population française, autrement dit blanche et chrétienne, ne font que reprendre les propos du « philosophe » Alain Finkielkraut.

Dans un entretien accordé au quotidien israélien Haaretz (25 novembre 2005), ce dernier avait ainsi déclaré : « On nous dit que l'équipe de France est admirée parce qu'elle est black-blanc-beur. (...) En fait, aujourd'hui, elle est black-black-black, ce qui fait ricaner toute l'Europe. » Rien de nouveau sous les voutes putrides… Déjà, à l’époque, cette déclaration sonnait comme une vengeance contre l’euphorie née de la victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde en juillet 1998.

Au fil du parcours de l’équipe entraînée par Didier Deschamps, on a pu lire ici et là des suppliques incitant à ce que l’on ne tombe pas dans le piège de l’exaltation du « black – blanc – beur ». Cette idée, plutôt répandue, me fait penser qu’il y a bel et bien une régression par rapport à 1998. A l’époque, même une personnalité aussi controversée que Charles Pasqua, ancien ministre de l’intérieur et instigateur des tristement célèbres « charters » pour Bamako (renvoi de sans-papiers), avait plaidé pour une « France plus généreuse » en matière d’accueil et d’intégration. Bien sûr, l’esprit de juillet 1998 s’est vite étiolé, aidé en cela par le choc des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle française de 2002.

Mais à qui la faute ? Pourquoi d’une communion nationale est-on passé à des émeutes à l’automne 2005 ? La réponse est simple : après 1998, la classe politique française comme le monde des affaires et de l’entreprise n’ont pas été à la hauteur des enjeux et le statu quo n’a pas été remis en cause. Aujourd’hui, le message délivré est clair. Il met en garde contre tout emballement. La victoire de l’équipe de France ne saurait constituer un catalyseur pour que ce pays fasse mieux (on n’écrira pas qu’il ne fait rien) en matière de lutte contre les inégalités sociales et les discriminations.

Revenons aux contempteurs des Bleus. En Italie, pays dirigé aujourd’hui par des néo-fascistes, une véritable vague de haine a déferlé sur les réseaux sociaux. Même un journal comme le Corriere della Sera, l’un des plus diffusés, n’a pas pu s’empêcher d’ironiser sur la nature « africaine » de l’équipe française et de lui opposer une équipe croate composée « seulement de Blancs ». Par contre, aucune ligne sur le fait que le chanteur ultranationaliste croate, Thompson (de son vrai nom Marko Perkovic), accusé de sympathie pour le régime oustachi pronazi, était présent dans le car des joueurs de la Croatie qui a paradé à Zagreb…

En Italie, comme ailleurs, un tweet, partagé des milliers de fois, représentait les visages des principaux joueurs français avec le drapeau et le nom de leur pays africain « d’origine ». A l’inverse, on retiendra les propos de l’ancien président des États-Unis Barack Obama : « Regardez l’équipe de France qui vient de remporter la Coupe du monde. Tous ces gars ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois. Ils sont français, ils sont français ! » (Paroles prononcées lors d’un discours à Johannesburg à l’occasion du centenaire de la naissance de feu Nelson Mandela).

Par une symétrie fréquente, l’argument du « ils sont d’origine africaine » est aussi repris par des personnes pourtant à l’opposé des courants identitaires et racistes. L’idée, pour elles, est de démontrer que l’immigration fait « du bien » à la France puisqu’elle lui offre des champions. Il y a aussi l’idée implicite que l’ancienne puissance coloniale continue d’exploiter l’Afrique. C’est là où la prudence et la raison s’imposent. Si l’on considère, comme le présent chroniqueur, que ces joueurs sont d’abord et avant tout Français, il faut bien réfléchir à la question du « qui bénéficie de qui ». Précisions notre pensée. Ces joueurs ont certes des parents originaires d’Afrique mais ils sont nés en France ou, pour certains, ils y sont arrivés à leur plus jeune âge. Autrement dit, c’est la France qui a fait d’eux ce qu’ils sont. Vaille que vaille, c’est la France qui les a formés. Exception faite de Lucas Hernandez, formé en Espagne, tous les autres joueurs ont eu leur première licence de football dans un (petit) club français. Nous ne sommes pas dans le cas où la France est allée « chercher » (acheter ?) des joueurs déjà formés pour bénéficier de leur talent, à l’image du Qatar qui s’est offert une équipe nationale d’handball en naturalisant des joueurs aguerris venus d’un peu partout.

La formation française en matière de football n’est pas un mythe. Le quotidien Le Monde rappelle ainsi que « sur les 736 joueurs ayant participé à la Coupe du monde de football 2018, cinquante-deux (52) sont nés et ont été formés en France. » (1) Et pour qui suit ce sport de près, il suffit de se pencher sur l’actuel marché des transferts pour se rendre compte que tous les clubs européens sillonnent la France à la recherche de jeunes pépites prometteuses.

Bien sûr, ces Bleus champions du monde sont aussi le fruit d’une éducation familiale, d’une transmission de valeurs, d’un « bain » culturel mais ce n’est pas cela qui fait le bon athlète. Au Cameroun, pays d’origine de son père, comme en Algérie, pays d’origine de sa mère, on parle beaucoup de Kylian Mbappé. Mieux, on se l’approprie. Certes, il y a de quoi être fier qu’un petit-enfant du pays soit champion du monde. Mais ce titre, Mbappé, 19 ans, ne le doit ni au Cameroun ni à l’Algérie. Ce n’est pas dans ces deux pays qu’il aurait trouvé les conditions sociales, les structures sportives et pédagogiques pour progresser et devenir ce qu’il est aujourd’hui. Par contre, s’il est un endroit qui peut revendiquer sa part de Coupe du monde, c’est la ville de Bondy en région parisienne et son club de l’AS Bondy. Idem avec l’US Fontenay-sous-Bois de Blaise Matuidi ou l’US Roissy-en-Brie de Paul Pogba ou encore, pour ne prendre qu’eux, l’AC Villeurbanne pour Nabil Fekir ou l’ES Fréjusienne pour Adil Rami.

De tous les pays africains mis en avant dans le fameux tweet cité précédemment, aucun n’a fait l’effort d’investir le millième de ce que la France a consenti pour les sports. Et qu’on ne me dise pas qu’il s’agit d’une question de moyens. De l’argent, il y en a en Afrique, du moins il devrait y en avoir pour ce qui concerne le football. Qu’ont fait, ou que vont faire, les pays africains qui ont joué la Coupe du monde des centaines de milliers de dollars que la FIFA et leurs sponsors vont leur verser ? Combien de stades, de gymnases ou de piscines vont être construits ? Combien d’éducateurs pour jeunes vont être formés ? Combien de ballons vont être distribués ? Combien de médecins du sport ? De nutritionnistes ? On connaît la réponse…

D’où viennent les titres mondiaux du football français ? D’une décision de la fédération de France de football passée inaperçue à l’époque. Celle, prise en 1976, d’acheter un terrain et de créer l'institut national du football de Clairefontaine (inauguré en 1988) dont on connaît le rôle charnière en matière de formation. A ce jour, aucune fédération africaine ne dispose d’un centre équivalent, même plus modeste. Nous connaissons tous le bordel, pardon pour ce mot, qui règne dans ces fédérations aux effectifs pléthoriques où règnent en maître des fripouilles et autres affairistes qui n’ont rien à voir avec la pratique du sport. Nous savons tous où cet argent va aller ou, plutôt, nous savons tous où il n’ira pas…

L’équipe de France est une belle équipe. Elle est française, il n’y a aucun doute là-dessus. Et sans renier les origines des uns et des autres, disons simplement que ce n’est pas une équipe africaine qui a été sacrée championne du monde, dimanche 15 juillet. C’est l’équipe de France où jouent des Français dont, pour certains, les parents sont Africains. Pourquoi ces derniers sont-ils allés en France est une autre question qui n’a rien à voir avec le football et le sacre des Bleus le 15 juillet 2018 à Moscou.


(1) « Football : la France est aussi championne de la formation des joueurs », 18 juillet 2018.

dimanche 10 mai 2015

La chronique du blédard : Parler de la freinte et oublier la corruption, la vraie ?

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Le Quotidien d’Oran, 30 avril 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Il est bientôt midi en ce mercredi 29 avril 2015. Je viens de relire la chronique écrite la veille et elle ne me plait plus. Mais alors plus du tout. Je m’étais pourtant endormi avec la satisfaction du rédacteur ayant bouclé son papier, lequel papier serait vite relu le lendemain et envoyé avec les salutations d’usage. Là, il faut repartir de zéro, ou presque. De quoi s’agissait-il ? Je partais de cette affaire des quarante mille euros de notes de taxi en dix mois qui a valu à la présidente de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) d’être « démissionnée » par sa tutelle. Quarante mille euros… Soit une moyenne mensuelle de quatre mille euros, c’est-à-dire bien plus que ce que les deux tiers, voire les quatre-cinquième de l’ensemble des salariés français perçoivent en net en échange de leur labeur.
 
Cette affaire est présentée comme un cas isolé, une espèce de dérapage commis par une dirigeante ayant allègrement oublié que c’est l’argent du contribuable qu’elle avait en charge. Ma chronique, telle que rédigée la veille, entendait rappeler que ce genre de scandale a tendance à se répéter. Que les avantages indus et autres abus sont de plus en plus portés à la connaissance du public. Cela ne signifie pas, bien sûr, que la France d’aujourd’hui est plus corrompue qu’hier. C’est juste que les moyens de sortir l’information et de la faire fuiter, sont plus nombreux. Pour autant, le comportement de la désormais ex-présidente de l’INA est symptomatique de l’époque actuelle. Comme je l’ai déjà écrit dans des textes précédents, c’est un peu le temps des « in » et des « out ». Certains ont la chance d’occuper des positions qui leurs confèrent des avantages que la masse anonyme des Français n’imaginent même pas. Et le pire, c’est qu’ils en abusent, estimant qu’ils ont droit à tout, qu’ils sont légitimes à réclamer toujours plus.
 
Dans ce texte, j’ai essayé d’évoquer le fait que tout cela me mène à penser que la France connaît une fin de cycle où tout s’accélère, un peu à l’image d’une mécanique devenue folle perdant au fur et à mesure ses boulons et autres éléments mais continuant d’avancer jusqu’au crash final. Une fin de cycle devinée par les déprédateurs de toutes sortes qui devinent qu’il leur faut happer et engranger tant qu’il est encore temps. Avant que la poule aux œufs d’or ne meure ou bien, hypothèse moins plausible – hélas, mille fois hélas – avant que le peuple ne se réveille enfin et réalise à quel point il est dupé du matin jusqu’au soir. Un petit peu de guerre par-ci, un petit peu de terrorisme et de sécurité par-là. Un mix de voile et d’islamohystérie et le tour est joué. Monsieur Gérard oublie alors que la courbe du chômage ne s’est pas inversée et que personne ne peut jurer que l’argent dû au Trésor ne continue pas de filer vers la Suisse, le Delaware ou les îles Caïmans.
 
A quelques détails et paragraphes près, tout ce qui vient d’être écrit était donc dans la chronique suspendue.  Le lecteur se demandera alors pourquoi n’a-t-elle pas été livrée sous cette forme ? Bonne question. La réponse est simple. C’est qu’en la relisant, s’est imposée au chroniqueur une autre interrogation. A la fois moqueuse et agacée. La voici, résumée à la manière dont s’exprimerait une Mimoucha acerbe – autrement dit une voix qui emprunterait celle de la conscience. « Tu parles de cette pauvre bonne femme qui a pris trop de taxis, tu embraies sur la perte de valeurs en France et tu fais semblant d’oublier que dans ton propre pays, c’est de pire en pire ».
 
« Mimoucha » a bien sûr raison. On peut s’indigner de ce qui se passe en France – surtout si on y vit et que l’on y paie ses impôts – mais la réalité du bled oblige à raison garder. La lecture de la presse nationale de ces derniers jours le montre bien. Tous ces procès, toutes ces accusations de fraude, de détournements… Tous ces projets aux dizaines de milliards de dollars dépensés et dont on se demande, in fine, à quoi ils vont vraiment servir. Et pendant ce temps-là, ne craignant guère le ridicule, on lance une campagne pour consommer algérien… Comme si les conditions pour produire algérien étaient réunies dans un pays transformé en gigantesque comptoir commercial qui dilapide ses ressources pétrolières pour importer de tout ou presque…
 
Voilà, cela m’arrive rarement mais là il m’est donc impossible de vous rendre compte d’un aspect de la vie politico-sociale française sans être rattrapé par la réalité algérienne. Et c’est d’autant plus vrai que l’on voit bien aujourd’hui que Paris, comme certainement Londres, Genève ou Dubaï, est en train de se transformer en base de repli pour les Algériens qui ont, disons-le ainsi, très bien mangé, grappillé, grignoté et englouti.
 
On parle beaucoup en ce moment du livre des journalistes Marie-Christine Tabet et Christophe Dubois à propos des relations noueuses et souvent interlopes entre l’Algérie et la France (*). Dans cet ouvrage, qui pèche parfois par ses inexactitudes notamment historiques, il y est fait mention d’avoirs, entre autre immobiliers, que certains dirigeants algériens possèderaient dans l’Hexagone. Jusqu’à présent, cela n’a engendré ni démenti ni attaque en justice. Chacun en tirera donc ses propres conclusions. En tous les cas, une chose est certaine, ce qui s’est rappelé au souvenir du présent chroniqueur c’est que qu’une corruption endémique, et finalement assumée pour ne pas dire systémisée, est bien plus grave que quelques (très gros) excès en matière de notes de frais…
 
(*) Paris – Alger, une histoire passionnelle, Stock, avril 2015.

vendredi 11 avril 2014

La chronique économique : De l’omniprésence des projets d’infrastructures en Chine et ailleurs

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 9 avril 2014

Akram Belkaïd, Paris


Plus de 7% ou moins de 7% ? C’est la question récurrente à propos de ce que sera, en 2014, la performance de la croissance du Produit intérieur brut (PIB) de la Chine. Déjà, en 2013, on pensait que le taux de progression en matière de création de richesses passerait sous cette barre symbolique après avoir déjà décroché du pallier des 8%. Au final, la croissance économique a été de 7,7% en 2013 mais les experts pensent qu’il sera difficile pour Pékin de maintenir ce niveau. A moins de recourir encore aux inévitables solutions keynésiennes…

Stimuler la croissance n’est pas la créer

Le gouvernement chinois vient en effet de décider de lancer de nouvelles mesures de stimulation de l’économie pour contrebalancer le ralentissement de l’activité. Et comme ce fut le cas en 2013, les grands chantiers seront de nouveau à l’honneur avec 6 600 kilomètres de voies ferrées qui vont être mises en place (1 000 kilomètres de plus qu’en 2013) et plus de 4,7 millions de logements sociaux qui seront construits. Au total, les travaux d’infrastructures vont représenter 30% du Produit intérieur brut. De quoi largement permettre à la Chine de maintenir une croissance au moins égale à celle de l’année dernière. Et pour bien se représenter l’ampleur des projets en cours, il faut savoir que 60% du parc mondial des grues est concentré en Chine…

Cette omniprésence des infrastructures dans les politiques économiques chinoises appelle deux remarques. D’abord, comme l’ont constaté nombre d’économistes, on voit bien que la Chine a encore du mal à compenser le ralentissement de ses exportations (provoqué par une baisse de la demande mondiale) en favorisant le développement d’une économie tertiaire interne. En clair, le rythme au ralenti de « l’usine du monde » n’est pas compensé par les services et le marché intérieur. D’où la nécessité de s’en remettre aux grands travaux.

Ensuite, une autre réflexion, moins fréquente, est que cette démarche chinoise risque d’induire en erreur nombre de pays en développements notamment africains. D’Alger à Kinshasa, il n’est question en ce moment que des infrastructures. Bien entendu, il y a nécessité pour les pays concernés de combler des décennies de sous-investissements et d’offrir les meilleures infrastructures possibles pour soutenir et stimuler l’activité économique. Routes, autoroutes, voies ferrées, aéroports, centrales électriques, ports : tout cela est fondamental.

Eléphants blancs et corruption

Le problème, c’est qu’il ne sert à rien de construire des infrastructures sans s’être appuyé sur une stratégie économique globale. S’engager dans des projets coûteux nécessite d’être en adéquation avec une politique économique cohérente et ayant des objectifs précis. Pour dire les choses de manière plus simple : les projets d’infrastructures ne font pas le développement à eux seuls. Ils ne sont qu’un moyen, un outil et un prérequis mais certainement pas une finalité. C’est d’ailleurs parce qu’ils ignorent cela que nombre de pays se retrouvent avec des « éléphants blancs », c’est-à-dire des réalisations que l’on inaugure en grande pompe et qui, par la suite, ne servent plus à rien. D’ailleurs, l’un des autres grands problèmes de la priorité accordée aux infrastructures réside dans la corruption que cela engendre. C’est cette réalité que la Banque africaine de développement (BAD) aborde de manière implicite quand elle estime que nombre de ses membres se focalisent trop sur les grands projets et cela au détriment de ce qui compte le plus, c’est à dire l’éducation et la formation.
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mardi 19 février 2013

La lettre au général Toufik et la présidentielle de 2014

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C’est un fait. La lettre adressée par Hocine Malti, ancien vice-président de Sonatrach (1972-1975) au général Mohamed Médiène alias Toufik, est un événement majeur et ô combien inattendu dans l’actualité algérienne. D’abord, parce qu’il est exceptionnel que le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), le service de renseignements algérien, soit interpellé de la sorte. Ensuite, parce que la presse algérienne a fait écho de ce courrier, le quotidien El Watan l’ayant même publiée de manière intégrale (et cela contrairement à ce que semblait penser  l’auteur de la lettre). Le sujet de la missive est lui-même explosif puisqu’il concerne un nouveau scandale à propos de pots-de-vin que des responsables algériens auraient touchés de la part de la compagnie pétrolière italienne Saipem. Tout cela se passant dans un contexte plutôt inquiétant où les apparitions du chef de l’Etat algérien Abdelaziz Bouteflika sont de plus en plus espacée (il a fallu attendre plus de vingt jours avant sa réaction à la prise d’otage de Tiguentourine…).

Que va-t-il donc se passer ? A Alger, la justice algérienne vient de se manifester en estimant de son devoir d’enquêter sur ce qu’il convient désormais d’appeler l’affaire Sonatrach 2. On comprendra que l’homme de la rue soit plutôt réservé quant aux suites de cette enquête qui ne concerne pas que du menu-fretin. Mais, sait-on jamais. Les révélations de la presse italienne sont loin d’être terminées et il faut s’attendre à d’autres surprises.

On est en droit aussi de se demander pourquoi une telle lettre a pu être publiée dans la presse algérienne et cela sans – du moins jusqu’à présent – représailles. Interpellé de manière vigoureuse, le général Toufik a-t-il donné son feu vert pour une telle publication ? A-t-il jugé que les éléments cités dans le courrier contribuent surtout à pointer un index accusateur en direction du clan présidentiel ? Ce dernier, affirme la rumeur algéroise, étant décidé à obtenir un quatrième mandat ? Faut-il aussi penser que le général Toufik, « dieu de l’Algérie » comme l’a martelé Hocine Malti, n’a pu empêcher la publication d’un tel courrier ? Ce qui tendrait à mettre en évidence l’existence de divisions au sein même du cœur du pouvoir algérien ?

Ces questions restent posées et elles traduisent bien le climat politique délétère qui règne actuellement en Algérie. Un calme factice qui cache des manœuvres de fond dont personne ne sait sur quoi elles vont déboucher. Mais, une chose est certaine, rien n’est encore joué pour l’élection présidentielle de 2014.

Akram Belkaïd
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lundi 11 février 2013

La chronique du blédard : Le football et sa gangrène

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 7 février 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Il y a quelques années, en visite à Casablanca, j’ai passé un long moment à regarder un match de football improvisé dans l’un des parcs de la ville. C’était un dimanche après-midi, les joueurs avaient entre dix et quinze ans et il se dégageait de leur partie une intensité qui m’a ramené bien des années en arrière, à l’époque où, les cours du collège terminés, nous jouions jusqu’à la nuit tombée et parfois bien plus tard… En 3-6 ou, plus souvent, en 6-12 (mi-temps au sixième but, victoire au douzième), nous trouvions toujours l’énergie pour prolonger le plaisir et remettre ça. Offrir une revanche, jouer la belle ou tout simplement refaire les équipes et entamer une nouvelle série pour permettre aux perdants de s’en revenir chez eux un peu moins vexés.
 
C’est ce que j’ai revécu en spectateur à Casa. Certes, tout n’était pas parfait. Je ne parle pas du jeu en lui-même, parfois chaotique et haché. Cela m’importait peu puisque c’est là aussi que réside la beauté du foot : un désordre presque bestial, un ballon qui semble emporté par des vents invisibles mais qui revient toujours en jeu. Des tirs ratés, des passes vendangées. Et puis, au milieu, la feinte superbe. L’éclair de vivacité, le passement de jambes ou le petit-pont meurtrier... Non, ce qui me gênait, c’était l’attitude de certains des jeunes joueurs. J’avais en face de moi des petits clones de vedettes du football européen. Leurs gestes, leurs postures, tout cela empestait la télévision et ce qu’elle véhicule comme conformisme et images faussement spontanées.
 
J’ai lu un jour que les centres de formations de football étaient des usines à formater les jeunes joueurs. Des endroits sans fantaisie où l’on tue la créativité et où les talents originaux sont condamnés d’avance. En clair, le genre de maison à fabriquer des Dessailly ou des Deschamps en pagaille sans jamais permettre l’éclosion du moindre Zidane. Le fait est que ce nivellement par le bas est facilité par la télévision et ce qu’elle diffuse comme attitudes standardisées. Terminée l’intuition, le caractère inné du jeu : les images imposent de tristes modèles et techniques à suivre et pas uniquement en terme de modes capillaires ou de tatouages vulgaires.
 
Malgré ces emprunts inutiles - soyez vous-mêmes ! avais-je envie de crier -, j’ai apprécié le match. Les gamins avaient la hargne, la chehna. Ils voulaient gagner même si les uns cherchaient à singer Ronaldo, se tenant droits comme un i y compris pendant leur course après le ballon. Surtout, personne ne semblait tricher. Certes, il y avait l’inévitable épuisé, celui qui n’a plus de forces et qui reste en défense, trop heureux de dégager le ballon fort et en l’air sans avoir à fournir de nouveaux efforts. Mais, ce n’était que cela. Pas de tricherie, pas de soupçons à l’égard des joueurs malheureux dans une relance et un auto-arbitrage plutôt efficace.
 
Si je vous raconte tout cela, c’est parce que l’actualité vient de nous prouver une nouvelle fois que le football de haut niveau est pourri. Non, le mot n’est pas trop fort. C’est un secret de polichinelle. Cela fait des années que l’on sait que des matchs sont truqués, que des joueurs sont achetés. Certes, apprendre que près de 700 rencontres ont été arrangées, y compris en Coupe d’Europe ainsi que lors des qualifications de la Coupe du monde 2010, n’est pas chose anodine. Mais, à dire vrai, qui peut en être étonné ?
 
Avec l’irruption des paris en ligne, la triche, qui a toujours existé - souvenons-nous de l’Italie des années 1980 avec le scandale du Totonero -, est passée à une ère industrielle. Toutes les organisations criminelles du monde veulent leur part du gâteau grâce à la formule magique suivante : un match arrangé, c’est la garantie de gagner des paris et de blanchir son argent sale. Merci l’Union européenne qui a imposé la libéralisation de cette activité... Merci les parlements nationaux qui n’ont pas su mettre un frein à l’expansion des paris en ligne. L’argent s’est engouffré dans la brèche et l’amateur de football sait aujourd’hui reconnaître les matchs suspects. Ceux où « l’exploit » est attaché de grosse ficelles et où tout le monde fait mine d’être dupe. Un peu comme les suiveurs du Tour de France cycliste quand ils suivaient un Armstrong escaladant le Galibier aussi vite qu’une motocyclette.
 
Oui, le néolibéralisme, la mondialisation et le sport ne font pas bon ménage. Qui dit argent, dit triche à grande échelle. Et, c’est une certitude, le public n’aura à sa connaissance que la face apparente de l’iceberg. Et que dire de l’organisation de la Coupe du monde 2022 attribuée au Qatar ? En publiant un dossier à charge, le bi-hebdomadaire France Football a mis en évidence toutes les complaisances et les conflits d’intérêts qui minent la crédibilité et l’intégrité de la Fédération internationale de football (Fifa). De l’avis de nombreux connaisseurs, les milieux interlopes qui grenouillent autour du football ne lâcheront pas l’affaire de sitôt. Des centaines de millions de dollars sont en jeu. Le foot est un business qui rapporte gros, il n’est donc pas étonnant qu’il fasse l’objet de toutes les manipulations possibles.
 
Alors oui, j’adore regarder le foot de haut niveau. Mais, je ne suis pas dupe. J’ai toujours en tête un soupçon, une réticence. La sensation que quelque chose de pas clair peut se jouer. Surtout, les exploits du style petite équipe battant le favori ne m’impressionnent plus. Au contraire, ils m’indisposent. Du coup, rien ne vaut le bon match de quartier, celui où l’on rit et où l’on se moque. Celui où l’on oublie le score à peine le match fini et où l’on ne pense qu’à la prochaine rencontre. Le vrai football, en somme.
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