Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 25 août 2021

La chronique économique : Le bitcoin, opacité et volatilité

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 16 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris

Feuilleton bitcoin, suite. Après avoir chuté autour de 30 000 dollars, la monnaie virtuelle est revenue à son niveau récent de 40 000 dollars. Cela confirme une première chose : en comparaison d’autres actifs, actions, matières premières, devises, le marché du bitcoin est très volatil et très dépendant des déclarations des acteurs qui y investissent dont Elon Musk, le très fantasque patron de Tesla. Après avoir annoncé que son entreprise n’accepterait plus de paiement en bitcoin – ce qui a provoqué la chute de son cours – Musk a indiqué que ces paiements seraient de nouveau acceptés mais à certains conditions (en gros, que ses détenteurs en possèdent depuis longtemps et continuent de contribuer à la génération de nouveaux bitcoins).

Dépréciation

Dans une précédente chronique, nous relevions les ambiguïtés de la position de Musk qui, via de simples messages diffusés sur Twitter, peut faire la pluie et le beau temps sur ce marché. Il est évident que le caractère spéculatif du bitcoin attire des investisseurs à la recherche de gros rendements. Mais la stabilisation des cours et l’acceptation définitive de cette monnaie – acceptation qui reste loin d’être garantie – passe par une adhésion plus large des entreprises à la recherche de placements.

On sait que la tâche d’un directeur financier consiste aussi à investir une partie de la trésorerie et des bénéfices de l’entreprise. Sur le papier, un actif acheté à 5 000 dollars et qui vaut aujourd’hui 30 000 dollars est une bonne affaire mais cela ne concerne qu’un nombre réduit d’investisseurs. La plupart des sociétés qui acquièrent aujourd’hui du bitcoin sont entrées sur le marché à son plus haut. Résultat, cela les oblige à ajuster la valeur de leurs avoirs en tenant compte des variations du bitcoin. Autrement dit, avec un tel marché fait de hauts et de bas, il est difficile de valoriser la part en bitcoins, surtout si l’on est une entreprise cotée en Bourse et donc obligée de publier des comptes trimestriels. Le bitcoin est un cauchemar pour les comptables et les auditeurs.

Régulation

Quid aussi des particuliers ? Il y a quelques mois encore, une rumeur tenace circulait sur les réseaux attestant qu’il n’y avait pas mieux que le bitcoin pour échapper à l’impôt ou, tout du moins, pour diminuer son revenu imposable. Il est vrai que les mécanismes d’acquisition du bitcoin demeurent peu compréhensibles par la majorité. De nombreuses personnes se laissent donc tenter par l’idée de faire appel à des intermédiaires. Certains d’entre-eux se déclarent « agrémentés » mais on ne sait par qui tandis que d’autres opèrent à partir de places exotiques ou peu réglementées. Bref, il y a beaucoup à perdre pour le novice et ce dernier ne doit pas oublier que, d’une part, rien n’est gratuit et que, d’autre part, toute transaction pour acheter ou vendre du bitcoin laisse une trace.

Il est d’ailleurs étonnant de relever que les dirigeants du G7 continuent d’ignorer les questions de régulation des crypto-monnaies. Certes, les récentes décisions sur la fiscalité des multinationales – qui imposent une plus grande collaboration entre les États – va concerner les utilisateurs et créateurs de bitcoin. Mais rien de concret n’a encore été dit ou entrepris pour réguler un marché qui s’étend de jour en jour et qui demeure comparable à une jungle.



samedi 5 juin 2021

La chronique économique : Tesla et bitcoin, main dans la main

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 avril 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Ce qui est bon pour le bitcoin est bon pour Tesla… L’adage ne s’est pas encore imposé dans le discours économique mais cela semble en bonne voie. En témoigne les annonces faites par le constructeur de véhicules électriques lors de la présentation de ses résultats trimestriels du premier trimestre (bénéfice net de 438 millions de dollars, excusez du peu). La firme d’Elon Musk a ainsi indiqué avoir cédé sur le marché près de 10% de ses avoirs en bitcoins (BTC) soit un gain net de 272 millions de dollars.

 

1 milliard de dollars de plus-value

 

Besoin d’argent ? Besoin de financer de nouveaux investissements ? Que nenni. Pour le fantasque milliardaire, il s’agissait surtout de démontrer aux marchés, aux investisseurs et au grand public que le bitcoin est un actif liquide. On sait que cette monnaie virtuelle (19 millions d’unités en existent aujourd’hui dans le monde pour un maximum prévu à 21 millions) est très critiquée. De nombreuses autorités de régulation ont mis en garde contre les risques de spéculations et d’éclatement de ce qu’elles considèrent comme une bulle (1 bitcoin vaut 55 000 dollars). En cédant 10% de ses avoirs dans cette monnaie, Musk prouve donc qu’il n’est rien de plus aisé que de s’en séparer. Ce « besoin de liquidité » est, on le sait, l’un des principes fondamentaux des marchés et de la valeur des actifs.

 

Mais Musk se rend aussi service. En effet, Tesla possède encore 42 000 bitcoins dans sa trésorerie et cela pourrait augmenter puisque le constructeur accepte désormais cette monnaie comme règlement dans l’acquisition de ses voitures. Avec 42 000 bitcoins dans la caisse, c’est l’équivalent d’un matelas de 2,31 milliards de dollars dont dispose Tesla. Quand on sait qu’ils ont été acquis pour près de 1,3 milliards de dollars, on réalise que la plus-value potentielle est aujourd’hui de 1 milliard de dollars. Autrement dit, en ce moment, il n’est pas meilleur placement en ces temps de taux d’intérêts bas.

 

Régulateurs dépassés

 

En vendant du bitcoin, Musk incite donc d’autres entrants à en acquérir et à les utiliser. Ce qui, au passage, valorise son propre portefeuille de BTC. Dans un marché régulé, ce genre de manœuvres aurait déjà été sanctionné car cela s’apparente ni plus ni moins qu’à une manipulation des cours. Mais les monnaies virtuelles sont encore un Far-West où les régulateurs boursiers et financiers ne savent que faire. C’est une réalité bien connue : les acteurs ont toujours un temps d’avance sur les autorités de régulation mais dans le cas présent, on se demande jusqu’où la bulle bitcoin va aller. Assiste-t-on à la naissance de la monnaie de demain, ce qui signifie qu’il serait temps d’en acheter, y compris pour les États et leurs banques centrales ? Ou est-ce alors une tendance spéculative qui finira tôt ou tard par s’étioler. Pour le patron de Tesla, c’est la première réponse qui prime. Mais on n’est pas obligé de le croire.

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dimanche 20 janvier 2019

La chronique économique : Le Bitcoin, mirage ou promesse ?

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 16 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris

Dix ans déjà mais le bilan est plus que mitigé. Né en 2009, le Bitcoin, cette crypto-monnaie qui tient la vedette depuis quelques temps, semble engagé dans une spirale baissière qui tranche avec l’euphorie qui caractérisait sa progression il y a encore douze mois. En un an, le Bitcoin est ainsi passé de 20 000 euros à 3 500 euros soit une chute de 70%. Toutes les autres crypto-monnaies sont engagées dans le même mouvement de repli. Mais est-ce une raison pour proclamer l’échec définitif des monnaies alternatives ? Pas si sûr.

Un projet en cours

Avant d’expliquer pourquoi il ne faut pas enterrer le Bitcoin trop vite, relevons d’abord que les experts ont un peu de mal à expliquer son repli et sa volatilité si ce n’est le fait d’affirmer que les « baleines bougent ». Autrement dit, les gros détenteurs de Bitcoins - un millier possédant 80% des actifs selon les estimations -, seraient désormais plus actifs sur le marché des échanges. Une affirmation à prendre au conditionnel et qui n’explique pas pourquoi le Bitcoin peut perdre 100 euros de sa valeur en une journée.  Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une telle absence d’explication est constatée. Affirmer, comme le font certains observateurs, que c’est la « bulle Bitcoin » qui se dégonfle (enfin, ajouterons d’autres) n’est pas suffisant quand on a pris l’habitude de collecter les facteurs rationnels qui disent pourquoi le dollar américain est en hausse ou pourquoi l’euro subit un accès de faiblesse sans parler des devises émergentes qui souffrent à chaque fois que la Banque centrale américaine augmente ses taux.

C’est d’ailleurs là que réside l’explication. Le Bitcoin est une monnaie, ou plutôt est une tentative de monnaie décentralisée, sans autorité suprême qui conduirait une politique clairement identifiée. Autrement dit, c’est un outil monétaire en phase de construction et c’est pourquoi les ajustements ne sont pas étonnants. La lecture des blogs spécialisés qui suivent de près les crypto-monnaies – et qui publient des informations que la presse économique traditionnelle ne relaie pratiquement jamais – démontre une vitalité insoupçonnée. Les progrès technologiques sont incessants, comme, par exemple, le fait que les échanges de Bitcoin peuvent désormais bénéficier de canaux satellitaires (et donc se passer d’Internet), de même que les efforts continus d’organisation et de normalisation de tout l’environnement Bitcoin. Une légion de startups et de jeunes pousses technologiques accompagne aussi le développement de ce secteur. Aux dires de certains vétérans de la Toile, on se croirait dans les années 1980 quand la jeune industrie de la micro-informatique se préparait, dans la plus grande discrétion, à l’avènement de l’Internet grand public.

100 000 dollars en 2022 ?


À la tête d’une start-up et véritable star du milieu des crypto-monnaies, la Suissesse Olga Feldmeier que l’on surnomme « la reine du Bitcoin », est catégorique : pour elle, cette crypto-monnaie vaudra 100 000 dollars en 2022. Elle explique que les éléments technologiques, législatifs et économiques se mettent peu à peu en place pour donner au Bitcoin un statut de véritable monnaie. On peut croire ou non à ce discours volontariste. Pour l’heure, le Bitcoin n’est encore qu’une promesse. Contrairement aux devises habituelles, il n’offre aucune garantie de conservation de pouvoir d’achat et son usage reste encore limité. Mais avant de réaliser (ou non) ses promesses, le Bitcoin demeure à la fois une prise de risque et une opportunité. Imaginez que sa valeur atteigne vraiment les 100 000 dollars en 2022 : ce serait l’équivalent de 28 fois sa valeur actuelle. Une belle culbute…
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mardi 20 février 2018

La chronique économique : Bourses, la grande menace

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 14 février 2018
Akram Belkaïd, Paris

2018, année du grand krach boursier ? Dix ans après la crise financière provoquée par la débâcle des subprimes, l’idée est dans toutes les têtes. C’est d’autant plus vrai que les marchés ont connu de grosses turbulences la semaine dernière et que la hausse modeste qui a suivi la purge ne rassure personne. Quand, comme ce fut le cas le 5 février dernier, le Dow Jones, indice principal du New York Stock Exchange (Nyse) perd plus de 1600 points en séance (un record historique), cela frappe les esprits même si l’index s’est (un peu) repris avant la clôture.

Peur de l’inflation

Les analystes qui veulent garder leur calme rappellent, à raison, que les arbres ne montent jamais au ciel. Cela fait maintenant neuf ans que les Bourses sont globalement orientées à la hausse. Alors que l’économie réelle a mis du temps à digérer la crise de 2008, les marchés d’actions, eux, se sont vite nourris de projections optimistes et ont enregistré records sur records à l’image de l’indice S&P 500 (cinq cent principales capitalisations boursières aux Etats Unis) qui a pratiquement quadruplé de valeur. Il était donc inévitable que les marchés corrigent d’eux-mêmes cette hausse continue. Une correction, estiment les analystes, nécessaire avant que la marche en avant ne reprenne…

La chute du bitcoin, évoquée dans ces colonnes, a aussi sa part de responsabilité. Le phénomène a peu été commenté mais les particuliers américains ont bel et bien repris le chemin de la Bourse depuis quelques années. Echaudés par les crises de 2001 et de 2008, ils avaient pris le large mais la croissance des Bourses et les facilités offertes pour opérer à son compte (désormais un simple ordinateur suffit…) les ont convaincus de retenter leur chance sur les marchés d’actions. En perdant de l’argent à cause de la chute du bitcoin, certains d’entre eux ont été obligés de se défaire d’une partie de leur portefeuille de valeurs mobilières ce qui a accentué les pertes des Bourses.

Mais la vraie raison de cette instabilité boursière est liée aux intentions de la Réserve fédérale (Fed). Cela fait des années que les marchés s’enivrent, d’autres diraient se goinfrent, grâce à la politique monétaire accommodante de la Banque centrale américaine. Taux d’intérêts peu élevés et rachats sur le marché d’obligations, ce sont des milliards de dollars de liquidités qui se sont déversées sur les marchés, créant, ici et là d’importantes bulles spéculatives. Tout le monde sait que la fête ne peut pas éternellement durer et que, tôt ou tard, l’orchestre s’arrêtera de jouer. Alors, à chaque fois qu’un événement est susceptible d’accélérer le mouvement de hausse de taux, les marchés anticipent et paniquent.

Le bal continue


L’annonce d’une augmentation de salaires de 2,9% aux Etats Unis a fait partie de ces catalyseurs. Pour les marchés boursiers, un salaire qui augmente ce n’est pas une bonne nouvelle même si ce genre d’augmentation est susceptible de doper la consommation (deux tiers de l’économie américaine). C’est surtout vu comme un risque de résurgence de l’inflation. Et qui dit inflation dit hausse des taux d’intérêts. On en est là. L’image habituelle déjà évoquée dans ce qui précède demeure pertinente. Le bal se poursuit mais l’orchestre commence à donner de sérieux signes de fatigues.
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mardi 13 février 2018

La chronique économique : Tempête sur le bitcoin

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 7 février 2018
Akram Belkaïd, Paris

Près de 20 000 dollars en décembre, moins de 7 400 dollars en début de semaine… Le moins que l’on puisse dire c’est que la chute du bitcoin s’accélère. Pour nombre d’observateurs, on est dans la phase classique de l’éclatement d’une bulle spéculative. Après les sommets, l’abîme. Reste à savoir jusqu’où la crypto-monnaie vedette va tomber. Et, surtout, quelles seront les conséquences financières et économiques de cet effondrement.

Offensive groupée

Il faut dire que les mauvaises nouvelles se sont multipliées concernant cette monnaie. Plusieurs grandes banques américaines (Citigroup, Bank of America,…) ont interdit à leurs clients d’acheter des bitcoins avec leurs cartes de crédit. Ils peuvent néanmoins continuer à le faire en utilisant des cartes de débits. Autrement dit, ces établissements financiers refusent qu’un découvert, synonyme d’endettement, ne serve à acheter une monnaie dont la valeur ne cesse de se déprécier. Autre coup dur, la décision du réseau social Facebook d’interdire les publicités et autres « pratiques promotionnelles fallacieuses et trompeuses » en faveur du bitcoin et d’autres cryptomonnaies. La « bitcoinomania » a du plomb dans l’aile…

Il y a aussi la volonté affichée de la Chine de venir à tout prix à bout de ce moyen de paiement qui échappe à toute régulation. Pékin veut en finir avec le bitcoin d’où sa décision d’interdire l’usage ou l’accès aux plateformes d’échange. Les autorités chinoises sont les plus en pointes dans la mise en place de mesures dissuasives ou punitives pour tout utilisateur du bitcoin. Cela est dû au fait qu’elles ne goûtent guère cette monnaie que sa banque centrale ne peut contrôler et qui sert aussi à faire fuir des capitaux de Chine. Autre raison, moins évoquée par les médias, le système bitcoin est un grand consommateur d’énergie car il utilise des chaînes d’ordinateurs de particuliers mobilisés pour leurs capacités de calcul. Pékin ne veut donc plus que ses centrales de production d’électricité soient mobilisés par ces machines.

Enfin, plusieurs pays occidentaux, dont la Grande-Bretagne et la France, estiment qu’il est temps de légiférer pour encadrer les cryptomonnaies. La question sera même abordée lors du prochain G20 en mars. Tout cela ressemble donc fort à une offensive en règle contre le bitcoin et rappelle que les Etats, et les banques, n’aiment guère qu’on empiète sur leurs prérogatives. Depuis des siècles existe l’idée de monnaies gérées par les propres utilisateurs. Des monnaies ou alors des moyens de paiements alternatifs. A chaque fois, les Etats ont fini par reprendre la main, parfois de manière radicale.

Retour au stade initial


Le bitcoin est-il pour autant condamné ? Plusieurs de ses partisans espèrent que cette purge sera salvatrice. Avec ce repli brutal, la monnaie devrait être moins exposée à la spéculation et pourra peut-être retrouver son statut initial de moyen de paiement alternatif. On peut aussi penser que la technicité qui entoure le bitcoin empêchera la Chine et d’autres pays de l’interdire totalement. Mais rien n’est moins sûr. Pour le bitcoin, l’année 2018 est celle de l’épreuve de vérité.
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