Lignes quotidiennes

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vendredi 29 novembre 2013

La chronique économique : Du salaire minimum généralisé

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 27 novembre 2013
par Akram Belkaïd, Paris

L’instauration d’un salaire minimum généralisé est-elle une bonne chose ? Posée ainsi, la question peut paraître provocatrice surtout si l’on se revendique une conscience sociale. L’idée est en effet des plus généreuses. Avec la mise en place d’un plancher salarial, on évite les dérives ayant marqué les deux siècles derniers avec des ouvriers travaillant pour presque rien à des cadences infernales (ce qui est encore le cas aujourd’hui dans de nombreux pays). A ce sujet, la revendication d’un salaire minimum a souvent accompagné celle d’une limitation de la durée du temps de travail quotidien ou hebdomadaire.

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LE CAS DE L’ALLEMAGNE
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On peut donc être étonné d’apprendre qu’il n’existe pas (encore) en Allemagne (et dans six autres pays européens) de salaire minimum généralisé, ce thème ayant empoisonné les négociations entre la CDU, le parti d’Angela Merkel, et le SPD (socio-démocrate) pour la formation d’une coalition gouvernementale. Précisons d’abord que de nombreuses branches d’activités allemandes ont déjà leur salaire minimum, ce dernier ayant été fixé à la suite de négociations entre syndicats et patrons. C’est d’ailleurs ce qui explique la position de la CDU, cette dernière estimant que c’est aux acteurs sociaux de se mettre d’accord sur la question des salaires et non à l’Etat de légiférer sur ce thème.

En Allemagne, le secteur du bâtiment a ainsi fixé à 11,05 euros le SMIC horaire brut pour les régions de l’Ouest et à 10,25 euros pour celles de l’Est. On relèvera qu’il s’agit d’un des taux les plus conséquents d’Europe puisque le salaire minimum généralisé le plus élevé du Vieux Continent est celui du Luxembourg (11,10 euros l’heure) devant ceux de la France (9,43 euros) et de la Belgique (9,10 euros). A l’autre bout de l’échelle, les SMIC horaires les plus bas au sein de l’Union européenne (UE) sont ceux de la Slovénie (4,53 euros), de l’Espagne (3,91 euros) et de la Grèce (3,35 euros). A titre de comparaison, le salaire minimum horaire en Algérie est de 103,84 dinars soit, au taux officiel, 0,96 euros.

Aujourd’hui, le SPD allemand réclame l’instauration d’un salaire minimum généralisé de 8,5 euros. C’est une manière pour ce parti de faire oublier que c’est l’un des siens, en l’occurrence Gerhard Schröder, qui a mis en place, au début des années 2000, les fameux emplois à 1 euro de l’heure afin de doper la compétitivité germanique et faire refluer le chômage. De son côté, Merkel et le patronat, reprenant en cela les thèses libérales, affirment qu’un SMIC horaire généralisé et fixé par la loi détruira des emplois. Les estimations les plus alarmistes tablent même sur la destruction d’un million d’emplois. Le débat fait donc rage entre économistes quant à la portée réelle de cette mesure.

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L’OBSTACLE JEUNE
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En réalité, la question du salaire minimum généralisé et de son impact sur le marché du travail est intimement liée au secteur d’activité et à la tranche d’âge concernée. Il est vrai que le SMIC empêche souvent les employeurs, notamment ceux des services, de recruter du personnel jeune et sans qualification. De nombreux salariés, diplômés et ayant de l’expérience, étant eux-mêmes payés au SMIC, les patrons refusent que cela soit le cas pour des employés jeunes ou sans qualification (d’autant que cela pousserait les autres salariés à exiger une augmentation au nom de leurs diplômes et expérience).

On comprend donc pourquoi la question d’un salaire minimum «spécial jeunes» fait régulièrement surface en Europe. Pour les patronats, ce serait une bonne manière de lutter contre le chômage, ce que rejettent les syndicats qui craignent un nivellement par le bas des minima salariaux. Une autre piste consiste à faire en sorte que le SMIC bénéficie d’un allègement des cotisations sociales. Et là, ce sont les gouvernements qui temporisent en raison de leurs difficultés budgétaires. Mais au-delà de ces débats, il est établi que le salaire minimum généralisé fait désormais partie des acquis sociaux et que la tendance mondiale est plus à son renforcement qu’à sa remise en cause.
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