Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 4 décembre 2018

La chronique de l’économie : Brexit : les histoires d’amour finissent mal, en général

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 28 novembre 2018
Akram Belkaïd, Paris

Quarante-cinq ans de mariage, souvent difficile, et un divorce retentissant. Dimanche 25 novembre, l’Union européenne et le Royaume-Uni se sont entendus autour de l’accord fixant les modalités de sortie du second de l’UE (Brexit). En mars prochain, le Royaume-Uni ne fera plus partie de l’UE et sera donc considéré comme un pays tiers. Après l’élargissement à dix pays en 2004 (auquel était très favorable Londres), le Brexit est le dernier grand événement en date à marquer la vie de la (dé)construction européenne. Quelle sera la suite de cette séparation ?

Ratification incertaine

Il faut signaler que l’accord de quelques 600 pages conclu entre les deux parties doit d’abord être ratifié par les parlements britannique et européen. Et, dans les deux cas, l’affaire n’est pas encore gagnée. À Londres, de nombreux élus sont vent debout contre ce texte et ne cachent pas leur intention de faire tomber la cheffe du gouvernement Theresa May. Certains d’entre eux estiment qu’elle a fait de trop grandes concessions aux Européens notamment le statut de l’Irlande du nord. D’autres, au contraire, estiment que la Grande-Bretagne perd beaucoup trop au change notamment en termes de relations économiques et de droits d’accès au marché européen. Tout se jouera donc en décembre prochain.

En évoquant le Brexit, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a évoqué un « moment triste » et une « tragédie » sans préciser pour qui. Tragédie pour la construction européenne ? Pour l’Union européenne qui perd un élément de poids ? Ou pour le Royaume-Uni qui va devoir se débrouiller « seul » ? Les réponses à ces questions sont fortement influencées par des éléments idéologiques. Le Brexit est devenu l’emblème des souverainistes qui veulent la fin de l’UE et un retour pur et dur aux souverainetés nationales totales. A l’opposé, c’est aussi l’épouvantail des celles et ceux qui craignent que cette sortie du Royaume-Uni ne soit le catalyseur d’une lente implosion de l’Union européenne. On relèvera ainsi que la « dureté » des négociateurs européens constitue un message clair aux autres membres tentés par une sortie (on pense notamment aux pays d’Europe de l’Est).

Dans les mois qui viennent, le feuilleton Brexit va donc continuer d’alimenter la chronique. On en saura plus sur nombre de contentieux possibles : la pêche, le statut des travailleurs résidants, les « frontières » de l’Irlande du nord avec l’Éire, le statut de Gibraltar… Plus important encore, l’accord commercial et les règles de concurrence entre entreprises que négocierons les deux parties seront auscultés à la loupe de même que le montant définitif que Londres devra verser à Bruxelles en guise de compensation, une sorte de pension alimentaire payée en une fois.

12 ans de cour assidue, 45 ans de mariage et un divorce


Il n’est pas dit que la Grande- Bretagne fasse une bonne affaire avec le Brexit. Certes, son retrait de l’UE démontre que les peuples peuvent avoir le dernier mot (même si la campagne électorale fut marquée par nombre de mensonges de la part des pro-retrait). Mais on prendra la mesure du retournement de situation en se souvenant que le Royaume-Uni a longtemps attendu aux portes de la Communauté économique européenne (CEE), l’ancêtre de l’Union européenne. Candidat officiel en 1961, il a attendu le 1er janvier 1973 pour y faire son entrée avec l’Irlande et le Danemark. Douze ans de cour assidue et d’attente dus à l’intransigeance de la France qui ne voulait pas d’un membre susceptible de limiter le projet européen en simple zone de libre-échange. Quarante-cinq ans plus tard, le soupirant finalement agréé a donc décidé de reprendre sa liberté…
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lundi 3 juillet 2017

L’euro, ce survivant

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 juin 2017
Akram Belkaïd, Paris

Les pro-euros ont-ils gagné la bataille ? Un an après la décision des électeurs britanniques de faire sortir leur pays de l’Union européenne (UE), il semble bien que la monnaie unique ait repris des couleurs, et pas simplement sur le marché des changes où son appréciation face au dollar continue d’alimenter les analyses.

En début de semaine, lors de l’ouverture de la quatrième édition du forum annuel de la Banque centrale européenne à Sintra (Portugal), le président de l’institution monétaire Mario Draghi, a ainsi estimé que «les cris en faveur de la disparition de l’Union européenne et de l’euro sont désormais à peine plus audibles que des chuchotements». Autrement dit, l’euro est toujours là malgré les Cassandres qui annoncent régulièrement sa disparition prochaine.

L’erreur de Friedman

L’affaire n’est pas nouvelle. En 1996, le célèbre économiste américain Milton Friedman avait jugé impossible la naissance de l’euro. La suite lui a donné tort puisque la devise européenne est née en 1999 pour les transactions financières et en 2002 sous sa forme fiduciaire. L’inspirateur des politiques économiques néolibérales avait alors avancé des arguments qui sont encore repris aujourd’hui. Pour lui, une union monétaire était impossible sans une union politique. L’Europe n’ayant pas opté pour la voie fédérale et ses membres refusant d’harmoniser leurs politiques économiques, fiscales et budgétaires, la cohérence d’une monnaie commune lui paraissait bien fragile.

Le débat a été relancé en 2010 après la crise financière de 2008, avec la crise de la Grèce et les conséquences d’endettements publics trop importants de pays membres de la zone euro (Espagne, Irlande). La réponse institutionnelle de l’Europe paraissait trop faible et son manque de solidarité interne, matérialisé par l’extrême fermeté de l’Allemagne à l’égard d’Athènes, était pointé du doigt. Avec ces faiblesses structurelles, on a vu refleurir des analyses alarmistes à propos de l’inéluctable disparition de la monnaie unique. Le Brexit a donné encore plus d’arguments aux pessimistes d’autant que l’Union européenne n’a guère avancé dans la refonte de ses institutions. Les rivalités entre Etats perdurent et le cas du Luxembourg a mis en évidence la compétition fiscale féroce qui oppose les membres de l’Union économique et monétaire.

Et pourtant l’euro est toujours là. En mai dernier, le Front national dont la campagne électorale a été bâtie autour de l’abandon de cette monnaie n’a pu remporter l’élection présidentielle et a enregistré un score décevant (pour ses militants et responsables) lors des législatives un mois plus tard. Au-delà de l’attachement des Européens pour leur monnaie, comment expliquer une telle résistance de l’euro dans de telles faiblesses structurelles ? Il faut revenir à la formulation du constat prédictif pour trouver des éléments de réponse. On dit souvent que l’euro est menacé parce qu’il n’y a pas suffisamment d’«Europe politique». En réalité, ce qui permet à la monnaie unique de résister, c’est la volonté des dirigeants politiques de préserver le statu quo.

Volonté politique

D’une part, ces derniers ne veulent pas aller plus loin dans la convergence des politiques économiques, fiscales et budgétaires. Mais, dans le même temps, leurs efforts tendent à maintenir l’existence de la devise avec, en prime, le soutien déterminant de la Banque centrale européenne qui fait en sorte que les marchés gardent leur confiance à l’euro. Cela signifie que l’idée que les politiques ont perdu la main par rapport aux forces du marché est fausse. Dans un cadre théorique, comme l’a montré Friedman, l’euro aurait dû disparaître dès la première bourrasque. Cela n’a pas été le cas, parce que les gouvernements ont su œuvrer, parfois dans l’urgence, pour le défendre. Cela peut-il durer indéfiniment sans changement majeur dans la structure de l’Union européenne ? La réponse sera peut-être connue lors de la prochaine crise…

La chronique économique s’interrompt pour la période estivale. Elle reprendra le mercredi 6 septembre 2017. La chronique du blédard, elle, ne s’interrompt pas.
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jeudi 21 juillet 2016

La chronique du blédard : F comme fumier, F comme fripouille

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Le Quotidien d’Algérie, jeudi 14 juillet 2016
Akram Belkaïd, Paris

Qui peut dire qu’il a été surpris par les conclusions du rapport de Sir John Chilcot ? Personne n’ignore que Tony Blair, premier ministre « travailliste » en 2003, a engagé son pays dans une guerre illégitime et dévastatrice contre l’Irak. Un conflit motivé par de faux renseignements et par la volonté de l’ancien locataire du 10 Downing Street à Londres de suivre à n’importe quel prix le président américain George W. Bush. Blair a menti. Il a manipulé son opinion publique et a forcé son gouvernement et quelques 417 députés à le suivre dans cette sordide aventure dont la population irakienne paie encore le prix lourd.

A peine le rapport publié, les indignations ont été multiples y compris au sein de la presse britannique. Dans un contexte marqué par le vote favorable au Brexit (sortie du Royaume Uni de l’Union européenne), ce document et ses conclusions ont réveillé de vieilles polémiques. On s’est souvenu de Blair jouant le rôle du caniche docile de Bush. De Blair à la manœuvre pour aider son boss (son « mac » aurait-on envie d’écrire) à contourner la légalité internationale et à intervenir militairement en Irak sans l’aval du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU). On s’est souvenu de Blair portant un coup fatal à la cohésion de l’Europe en signifiant à ses pairs de l’UE que son pays ferait toujours passer en premier son alliance avec Washington. En un sens, on peut se demander si cet alignement aveugle n’était pas annonciateur de ce qui se passe aujourd’hui avec une Grande Bretagne qui risque de devenir le catalyseur de l’éclatement de l’UE.

Tout le monde est d’accord pour dire que Blair mérite d’être jugé. L’homme a exprimé des regrets et des excuses mais il a aussi affirmé qu’il prendrait la même décision aujourd’hui encore. Autrement dit, il persiste et signe et fait preuve d’arrogance. Cette arrogance, ce mépris de la vie d’autrui, qui ont conduit à la mort de plusieurs centaines de milliers d’Irakiens. Méprisant à l’égard d’un peuple jadis asservi par la Grande Bretagne, Blair a pensé qu’il suffisait d’une poignée d’hommes pour pacifier l’Irak à moindre frais. Cela en dit long sur ce que ce dirigeant, célébré hier comme le symbole de la « nouvelle gauche », la fameuse « troisième voie », est vraiment : un fumier.

Blair mérite d’être jugé et doit répondre des crimes qu’il a provoqués. Bien entendu, il ne faut pas être naïf. La Cour pénale internationale (CPI) et les autres juridictions comparables n’existent que pour exercer une « justice de blanc », une justice du plus fort qui ne vise pour l’essentiel que les dictateurs africains (les dirigeants serbes étant l’exception qui confirme la règle). Blair sait qu’il n’a rien à craindre parce que sa traduction devant un tribunal signifierait la remise en cause de l’ordre international géré par les plus forts. Il peut donc continuer, lui qui adore l’argent, à faire du business en conseillant des pays arabes, notamment ceux du Golfe. Des clients arrangeants à qui il ne viendra jamais l’idée de demander des comptes à cet assassin par procuration. Comme l’a écrit un journal anglais au lendemain de la publication du rapport Chilcot : Blair danse sur les tombes des victimes irakiennes.

On dira aussi qu’il n’est pas le seul à mériter l’opprobre. George W. Bush continue à peindre dans son ranch du Texas et on voit mal un juge quelconque aller le déranger dans sa retraite tranquille. On pourrait aussi espérer que ce soit tout le « Cuarteto de Las Azores », autrement dit le quatuor des Açores, qui soit traduit devant la justice internationale. C’était le 15 mars 2003. Dans l’archipel des Açores, le président américain rencontrait ses vassaux européens qui le suivirent dans l’invasion de l’Irak. Tony Blair, bien sûr, mais aussi l’espagnol José Maria Aznar et le portugais José Manuel Barroso. Blair, Aznar, Barroso, trois dirigeants européens qui ont fait voler en éclat l’idée d’une quelconque autonomie de l’Europe. Pourtant, en se rangeant à la position anti-guerre de la France et de l’Allemagne, ces trois compères auraient pu dissuader Bush de déclencher l’invasion de l’Irak (à ce moment-là, les soutiens de la « nouvelle Europe » à l’invasion, notamment celui de la toujours très atlantiste Pologne, n’auraient guère compté).

L’actualité est souvent affaire de coïncidences. Quelques jours après la publication du rapport Chilcot, on apprenait que José Manuel Barroso, qui a été président de la Commission européenne de novembre 2004 (un an et demi après la guerre en Irak, belle récompense !) à novembre 2014, venait d’être recruté par la Banque Goldman Sachs en tant que président non-exécutif basé à Londres pour gérer les questions liées au Brexit. La boucle est ainsi bouclée. L’argent, le réseau, le carnet d’adresse, le conflit d’intérêts, le mélange des genres. La fripouille… Comme l’a relevé le quotidien français Libération, « traître un jour, traître toujours ». Après avoir trahi l’Europe et ses idéaux en soutenant une guerre inique, voilà que Barroso se prépare donc à défendre les intérêts de la firme américaine contre l’Union européenne dans le cadre des négociations liées au Brexit. On reste sans voix devant cette indécence qui conforte l’idée que le monde n’est géré que par des coquins sans scrupules.
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vendredi 1 juillet 2016

La chronique du blédard : Foot, capitalisme et Brexit

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 30 juin 2016
Akram Belkaïd, Paris

Bill Shankly, le mythique entraîneur de Liverpool, connu pour sa fameuse phrase « le football n’est pas une affaire de vie ou de mort, c’est plus que cela » a aussi déclaré un jour que « le football est un sport simple rendu compliqué par les gens qui n’y connaissent rien. » J’ai repensé à cette déclaration en suivant le match entre l’Islande et l’Angleterre qui s’est terminé par la victoire surprise – et historique - des « Strákarnir okkar » (nos garçons) et par l’élimination honteuse – et tout aussi historique – de « The Three Lions » (les trois lions).

Un sport simple donc qui consiste à marquer plus de buts que l’adversaire ou, c’est selon, à faire en sorte d’en encaisser moins que lui. Le reste n’est que littérature et prise de tête tactique et statistique. Ceux qui suivent le foot de près auront d’ailleurs remarqué l’inflation des chiffres dans l’analyse de telle ou telle rencontre (« machin a couru huit kilomètres », « l’autre a franchi quinze fois la ligne médiane balle au pied »,…). Ils auront aussi remarqué la précision poussée à l’extrême dans la description des schémas tactiques : 4-1-3-2 ou alors 4-3-1-2, ou bien, comme j’ai pu l’entendre dans la bouche d’un ancien international français devenu « consultant » : « un dispositif en losange qui va évoluer en 4-3-2-1 au fil du match… ». Du bla-bla stérile dont l’origine vient des Etats-Unis où la somnolence provoquée par les matchs de base-ball a donné naissance à une foule de statistiques destinées à donner un peu de densité aux articles sportifs (et à faire engranger quelques bénéfices aux entreprises spécialisées dans la collecte de ce genre de données inutiles).

Cela me rappelle une partie que nous avions disputée au stade de Ben Aknoun sur les hauteurs d’Alger. Notre professeur d’éducation physique – ce devait être en classe de Première, année passée à jouer au football et au basket-ball  et à écouter de la musique – nous avait réunis en cercle au bord d’un terrain en tuf raviné par la pluie. Ardoise et craie à la main, il avait entrepris d’expliquer le schéma de jeu qu’il voulait nous voir appliquer. Au bout de dix minutes d’explications aussi assommantes que confuses, et comme il était à peine plus âgé que ses élèves, l’un d’entre nous a eu cette phrase qui est restée les mémoires : « M’ssieur, on s’en fout d’ça !Pose le ballon au centre et laisse-nous jouer !».

Si les Islandais ont gagné, c’est parce qu’ils le voulaient plus que leurs adversaires. Ils ont utilisé leurs arguments : une défense de fer, deux lignes de joueurs soudées, un pressing permanent sur l’adversaire et l’usage offensif de la touche. Arrêtons-nous un instant sur ce geste de remise en jeu d’un ballon qui vient de sortir. Il est toujours étonnant de voir des joueurs internationaux le rater ou de ne pas savoir quoi faire de la balle quand elle est dans leurs mains et derrière leur tête. Le défunt Johann Cruyff disait qu’une passe en arrière est le commencement d’un but. Les Islandais viennent de rappeler que cela vaut aussi pour une touche et qu’il n’est nul besoin de la remplacer par une remise en jeu au pied (un projet de modification du règlement qui revient régulièrement à la surface) pour améliorer le caractère offensif d’un match.

Si les Anglais ont perdu, c’est parce qu’ils sont rentrés sur le terrain en se voyant déjà en quart de finale. C’est aussi parce qu’une bonne partie d’entre eux était épuisée après une saison aussi longue qu’un jour de jeûne en juin à Reykjavik. Enfin, comme l’a écrit l’affreux Joe Barton (un ancien joueur anglais) dans le quotidien L’Equipe, c’est aussi parce que leur entraîneur, comme nombre de ses pairs anglais, n’a absolument pas le niveau exigé pour une telle compétition. Et cela vaut aussi pour nombre de joueurs de cette équipe. Le paradoxe est le suivant : le championnat de football anglais, la « Premier League » est présenté comme le meilleur au monde. Il y a débat sur ce point mais ce qui est sûr c’est que c’est aussi le plus riche et celui qui attire le plus de talents étrangers. Grâce à des droits de retransmission télévisée plus que conséquents, des clubs de bas de tableau ont bien plus de moyens que de grandes formations françaises ou italiennes et peuvent donc « acheter » n’importe quel joueur continental.

L’effet pervers de cette situation est que les jeunes joueurs anglais ont du mal à percer. Il n’est pas rare lors d’une compétition de la « Premier League » d’avoir vingt-deux joueurs étrangers sur le terrain. Cela vaut aussi pour les entraîneurs. Pendant la saison qui va débuter dans quelques semaines (eh oui, madame, le foot à la télé, ça ne s’arrête presque jamais…), il ne sera question que de Guardiola, Mourinho ou Wenger pour ne nommer que les plus connus. Le football anglais est donc riche et pauvre à la fois. Mais les choses risquent de changer.

Avec l’élimination de l’Angleterre, les commentateurs et les réseaux sociaux s’en sont donnés à cœur joie sur le thème du « second Brexit ». Après le vote en faveur de la sortie de l’Union européenne suivait donc la sortie de l’euro de football. Ce Brexit, quand il va se concrétiser, aura des conséquences sur le football anglais. Le Royaume-Uni n’étant plus concerné par la libre-circulation des travailleurs européens, les joueurs continentaux devront obtenir des permis de travail et on peut penser que leur nombre va diminuer. Cela affectera certainement la qualité du spectacle mais cela donnera leur chance aux joueurs du cru.

Et il faut se garder de penser que le public anglais sera mécontent. En effet, nombre de fans ont déserté depuis longtemps les gradins de la Premier League, mécontents des prix pratiqués et de l’aseptisation des ambiances avec ces cohortes de touristes, notamment asiatiques, qui paient leurs places au prix fort et qui suivent sagement la rencontre en la filmant avec leur tablette. Les fans anglais suivent désormais les rencontres de divisions inférieures où les joueurs locaux sont plus nombreux (et où le « kick and rush » continue d’être la règle). On a beaucoup parlé des causes du succès du vote en faveur du Brexit, et parmi elles l’aggravation du sentiment anti-immigration. A cela, il faudrait ajouter le courroux de milliers de supporters convaincus d’avoir été dépossédés de leur football au profit d’une vision ultra-mercantile de ce sport. Et comme c’est souvent le cas dans ce genre de contexte, ce n’est pas la critique de ce système capitaliste débridé qui est faite (on en est arrivés au point où les corps de certains joueurs sont parfois considérés comme des « sociétés » dont les parts sont détenues par des investisseurs). Au contraire,  c’est malheureusement la tentation xénophobe et du repli sur soi qui prévaut.
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