Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 17 mai 2021

De l’usage du terme « tsahal » à Radio France (et ailleurs, presse algérienne comprise)

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En 2007, Radio France distribuait un « Micro-guide » à l’ensemble de ses personnels appelés à passer à l’antenne, notamment les journalistes en charge des journaux. « Si Radio France est aussi une ‘‘ école de la République ’’, elle l’est d’abord par la qualité exemplaire du français qu’elle met sur les ondes », notaient les rédacteurs de ce livret et de conclure ainsi leur présentation : « Ceci nous oblige. Une vigilance individuelle et collective est nécessaire dans la mise en forme de nos informations. » 

Pourtant, il est quelques recommandations que nombre de journalistes, dont ceux de France Inter, semblent n’avoir jamais lues ou bien avoir très vite oubliées. Concernant « Tsahal », terme dont on use et abuse actuellement à l’antenne, le guide stipule ceci : « acronyme de tsa hagana léyisrael – armée de défense d’Israël [ce terme] a acquis une connotation familière synonyme d’attachement très fort pour les israéliens qui s’en servent comme on le fait d’un diminutif chargé d’affection dans le sens ‘‘notre armée’’. Conclusion : ne pas utiliser. » 

Bah si, c’est utilisé… Idem pour le « Gouvernement de Jérusalem », expression que le guide conseille d’éviter : « Il est exact que le Parlement israélien a fait de la ville la capitale ‘‘unifiée, éternelle et indivisible’’ de l’état d’Israël. Mais la communauté internationale n’a jamais reconnu cette décision. Périphrase pour périphrase, le ‘‘gouvernement de Tel Aviv’’ ne correspond à aucune réalité politique. Conclusion il est préférable de faire simple et exact et de parler du ‘‘Gouvernement israélien’’. »

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mardi 3 octobre 2017

Moteur de recherche

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Journaliste "old school", tu écrivais pour le lecteur (et certainement pas, ce fut ta première des bonnes leçons, pour tes sources). Aujourd'hui, tu composes avec le mystérieux moteur de recherche, ce monstre numérique tapi dans les limbes, prédateur vorace qui avale tout ce qui se publie...
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vendredi 7 avril 2017

De la vérité et de la forme de l'eau

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© Akram Belkaïd


"Un jour, je vis que mon ami avait mis sur le bord d'un puits une écuelle, une tasse, une théière, une boite à lait carrée, toutes pleines d'eau à ras bord, et qu'il les observait attentivement. 'Qu'est-ce que tu fais ?' je lui demandai. Et lui, à son tour, me posa une question : 'Quelle est la forme de l'eau ? - Mais l'eau n'a pas de forme ! dis-je en riant. Elle prend la forme qu'on lui donne."

Je pense souvent à ce passage d'un roman d'Andra Camilleri (La forme de l'eau, traduction de Serge Quadruppani) et je me dis, en tant que journaliste, que la vérité est comme l'eau. Elle prend la forme que l'on veut bien lui donner. Et que, finalement, ce qui compte le plus c'est l'ustensile dont on dispose pour cela...

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jeudi 10 janvier 2013

La Tunisie méritait mieux, mais rien n'est encore perdu!

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SlateAfrique, jeudi 10 janvier 2013

Le chroniqueur Akram Belkaïd invite les Tunisiens à ne pas tomber dans le défaitisme. Car, selon lui, ce n'était pas mieux avant.

Une foule près de la mosquée Al Fatah à Tunis le 2 novembre 2012. Reuters/Anis Mili
l'auteur
 
Deux ans bientôt depuis la chute de Ben Ali, de sa femme et de son clan… Et puis, quoi? Certains disent même pourquoi faire?
La déception est là, patente, désespérant la société tunisienne, apportant avec elle le constat auquel beaucoup pensent sans le dire clairement: n’était-ce pas mieux avant?
On le sait, les peuples sont versatiles. Ils oublient la peine et la douleur d’hier, dès lors que ce qu’ils vivent au quotidien leur paraît plus dur ou ne correspondant pas à ce qu’ils espéraient. Alors oui, il faut le dire et le répéter. Non, ce n’était pas mieux avant!

Les lendemains de la révolution

La Tunisie de Ben Ali, terre de peurs, de délations et d’affairisme déprédateur, fonçait droit dans le mur. Quelques années supplémentaires de règne et ce pays aurait connu un tout autre scénario. Plus terrible, plus sanglant. Le problème, c’est que les révolutions se jaugent trop souvent à l’aune de ses lendemains.
On connaît l’anecdote: au diplomate français qui lui demandait s’il pensait que la révolution française avait changé le cours de l’Histoire mondiale, le leader chinois Zhou Enlai aurait répondu qu’il était «encore trop tôt pour le dire».
C’est certain, le temps des événements historiques et celui des humains n’est pas le même. Mais, allez expliquer cela à celui ou celle dont la vie n’a pas changé. A celui ou celle dont les enfants, qu’ils soient diplômés ou non, sont toujours au chômage. Allez dire à celle qui commence à être importunée parce qu’elle ne porte pas le voile qu’elle vit les inévitables turbulences que provoque la chute d’une dictature.
Allez dire à ce couple poursuivi pour un baiser en public que tout cela finira bien par passer…

Une société civile en ébulition

La Tunisie est partagée, traversée par des sentiments contradictoires comme le relève si bien l’universitaire Kmar Bendana dans un texte récent.
Appréhension, colère, indignation mais aussi tentations de faire ami-ami avec ceux qui se comportent déjà comme les nouveaux maîtres de la Tunisie, renaissance à peine masquée des mafieux d’hier qui s’associent déjà avec les mafieux de demain
Est-ce que tout cela aurait pu être évité? Pas sûr. Toujours est-il que la Tunisie découvre qu’elle a une société civile, certes à peine naissante, mais, dynamique, déterminée, qui se bat, pied à pied.
Combats syndicaux, journalistes, ouvriers, étudiants et simples citoyens en lutte. Ce serait mentir et obscurcir à dessein le tableau que de dire que tout cela n’existe pas. On en parle peu, c’est tout. Les médias locaux un peu plus que leurs homologues occidentaux, si influents mais ô combien paresseux.
Entre des barbus qui s’excitent et des initiatives pour défendre un patrimoine artistique ou revendiquer une liberté chèrement acquise, on sait quel est le choix censé faire de l’audimat.
C’est de la Tunisie qui se bat, qui n’entend pas accepter que les islamistes d’Ennahda prennent la place, et les habitudes, de Ben Ali et sa clique, qu’il faut aussi parler. Qu’il faut aider. Mais où est donc passé l’enthousiasme des premiers temps ?
Ne parlons pas des Tunisiens, ils ont leurs problèmes. Mais du reste du monde. De cette Europe qui, désireuse de faire oublier ses accointances et ses lâchetés passées, avait tant promis en février 2011…

Un mot: militer!

Ce ne sera pas un long fleuve tranquille. Il est des épreuves que les peuples arabes ne pourront pas éviter et qu’ils ne font que retarder. La tentation islamiste risque fort d’être un passage obligé. Ce n’est pas une invention ou un simple complot organisé par quelques émirs bedonnants ou séniles du Golfe.
Elle repose sur des réalités sociales que personne ne peut nier. Mais cela ne doit pas empêcher de se battre. De faire de la politique au quotidien, d’œuvrer pour éduquer les masses (ah, que cette expression est devenue galvaudée alors qu’elle garde tout son sens), de défendre le progrès.
En un mot, de militer. Face aux tenants du discours religieux et de l’absolutisme, les choses ne seront pas faciles. De toutes les façons, il n’existe pas de simplicité en matière de mode d’évolution d’un pays et de sa société.
Le penseur et philosophe britannique Isaiah Berlin a ainsi expliqué que des idéaux nobles tels que la justice, la paix ou la liberté sont très souvent inconciliables entre eux. En clair, cela signifie qu’aucun ne peut triompher de manière absolue sans remettre en cause les autres. C’est donc une question d’équilibre à trouver. Cela concerne la politique mais aussi l’art de (bien gouverner) et le vouloir vivre ensemble.

La Tunisie méritait mieux

Comme l’Egypte, la Tunisie est un laboratoire. Le thème principal de l’expérimentation du moment étant de savoir si l’islamisme est soluble dans la démocratie ou, pour être plus précis, si l’islamisme est susceptible de mener à un système politique garantissant le droit aux droits fondamentaux.
Pour l’heure, les observateurs mais aussi les sujets observés (Les Tunisiens) penchent vers la négative. Intimidations, violences, tendance évidente au népotisme, voilà ce que charrie avec elle l’actualité tunisienne. Mais, il y a autre chose.
Pour résumer les propos d’un franco-tunisien installé à Paris mais très en prise avec son pays d’origine, «ce qui frappe le plus, c’est la médiocrité du débat politique».
Médiocrité, le terme ne plaira pas mais c’est bien de cela qu’il s’agit. Le gouvernement sous influence nahdhaouie, avant un hypothétique remaniement, n’impressionne guère et semble ignorer l’urgence des réformes économiques et sociales.
Quant aux députés de la Constituante, ils ont réussi à se mettre à dos une bonne partie de l’opinion publique. Débats qui s’éternisent, élections qui sont d’autant repoussées et pendant ce temps-là les indemnités tombent, sonnantes et trébuchantes…
La Tunisie ne va pas bien. Elle méritait mieux mais rien n’est encore perdu. La médiocrité de ses dirigeants du moment est certainement une menace.
Mais, en pariant sur l’intelligence des Tunisiens et leur volonté de changement, c’est peut-être aussi un motif d’espérance en vue des prochains rendez-vous électoraux.

Akram Belkaïd
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dimanche 30 octobre 2011

Pluies à Tunis

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Pluies sur Tunis. Ininterrompues depuis la nuit.
De quoi, peut-être ramener un peu plus de sérénité.
En attendant les prochaines joutes politiciennes.
Quant aux journalistes qui couvrent encore la situation politique, et dont je fais partie, ils sont tout simplement épuisés...
Il va falloir se refaire une santé et repartir à l'assaut des news, des interviews, des analyses et des micros-trottoir...
Quel métier...
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lundi 10 octobre 2011

La chronique du blédard : Quatre journalistes face aux mafias

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Souvent, l'obligation d'humilité s'impose au présent chroniqueur. Cela peut arriver à la lecture d'un article ou d'un reportage qui forcent l'admiration et renvoient l'écrivant-plumitif au statut, certes pas honteux, de lecteur subjugué et impressionné. Cela peut aussi arriver lorsque survient un événement inattendu que personne, et certainement pas la grande famille omnisciente de la presse, n'a été capable de prédire voire-même d'identifier à temps comme ce fut le cas avec le Printemps arabe ou la crise financière qui n'en finit pas d'ébranler le monde.

On peut être aussi forcé à l'humilité lorsque l'on se retrouve en face de personnes connues (intellectuels, écrivains, artistes,…) au parcours exceptionnel ou, à l'inverse, en face d'anonymes ayant enduré le pire tout en restant dignes et capables de se projeter au-delà de leur propre sort. Je pense notamment à ces harragas tunisiens qu'il m'arrive de rencontrer dans les rues de Paris et pour qui le risque d'être arrêtés et expulsés sans ménagement par la police française n'est rien en comparaison de ce que fut leur peur de mourir noyés au large de la Sicile.

Dans tous ces cas, on ressent la nécessité impérieuse de réfléchir à la manière dont on pratique son métier et l'on est aussi obligé, par décence, de relativiser ses propres soucis et insatisfactions. C'est ce que j'ai ressenti en fin de semaine dernière en assistant à une rencontre entre des journalistes et un large public composé notamment de lycéens enthousiastes (*). Que l'on se rassure, je n'entends pas m'engager dans ces longues digressions de journalistes qui se regardent le nombril en se demandant avec angoisse comment va évoluer leur profession, oubliant au passage de s'attarder sur le sort peu enviable de dizaines de milliers de pigistes-prolétaires qui courent le feuillet mal payé.

En fait, il s'agit pour moi d'évoquer quatre confrères dont la trajectoire parlera certainement à nombre de collègues algériens qui savent ce que cela signifie de risquer sa vie ou sa liberté en raison de ses écrits. L'Italien Lirio Abbate, les Russes Vladimir Ivanidze et Oleg Kachine ainsi que le Mexicain Alejandro Gutierrez ont ceci de commun qu'ils ont tous enquêté et écrit sur les agissements et crimes des mafias de leurs pays sans oublier les compromissions de leurs propres dirigeants politiques. Tous le payent chèrement. Abbate vit sous protection policière permanente et a échappé à un attentat à l'explosif. Kachine a été agressé et grièvement blessé en 2010 tandis qu'Ivanidze a été obligé de quitter la Russie. Quant à Gutierrez, menacé, il a été forcé de quitter en urgence Ciudad Juárez, ville mexicaine tristement célèbre pour les affrontements sanglants entre narcotrafiquants et les meurtres non-élucidés de dizaines de femmes. Pour ces enquêteurs qui paient de leur personne dans ce combat inégal, et souvent ingrat, il ne s'agit pas de jouer au Zorro ni de se prendre pour un super-héros, mais de « faire ce qui est juste et normal en témoignant » comme l'a si bien dit Oleg Kachine.

Mais témoigner pour quoi, pour qui ? me suis-je demandé en les écoutant parler de leur vie et de leur métier. Pour informer un lectorat blasé, convaincu qu'il n'y a pas grand-chose à faire contre l'emprise mafieuse ? Pour informer des opinions publiques trop souvent promptes à pardonner leurs crimes à des politiques notoirement compromis avec les mafias ? Des politiques qui peuvent bien être condamnés par la justice, ce qui ne les empêche pas de refaire un retour triomphal et d'être réélus… En Italie ou au Mexique, mais aussi en France, la « prime à la casserole » est une réalité qui peut pousser l'enquêteur à désespérer de son métier. Tant de risques pour rien… Mais le journaliste n'est pas un justicier. Son rôle est d'informer, pas de se substituer à la justice ou aux politiques à qui revient la charge de défendre les valeurs d'un pays.

« La Russie vit une situation d'occupation par la mafia », a expliqué Vladimir Ivanidze. Cette évocation d'un pays « envahi » par la mafia laquelle infiltre jour après jour les rouages et institutions de l'Etat parle d'elle-même. Lirio Abbate et Alejandro Gutierrez ont ainsi estimé qu'elle s'appliquait aussi à l'Italie et au Mexique. Comment alors ne pas penser à tous ces pays, notamment occidentaux mais aussi arabes, qui se croient à l'abri mais qui sont petit à petit gangrénés par l'argent sale. Complicité des milieux politiques mais aussi des milieux d'affaires – qui dit mafia dit blanchiment d'argent et donc banques complaisantes-permettent à l'hydre de s'étendre et de prendre un aspect respectable.

En écoutant ces quatre hommes, je me suis souvenu du propos d'un intellectuel français lors d'une séance de travail consacrée à la croyance. « Je crois en l'existence du diable ; d'un principe maléfique et d'une puissance active qui enrayent l'ordre normal des choses », avait-il expliqué. A regarder le monde, et l'expansion croissante des mafias, qu'elles soient russes, italiennes, mexicaines ou autres, on se dit que cet intellectuel n'a pas tort. Partout, l'argent de la drogue, des trafics d'humains, de la contrefaçon et de la contrebande d'armes, s'insère dans les circuits économiques, financiers mais aussi politiques et sociaux. Dans le même temps, la « face légale de la mafia », comprendre les politiciens mafieux, s'emploie à faire taire les journalistes qui enquêtent. Elle le fait par la violence, par le contrôle économique des médias ou par l'élaboration de lois qui restreignent la liberté d'expression.

Face aux mafias qui prospèrent, l'une des armes est la liberté de la presse. Faire adopter des législations restrictives qui permettent, entre autre, d'emprisonner un journaliste en raison de ses écrits, signifie donc que l'on permet délibérément aux mafias de prospérer. La question est simple. Qu'est-ce qu'un « délit de presse » si ce n'est la volonté des autorités politiques de faire taire la vérité et de se prémunir contre la publication d'informations gênantes ? Quand un pouvoir embastille les journalistes qui ont l'heur de lui déplaire, quand il écoute leurs conversations téléphoniques, quand il cherche à connaître leurs sources – en faisant appel aux services secrets , cela signifie alors que la porte est grande ouverte à toutes les dérives.

Cela signifie que les mafias sauront tôt ou tard, si elles ne le font pas déjà, tirer profit de ces atteintes à la liberté d'expression et au droit d'informer. Cela veut dire que c'est la démocratie et l'Etat de droit que l'on tue à petit feu. Le monde, et pas seulement la presse, a besoin de gens comme Abbate, Gutierrez, Ivanidze et Kachine. Ils sont une précieuse ligne de défense, fut-elle fragile, contre un mal qui ne cesse de s'étendre.

(*) Les Tribunes de la Presse, organisées par la Région Aquitaine et l'hebdomadaire Courrier International, Arcachon (du 30 septembre au 2 octobre 2011).


Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 octobre 2011
Akram Belkaïd, Paris