Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 11 janvier 2013

La chronique du blédard : Arabités numériques ou le monde arabe à l’heure du web

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 10 janvier 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Pour qui s’intéresse au monde arabe et aux événements qui l’ébranlent depuis deux ans, il faut lire l’excellent ouvrage dont il est question dans cette chronique (*). Son auteur, Yves Gonzalez-Quijano, universitaire-chercheur (il enseigne la littérature arabe contemporaine à l’université Lumière-Lyon II) et traducteur, s’est penché sur le lien, plus complexe qu’on ne le croit, entre le Printemps arabe et l’univers des technologies numériques. On le sait, la thèse selon laquelle internet a été à l’origine des révolutions, notamment en Tunisie et en Egypte, fait presque figure de vérité indiscutable. Et, comme le note l’auteur, « à force d’être récitée sous toutes les formes possibles, la belle histoire de la révolution arabe des réseaux sociaux a fini par s’enraciner dans les esprits au point de faire oublier toute prudence ». Certes, il est évident que les soulèvements arabes n’auraient pas évolué de la même façon sans internet, les blogs, Facebook, Twitter, Youtube et autres téléphones portables. Mais, tout l’intérêt de ce livre stimulant est de prendre de la distance avec les idées reçues et d’examiner l’impact réel des nouvelles technologies numériques sur le monde arabe, son identité et son évolution qu’elle soit politique, religieuse ou sociétale.
 
Les racines numériques du printemps arabe
 
Yves Gonzalez-Quijano rappelle d’abord que la politique et la contestation des régimes sont apparues sur internet bien avant le Printemps arabe. D’ailleurs, son ouvrage est, entre autre, un hommage implicite à nombre de pionniers arabes du cyber-activisme dont on découvre l’engagement et l’apport au fil des pages. Blogueurs, journalistes, militants des droits de l’homme, cyberdissidents, ils ont tous défié la censure et l’autoritarisme à l’image du défunt Zouhair Yahyaoui qui, sous le pseudonyme« Ettounsi », a été l’un des premiers pourfendeurs du régime de Ben Ali au début des années 2000. Une période charnière puisqu’elle a connu l’irruption sur internet des blogueurs, des jeunes, des islamistes et des militants politiques traditionnels. L’auteur relève ainsi que « de nouveaux sujets sont apparus, d’autres formes d’écriture associées à des ressources documentaires inédites » tandis que le « rapport aux autres membres de la ‘communauté’ a changé également avec le développement d’interactions presque inconnues de la communication traditionnelle ».
 
En matière de cyber-activisme, les années 2000 ont été marquées par la répression, l’agitation mais aussi l’échec et l’anonymat. Une répression menée par les autorités qui censuraient et persécutaient les activistes. Et même si ces derniers avaient du mal à passer de la contestation sur le net à l’action concrète, il n’en demeure pas moins que l’ébullition était réelle. C’est ce que montre l’auteur qui cite notamment la campagne Yezzi Fock (2005) et l’émergence du collectif Nawat en Tunisie, les mouvements Kefaya (ça suffit) et du 6 avril 2008 en Egypte de même que l’émergence de blogueurs influents en Syrie, à Bahreïn et en Arabie Saoudite. Quant à l’anonymat, il résidait dans le fait que l’Occident ne s’intéressait guère à ces mouvements. Pire, il a longtemps eu tendance à voir dans le web arabe une source de menaces. De fait, Yves Gonzalez-Quijano rappelle qu’« avant le Printemps arabe, la Toile était perçue comme le territoire inquiétant du terrorisme international ». Une prévention à laquelle s’ajoutait « la conviction que l’internet arabe avait encore devant lui un très long chemin à parcourir avant de pouvoir exister de plein droit et de contribuer au changement ». Et l’auteur de relever ce paradoxe résidant dans « cette peur d’un islam extrémiste capable de dompter les flux électroniques pour déclencher la ‘guerre des civilisations’ ».Cela alors que cette crainte (exagérée) s’accompagnait souvent « d’un jugement volontiers méprisant sur les capacités des sociétés concernées à tirer profit des avancées techniques ».
 
Le revers controversé d’une belle histoire
 
Un chapitre du livre examine comment et pourquoi internet et les réseaux sociaux ont aidé à la réussite des soulèvements arabes, notamment en Tunisie et en Egypte. Une contribution certainement décisive qui renforce le camp des « cyber-optimistes », c'est-à-dire celles et ceux qui, en gros, pensent qu’Internet peut tout faire y compris les révolutions (on pardonnera au présent chroniqueur l’aspect lapidaire de cette assertion…). L’auteur rappelle à ce sujet le triple impact libérateur des nouvelles technologies de la communication : prise de parole et mobilisation, puis coordination et organisation et, enfin, documentation et promotion. Ce qui, dans le cas du Printemps arabe, peut se résumer par le triptyque suivant :« Facebook pour planifier les manifestations, Twitter pour les coordonner et Youtube pour les dire au monde ». Au passage, Yves Gonzalez-Quijano examine quelques faits singuliers de cette histoire : pourquoi des régimes dictatoriaux ont-ils accepté – voire favorisé- le développement chez eux de technologies et de ressources numériques susceptibles à terme de les déstabiliser ? Ouvrir ou fermer, c’est-là, rappelle l’auteur, le fameux« dilemme du dictateur » énoncé en 1993 par le chercheur Christofer Kedzie. Autre question abordée dans le livre, pourquoi ces mêmes régimes n’ont-ils pas « coupé » ou « éteint » internet dès les premiers temps de la contestation (ce dont ne se prive pas aujourd’hui le régime d’Assad en Syrie) ?
 
Mais, l’un des intérêts majeur du livre, réside dans le chapitre qui suit et qui est consacré au « côté obscur de la force »,c'est-à-dire les aspects dérangeants de la belle histoire du web et du Printemps arabe. Yves Gonzalez-Quijano rappelle ainsi que la cyber-politique menée par les Etats-Unis et leurs alliés dans le monde arabe ne relève pas uniquement des élucubrations des adeptes de la théorie du complot. Oui, explique-t-il, de nombreux cyber-activistes arabes ont bénéficié – et bénéficient encore – du soutien de l’Occident et cela au risque de leur faire perdre toute crédibilité. L’auteur note que « l’euphorie suscitée par la chute de deux vieux présidents (Ben Ali et Moubarak, ndc) aussi autoritaires que détestés avait permis de passer sur certains aspects un peu sulfureux, à commencer par les aides accordées par les instruments officiels de la diplomatie nord-américaine, et leurs relais auprès de gouvernements occidentaux pour ne rien dire du travail de certaines ONG et autres grandes sociétés informatiques ».
 
Financements généreux, séances de formation, mise en relation avec d’autres cyber-activistes proches de l’Occident (notamment ceux de l’organisation Otpor qui avait contribué à la chute de Milosevic), rôle ambigu des grandes multinationales du Web à l’image de Google ou de Twitter, voilà autant d’éléments dérangeants qui interrogent la crédibilité de nombre de cyber-activistes arabes. Des contestataires « prêts à se révolter avec un immense courage contre l’injustice », à l’image du blogueur égyptien Wael Ghonim, mais, et c’est peut-être ce qui fonde l’intérêt des Etats-Unis pour eux, « pas nécessairement au prix de ruptures dans l’univers des relations économiques ». Et c’est peu dire que nombre de ces web-activistes n’ont pas toujours été très vigilants quant à certains de leurs soutiens extérieurs. Dans le livre, on lira donc avec attention les passages consacrés à Jared Cohen qui, à 23 ans, a effectué au milieu des années 2000, un périple au Proche-Orient avant d’en tirer un livre mettant en avant « les effets révolutionnaires de l’essor du numérique » dans cette région. Devenu membre de l’équipe de Condoleeza Rice puis d’Hillary Clinton, il a ensuite quitté le Département d’Etat pour rejoindre Google. Son implication personnelle dans les manifestations iraniennes de 2009 puis durant les révoltes arabes mettent en exergue une part de l’influence étasunienne dans ces événements. Une influence, rappelle Yves Gonzalez-Quijano, contre laquelle des blogueurs arabes avaient pourtant mis en garde. Parmi eux, le Tunisien Sami Ben Gharbia, l’un des fondateurs du collectif Nawaat et auteur, en septembre 2010, d’un manifeste ayant fait date. Pour lui, le soutien américain au cyber-activisme arabe est à la fois porteur de fausses promesses de liberté tout en étant responsable d’une évolution négative de ce type de contestation et d’engagement à travers une« politisation à outrance» et une « perte de crédibilité ».
 
De façon générale, on comprend à la lecture du livre, que le monde arabe est un excellent cas d’étude pour ce qui est de juger de l’apport ou non d’Internet dans les transformations politiques où que l’on soit dans le monde. Le problème, c’est que la vision optimiste a tendance à toujours prendre le pas alors qu’il existe un courant de pensée, le « cyber-pessimisme »,qui met en garde contre une exagération des bienfaits de la Toile. Des chercheurs comme Evgeny Morozov et Malcomm Gladwell sont catégoriques :« pour renverser un régime corrompu, un libre accès à l’information n’est ni nécessaire, ni même important ». En clair, « la révolution ne sera pas twittée » et ce n’est pas le « cliquisme » (le fait de se contenter de cliquer sur son ordinateur plutôt que de passer à l’action concrète) qui changera les choses.
 
Nouvelles identités arabes et résurgence de la Nahda
 
Le livre d’Yves Gonzalez-Quijano met en exergue d’autres impacts d’internet sur le monde arabe. Ainsi, le web est-il directement lié à l’émergence d’un « islam à la carte » et d’une individualisation des pratiques religieuses. C’est aussi un champ d’expansion de la langue arabe. Comme le note l’auteur, cette dernière « s’est hissée devant le français, à la septième place en termes d’usagers sur la Toile, avec le plus fort taux de croissance entre 2000 et 2011 (+2500%) loin devant toutes les autres langues ». L’arabe a réalisé « la plus forte progression parmi toutes les langues présentes sur Twitter », pointant au huitième rang de cette micro-messagerie devenue le réseau social préféré des Arabes du Golfe et du Proche-Orient. De même, cette langue est-elle en train d’évoluer, de se simplifier sur le plan de la grammaire et elle connaît même une étrange mutation avec l’émergence de « l’arabizi », cette écriture de l’arabe en caractères latins et en chiffres que l’on retrouve désormais dans maints forums de discussion.
 
Contestation politique, activisme social, réinvention d’anciennes formes d’écriture, résurgence de la poésie et de la littérature, interrogations sur l’identité et les relations sociales, remise en cause du rapport à l’autorité : le monde arabe s’est saisi de tout cela grâce aux technologies numériques. Cela fonde, estime l’auteur, de « nouvelles identités arabes » qui « prolongent d’une certaine manière un processus entamé à partir de la seconde moitié du XIX siècle » à savoir laNahda (Renaissance, réveil ou redressement). Les blogs, les forums, les groupes Facebook, les tweets, tout cela permettrait, selon Yves Gonzalez-Quijano , l’ihyâ’ et l’iqtibâs, c'est-à-dire la revivification et l’emprunt, soit deux mots d’ordre majeurs de la Nahda XIX° siècle. L’hypothèse est séduisante mais elle mérite de plus longs développements. Internet est-il un facteur de progrès et d’émancipation durables dans le monde arabe ? Contribue-t-il à la modernisation de la pensée, notamment religieuse ? Ces questions restent posée car la Toile, dans cette région du globe comme ailleurs, est aussi synonyme d’acculturation voire d’aliénation sans oublier le fait qu’elle continue de favoriser l’essor et la diffusion des pensées les plus rétrogrades.
 
(*) Yves Gonzalez-Quijano, Arabités numériques. Le Printemps du Web arabe, Sindbad – Actes Sud, 187 pages, 18 euros. On peut consulter le carnet de recherche en ligne de l’auteur (Culture et politique arabes) à l’adresse suivante : http://cpa.hypotheses.org/


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mardi 25 septembre 2012

La chronique du blédard : Le Raffinement de l'Or : un cheikh égyptien à Paris

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 20 septembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Au printemps 1826, débarque à Marseille la première mission d’acquisition du savoir (aujourd’hui, on parlerait de mise à niveau) envoyée en France par Muhammad Ali, pacha d’Egypte et bâtisseur du premier Etat moderne égyptien. Parmi ses quarante-quatre membres, figure un jeune érudit, le cheikh Rifầ̀̀‘a at-Tahtâwî (1801-1873) qui deviendra l’une des figures du mouvement de Renaissance arabe, la Nahda, du dix-neuvième siècle. Formé à l’université d’al-Azhar, Tahtâwî va suivre à la lettre l’une des recommandations de son maître Hasan al-‘Attar (théologien et recteur d’al-Azhar qui fut lui aussi un grand voyageur et un pionnier de la Nahda) en mettant par écrit ses observations et enseignements engrangés durant cinq années à Paris.

Cela donnera un ouvrage précieux et devancier dans le dialogue et la perception mutuelle entre monde arabo-islamique et Occident. Il s’agit de « Takhlîs al-ibrîz fi talkhîs Bâriz » soit « Le raffinement de l’or : abrégé de Paris », que les éditions Actes Sud viennent de rééditer (1). L’or, car Tahtâwî, tel un orpailleur obstiné, y passe au tamis tout ce qu’il a appris, lu, entendu et traduit durant un séjour parisien où il a rencontré de grands savants et érudits français dont certains avaient participé à l’expédition de Bonaparte en Egypte.

Sachant d’où il vient et qui il est, ayant en tête le célèbre hadith qui incite à chercher la science « fut-ce en Chine », Tahtâwî n’a aucun complexe à se confronter à un monde différent du sien. Un monde ayant pris une grande avance scientifique, technologique, financière et même artistique, ce que constate et regrette le cheikh. Il note que « les pays islamiques ont excellé dans les sciences juridico-religieuses, dans leur application, et dans les sciences rationnelles, mais ont négligé la totalité des sciences profanes ; ils ont ainsi recours aux pays étrangers afin d’apprendre ce qu’ils ignorent et d’acquérir ce qu’ils ne savent pas fabriquer ». Et, évoquant sa relation de voyage, Tahtâwî explique qu’il la « chargée d’exhorter les foyers de l’Islam à rechercher les sciences étrangères, les arts et les métiers, car il est établi et notoire que tout cela existe à l’état de perfection chez les Francs. Or c’est la vérité seule qui doit être suivie. » Et de conclure : « Par Dieu, durant mon séjour dans ce pays-là, à le voir jouir de toutes ces choses tandis que les royaumes de l’Islam en sont dépourvus, j’éprouvais un regret perpétuel. » Un propos d’une étonnante actualité…

Le livre n’est pas à proprement parler un guide de voyage. Divisé en six essais, il esquisse le parcours de Tahtâwî : enseignement intensif, apprentissage de la langue française qu’il possèdera au point de traduire une douzaine de livres pendant son séjour sans compter les articles de presse et les brochures diverses. Astronomie, géographie, rhétorique, logique et grammaire, cet étudiant brillant va forcer l’admiration de ses interlocuteurs parisiens et pleinement satisfaire les attentes du « Maître des Faveurs » (Muhammad Ali) – qui lui confiera à son retour plusieurs projets de réforme ainsi que la direction d’écoles d’administration et de langue.

Avec rectitude, parfois avec ironie, mais toujours avec respect, Tahtâwî observe et « dissèque » les Parisiens qu’il assimile parfois trop vite aux Français mais qu’il trouve accueillants et aimables à l’égard de l’étranger ( !). Outre « la curiosité, la passion pour les nouveautés et l’amour du changement » et leur attrait pour la mode, il note leur « habilité et leur agilité » mais aussi leur tempérament marqué par « la frivolité et l’humeur versatile ». Il salue aussi leur « penchant naturel pour l’acquisition du savoir » quelle que soit leur condition et leur amour pour le « spectacle » (théâtre, danse) dont il saisit le caractère esthétique et artistique cela sans oublier l’importance que revêt pour eux l’hygiène et le bon entretien de leur ville, y compris en hiver. Concernant les femmes, l’auteur – qui ne cache pas avoir lu quelques auteurs libertins - est d’abord lapidaire et relève que « les Français ne conçoivent aucun soupçon à l’endroit de leurs femmes, bien qu’elles fautent souvent et les bernent ». Mais, quelques pages plus loin, il rend hommage à l’égalité qui prévaut entre les deux sexes en matière de savoir et de sciences. S’adressant au lecteur, il écrit « ainsi, tu vois que la maxime qui prétend que la ‘beauté de l’homme c’est sa raison ; la beauté de la femme c’est sa langue’ ne convient pas à ce pays, où l’on s’enquiert de la raison de la femme, de son esprit, de son intelligence et de son savoir. »

Même s’il évite soigneusement de passer pour un hérétique aux yeux de lecteurs qui seraient intransigeants en matière de dogme islamique (notamment en ce qui concerne certaines questions philosophiques et scientifiques qu’il évoque), Tahtâwî ne craint pas d’aborder les questions politiques en résumant les multiples crises vécues par la monarchie des Bourbons. Il note : « Tu vois donc clairement que le roi de France n’est pas un maître absolu, et que la politique française est une loi restrictive, de telle sorte que le gouverneur est le roi, à condition qu’il agisse selon la teneur des lois qu’agréent les membres des divans (ministres et députés, ndc) ».

C’est à propos de ces lois que Tahtâwî émet un avis que nombre de musulmans d’aujourd’hui devraient méditer (on pense notamment aux actuels rédacteurs de la nouvelle Constitution tunisienne). Il note ainsi que la plupart d’entre elles « ne se trouvent pas dans le Livre de Dieu le Très-Haut, ni dans la Tradition de son Prophète – sur lui soient la bénédiction et le salut ». Mais, estime-t-il, le fait de les présenter au lecteur a pour but qu’il sache comment les Français « ont jugé que la justice et l’équité constituent des facteurs de la civilisation des royaumes, du repos des hommes, et comment gouverneurs et sujets s’y sont conformés, à tel point que leur pays a prospéré, leurs connaissances se sont multipliées, leurs richesses accumulées et leurs cœurs apaisés ». Et de préciser : « Tu ne les entends jamais se plaindre d’injustice. La justice est le fondement de la prospérité. »

On s’amusera donc à comparer les observations de Tahtâwî avec ce qu’il en est aujourd’hui de la France, de Paris, de ses habitants et de son système politique. Mais la lecture de l’Or de Paris est aussi une plongée stimulante en érudition. Celle de Tahtâwi bien sûr qui multiplie les analogies savantes et les références à des auteurs, qu’ils soient théologiens ou poètes. Mais aussi celle du traducteur Anouar Louca (1927-2003), dont la présentation et les notes ouvrent des centaines de nouvelles portes et incitent à encore plus de lecture tout en restituant l’extraordinaire foisonnement intellectuel et créatif de cette époque. Loin du fracas marchand des rentrées littéraires, voici un ouvrage susceptible d’accompagner le lecteur dans une quête destinée non seulement à mieux connaître le legs de la Nahda mais aussi à regarder d’une autre manière les enjeux contemporains, notamment ceux liés à la maîtrise de la modernité par les Arabes.

(1) L’Or de Paris, relation de voyage (1826-1831), traduit de l’arabe et présenté par Anouar Louca, 342 pages, 29 euros.

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