Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 26 février 2013

DRS par-ci, DRS par-là…

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C’est un sujet de conversation incontournable. Les Algériens en parlent depuis toujours y compris lorsqu’elle s’appelait Sécurité militaire ou SM. Ils n’ont pas attendu pour cela qu’un ancien cadre de la Sonatrach adresse une lettre au général Toufik pour lui demander de faire toute la lumière sur les affaires de corruption entachant la compagnie pétrolière algérienne. Dans toutes les discussions à propos du pays et de sa situation politique, l’acronyme DRS (pour Département du renseignement et de la sécurité, c'est-à-dire les services de renseignements algériens, revient donc en boucle. Impossible d’y échapper y compris lorsque ce type de discussion a lieu à l’étranger. Bref, le DRS est incontournable au point que cela vire parfois à l’obsession. Un exemple ? L’affaire d’In Amenas, c'est-à-dire l’attaque d’un site gazier dans le sud algérien et la prise d’otage (et l’execution) de plusieurs ressortissants étrangers en janvier dernier. A entendre certains acteurs de la vie politique algérienne mais aussi des « experts » et autres « spécialistes » de l’Algérie, cette attaque et cette prise d’otages serait le fait du DRS et de personne d’autre…

Cette accusation traduit à quel point les opposants au pouvoir algérien réel mais aussi ses contempteurs de l’étranger sont obsédés par le DRS. Clarifions le propos. Il n’entre pas dans mes intentions de défendre le DRS qui, de toutes les façons, n’a besoin de personne pour cela. L’idée est juste de dire que, parfois, la critique rationnelle voire la mise en cause nécessaire cède le pas à l’obsession irrationnelle, complotiste et contre-productive. Comme l’a si bien écrit le journaliste algérien Khaled Ziri, pour la majorité des Algériens, l’attaque de cette usine gazière est surtout un immense échec pour l’Algérie et ses services de sécurité. Dire le contraire, en faisant porter la responsabilité de l’attaque au DRS, c’est donc minimiser cet échec. C’est empêcher de se poser les bonnes questions sur l'incapacité de l’Algérie à prévenir ce genre d’action criminelle. C’est aussi offrir au pouvoir algérien une sorte d’aura, certes sombre mais une aura quand même, puisqu’il serait capable d’organiser une telle opération machiavélique. En réalité, la vraie question, celle que l’on ne doit pas cesser de poser, est la suivante : comment une telle attaque a-t-elle bien pu se dérouler ? En bref, et au risque de faire bondir : accuser le DRS d’avoir mené l’attaque d’In Amenas ce n’est ni plus ni moins que le renforcer en lui prêtant mille et un pouvoirs maléfiques. Oderint, dum metuant : Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent…

Mais les accusateurs du DRS n’en démordent pas. Pour eux, ce sont les "services" et rien d’autre. Quand, avec patience, on leur demande d’expliquer pour quel bénéfice une telle opération aurait été montée, la réponse fuse : « pour obtenir le soutien de l’Occident et de la France » et « pour justifier la participation indirecte de l’Algérie à la guerre dans le Mali ». Ah tiens ? Comme si le soutien occidental à l’Algérie n’était pas garanti depuis déjà une vingtaine d’année, et cela avant, pendant et après la sale guerre. Et comme si le pouvoir algérien avait besoin de se justifier auprès de son opinion publique à propos de son soutien (tiède) à la guerre dans le nord du Mali.

Plus important encore, ceux qui accusent le DRS font mine d’oublier à quel point cette opération a été dévastatrice pour le pouvoir algérien et ce qu’il faut considérer comme étant sa sève vitale, comprendre le système de gestion des hydrocarbures. Dès le lendemain du drame, des compagnies pétrolières occidentales ont plié bagage tandis que les primes d’assurance montaient en flèche. Les hydrocarbures, on le sait, sont le cœur du pouvoir algérien. Sans eux, pas de rente, pas de redistribution et, bien sûr, pas d’enrichissement. De tous temps, le régime a bâti ses diverses stratégies en respectant au moins cette règle : être un fournisseur fiable de l’Europe en matière d’approvisionnements gaziers et pétroliers. En clair, être le meilleur partenaire possible en ce qui concerne la sécurité énergétique européenne. L’attaque du site de Teguentourine a écorné cette image et pousse aujourd’hui les autorités européennes à multiplier les réflexions prospectives quant à une possible interruption des livraisons de gaz algérien. Des acteurs comme le russe Gazprom ou le Qatar s’en frottent les mains car ce genre d’événement renforce leur position en tant que fournisseurs incontournables de l’Europe. Le DRS aurait donc scié la branche sur laquelle le système algérien est assis depuis cinquante ans ? Soyons sérieux.

Bien sûr, l’Algérie a une longue histoire de manipulations et de coups tordus derrière elle. Les accusateurs du DRS ont donc beau jeu, quand ils acceptent de relativiser leur propos tout en disant que cela pourrait être une manipulation ayant mal tourné. Mais là, encore une fois, il faut rappeler que le système algérien, dont le DRS est la colonne vertébrale, n’a jamais joué, ni de près ni de loin, avec les hydrocarbures. Jamais au grand jamais y compris dans les moments où il était le plus vulnérable aux critiques et pressions de la communauté internationale. Et ce n’est pas être un suppôt du pouvoir en place à Alger ou un dangereux naïf que de l’écrire. Ceci étant, on est libre de tout mettre sur le dos du DRS algérien, y compris le réchauffement climatique et la vague d’intempéries qui frappe actuellement le Maghreb central…
Akram Belkaïd
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lundi 21 janvier 2013

L’Algérie, les Etrangers et la décennie noire

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Comme relevé dans un post précédent, les critiques des capitales occidentales (certes, critiques vite remisées au nom d’une raison pétrolière qui ne dit pas son nom) ainsi que de nombres de médias français (lesquels persistent) à propos des conditions de l’assaut des forces spéciales algériennes ont généré une réaction nationaliste en retour. Dans la liste des arguments censés faire comprendre aux étrangers qu’ils n’ont pas à se mêler des affaires algériennes, s’en trouve un qui revient de manière récurrente : « où étaient ces étrangers durant les années 1990 quand l’Algérie était à feu et à sang ? ». C’est d’ailleurs ce même argument que l’on a entendu durant l’année 2011 quand on prenait le risque de critiquer la relative indifférence de nombre d’Algériens durant les événements du Printemps arabe. Examinons donc cette interrogation. Elle reproche aux capitales étrangères d’avoir laissé les Algériens seuls face à la violence. De manière implicite, elle s’adresse aussi aux peuples étrangers qui seraient donc coupables de non-assistance à Algériens en danger.

Il serait peut-être de réaliser que ce reproche ne veut rien dire. D’abord, d’une façon générale, tous les peuples sont seuls face aux drames qui les assaillent. C’est ainsi. Les Algériens peuvent bien dire qu’ils étaient seuls durant la « décennie noire » mais que diraient alors les Palestiniens ? Et les Syriens aujourd’hui ? Ou même les Yéménites qui vivent actuellement une grave crise qui n’impressionne guère le reste du monde arabe ? Revenons aux Palestiniens mais aussi aux Libanais. Qui se souvient, par exemple, que les Algériens dansaient dans la rue un jour de juin 1982 – c’était pendant la Coupe du monde de football en Espagne après la fameuse victoire contre la RFA – quand l’armée israélienne déferlait sur le Liban ? Oui, les peuples sont toujours seuls et la solidarité à leur égard n’est jamais suffisante quand ils sont dans le malheur.

Ensuite, il faut se poser la question suivante. Qu’aurait-on voulu que ces étrangers fassent ? Qu’ils interviennent dans nos affaires ? Pour s’en mordre les doigts ensuite, comme ce fut le cas de la communauté de Sant’Egidio qui avait tenté de contribuer à une issue politique à la crise algérienne ? Dans un pays travaillé au corps par un nationalisme exacerbé à propos de la souveraineté nationale, il est étrange de lire ou d’entendre de tels reproches. De plus, on feint d’oublier que le drame algérien n’a laissé personne indifférent. Il y a eu des initiatives de solidarité, en Europe comme dans le monde arabe mais aussi aux Etats-Unis et même dans la lointaine Asie, des chaînes d’entraide ont vu le jour. De manière régulière, des peuples ont dit leur émotion, leur tristesse face à ce que les Algériens enduraient. Ce n’était peut-être pas suffisant mais cela a existé. Cessons de croire ou de faire croire que les Algériens ont été abandonnés par tous. Qu’aurait-on voulu, que l’on nous envoie des troupes pour se mêler de nos propres déchirements ?

Car là est une autre raison qui déconsidère l’argument évoqué en début de texte. Cela peut déplaire que de le dire de cette façon, mais les Algériens sont les premiers responsables de ce qui leur est arrivé durant les années 1990. Certes, il serait faux et injuste de parler de responsabilité également répartie. Les tueries, les surenchères politiques, les destructions ont été le fait d’Algériens contre d’autres Algériens. Expliquer cela par l’action ou l’inaction de l’étranger, c’est refuser de regarder son passé en face. C’est refuser d’en tirer les leçons. C’est croire que c’est toujours la faute de l’autre. Et c’est donc se préparer à d’autres déconvenues.
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samedi 19 janvier 2013

Le pouvoir algérien peut dire merci aux médias occidentaux

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Bien que prévisible, le retournement d’une bonne partie de l’opinion publique algérienne est spectaculaire. Hier, c'est-à-dire bien avant le déclenchement de la prise d’otage sur le site gazier de Teguentourine (In Amenas), la vox populi grondait contre un régime jugé coupable de mille et un maux, le dernier étant celui d’avoir autorisé - en catimini - les avions français à emprunter l’espace aérien algérien pour intervenir au nord du Mali. Ensuite, l’attaque par un commando djihadiste de ces installations exploitées par la Sonatrach, BP et Statoil, a d’abord provoqué un effet de sidération et d’accablement. Que des islamistes armés arrivent à toucher le cœur de ce qui constitue la rente algérienne avait de quoi surprendre. De même, cela prouvait une nouvelle fois que rien, ou presque, ne fonctionne normalement dans un pays en proie à une incertitude politique majeure.

 

Et puis, est venu l’assaut de l’armée algérienne et son dénouement sanglant pour une partie des otages. Il ne m’appartient pas ici de juger de la pertinence ou non de cet assaut notamment en ce qui concerne le moment de son déclenchement. Au-delà du drame humain, que nul ne doit contester ou minimiser, ce type de situation n’est jamais simple à gérer. Il est d’ailleurs étonnant de voir des confrères émettre des avis (le plus souvent négatifs) alors qu’ils sont à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations et que certains, n’ont peut-être jamais mis les pieds en Algérie. De même, et tout en refusant de se faire le porte-voix du pouvoir algérien, on ne peut s’empêcher de relever l’attitude quelque peu paternaliste voire donneuse d’ordre de certaines capitales occidentales. En effet, pourquoi les autorités algériennes devraient-elles attendre le feu vert de Londres ou Tokyo pour régler un (grave) problème qui se déroule sur leur sol ? Considère-t-on dans ces mêmes capitales que les Algériens n’ont pas à prendre d’initiatives autonomes et qu’ils se doivent d’attendre les bons conseils de Paris, Londres ou Washington ? Passons…

 

En tout état de cause, ces critiques formulées à l’étranger ont eu pour effet de réveiller le nationalisme déjà très ombrageux des Algériens. Aux réserves de Londres, Tokyo ou même Washington, répondent aujourd’hui les imprécations en provenance d’Algérie mais aussi de la diaspora. « On est chez nous, on fait ce que l’on veut et personne n’a de conseils à nous donner ». Tel pourrait être le message de rappel de souveraineté à destination de l’étranger. Et, il faut dire, que les approximations des médias occidentaux, notamment français, cela sans compter la manière presque méprisante (à l’égard de l’armée algérienne) avec laquelle ils ont commenté les événements, ont provoqué la colère. Ce qui, plus important encore, a offert l’occasion au régime algérien – qui n’en demandait pas tant – de ressouder les rangs.

 

Cette colère indignée, qui se traduit notamment par des billets virulents sur les réseaux sociaux (y compris de la part d’opposant au régime d’Abdelaziz Bouteflika), s’explique aussi par le fait que les Algériens ne cessent de rappeler qu’ils ont été seuls et abandonnés à leur sort durant les années 1990, une période de sang et de terreur qui est encore dans les esprits et qui alimente nombre d’amertumes. Les Algériens rappellent aussi qu’ils n’ont jamais accepté le fait que des rançons soient versées pour régler les kidnappings de touristes occidentaux au Sahara. De l’argent dont une partie, disent-ils aujourd’hui, a financé l’armement des preneurs d’otages. Voilà pourquoi les critiques à propos de l’assaut de leur armée horripilent tant les Algériens. Et, pour le pouvoir, c’est une bénédiction d’autant que circulent désormais des thèses selon lesquelles cette prise d’otage aurait été fomentée par la fameuse « main de l’étranger » pour déstabiliser le pays. En clair, le tollé général en Europe, au Japon et aux Etats-Unis à propos de l’assaut, est une belle occasion pour le gouvernement algérien de faire oublier le reste et pour occulter les questions essentielles. Comment une telle prise d’otage a-t-elle pu avoir lieu dans une zone censée être ultra-sécurisée ? Quelles sont les conditions de participation de l’Algérie à l’intervention militaire française au nord du Mali ?  Mais aussi comment sont gérés ces sites gaziers et pétroliers dont on sait qu’ils bénéficient d’une certaine extra-territorialité comme en témoignent des syndicalistes algériens qui n’hésitent pas à parler de zones de non-droit ? Ces questions attendent des réponses et l’effervescence nationaliste – fut-elle justifiée en partie – ne devrait absolument pas les faire passer au second plan. C’est hélas, ce qui est en train de se passer au plus grand bénéfice d’un régime qui reste comptable de tout ce qui s’est passé depuis le début de ce drame jusqu’à sa fin.
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