Lignes quotidiennes

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lundi 21 janvier 2013

L’Algérie, les Etrangers et la décennie noire

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Comme relevé dans un post précédent, les critiques des capitales occidentales (certes, critiques vite remisées au nom d’une raison pétrolière qui ne dit pas son nom) ainsi que de nombres de médias français (lesquels persistent) à propos des conditions de l’assaut des forces spéciales algériennes ont généré une réaction nationaliste en retour. Dans la liste des arguments censés faire comprendre aux étrangers qu’ils n’ont pas à se mêler des affaires algériennes, s’en trouve un qui revient de manière récurrente : « où étaient ces étrangers durant les années 1990 quand l’Algérie était à feu et à sang ? ». C’est d’ailleurs ce même argument que l’on a entendu durant l’année 2011 quand on prenait le risque de critiquer la relative indifférence de nombre d’Algériens durant les événements du Printemps arabe. Examinons donc cette interrogation. Elle reproche aux capitales étrangères d’avoir laissé les Algériens seuls face à la violence. De manière implicite, elle s’adresse aussi aux peuples étrangers qui seraient donc coupables de non-assistance à Algériens en danger.

Il serait peut-être de réaliser que ce reproche ne veut rien dire. D’abord, d’une façon générale, tous les peuples sont seuls face aux drames qui les assaillent. C’est ainsi. Les Algériens peuvent bien dire qu’ils étaient seuls durant la « décennie noire » mais que diraient alors les Palestiniens ? Et les Syriens aujourd’hui ? Ou même les Yéménites qui vivent actuellement une grave crise qui n’impressionne guère le reste du monde arabe ? Revenons aux Palestiniens mais aussi aux Libanais. Qui se souvient, par exemple, que les Algériens dansaient dans la rue un jour de juin 1982 – c’était pendant la Coupe du monde de football en Espagne après la fameuse victoire contre la RFA – quand l’armée israélienne déferlait sur le Liban ? Oui, les peuples sont toujours seuls et la solidarité à leur égard n’est jamais suffisante quand ils sont dans le malheur.

Ensuite, il faut se poser la question suivante. Qu’aurait-on voulu que ces étrangers fassent ? Qu’ils interviennent dans nos affaires ? Pour s’en mordre les doigts ensuite, comme ce fut le cas de la communauté de Sant’Egidio qui avait tenté de contribuer à une issue politique à la crise algérienne ? Dans un pays travaillé au corps par un nationalisme exacerbé à propos de la souveraineté nationale, il est étrange de lire ou d’entendre de tels reproches. De plus, on feint d’oublier que le drame algérien n’a laissé personne indifférent. Il y a eu des initiatives de solidarité, en Europe comme dans le monde arabe mais aussi aux Etats-Unis et même dans la lointaine Asie, des chaînes d’entraide ont vu le jour. De manière régulière, des peuples ont dit leur émotion, leur tristesse face à ce que les Algériens enduraient. Ce n’était peut-être pas suffisant mais cela a existé. Cessons de croire ou de faire croire que les Algériens ont été abandonnés par tous. Qu’aurait-on voulu, que l’on nous envoie des troupes pour se mêler de nos propres déchirements ?

Car là est une autre raison qui déconsidère l’argument évoqué en début de texte. Cela peut déplaire que de le dire de cette façon, mais les Algériens sont les premiers responsables de ce qui leur est arrivé durant les années 1990. Certes, il serait faux et injuste de parler de responsabilité également répartie. Les tueries, les surenchères politiques, les destructions ont été le fait d’Algériens contre d’autres Algériens. Expliquer cela par l’action ou l’inaction de l’étranger, c’est refuser de regarder son passé en face. C’est refuser d’en tirer les leçons. C’est croire que c’est toujours la faute de l’autre. Et c’est donc se préparer à d’autres déconvenues.
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