Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Sonatrach. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sonatrach. Afficher tous les articles

jeudi 10 octobre 2013

La chronique économique : Pemex, l’autre Sonatrach

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 9 octobre 2013 
Akram Belkaïd, Paris

Voilà une situation qui devrait « parler » aux Algériens, du moins leur paraître familière. Au Mexique, pays producteur de pétrole, la compagnie nationale Petroleos Mexicanos (Pemex), la « Sonatrach » mexicaine, est en proie aux doutes et aux polémiques. Certes, il n’y a pas d’affaires judiciaires de type Pemex 1, 2 ou autre, mais l’avenir de cette compagnie, la septième mondiale et véritable symbole de la souveraineté nationale, fait l'objet de discussions récurrentes et passionnées.
 
Une compagnie en déclin
 
Récemment élu, le président Enrique Pena Nieto veut réformer le secteur des hydrocarbures en ouvrant aux investisseurs privés le monopole public sur le pétrole, le gaz naturel et l’électricité. Un projet qui fait hurler de colère l’opposition laquelle dénonce une « privatisation » inacceptable. Il faut dire que, depuis la nationalisation de 1938, le monopole de Pemex est inscrit dans deux articles de la Constitution. Ainsi, le Mexique est-il le pays le plus protectionniste en matière d’exploitation des hydrocarbures. Bien plus que l’Arabie Saoudite, l’Algérie ou même le Venezuela.
 
Pour autant, les arguments avancés par Nieto ne manquent pas de pertinence car Pemex est une compagnie à bout de souffle. Vampirisée par l’Etat qui prélève 67% de ses bénéfices (soit le tiers du budget mexicain), elle a enregistré des pertes cumulées de 30 milliards de dollars depuis 2008. Un comble pour une entreprise dont le chiffre d’affaires est de 100 milliards de dollars et dont les réserves sont estimées à 115 milliards de barils. Plus grave encore, faute d’investissements pour la moderniser et lui permettre de faire de nouvelles découvertes, Pemex voit sa production décliner, étant passée de 3,4 millions de barils par jour (mbj) en 2004 à 2,5 mbj en 2012.
 
Confronté à des difficultés budgétaires récurrentes, l’Etat mexicain cherche donc le moyen d’augmenter la production pétrolière et gazière en faisant appel aux entreprises étrangères qui attendent cela depuis des décennies à commencer par celles du grand voisin étasunien. Mais il s’agira toutefois d’une ouverture a minima puisque Mexico n’envisage pas des partages de production (cas où les compagnies étrangères peuvent commercialiser en direct les hydrocarbures qu’elles exploitent) mais des partages de bénéfice ce qui implique que Pemex gardera la main sur la commercialisation. Enrique Pena Nieto est donc en droit d’affirmer qu’il n’y aura pas de privatisation proprement dite du pétrole mexicain mais cela ne convainc personne et son projet de révision de la Constitution risque fort d’être remisé tant les esprits s’échauffent sur cette question.

« Reforma si, privatizacion no »

 Un autre élément qui intéressera les Algériens concerne l’opinion des Mexicains sur cette affaire. En effet, les sondages réalisés sur la question de l’avenir de Pemex sont pour le moins étonnants. Les Mexicains considèrent ainsi que la compagnie pétrolière publique est corrompue, inefficace et qu’elle emploie une armada de privilégiés défendus par des syndicats égoïstes. 53% des Mexicains sont donc pour une réforme profonde de Pemex mais, dans le même temps, 61% d’entre eux sont contre la moindre ouverture au secteur privé. « Reforma si, privatizacion no » : en clair, les Mexicains ne veulent pas du « moins d’Etat » dans le pétrole, ils exigent du « mieux d’Etat ». Un souhait que les Algériens, toujours très pointilleux sur les questions de souveraineté nationale et de contrôle des richesses du pays, doivent certainement comprendre et partager…
_

mardi 26 février 2013

DRS par-ci, DRS par-là…

_
C’est un sujet de conversation incontournable. Les Algériens en parlent depuis toujours y compris lorsqu’elle s’appelait Sécurité militaire ou SM. Ils n’ont pas attendu pour cela qu’un ancien cadre de la Sonatrach adresse une lettre au général Toufik pour lui demander de faire toute la lumière sur les affaires de corruption entachant la compagnie pétrolière algérienne. Dans toutes les discussions à propos du pays et de sa situation politique, l’acronyme DRS (pour Département du renseignement et de la sécurité, c'est-à-dire les services de renseignements algériens, revient donc en boucle. Impossible d’y échapper y compris lorsque ce type de discussion a lieu à l’étranger. Bref, le DRS est incontournable au point que cela vire parfois à l’obsession. Un exemple ? L’affaire d’In Amenas, c'est-à-dire l’attaque d’un site gazier dans le sud algérien et la prise d’otage (et l’execution) de plusieurs ressortissants étrangers en janvier dernier. A entendre certains acteurs de la vie politique algérienne mais aussi des « experts » et autres « spécialistes » de l’Algérie, cette attaque et cette prise d’otages serait le fait du DRS et de personne d’autre…

Cette accusation traduit à quel point les opposants au pouvoir algérien réel mais aussi ses contempteurs de l’étranger sont obsédés par le DRS. Clarifions le propos. Il n’entre pas dans mes intentions de défendre le DRS qui, de toutes les façons, n’a besoin de personne pour cela. L’idée est juste de dire que, parfois, la critique rationnelle voire la mise en cause nécessaire cède le pas à l’obsession irrationnelle, complotiste et contre-productive. Comme l’a si bien écrit le journaliste algérien Khaled Ziri, pour la majorité des Algériens, l’attaque de cette usine gazière est surtout un immense échec pour l’Algérie et ses services de sécurité. Dire le contraire, en faisant porter la responsabilité de l’attaque au DRS, c’est donc minimiser cet échec. C’est empêcher de se poser les bonnes questions sur l'incapacité de l’Algérie à prévenir ce genre d’action criminelle. C’est aussi offrir au pouvoir algérien une sorte d’aura, certes sombre mais une aura quand même, puisqu’il serait capable d’organiser une telle opération machiavélique. En réalité, la vraie question, celle que l’on ne doit pas cesser de poser, est la suivante : comment une telle attaque a-t-elle bien pu se dérouler ? En bref, et au risque de faire bondir : accuser le DRS d’avoir mené l’attaque d’In Amenas ce n’est ni plus ni moins que le renforcer en lui prêtant mille et un pouvoirs maléfiques. Oderint, dum metuant : Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent…

Mais les accusateurs du DRS n’en démordent pas. Pour eux, ce sont les "services" et rien d’autre. Quand, avec patience, on leur demande d’expliquer pour quel bénéfice une telle opération aurait été montée, la réponse fuse : « pour obtenir le soutien de l’Occident et de la France » et « pour justifier la participation indirecte de l’Algérie à la guerre dans le Mali ». Ah tiens ? Comme si le soutien occidental à l’Algérie n’était pas garanti depuis déjà une vingtaine d’année, et cela avant, pendant et après la sale guerre. Et comme si le pouvoir algérien avait besoin de se justifier auprès de son opinion publique à propos de son soutien (tiède) à la guerre dans le nord du Mali.

Plus important encore, ceux qui accusent le DRS font mine d’oublier à quel point cette opération a été dévastatrice pour le pouvoir algérien et ce qu’il faut considérer comme étant sa sève vitale, comprendre le système de gestion des hydrocarbures. Dès le lendemain du drame, des compagnies pétrolières occidentales ont plié bagage tandis que les primes d’assurance montaient en flèche. Les hydrocarbures, on le sait, sont le cœur du pouvoir algérien. Sans eux, pas de rente, pas de redistribution et, bien sûr, pas d’enrichissement. De tous temps, le régime a bâti ses diverses stratégies en respectant au moins cette règle : être un fournisseur fiable de l’Europe en matière d’approvisionnements gaziers et pétroliers. En clair, être le meilleur partenaire possible en ce qui concerne la sécurité énergétique européenne. L’attaque du site de Teguentourine a écorné cette image et pousse aujourd’hui les autorités européennes à multiplier les réflexions prospectives quant à une possible interruption des livraisons de gaz algérien. Des acteurs comme le russe Gazprom ou le Qatar s’en frottent les mains car ce genre d’événement renforce leur position en tant que fournisseurs incontournables de l’Europe. Le DRS aurait donc scié la branche sur laquelle le système algérien est assis depuis cinquante ans ? Soyons sérieux.

Bien sûr, l’Algérie a une longue histoire de manipulations et de coups tordus derrière elle. Les accusateurs du DRS ont donc beau jeu, quand ils acceptent de relativiser leur propos tout en disant que cela pourrait être une manipulation ayant mal tourné. Mais là, encore une fois, il faut rappeler que le système algérien, dont le DRS est la colonne vertébrale, n’a jamais joué, ni de près ni de loin, avec les hydrocarbures. Jamais au grand jamais y compris dans les moments où il était le plus vulnérable aux critiques et pressions de la communauté internationale. Et ce n’est pas être un suppôt du pouvoir en place à Alger ou un dangereux naïf que de l’écrire. Ceci étant, on est libre de tout mettre sur le dos du DRS algérien, y compris le réchauffement climatique et la vague d’intempéries qui frappe actuellement le Maghreb central…
Akram Belkaïd
_

mardi 19 février 2013

La lettre au général Toufik et la présidentielle de 2014

_


C’est un fait. La lettre adressée par Hocine Malti, ancien vice-président de Sonatrach (1972-1975) au général Mohamed Médiène alias Toufik, est un événement majeur et ô combien inattendu dans l’actualité algérienne. D’abord, parce qu’il est exceptionnel que le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), le service de renseignements algérien, soit interpellé de la sorte. Ensuite, parce que la presse algérienne a fait écho de ce courrier, le quotidien El Watan l’ayant même publiée de manière intégrale (et cela contrairement à ce que semblait penser  l’auteur de la lettre). Le sujet de la missive est lui-même explosif puisqu’il concerne un nouveau scandale à propos de pots-de-vin que des responsables algériens auraient touchés de la part de la compagnie pétrolière italienne Saipem. Tout cela se passant dans un contexte plutôt inquiétant où les apparitions du chef de l’Etat algérien Abdelaziz Bouteflika sont de plus en plus espacée (il a fallu attendre plus de vingt jours avant sa réaction à la prise d’otage de Tiguentourine…).

Que va-t-il donc se passer ? A Alger, la justice algérienne vient de se manifester en estimant de son devoir d’enquêter sur ce qu’il convient désormais d’appeler l’affaire Sonatrach 2. On comprendra que l’homme de la rue soit plutôt réservé quant aux suites de cette enquête qui ne concerne pas que du menu-fretin. Mais, sait-on jamais. Les révélations de la presse italienne sont loin d’être terminées et il faut s’attendre à d’autres surprises.

On est en droit aussi de se demander pourquoi une telle lettre a pu être publiée dans la presse algérienne et cela sans – du moins jusqu’à présent – représailles. Interpellé de manière vigoureuse, le général Toufik a-t-il donné son feu vert pour une telle publication ? A-t-il jugé que les éléments cités dans le courrier contribuent surtout à pointer un index accusateur en direction du clan présidentiel ? Ce dernier, affirme la rumeur algéroise, étant décidé à obtenir un quatrième mandat ? Faut-il aussi penser que le général Toufik, « dieu de l’Algérie » comme l’a martelé Hocine Malti, n’a pu empêcher la publication d’un tel courrier ? Ce qui tendrait à mettre en évidence l’existence de divisions au sein même du cœur du pouvoir algérien ?

Ces questions restent posées et elles traduisent bien le climat politique délétère qui règne actuellement en Algérie. Un calme factice qui cache des manœuvres de fond dont personne ne sait sur quoi elles vont déboucher. Mais, une chose est certaine, rien n’est encore joué pour l’élection présidentielle de 2014.

Akram Belkaïd
_

samedi 19 janvier 2013

Le pouvoir algérien peut dire merci aux médias occidentaux

_


 

 

Bien que prévisible, le retournement d’une bonne partie de l’opinion publique algérienne est spectaculaire. Hier, c'est-à-dire bien avant le déclenchement de la prise d’otage sur le site gazier de Teguentourine (In Amenas), la vox populi grondait contre un régime jugé coupable de mille et un maux, le dernier étant celui d’avoir autorisé - en catimini - les avions français à emprunter l’espace aérien algérien pour intervenir au nord du Mali. Ensuite, l’attaque par un commando djihadiste de ces installations exploitées par la Sonatrach, BP et Statoil, a d’abord provoqué un effet de sidération et d’accablement. Que des islamistes armés arrivent à toucher le cœur de ce qui constitue la rente algérienne avait de quoi surprendre. De même, cela prouvait une nouvelle fois que rien, ou presque, ne fonctionne normalement dans un pays en proie à une incertitude politique majeure.

 

Et puis, est venu l’assaut de l’armée algérienne et son dénouement sanglant pour une partie des otages. Il ne m’appartient pas ici de juger de la pertinence ou non de cet assaut notamment en ce qui concerne le moment de son déclenchement. Au-delà du drame humain, que nul ne doit contester ou minimiser, ce type de situation n’est jamais simple à gérer. Il est d’ailleurs étonnant de voir des confrères émettre des avis (le plus souvent négatifs) alors qu’ils sont à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations et que certains, n’ont peut-être jamais mis les pieds en Algérie. De même, et tout en refusant de se faire le porte-voix du pouvoir algérien, on ne peut s’empêcher de relever l’attitude quelque peu paternaliste voire donneuse d’ordre de certaines capitales occidentales. En effet, pourquoi les autorités algériennes devraient-elles attendre le feu vert de Londres ou Tokyo pour régler un (grave) problème qui se déroule sur leur sol ? Considère-t-on dans ces mêmes capitales que les Algériens n’ont pas à prendre d’initiatives autonomes et qu’ils se doivent d’attendre les bons conseils de Paris, Londres ou Washington ? Passons…

 

En tout état de cause, ces critiques formulées à l’étranger ont eu pour effet de réveiller le nationalisme déjà très ombrageux des Algériens. Aux réserves de Londres, Tokyo ou même Washington, répondent aujourd’hui les imprécations en provenance d’Algérie mais aussi de la diaspora. « On est chez nous, on fait ce que l’on veut et personne n’a de conseils à nous donner ». Tel pourrait être le message de rappel de souveraineté à destination de l’étranger. Et, il faut dire, que les approximations des médias occidentaux, notamment français, cela sans compter la manière presque méprisante (à l’égard de l’armée algérienne) avec laquelle ils ont commenté les événements, ont provoqué la colère. Ce qui, plus important encore, a offert l’occasion au régime algérien – qui n’en demandait pas tant – de ressouder les rangs.

 

Cette colère indignée, qui se traduit notamment par des billets virulents sur les réseaux sociaux (y compris de la part d’opposant au régime d’Abdelaziz Bouteflika), s’explique aussi par le fait que les Algériens ne cessent de rappeler qu’ils ont été seuls et abandonnés à leur sort durant les années 1990, une période de sang et de terreur qui est encore dans les esprits et qui alimente nombre d’amertumes. Les Algériens rappellent aussi qu’ils n’ont jamais accepté le fait que des rançons soient versées pour régler les kidnappings de touristes occidentaux au Sahara. De l’argent dont une partie, disent-ils aujourd’hui, a financé l’armement des preneurs d’otages. Voilà pourquoi les critiques à propos de l’assaut de leur armée horripilent tant les Algériens. Et, pour le pouvoir, c’est une bénédiction d’autant que circulent désormais des thèses selon lesquelles cette prise d’otage aurait été fomentée par la fameuse « main de l’étranger » pour déstabiliser le pays. En clair, le tollé général en Europe, au Japon et aux Etats-Unis à propos de l’assaut, est une belle occasion pour le gouvernement algérien de faire oublier le reste et pour occulter les questions essentielles. Comment une telle prise d’otage a-t-elle pu avoir lieu dans une zone censée être ultra-sécurisée ? Quelles sont les conditions de participation de l’Algérie à l’intervention militaire française au nord du Mali ?  Mais aussi comment sont gérés ces sites gaziers et pétroliers dont on sait qu’ils bénéficient d’une certaine extra-territorialité comme en témoignent des syndicalistes algériens qui n’hésitent pas à parler de zones de non-droit ? Ces questions attendent des réponses et l’effervescence nationaliste – fut-elle justifiée en partie – ne devrait absolument pas les faire passer au second plan. C’est hélas, ce qui est en train de se passer au plus grand bénéfice d’un régime qui reste comptable de tout ce qui s’est passé depuis le début de ce drame jusqu’à sa fin.
_