Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 9 octobre 2017

La chronique du blédard : Une indécente propagande…

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 5 octobre 2017
Akram Belkaïd, Paris

La diffusion, il y a quelques jours, d’images atroces par la télévision nationale est d’abord une grave faute journalistique. Avant même d’aborder l’implication politique de ce dérapage, il y a donc cet aspect éthique à évoquer. Diffuser de telles séquences, c’est attenter à la mémoire des victimes. Cela va à l’encontre d’un large consensus au sein de la profession. La règle est simple et claire : on ne montre pas les images de cadavres et encore moins celles d’enfants dépecés. On ne se l’interdit pas à cause de la censure ou parce qu’il faut rendre service à des gouvernements qui cherchent à cacher l’ampleur des violences (on pense notamment aux networks américains face à la guerre en Irak). On le fait par respect de la personne humaine. Cette retenue est le fruit d’une longue réflexion, et de débats récurrents, au sein de nombre de médias. Et il y a quelque chose de désespérant à noter que les chaines arabes, dont Al-Jazeera, sont les seules à faire (encore) exception.

Voilà pour l’éthique. Parlons maintenant politique car il ne fait nul doute que ce « document » n’est rien d’autre qu’une œuvre de propagande. Il est d’ailleurs intéressant de relever que personne n’a été dupe. Ni les partis politiques ni les citoyens lambda qui ont donné libre-cours à leur colère et à leur indignation sur internet et ses réseaux sociaux. Une œuvre de propagande, donc, à la gloire du système mais aussi une mise en garde. « Nous ou le chaos (de nouveau) », tel est le message quasi-explicite qui a été délivré. Ce n’est pas une nouveauté. L’astuce est usée jusqu’à la corde. Depuis les printemps arabes en 2011, le discours est le même. Les situations en Syrie, en Libye et même au Yémen mettent en exergue la « stabilité » de l’Algérie. Donc, la logique est claire : le peuple ne doit pas bouger. S’il le fait. S’il conteste et revendique, c’est qu’il introduit la fitna (discorde) et devient le relais de la fameuse « main de l’étranger ». La démocratie ? L’alternance ? La nécessité de rebâtir une cohésion politique et sociale entre gouvernants et gouvernés ? Des produits de luxe. Comme en 1962, en 1965, en 1979 ou en 1992, ce n’est pas encore le moment. Récurrence de la force, du qallouze (le gourdin) et au « vous n’êtes pas encore digne de la démocratie ».

Le constat est pourtant simple. L’Algérie est en situation d’échec. Le bilan des deux dernières décennies est à l’image de l’autoroute qui traverse le pays et dont on dénonce régulièrement les malfaçons et le surcoût. Même si l’on cherche quelques thèmes de satisfaction, on est bien en peine d’en trouver. Le bien-être artificiel procuré par le gaspillage de la rente pétrolière – oui, les Algériens ont « mangé et bu » leurs hydrocarbures – est en train de se dissiper. Que restera-il de cette gabegie ? Rien, ou presque. Education, santé, diversification économique, infrastructures de transport ferroviaire, gestion des ressources financières extérieures. Où est l’avancée ? Le grand bond en avant ? Que d’occasions et d’argent gâchés.

Comme toujours, de petits malins ont tiré leur épingle du jeu. En public, ils défendent âprement le système, accusent ceux qui sont partis de ne pas savoir de quoi ils parlent et mettent en garde ceux qui sont restés contre leur ingratitude. En privé, ils confient leurs craintes et commencent, on ne sait jamais, à endosser l’habit d’opposants de l’intérieur. Ce n’est pas encore la débandade mais ça y ressemble. Le documentaire en question est aussi un rappel à l’ordre qui leur est destiné. Il s’agit de resserrer les rangs et de ne pas oublier la main qui a permis que l’on se nourrisse (grassement).

Le retour à la paix civile fut le fruit d’un processus de négociations entamées dès 1994. Et s’il est vrai que les violences ont cessé de manière importante après la première élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999, une telle étape ne peut être mise au crédit d’un seul homme. De plus, et il faut insister là-dessus, on est en droit de critiquer ce processus de concorde nationale qui a balayé d’un revers toute idée de justice transitionnelle. Les peuples vivent très mal avec les non-dits et les blessures mal-soignées. Recouvrir le puits avec son couvercle est la pire des choses à faire. Partout dans le monde, nous avons l’exemple de sociétés qui ont pu surmonter (en partie) de tels traumatismes grâce à la recherche de la vérité d’abord puis du dialogue et du pardon ensuite. Ce pardon, ne peut être décrété par le haut. On ne prive pas les victimes - toutes les victimes à commencer par les parents de disparus que l’on continue de bastonner - de la vérité. On n’évoque pas une « amnistie générale » en sachant pertinemment que les braises rougeoient encore sous les cendres. Ou bien alors, on décide de manière délibérée de préparer d’autres peines à venir, d’autres souffrances et cassures.


Certains mauvais élèves encaissent sans broncher la proclamation de leurs notes catastrophiques. D’autres, se cherchent des excuses pour camoufler leur paresse ou leur incapacité. Et puis, il y a ceux qui optent pour la mauvaise foi et qui accusent l’enseignant de leur en vouloir, de les « saboter ». On pense à cela quand on prend la mesure du déni du réel dans lequel vivent les dirigeants algériens et ceux qui relayent avec une docilité empressée leurs discours autosatisfaits.
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vendredi 24 juin 2016

La chronique du blédard : La justice transitionnelle et l’Algérie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 mai 2016
Akram Belkaïd, Paris

Il est des chroniques qui valent au présent écrivant un courrier important. Celle de la semaine dernière à propos de la situation en Tunisie en fait partie. Au-delà des prises de positions des uns et des autres, positives à l’égard du texte ou l’inverse, plusieurs lecteurs m’ont demandé de préciser la question de la justice transitionnelle. Il est vrai que j’ai employé cette expression sans trop la détailler. Or, il me paraît après-coup, qu’elle mérite quelques réflexions générales et des considérations plus précises quant à l’Algérie.

Selon le sens habituel, « justice transitionnelle » désigne la manière juridique (et autre) dont on gère les conséquences d’une période de violence ou d’un régime autoritaire ou dictatorial déchu. L’hypothèse de départ est donc que le pays ou la région concernés sont sortis de cette période et qu’il s’agit à la fois de solder les comptes du passé et de mettre en place de bonnes fondations pour assurer l’avenir et empêcher le retour des heures sombres. A titre personnel, je trouve l’expression « justice transitionnelle » peu satisfaisante tout comme ses équivalents « justice de transition » et « justice en transition ». En effet, cela ne rend pas suffisamment compte de la tâche et de l’enjeu et cela donne à penser que c’est simplement une justice qui se réduit à gérer l’inévitable période de transition qui suit la fin de la crise ou la chute du régime. On pourra réfléchir à d’autres formulations mais là n’est pas l’objet de cette chronique. Notons aussi, que la justice transitionnelle imposée de l’extérieur (tribunal international) est souvent mal vécue par les populations concernées et qu’elle commence à avoir mauvaise presse dans les pays du Sud (cela changera peut-être le jour où un président occidental y sera déféré…).

La justice transitionnelle se doit d’abord de faire la lumière sur le passé et de punir les responsables des violences et des atteintes aux droits de la personne humaine. Cela passe donc par l’identification des coupables et par l’organisation de procès. Dans certains cas, il est plus ou moins possible d’identifier les responsables et de les traduire devant la justice. Cela vaut pour une junte militaire (Chili, Argentine) ou un régime dictatorial (Tunisie). A l’inverse, il est plus difficile de mener une justice transitionnelle quand on est en présence de violences de masses impliquant des dizaines de milliers de personnes (cas du génocide rwandais). On le voit, le premier problème qui se pose pour la justice transitionnelle c’est la définition du périmètre de mise en cause. Un tortionnaire, oui, mais quid de l’informateur, citoyen lambda obligé de jouer le sycophante pour ne pas être lui-même avalé par la machine répressive ?

On pourra rétorquer que la justice transitionnelle se doit d’avoir un impératif d’absolu. Or, rétorquent les spécialistes, cela entrerait en contradiction avec l’un de ses objectifs majeurs qui consiste aussi à préparer l’avenir en empêchant de nouvelles fractures. Et cette préparation signifie un dosage délicat entre la punition et le pardon cela avec l’obligation de proscrire tout type de vengeance (cette dernière étant presque toujours un facteur de rechute). Quoi qu’il en soit, la justice transitionnelle passe donc par la reconnaissance de la position centrale des victimes. Ces dernières ont besoin que ce qui leur est arrivé soit reconnu officiellement et que la vérité soit elle aussi publique. Souvent, cela prime sur d’autres considérations comme la mise en place de réparations matérielles. Ainsi, le droit à la vérité et le droit à la justice – autrement dit la condamnation des mises en cause – sont susceptibles de primer sur le droit à la réparation.

Les victimes peuvent aussi vouloir être confrontées à leurs bourreaux et exiger d’eux la reconnaissance publique de leurs crimes ainsi que l’expression de regrets. Ajoutées à celles qui viennent d’être décrite plus haut, ces motivations fondent la mise en place d’instances de type « vérité et réconciliation » comme ce fut le cas en Afrique du sud. Cette démarche peut toutefois ne pas atteindre ses objectifs et être instrumentalisée pour vite passer à autre chose. Au Rwanda, les rescapés du génocide ont pu entendre les coupables s’exprimer (mais pas toujours s’excuser). Il reste que certains d’entre eux ont la sensation aujourd’hui que leurs droits sont passés au second plan derrière l’impératif de paix et de reconstruction.

Venons-en aujourd’hui à l’Algérie et à ce qui a suivi la « décennie noire » (1992-2002). En relisant ce qui précède, on voit bien qu’il n’y a guère eu de justice transitionnelle. C’est peut-être parce que l’un des acteurs de ce drame, autrement dit le système ou le pouvoir, est resté en place. Il faudra donc attendre une alternance ou son profond remaniement pour pouvoir revenir sur son rôle (sans avoir à tomber dans les polémiques dilatoires du « qui tue qui »…). Mais on peut aussi relever que le vainqueur de l’affrontement des années 1990, autrement dit le pouvoir, n’a même pas pris soin d’enclencher la moindre démarche de justice transitionnelle. Certes, il y a eu des lois, des amnisties et des condamnations. Mais quid des victimes ? Réunis il y a quelques jours à Tunis pour un séminaire organisé par le site OrientXXI à propos de la pratique du journalisme, des participants ont d’ailleurs relevé que ces victimes n’ont toujours pas de dénomination officielle contrairement aux martyrs de la révolution.

Décidée à passer à autre chose, l’Algérie du début des années 2000 a fait l’économie d’une justice transitionnelle même à minima. Cela explique, par exemple, pourquoi des « repentis » peuvent se pavaner dans la rue en narguant certaines de leurs victimes. Cela explique aussi pourquoi l’usage de la force et de l’arbitraire peut continuer à cibler n’importe quel type d’opposition politique. Il n’y a donc pas eu de processus de type « vérité et réconciliation » et il faut espérer que l’avenir ne dira pas que ce fut une immense erreur…
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dimanche 28 juin 2015

Ces Algériens solidaires de la Tunisie mais qui « n’oublient » pas…

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Au lendemain de l’attentat de Sousse, il est regrettable de lire, ici et là, notamment sur les réseaux sociaux, des déclarations pour le moins pernicieuses, pour ne pas dire indécentes, à propos d’une supposée absence de solidarité des Tunisiens à l’égard des Algériens durant la décennie noire (1992-2002). Les auteurs de ces propos se drapent dans une posture qui consiste à dire qu’aujourd’hui, eux, sont bel et bien solidaires des Tunisiens mais qu’ils « n’oublient » pas. Mais oublier quoi ? Qu’on le veuille ou pas, durant les années 1990, la Tunisie a constitué une soupape pour les Algériens privés de visas pour l'Europe. Des milliers d’Algériens s’y sont installés, y ont travaillé, en attendant de meilleurs jours. Certes, le régime de Ben Ali les a souvent maltraités, refusant par exemple de leur accorder des titres de séjour à long terme, les soumettant à d’incessantes tracasseries policières (surtout quand ils avaient le bon goût de dire le mal ou le mépris qu’ils pensaient du régime de leur hôte...). Mais Ben Ali ne maltraitait-il pas toute la société tunisienne ? Et faut-il rappeler que l’Algérie et les Algériens ne doivent jamais oublier ce que le peuple tunisien a enduré pour ses voisins durant la guerre d’indépendance (1954-1962) ? Oui, le régime de Ben Ali a, par opportunisme, vendu la « stabilité » de la Tunisie par opposition au brasier algérien. Oui, certains officiels du RCD tunisien ne pouvaient s’empêcher de faire preuve d’une certaine mesquinerie. Mais ce n’est pas une raison pour en vouloir à tout un peuple qui, à l’époque, n’avait pas le droit d’émettre la moindre critique.

Cette propension à s’estimer les seuls dépositaires du malheur du monde n’est pas saine. Oui, les années 1990 ont été terribles, traumatisantes (comme elles le furent pour les Rwandais, les Bosniaques, les Somaliens ou les Irakiens). Oui, l’Algérie a été alors isolée. Mais est-ce la faute des autres peuples ? Comme si ces derniers n’avaient pas leurs fardeaux à endurer… L’auteur de ces lignes a été en reportage dans de nombreux pays arabes à cette époque. Partout, je dis bien partout, en Tunisie comme en Egypte (oui, en Egypte aussi !), en Jordanie ou en Syrie et même en Irak où les enfants mourraient par milliers en raison de l’embargo, le sentiment exprimé – celui des gens ordinaires – relevait de la tristesse désemparée et même de la sidération face à une violence, faut-il le rappeler, que des Algériens infligeaient à d’autres Algériens. « Comment pouvons-nous vous aider ? » était la question mainte fois entendue.

Non, les Algériens, pas plus que les Tunisiens n’ont le monopole de la douleur et de la souffrance face au terrorisme et à la violence armée. Sinon, quels mots devraient donc nous dire les Palestiniens ? Et, d’ailleurs, ceux qui disent ne pas oublier « l’égoïsme » des Tunisiens, que font-ils concrètement, là, maintenant, pour les Palestiniens ? Pour les Syriens ? Petite question : que faisaient donc les Algériens au mois de juin 1982, en pleine Coupe du monde de football, quand Palestiniens et Libanais se faisaient allègrement massacrer par l’armée israélienne ? Pendant les années 1990, quand la nuit est tombée sur notre pays, jamais aucun Palestinien, jamais aucun Libanais ne m’a dit qu’il n’avait pas « oublié »… Bien au contraire. L’Algérie, malgré tous ses récents errements, a toujours gardé une place à part y compris chez nos voisins.

Il est parfois nécessaire de s’interroger sur le poison que véhicule un certain chauvinisme.
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dimanche 14 juin 2015

« Les Terrasses » de Merzak Allouache : chroniques d’une Algérie déglinguée

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Évoquer avec justesse et une rare maîtrise la société algérienne d’après la « décennie noire », c’est le tour de force talentueux réalisé par Merzak Allouache dans Les Terrasses, son dernier film actuellement dans les salles en France.
L’action se déroule dans des terrasses d’Alger au fil des cinq prières quotidiennes. Il n’y a pas d’intrigue unique mais plusieurs personnages qui se croisent, chacun engagé dans sa propre quête, ordinaire ou non, allant vers un destin parfois tragique. Ici, dans la Casbah, c’est une grand-mère qui n’en peut plus d’héberger sa fille folle et son petit-fils démoli par «  Madame Courage  », cette drogue, cocktail de psychotropes divers, qui fait des ravages dans la jeunesse. Là, sur les hauteurs, c’est une équipe de tournage qui, ignorant le danger, entre dans une villa inhabitée pour tourner des plans de la capitale. Pas loin, c’est un homme que l’on torture pour qu’il signe on ne sait quel document.

La suite est à lire ici : "Les Terrasses" de Merzak Allouache : chroniques d'une Algérie déglinguée
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lundi 21 janvier 2013

L’Algérie, les Etrangers et la décennie noire

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Comme relevé dans un post précédent, les critiques des capitales occidentales (certes, critiques vite remisées au nom d’une raison pétrolière qui ne dit pas son nom) ainsi que de nombres de médias français (lesquels persistent) à propos des conditions de l’assaut des forces spéciales algériennes ont généré une réaction nationaliste en retour. Dans la liste des arguments censés faire comprendre aux étrangers qu’ils n’ont pas à se mêler des affaires algériennes, s’en trouve un qui revient de manière récurrente : « où étaient ces étrangers durant les années 1990 quand l’Algérie était à feu et à sang ? ». C’est d’ailleurs ce même argument que l’on a entendu durant l’année 2011 quand on prenait le risque de critiquer la relative indifférence de nombre d’Algériens durant les événements du Printemps arabe. Examinons donc cette interrogation. Elle reproche aux capitales étrangères d’avoir laissé les Algériens seuls face à la violence. De manière implicite, elle s’adresse aussi aux peuples étrangers qui seraient donc coupables de non-assistance à Algériens en danger.

Il serait peut-être de réaliser que ce reproche ne veut rien dire. D’abord, d’une façon générale, tous les peuples sont seuls face aux drames qui les assaillent. C’est ainsi. Les Algériens peuvent bien dire qu’ils étaient seuls durant la « décennie noire » mais que diraient alors les Palestiniens ? Et les Syriens aujourd’hui ? Ou même les Yéménites qui vivent actuellement une grave crise qui n’impressionne guère le reste du monde arabe ? Revenons aux Palestiniens mais aussi aux Libanais. Qui se souvient, par exemple, que les Algériens dansaient dans la rue un jour de juin 1982 – c’était pendant la Coupe du monde de football en Espagne après la fameuse victoire contre la RFA – quand l’armée israélienne déferlait sur le Liban ? Oui, les peuples sont toujours seuls et la solidarité à leur égard n’est jamais suffisante quand ils sont dans le malheur.

Ensuite, il faut se poser la question suivante. Qu’aurait-on voulu que ces étrangers fassent ? Qu’ils interviennent dans nos affaires ? Pour s’en mordre les doigts ensuite, comme ce fut le cas de la communauté de Sant’Egidio qui avait tenté de contribuer à une issue politique à la crise algérienne ? Dans un pays travaillé au corps par un nationalisme exacerbé à propos de la souveraineté nationale, il est étrange de lire ou d’entendre de tels reproches. De plus, on feint d’oublier que le drame algérien n’a laissé personne indifférent. Il y a eu des initiatives de solidarité, en Europe comme dans le monde arabe mais aussi aux Etats-Unis et même dans la lointaine Asie, des chaînes d’entraide ont vu le jour. De manière régulière, des peuples ont dit leur émotion, leur tristesse face à ce que les Algériens enduraient. Ce n’était peut-être pas suffisant mais cela a existé. Cessons de croire ou de faire croire que les Algériens ont été abandonnés par tous. Qu’aurait-on voulu, que l’on nous envoie des troupes pour se mêler de nos propres déchirements ?

Car là est une autre raison qui déconsidère l’argument évoqué en début de texte. Cela peut déplaire que de le dire de cette façon, mais les Algériens sont les premiers responsables de ce qui leur est arrivé durant les années 1990. Certes, il serait faux et injuste de parler de responsabilité également répartie. Les tueries, les surenchères politiques, les destructions ont été le fait d’Algériens contre d’autres Algériens. Expliquer cela par l’action ou l’inaction de l’étranger, c’est refuser de regarder son passé en face. C’est refuser d’en tirer les leçons. C’est croire que c’est toujours la faute de l’autre. Et c’est donc se préparer à d’autres déconvenues.
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