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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 23 décembre 2014

La chronique économique : Quelques prévisions pour 2015

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 17 décembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

En matière d’économie, la fin de l’année est le prétexte aux bilans mais aussi aux prévisions pour les douze mois qui suivent. L’exercice est ainsi un passage obligé pour tous les grands producteurs de recherche (instituts de conjoncture, banques d’affaires, sociétés de courtages,…). Voici donc celles établies par le cabinet Oxford Economics (OE) sous la plume de son économiste senior Adam Slater, lequel rappelle que neuf des prévisions établies par OE en décembre 2013 pour 2014 se sont avérées exactes.

1- La consommation américaine va augmenter. Une bonne nouvelle pour l’économie des Etats-Unis dont le Produit intérieur brut (PIB) dépend pratiquement aux deux tiers des dépenses de consommation dont celles des ménages. Avec un marché du travail dynamique (200.000 emplois créés chaque mois en moyenne), le clignotant est au vert aux USA selon Oxford Economics qui n’exclut pas une croissance du 4% du PIB étasunien.
2- Léger mieux pour la zone euro mais… A côté du dynamisme américain, l’activité économique européenne va sembler bien terne avec à peine 1,3% de progression du PIB (1% en 2014). De plus, avertit OE, il y a aussi des risques que la question de l’éclatement de la zone euro refasse son apparition avec les tensions politiques en Grèce. De quoi affoler de nouveau les marchés.
3- Les Banques centrales en mode conciliant. Même si le robinet va se tarir peu à peu du côté des Etats-Unis, les institutions monétaires dont la Banque centrale européenne (BCE) vont continuer d’injecter des liquidités pour soutenir des croissances plus ou moins faiblardes. Du coup, les taux d’intérêts ne devraient pas augmenter de manière importante.
4- Un baril à 70 dollars. Voilà une prévision qui peut paraître optimiste alors que le Brent fait route actuellement vers les 60 dollars et que des économistes parient désormais sur un plancher de 40 dollars. Mais pour Oxford Economics, ces 70 dollars sont une moyenne sur l’année, ce qui laisse à penser que le cabinet s’attend à une stabilisation des prix à plus ou moins court terme.
5- Le coup de mou persistera pour les BRIC. 5% de croissance pour les quatre grands pays émergents, à peine un peu plus de 4% en 2015 : les BRIC ne tiennent pas la forme d’autant que la Russie risque fort, selon EO, de devenir le « nouvel Iran » en raison des sanctions internationales liées à la situation en Ukraine. Certes, le Brésil et l’Inde devraient connaître une timide reprise mais pas de quoi compenser la stabilisation de la croissance chinoise autour de 7%. Oxford Economics n’exclut pas non plus une aggravation de la crise économique et financière en Russie et n’écarte pas l’idée selon laquelle la Chine pourrait dévaluer sa monnaie afin de relancer ses exportations.
6- La dette des ménages asiatiques en question. En matière de suivi d’actualité économique, on appelle ça un thème. Cela fait des années que l’endettement des ménages asiatiques alimente les inquiétudes cela d’autant que la consommation est désormais vue comme un moteur aussi important que les exportations. L’importance de cette dette est désormais considérée comme un ralentisseur de la consommation.
7- Un défaut de l’Ukraine. En 2015, estime EO, l’Ukraine devrait s’avérer incapable de rembourser sa dette extérieure. Dans un contexte de crise politique et financière, avec des réserves de change inférieures à 10 milliards de dollars, Kiev va avoir besoin de négocier avec ses créanciers parmi lesquels… la Russie. Un dossier qui va peser lourd… De même, à l’autre bout du globe, EO avertit de l’existence d’un risque d’une nouvelle crise de la dette en Amérique latine, deux pays étant particulièrement concernés : l’Argentine et le Venezuela.
8- Le dollar va continuer à s’apprécier. Le billet vert, bénéficiant des bonnes prévisions concernant la conjoncture américaine, va continuer à prendre de la hauteur par rapport aux autres devises. De quoi donner un peu de marge aux pays exportateurs de pétrole comme l’Algérie. Reste à savoir combien de temps cette appréciation va durer car Washington ne restera pas sans réagir face à cette perte de compétitivité.
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jeudi 25 avril 2013

La chronique économique : De la fragmentation de l'économie mondiale

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 24 avril 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
A la fin des années 2000 et, par la faute de la crise financière de 2008, un nouveau mot avait fait son apparition dans le vocabulaire économique. Il s’agissait de « découplage », terme par lequel on entendait mettre en exergue le fait que la (forte) croissance des pays émergents, notamment celle de la Chine, était de plus en plus indépendante des (mauvaises) performances des pays développés. La notion de découplage reste encore en vigueur mais celle de fragmentation est en train de prendre l’ascendant sur elle.

L’EUROPE, MAUVAIS ELEVE PLANETAIRE

Pour le Fonds monétaire international (FMI), l’économie mondiale est, en effet, entrée, dans une phase de fragmentation puisque le dynamisme des pays émergents ne se dément pas tandis que l’Europe n’en finit pas de sombrer dans la récession et que les Etats-Unis s’en tirent mieux même s’ils ont du mal à renouer avec une croissance créatrice d’emplois. Le moteur mondial tournerait ainsi sur trois vitesses différentes, celle des pays émergents, celle des Etats-Unis et celle, la plus lente, de l’Europe. Pour le FMI, cette fragmentation explique pourquoi la croissance du PIB mondial devrait atteindre 3,3% en 2013, une prévision que nombre d’économistes trouvent d’ailleurs optimiste et ne tenant pas suffisamment compte de l’atonie européenne.

Le Fonds a pourtant reconnu la semaine dernière lors de son Assemblée générale que des pays comme Chypre et l’Italie constituent de sérieux motifs d’inquiétude , cela sans compter la situation globale des banques européennes qui ont encore du mal à assainir leurs comptes et à financer l’économie. Plus important encore pour le banquier mondial, les plans d’austérité concoctés par les gouvernements européens pour diminuer les déficits budgétaires semblent n’avoir rien résolu, ayant durement affecté la demande. C’en est même au point où le FMI demande lui-même, de façon plus ou moins assumée, une pause dans les plans d’austérité appliqués en Europe. « Si un pays en a la possibilité, il faut penser à ce qui peut être fait pour réduire le rythme de l’assainissement budgétaire afin qu’il reste crédible mais qu’il n’ait pas trop d’impact négatif sur la demande », a ainsi écrit Olivier Blanchard, le chef économiste du Fonds, évoquant spécifiquement la nécessité pour le Royaume-uni de revoir sa politique de rigueur.

UNE MISE A L’ECART DE L’EUROPE ?

La question de la fragmentation de l’économie mondiale est une menace directe pour l’Europe car elle peut encourager les pays émergents à se détourner peu à peu de cette région et à privilégier les échanges entre eux. D’ailleurs, des pays comme la Chine ou le Brésil ne disent pas autre chose en reprochant à l’Europe de ne pas prendre les mesures nécessaires pour son redémarrage économique et en menaçant d’exclure cette région de leurs projets d’investissement. Autre inconvénient de cette fragmentation, la difficulté à trouver des solutions globales pour résoudre les problèmes économiques globaux. Du coup, une idée reçue de la mondialisation est en train de voler en éclat : non, la globalisation ne signifie pas obligatoirement une synchronisation des cycles économiques entre différentes régions du monde. En clair, il y aura toujours des gagnants et des perdants, n’en déplaise à celles et ceux qui affirment que la mondialisation, c’est la généralisation du modèle « win-win » (gagnant-gagnant).
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