Lignes quotidiennes

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jeudi 17 février 2011

La chronique économique : Croissance et vulnérabilité

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 16 février 2011
Akram Belkaid, Paris

Ce qui vient de se passer en Tunisie et Egypte doit nécessairement interpeller les économistes et tous ceux qui réfléchissent au modèle de développement du monde arabe. Certes, les chutes de Ben Ali et de Moubarak ne relèvent pas simplement de questions liées à la situation sociale ou aux effets de la crise internationale. Il y a plus important, à commencer par la volonté de dignité et l’exigence de respect des droits et libertés les plus fondamentaux. Il ne suffit donc pas, comme le font nombre d’officiels algériens, d’agiter le chiffre de la croissance ou du montant des réserves de change pour se croire à l’abri d’une explosion populaire, voire d’une révolution.

Analyser les critères de vulnérabilité

En tout état de cause, le caractère sacré des chiffres vient de prendre un sérieux coup. Les cas de la Tunisie et de l’Egypte nous montrent une nouvelle fois que certaines statistiques ne servent plus à rien ou, du moins, qu’elles ont perdu de leur pertinence. Il y a bien sûr la croissance du Produit intérieur brut (PIB). Ce thème a déjà été évoqué dans cette chronique mais il n’est pas utile de redire que cet indicateur doit désormais être systématiquement complété par d’autres informations.

En 2010, l’Egypte a enregistré une croissance de près de 5% et, pour mémoire, la banque HSBC a intégré ce pays parmi les CIVETS (Colombie, Indonésie, Vietnam, Egypte, Turquie et Afrique du Sud), c’est-à-dire les économies émergentes à haut potentiel de croissance susceptible de rejoindre celles des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). A l’opposé, le rapport sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a démontré une autre réalité puisque l’Egypte pointait à la 101e position du classement annuel sur la richesse des nations (La Tunisie était 81e, l’Algérie 84e et le Maroc 114e).

A lui seul, ce chiffre aurait nécessairement dû relativiser les satisfécits décernés à l’Egypte par les grandes institutions internationales. Il aurait dû obliger à de la prudence mais aussi à développer de nouvelles grilles d’analyse pour être sûr que l’affichage macro-économique ne cachait aucune faille sérieuse. Comme l’explique l’économiste tunisien Azzam Mahjoub, présent lors des Rencontres de Cybèle à Paris, le 17 décembre dernier, il est fondamental d’examiner les vulnérabilités de chaque pays avant de juger globalement de sa situation économique.

Ces critères de fragilité sont multiples et dépendent aussi de facteurs exogènes. Dans le cas de l’Egypte, ils concernent par exemple la dépendance alimentaire de ce pays, et donc son exposition à la hausse des cours des matières premières agricoles. On peut aussi estimer que le chômage des jeunes diplômés est une fragilité structurelle dans un monde où il suffit d’un clic de souris pour réaliser de manière concrète à quel point d’autres peuples vivent mieux.

Une vision culturaliste ?

A ces critères de vulnérabilité économique, doivent bien entendu s’ajouter des considérations d’ordre politique.Certes, il est aisé de se poser la question suivante après coup mais comment a-t-on pu sérieusement ne pas douter du caractère fragile de l’Egypte en sachant que son dirigeant était au pouvoir depuis 30 ans ? Plus encore, pourquoi aucun clignotant ne s’est allumé quand il a décidé de se représenter à la présidentielle après avoir subi une lourde opération chirurgicale ? Aucune agence de notation n’a alors dégradé le rating de l’Egypte. On peut se demander si une certaine vision culturaliste ne s’impose pas à ces institutions dès lors qu’il s’agit des dictatures arabes.
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