Retours en Algérie

Retours en Algérie
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samedi 5 avril 2014

La chronique économique : Candy krach…

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 3 avril 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Une entrée en Bourse est parfois emblématique de l’époque, de la conjoncture économique et du paradigme du moment. Ces derniers temps, le marché américain a ainsi accueilli les « ipo » (initial public offering) de Facebook et de Twitter, jugées toutes les deux comme des emblèmes du boom des réseaux sociaux. En novembre dernier, l’entrée en Bourse tonitruante de Twitter (+70% en un jour pour l’action et une valorisation de 25 milliards de dollars) avait déclenché un flot impressionnant d’analyses et de commentaires, les experts avertissant que l’entreprise du « gazouilleur bleu » n’avait pas encore dégagé de bénéfices. Et de dresser dans la foulée un parallèle avec la période de la bulle internet où les « n’importe-quoi.com » pouvaient lever des milliards de dollars en un jour avant de disparaître en fumée faute de revenus conséquents.
 
Le passé ne compte pas
 
Il y a quelques jours, l’ouverture du capital de King digital entertainement a illustré à sa façon, non pas l’air du temps, mais certains mécanismes habituels du marché. Cette entreprise est l’éditrice du fameux jeu (très addictif) de Candy crush dont le but est d’aligner (et de détruire) les bonbons d’une même couleur. Destiné aux smartphones, ce jeu connaît depuis deux ans un énorme succès et l’on pensait que cela permettrait à son éditeur de réussir son « ipo » à Wall Street. Mais cela n’a pas été le cas. Certes, l’entreprise basée à Londres a levé 500 millions de dollars mais le cours de son action s’est effondré de 15,56% dès le premier jour de cotation ce qui a porté sa valorisation à un peu moins de 6 milliards de dollars contre les 7,6 milliards de dollars espérés.
 
Que s’est-il passé sachant que, contrairement à Twitter, King digital entertainement enregistre des bénéfices conséquents (714 millions de dollars en 2013) et que son chiffre d’affaires a explosé en moins de deux ans (1,88 milliards de dollars en 2013 contre 164 millions de dollars en 2012) ? La réponse est simple. De nombreux opérateurs de marché n’ont guère été impressionnés par les performances passées de l’éditeur, ne s’intéressant qu’à l’avenir. Pour eux, Candy crush, qui représente 78% des recettes de la société, risque tôt ou tard de passer de mode étant donné la vitesse à laquelle le marché des jeux pour smartphone évolue. Du coup, l’éditeur ayant perdu sa « vache à lait » (produit permettant d’importantes recettes pour un coût de plus en plus faible), ses perspectives financières seraient moins intéressantes. En clair, c’est parce qu’une entrée en Bourse est d’abord un pari sur l’avenir que cette « ipo » n’a pas été étincelante. Si l’on pousse un peu le raisonnement, on peut même en conclure que, finalement, il vaut mieux ne pas avoir trop d’historique comptable et être juste capable d’afficher de belles promesses. Ainsi, les investisseurs, qui, pour nombre d’entre eux, ne sont rien d’autre que des parieurs, auront la sensation de prendre un vrai risque sachant que, pour reprendre le vieil adage des boursicoteurs, seul le risque paie…
 
Le pari, toujours et encore
 
Mais, dans le lot, il y a tout de même des opérateurs qui ont acheté le titre King digital. Pour eux, c’est d’abord un pari d’autant plus prometteur que rares sont qui le prennent. Sans croire au caractère éternel de Candy crush, ils anticipent deux évolutions positives. D’abord, ils ont bien noté que cet éditeur alimente Facebook en applications et que cela peut lui garantir des recettes durables. Mais, plus encore, ils se disent que King digital a peut-être dans les tuyaux un futur jeu vedette qui fera encore plus fort que Candy crush. Achetée à bas prix, l’action de l’éditeur devrait alors repartir à la hausse. Dans cette affaire, les parieurs qui tiennent ce raisonnement devront savoir être patients…
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