Lignes quotidiennes

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mardi 27 février 2018

La chronique de l’économie : Le pétrole, toujours et encore

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 21 février 2018
Akram Belkaïd, Paris

En septembre dernier, le groupe pétrolier Total présentait aux investisseurs un rapport sur l’évolution de la demande mondiale en hydrocarbures. Ce document vient d’être consulté par l’Agence France presse (AFP) et il contient des enseignements intéressants même si la société insiste sur le fait qu’il s’agit surtout d’ébaucher des pistes de réflexion plutôt que d’asséner des projections définitives. Le point le plus important est que, selon les experts de Total, la demande mondiale de pétrole en 2040 devrait être proche de 103 millions de barils par jour (mb/j) soit 10,8% de plus qu’en 2015 (92,5 mb/j).

Le transport toujours « pétrophage »

Cette projection signifie, entre autres, que les efforts de réduction de la demande pétrolière risquent d’être vains. Pour mémoire, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les efforts pour maintenir la hausse de la température du globe à 2 degrés centigrades d’ici la fin du siècle signifient que la demande mondiale en pétrole doit baisser de manière substantielle et atteindre 75 mb/j en 2035. En clair, ce que dit Total, c’est que l’on risque fort de ne pas atteindre les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique en raison d’une forte addiction de l’économie mondiale à l’or noir.

Certes, la compagnie note que certains secteurs vont réussir à inverser la tendance. Le bâtiment (-2 mb/j), l’énergie (-3 mb/j) et les usages non énergétiques (-1 mb/j) payeront leur dû à la nécessité de réduire la consommation de brut. Des baisses qui seront obtenues notamment par les innovations technologiques et les progrès réalisés en matière d’isolation (pour le bâtiment). A l’inverse, le domaine des transports devrait persister dans sa nature « pétrophage ». En 2015, 56% de la consommation mondiale de brut venait des transports. Cette part va se maintenir voire augmenter. Pour Total, le nombre de kilomètres parcourus augmentera et rien ne pourra atténuer cette hausse, ni l’amélioration des moteurs à explosion ni l’usage d’autres source d’énergie (électrique, biogaz ou solaire).

Dans le détail, Total prévoit que la demande pour le transport individuel augmentera de 2 mb/j d’ici 2040. Le transport routier (+ 6mb/j), le maritime (+1 mb/j) et l’aérien (+4 mb/j) ne sont pas en reste. Là aussi, la compagnie insiste pour que ces chiffres soient maniés avec précaution. Mais ils posent tout de même des questions que l’on connaît depuis longtemps et qui reviennent dans tous les débats concernant la lutte contre le réchauffement climatique. D’abord, on voit bien que la route va demeurer un enjeu essentiel. A cela, les optimistes affirment que la solution réside dans l’usage de moteurs électriques. Or les projections de Total incluent l’hypothèse que 50 % des moteurs vendus en 2040 seront électriques. Et rien ne dit que l’on atteindra cette part, surtout dans les pays émergents.

Transports en commun

Ensuite, il y a la question du transport aérien. Toujours en croissance, ce dernier ne peut se passer de pétrole (kérosène) même si des recherches sont menées pour faire voler des avions de ligne avec d’autres types de carburant. Les motoristes (United Technologies, General Electric, Rolls Royce,…) multiplient les efforts pour améliorer l’efficacité énergétique de leurs réacteurs. Mais, dans le même temps, l’augmentation attendue du trafic aérien va gommer une grande partie des gains réalisés. Tout cela démontre que diminuer la consommation mondiale de pétrole dans les prochaines décennies sera loin d’être aisé. Cela passera certainement par d’importants investissements dans les transports en commun, notamment dans les mégapoles, mais l’inversion de la courbe de la consommation de brut attendra certainement la fin du siècle.
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