Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 20 janvier 2019

La chronique économique : L’euro et ses vingt ans

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 2 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris

Vingt ans, le bel âge… Le 1er janvier 1999, l’euro devenait officiellement la monnaie de 11 pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal. Durant trois années, la devise européenne ne fut utilisée que pour les transactions immatérielles. Ce n’est que le 1er janvier 2002 qu’elle fut introduite sous forme de coupures et de pièces. Mais dès 1999, l’euro fut la monnaie de référence pour les transactions financières et boursières. Il fut aussi très vite comparé au dollar et à d’autres devises comme le franc suisse, le yen japonais ou la livre sterling (la Grande-Bretagne, comme la Suède et le Danemark ont refusé de faire partie de la zone euro).

La monnaie européenne a survécu

Vingt ans plus tard, où en est le symbole de l’intégration européenne ? Le premier constat est que l’euro existe encore. Cela peut paraître une évidence mais il faut rappeler que les doutes étaient nombreux à sa naissance. On se demandait alors combien de temps les membres de la zone euro allaient faire preuve de discipline budgétaire afin de donner de la crédibilité à cette monnaie. De fait, en vingt ans, l’euro a survécu à plusieurs crises et doutes. Après une très décriée période de faiblesse vis-à-vis du dollar, il a vite passé le seuil symbolique de la parité et, depuis, il a toujours été supérieur au taux de 1 euro pour 1 dollar.

A la fin des années 2000, la devise européenne a surmonté une crise majeure dont elle fut, d’une certaine manière, la cause. En effet, au début du siècle, la Grèce, membre de l’Union européenne (UE) a multiplié les « manipulations » comptables et budgétaires pour pouvoir entrer dans la zone euro. Cette entrée se réalisé en 2001 (la Grèce fut suivie par la Slovénie en 2007, Chypre et Malte en 2008, la Slovaquie en 2009, l’Estonie en 2011, la Lettonie en 2014 et la Lituanie en 2015). Mais les comptes trafiqués de la Grèce, avec l’appui de grandes banques d’affaires et l’aval implicite de plusieurs capitales européennes qui ne pouvaient ignorer la situation (cas de l’Allemagne et de la France), ont conduit à une grave crise de la dette publique grecque en 2009.

Cette dernière a finalement été surmontée tout comme celle liée aux créances pourries charriées par les marchés et les grands acteurs financiers européens. Pour éviter une grave crise bancaire et pour sauver l’euro, la Banque centrale européenne (BCE), très critiquée parce qu’elle ne se préoccupe guère de la croissance, a lancé un programme de rachat de dettes d’un montant de 2 600 milliards d’euros. Pour dire les choses de manière crue, l’institution européenne s’est transformée en fonds spéculatif pour sauver la devise européenne. Les conséquences de cette politique peu orthodoxe se feront connaître tôt ou tard et c’est peu dire que cela inquiète les économistes.

Le dollar reste roi

Quoi qu’il en soit, l’euro a atteint aujourd’hui une dimension internationale. C’est une monnaie de transactions mais aussi d’émissions sur les marchés. Par contre, le dollar reste roi pour ce qui est des monnaies de réserves (60% des réserves de change mondiale contre 20% pour l’euro). De même, le billet vert est omniprésent dans tous les circuits d’échanges et de transactions et le remplacer par l’euro est chose impossible. C’est ce qui explique pourquoi les Etats-Unis peuvent menacer de sanctions n’importe quel pays dans le monde. En effet, il suffit d’utiliser une seule fois le dollar (même en dehors des Etats-Unis) pour tomber sous le coup de la loi américaine. L’euro, encore jeune, n’est donc pas une alternative totale au billet vert et dépend surtout de l’évolution de l’intégration européenne. Si, demain, apparaît un marché unique de la dette européenne, alors il est possible que l’euro gagne encore plus en influence mondiale.
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lundi 26 novembre 2018

La chronique économique : La BCE n’a pas encore éteint la lumière

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 21 novembre 2018
Akram Belkaïd, Paris

Une salle de bal avec un orchestre qui joue une musique endiablée et des hommes et des femmes qui ne cessent de boire, de danser et de s’amuser. C’est l’image habituelle que l’on convoque à propos de l’euphorie des marchés financiers en ces temps où, depuis de nombreuses années, les principales Banques centrales occidentales pratiquent une politique monétaire ultra-commandante avec notamment des taux d’intérêts très bas et d’importants rachats d’actifs (approche non-orthodoxe). Oui mais voilà, les meilleures choses ont une fin. En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) se prépare à abandonner ses achats d’actifs, opérations qui, pour simplifier, équivalaient à injecter de l’argent frais pour pas cher dans le système financier.

Des taux toujours bas

Selon François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, « les achats nets [d’actifs] vont très probablement prendre fin en décembre ». Une déclaration contenue dans le texte d’un discours qui devait être prononcé en début de semaine lors d’une conférence à Tokyo. Mais le banquier central a aussi assuré que l’institution financière européenne va garder le cap de sa politique monétaire accommodante (taux d’intérêts bas) jusqu’à au moins l’été 2019. La fin annoncée du « programme d’assouplissement quantitatif » (ou « quantitative easing » ou QE) ne sera donc pas accompagnée d’un resserrement monétaire (hausse des taux). Du moins, pas tout de suite.

Si l’on revient à l’image citée plus haut, cela veut dire que l’orchestre commence à jouer des morceaux plus lents, des musiciens rangent même leurs instruments tandis que des serveurs vident peu à peu le buffet. Les fêtards, eux, s’accrochent jusqu’au bout, jusqu’au moment où on leur signifiera que la fête est bien terminée en éteignant la lumière de la salle. C’est donc un décrochage progressif que la BCE entend mettre en place. A l’heure où de nombreux économistes s’inquiètent du retour possible de l’inflation, il n’est pas question pour elle de semer la panique sur les marchés en augmentant les taux tout de suite.

On peut aussi faire une autre lecture de la stratégie de la BCE. On sait que le « quantitative easing » a représenté un outil de dernière extrémité face aux conséquences de la crise financière de 2008. Dès janvier prochain, cette Banque centrale va donc revenir à une gestion plus orthodoxe de l’économie. Et le « QE » avec ses achats massifs d’obligations et autres titres sur les marchés pourra toujours être ressorti en cas de nouvelle crise. Laquelle viendra tôt ou tard car c’est la nature même du système capitalisto-financier que de passer de crises en crises, toutes aussi graves les unes que les autres.

 2 600 milliards d’euros pour les marchés !

Une page est donc en train de se tourner en matière de politique monétaire européenne. Mais il demeure un point important. Le programme d’assouplissement quantitatif a coûté 2 600 milliards d’euros à la BCE. C’est une somme énorme. A l’heure où les États européens prétendent manquer d’argent pour investir dans les infrastructures ou les programmes de transition économique, on se dit qu’une partie de ces montants aurait pu être employée autrement. Certes, cela a sauvé la mise au secteur financier mais la fête a peut-être un peu trop duré et les gains réalisés par les investisseurs financiers grâce à la bienveillance de la BCE ne bénéficient qu’à une minorité et certainement pas à une croissance économique aux fruits mieux partagés.
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lundi 26 mai 2014

La chronique économique : L’euro trop fort

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 21 mai 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Jusqu’où l’euro va-t-il monter par rapport au dollar américain ? C’est la question récurrente que se posent nombre de responsables européens qui s’inquiètent de plus en plus de la vigueur de leur devise. Dans le détail, la monnaie unique est proche actuellement de la barre de 1,40 dollar ce qui la place à un plus haut depuis l’automne 2011. Du coup, le débat à propos d’un possible pic à 1,45 dollar voire 1,50 dollar est relancé sur fond de bataille électorale pour le scrutin du 25 mai prochain.
 
Peu de marges pour la BCE
 
Mais quel est le problème posé par un euro fort ? Plusieurs pays de l’Union européenne (UE) se plaignent d’abord que cela handicape leurs exportations par rapport à leurs concurrents américains ou asiatiques. Certes, cela ne concerne pas l’Allemagne dont la renommée planétaire du fameux « made in Germany » est un avantage précieux qui compense des prix plus élevés. Mais des pays comme la France, l’Italie, l’Espagne ou même les Pays-Bas sont pénalisés surtout en ce qui concerne leurs produits bas-de-gamme. La conséquence pour eux est connue, plusieurs de leurs entreprises étant poussées à délocaliser une partie de leurs activités en zone dollar et cela afin de diminuer leurs coûts de production.
 
Dans le même temps, la vigueur de l’euro pose problème dans un contexte où l’inflation est très faible et où l’économie a du mal à redémarrer. En soi, le fait qu’une monnaie soit un rempart contre la hausse des prix n’est pas une mauvaise chose. Mais, quand cela contribue à augmenter les menaces de déflation voire de stagflation, cela devient inquiétant. En effet, de nombreux économistes européens craignent que les économies du Vieux Continent ne tombent dans le piège de la stagnation (panne de l’activité économique) doublée d’une chute drastique des prix (causée par la faiblesse de l’inflation qui finit par conduire à la déflation). Dans ce genre de situation, les entreprises, faute de commandes et de revenus suffisants, font faillite et sont obligées de licencier.
 
Du coup, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui est priée de réagir puisque c’est à elle que revient de conduire les politiques liées à l’euro. Problème, l’institution monétaire basée à Francfort n’a que très peu de marges de manœuvres. Ses taux directeurs sont déjà très faibles (baisser les taux peut contribuer à déprécier une monnaie) et, de toutes les façons, l’Allemagne ne veut ni d’un euro faible ni d’un regain d’inflation ne serait-ce que pour préserver les avoirs de ses épargnants. Le 5 juin prochain, les gouverneurs de la BCE seront donc attendus au tournant lors de leur réunion mensuelle. Non seulement, ils devront rendre publiques leurs prévisions de croissance et d’inflation mais aussi, et surtout, clarifier leurs intentions vis-à-vis de la valeur de l’euro.
 
Le tabou de la dévaluation
 
Bien entendu, il est pratiquement exclu d’entendre un jour les dirigeants de la Banque centrale européenne évoquer la question d’une dévaluation pure et simple. Ce genre d’option n’est pas prévu, du moins pas de manière explicite, par les textes qui régissent l’Union monétaire européenne. Pourtant, les exportateurs du Vieux continent auraient bien besoin d’un petit coup de pouce monétaire. Ce dont ne veulent absolument pas les épargnants (l’Europe est la première zone d’épargne du monde) qui craignent une dépréciation de leurs avoirs. La BCE devra donc faire avec ce qu’elle a, c’est-à-dire pas grand-chose.
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lundi 31 mars 2014

La chronique économique : Les œillères de la troïka européenne

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 26 mars 2014
Akram Belkaïd, Paris

C’est une information qui est presque passée inaperçue en raison de la focalisation générale à propos de la tension provoquée par la crise ukrainienne. Jeudi 13 mars, le Parlement européen a adopté à une large majorité (448 voix pour, 140 contre et 27 abstentions) un rapport critiquant avec sévérité l’action de la troïka face à la crise financière qui a affecté l’Europe en 2009 et durant les années qui ont suivi. Pour mémoire, la troïka est composée du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’Union européenne (UE). Et les pays où elle a été obligée d’intervenir sont Chypre, la Grèce, l’Irlande et le Portugal.

Manque de légitimité démocratique

Que dit ce rapport ? Il insiste d’abord sur un fait qui, de manière générale, empoisonne le fonctionnement des institutions européennes mais qu’aucun gouvernement du vieux continent ne semble vouloir ou pouvoir résoudre. Il s’agit du manque de transparence dans le fonctionnement de la troïka. En effet, cette dernière ne répondait devant personne de son action et de ses décisions, dont certaines sont à ce jour très contestées à l’image des mesures d’austérité imposées à la Grèce. Dans le même ordre d’idée, le document met en exergue, en la déplorant, le manque de légitimité démocratique du trio BCE-UE-FMI. « La plupart des décisions furent prises sans contrôle parlementaire, à l’Eurogroupe, instance formelle où la voix de l’Allemagne prime » a commenté Liêm Hoang-Ngoc, député socialiste et rapporteur de la commission d’enquête mise en place par le Parlement européen pour juger du travail de la troïka (rappelons que l’Eurogroupe est la réunion mensuelle des ministres des Finances de la zone euro). Pour résumer, la troïka a agit seule tout en étant sous influence de l’Allemagne (opposée à toute indulgence à l’égard de la Grèce) et sans rendre compte de ses décisions auprès du Parlement.

Mais c’est surtout à propos du fond que les conclusions du Parlement méritent d’être connues. En effet, le rapport reproche à la troïka sa persistance à ne vouloir imposer qu’un seul point de vue dans les remèdes qu’elle a imposé aux pays concernés. Sans tenir compte des disparités entre chacun, elle a systématiquement privilégié l’approche orthodoxe qui passe par des cures d’austérité et des diminutions drastiques de dépenses publiques. Cette thérapie de choc a eu, on le sait aujourd’hui, des conséquences sociales dramatiques en Grèce et, à ce jour, seul le Fonds monétaire international a fait son mea-culpa, reconnaissant que l’austérité n’était pas la solution unique pour faire face à la crise. A l’inverse, ni la Commission européenne ni la BCE n’ont esquissé la moindre autocritique. Rien d’étonnant à cela pour qui connaît un tant soit peu la morgue idéologique qui caractérise le personnel de ces institutions…

Un fonds monétaire européen : oui mais pour quoi faire ?

Tirant les conclusions de l’action de la troïka, le rapport suggère donc que la BCE n’en soit plus un membre actif et qu’elle se contente d’un rôle de consultant. Les parlementaires estiment aussi que l’idéal serait que l’Europe dispose demain de son propre fonds monétaire. Une option qui réduirait l’influence du FMI mais aussi de la BCE. Mais rien ne dit que cela changera les choses quant au fond. On le sait, dans toutes ces organisations, le personnel est formaté selon la pensée unique de l’orthodoxie monétaire et l’on voit mal un Fonds monétaire européen se comportant différemment de la troïka. Malgré ce qui se passe aujourd’hui encore en Grèce, nombre de fonctionnaires et d’experts internationaux continuent d’ailleurs de défendre les mesures d’austérité et de réduction des dépenses publiques. En Europe, comme dans le reste du globe, le renouvellement des idées et approches économiques n’est toujours pas à l’ordre du jour.
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