Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 15 juillet 2017

La chronique du blédard : Un 14 juillet 1953 à Paris

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 juillet 2017
Akram Belkaïd, Paris


Il y a plus de dix ans, alors qu’il menait une enquête sur la tuerie du métro Charonne à Paris (8 février 1962,  huit victimes des violences policières lors d’une manifestation anti-OAS, toutes syndiquées à la CGT et, à une exception près, membres du Parti communiste), le réalisateur et documentariste Daniel Kupferstein entend parler pour la première fois d’un massacre policier oublié. Ce dernier a eu lieu à Paris, le 14 juillet 1953, autrement dit plus d’un an avant le déclenchement de la Guerre d’indépendance (1er novembre 1954).  Et, surtout, longtemps avant les tueries du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 dans la capitale française. Déjà auteur de « Dissimulation d’un massacre » (2001) sur la sanglante répression d’octobre 1961, et après avoir réalisé « Mourir à Charonne, pourquoi ? » (2010) Kupferstein s’est donc attelé à mettre à jour ce drame que la mémoire collective franco-algérienne a longtemps refoulé. Il en a tiré un documentaire (2014) puis un livre paru cette année (*).

Les faits sont les suivants. Le 14 juillet 1953, un défilé social a lieu à Paris à l’initiative notamment de la CGT. Ouvrons ici une parenthèse en relevant que ce type de manifestation a longtemps été une tradition (elle fut instaurée à l’époque du Front populaire). Aujourd’hui, la mémoire de gauche a complètement oublié cette mobilisation, le 14 juillet n’étant plus que l’occasion d’une parade militaire… Fin de la parenthèse.

Ce 14 juillet-là, le cortège part donc de Bastille en direction de la place de la Nation. Dans cette procession réunie autour de mots d’ordre sociaux et syndicaux, il y a plusieurs milliers de militants du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Certains d’entre-eux brandissent un drapeau algérien. D’autres, ont collé à leur veston, la photographie imprimée ou ronéotypée de Messali Hadj, le grand dirigeant nationaliste alors emprisonné. « Au total, note l’auteur, ils sont entre 6 000 et 8 000, soit plus d’un tiers de la totalité des manifestants. Ils défilent derrière un grand portrait de leur dirigeant Messali Hadj, rangée par rangée en ordre serré, presque militaire, et encadré par un service d’ordre repérable à ses brassards verts. » Parmi les slogans que cite le livre : « A bas le colonialisme ! Nous voulons l’indépendance ! », « Peuple de France, en défendant tes libertés tu défends les nôtres ! » et « Libérez Messali Hadj ! Libérez Bourguiba ! »

A la place de la Nation, des heurts avec les forces de l’ordre ont lieu. Face à des manifestants pacifiques qui ont reçu pour instruction du MTLD de ne porter aucune arme, la police ouvre le feu à balles réelles et tire froidement à l’horizontale. Sept hommes sont tués, six nationalistes algériens et un militant CGT. Les blessés se comptent par dizaines. Abdallah Bacha (25 ans, né à Agbadou), Larbi Daoui (27 ans, né à Aïn Sefra), Abdelkader Draris (32 ans, né à Djebala), Mouhoub Illoul (20 ans, né à Oued Amizour), Maurice Lurot (41 ans, né à Montcy-Saint-Pierre), Tahar Madjène (26 ans, né au Douar Harbil) et Amar Tadjadit (26 ans, né au Douar Flissen) sont les victimes de ces meurtres dont les auteurs ne seront jamais identifiés et encore moins inquiétés. Car, quelques années plus tard, un juge d’instruction soldera son enquête par un non-lieu.

Lire l’ouvrage de Kupferstein, c’est revisiter une période mal connue, celle qui a précédé le déclenchement de la Guerre d’indépendance. On réalise que l’émigration algérienne a été à la pointe de la revendication nationaliste. Qu’elle subissait déjà la répression, les arrestations et les tracasseries de l’administration. On se rend compte aussi de la prégnance de la violence policière et l’on apprend, au passage, que c’est l’époque où certains policiers écartés pour collaboration avec l’occupant allemand ont été réintégrés. C’est aussi une période où la gauche française, notamment communiste, est bien en peine de se déterminer par rapport aux mots d’ordre anticolonialistes. Si la base est, en grande majorité solidaire des revendications algériennes ou maghrébines, les appareils sont dans une position bien plus ambiguë.

Cette ambiguïté explique, en partie, pourquoi ce massacre a été oublié. Très vite, le Parti communiste français, tout comme la CGT, ne savent pas très bien « quoi faire » de ces sept morts (presqu’autant que la tuerie de Charonne qui est au pinacle de la mémoire de gauche) dont six sont des nationalistes algériens, militants d’un parti qui a rompu les ponts depuis longtemps avec le PCF. Une grève massive dans la fonction publique en août 1953, puis les violences liées à la Guerre d’Algérie vont aussi contribuer à reléguer ce drame dans les oubliettes. Un refoulement dû aussi au fait que la tuerie a eu lieu « avant » la Guerre d’Algérie et qu’elle ne saurait donc être excusée par le désormais habituel discours révisionniste qui consiste à renvoyer dos-à-dos violence coloniale et violence du Front de libération nationale (FLN). Le 14 juillet 1953, la police française a délibérément tué des « Arabes » qui manifestaient de manière pacifique pour leurs droits. Un fait annonciateur de tant d’événements qui ont suivi.

En France, la famille de Maurice Lurot, tombé pour les droits sociaux mais aussi pour la justice en Algérie, n’a jamais obtenu réparation. En Algérie, et selon l’enquête de Daniel Kupferstein, les six victimes nationalistes – elles reposent toute dans leur terre natale - n’ont jamais bénéficié de la moindre reconnaissance officielle de l’Etat algérien ou de l’organisation des anciens moudjahidine. Sans même s’en indigner, faut-il vraiment s’en étonner ?


(*) Les balles du 14 juillet 1953. Le massacre policier oublié de nationalistes algériens à Paris. Préface de Didier Daeninckx, La Découverte.

mardi 7 mai 2013

Dessin à propos d'une période plus ou moins révolue

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Ce dessin de Red date de 1992.
Il reste l'un de mes favoris car il parle de lui même.
Puissance du trait, puissance de la suggestion. Unanimisme, violence, mépris...
On devine qu'il s'agit des caciques du FLN, parti qui, à l'époque, n'était plus unique depuis 1989.
Quelle serait la version de 2013 ?
Une chose est certaine. Les figures émaciées, austères, seraient remplacées par des bouilles rondouillardes aux bajoues pendantes, preuve d'un engraissement, voire d'un gavage, continu.
Le temps des sloughis fussent-ils prédateurs est terminé. Règne désormais celui des poussahs lubriques...
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lundi 31 décembre 2012

Magda Elmahdy, Lady Godiva du monde arabe

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SlateAfrique, dimanche 30 décembre 2012

Son dernier happening avec le groupe féministe des FEMEN a fait le tour de la Toile. Que veut vraiment Magda Elmahdy?

Aliaa Magda elmahdy et les FEMEN, à Stockholm, le 20 décembre 2012. Capture d'écran/ DR.
                                             
Lady Godiva plutôt que Lady Gaga… Si les jeunes adolescentes du monde entier connaissent la seconde, ses chansons à deux sous et ses provocations très commerciales, la première semble devenir une source d’inspiration pour quelques jeunes femmes arabes protestataires.
Rapide rappel historique: selon la légende, vers l’an 1000, Lady Godiva, une aristocrate saxonne, aurait chevauché nue à travers la ville de Coventry, pour obliger le comte Léofric, son seigneur de mari, à baisser les impôts imposés à la population pour financer ses guerres.
Depuis, à travers l’histoire, on retrouve de manière régulière des femmes qui se revendiquent de celle qui, vêtue uniquement de ses longs cheveux, aurait finalement obtenu gain de cause.
Ainsi, en Ukraine comme en Russie sans oublier Notre-Dame des Landes en France, Lady Godiva est la lointaine inspiratrice de ces militantes qui exposent leurs corps —notamment leur poitrine— pour des motifs politiques.

Lala Godiva égyptienne

Et le monde arabe commence à découvrir cette manière de protester avec des Lala (dame) Godiva qui ont recours à Internet pour se faire connaître.
La plus connue d’entre elles est Aliaa Magda Elmahdy. En novembre 2011, cette jeune activiste égyptienne a mis en ligne des photographies d’elle dans le plus simple appareil pour dénoncer l’obscurantisme des islamistes.
«J’ai le droit de vivre librement n’importe où», avait-elle écrit sur son blog pour justifier sa démarche et clamer son athéisme.
A l’époque, la blogosphère arabe s’était divisée à propos de ce geste. Les uns comprenaient et saluaient cette prise de risque qualifiée de courageuse quant d’autres dénonçaient le manquement aux bonnes mœurs ou l’inutilité d’une provocation qui ne pouvaient que renforcer les intégristes dans leurs convictions rétrogrades.
Bien entendu, les médias occidentaux se sont emparés de l’affaire, portant au pinacle cette jeune femme, elle-même très vite dépassée par l’affaire (on se souvient de sa mine effrayée sur certaines de ses photographies).

Nue pour protester contre l'islamisation de l'Egypte

Après quelques démêlés avec la police égyptienne, Magda Elmahdy vient de récidiver, en manifestant nue en compagnie d’activistes du groupe Femen, devant l’ambassade égyptienne à Stockholm. Une mise à nu pour protester contre l’islamisation de son pays et contre le régime du président Morsi.
Là encore, les réactions sont multiples mais, le plus souvent, critiques. Et à raison, du moins est-ce l’avis de l’auteur de ces lignes. En effet, on peut se demander à quoi peut bien servir pareil acte. Car, pour les intégristes qu’il faut effectivement combattre sur le plan des idées, c’est, ose-t-on écrire, du pain béni.
Dans un monde arabe largement acquis aux idées conservatrices, et pas forcément intégristes, une femme nue qui manifeste contre l’islamisation ou qui délivre un message politique, est un spectacle, le plus souvent choquant, qui défie l’entendement et la raison.
Est-ce que cette nudité militante peut changer les mentalités misogynes et rétrogrades? On peut en douter.
C’est d’autant plus vrai qu’il faut s’attendre à ce qu’Aliaa Magda Elmahdy devienne une héroïne pour les médias occidentaux et certains courants féministes. Pensez-donc, une femme qui use de son corps pour défier les barbus!

La gloire avant tout

Pour cette Lala Godiva égyptienne, le risque est grand de devenir un phénomène de foire, un emblème bien commode que l’on va exhiber sur les plateaux pour dire ô combien le monde arabe est en retard et impitoyable avec ses femmes.
Mais, peut-être, est-ce là le but d’Elmahdy? Devenir célèbre, coûte que coûte, même en usant d’arguments, au final, inefficaces et même désastreux pour ses sœurs égyptiennes et arabes.
Dans un monde où chacun veut plus que son quart d’heure de célébrité, ce qui explique la profusion des comportements égotiques sur les réseaux sociaux, la gloire soudaine peut rendre fou n’importe qui.
Mais, cela étant dit, il faut tout de même convenir qu’Elmahdy ne manque pas de courage ni de ténacité.

Elle fait des émules

En tous les cas, la militante égyptienne semble devenir une source d’inspiration. Dans une photo qui circule actuellement sur Internet, mais dont on ne connaît pas encore la provenance, une jeune femme inconnue expose ses chairs dans une posture qui n’est pas sans rappeler les photos coquines —effet accentué par la présence de chaussures à talons— avec, en arrière-plan, le drapeau algérien.
Un texte accompagne la photographie stipulant que«les moudjahidines du FLN doivent reconnaître les crimes commis contre les Algériens et les viols dont ont été victimes les Algériennes».
Pourquoi le FLN? De quels crimes est-il question? Sur quelle période? Mystère. Le fait est que l’on ne connaît pas encore l’identité de la concernée et encore moins si elle est algérienne ou pas.
Là aussi, les réactions à ce document étaient divisées. Nombre d’internautes algériens ont trouvé scandaleux que leur drapeau soit associé à pareille exhibition. D’autres se sont demandé s’il ne s’agissait pas d’un règlement de compte où la dame dénudée aurait été victime d’un amant malintentionné.
Autre hypothèse avancée, la photographie ne serait qu’une provocation politique réalisée hors d’Algérie par un internaute hostile à l’Algérie. Le mystère reste donc entier mais une chose est sûre, le phénomène des protestations par la nudité ne fait que commencer tant son audience sur Internet paraît assurée.
Akram Belkaïd
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jeudi 6 janvier 2011

Realpolitik et liberté

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Lu ce jeudi 6 janvier 2011 dans Libération
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"Aron soutenait que les intérêts diplomatiques d'une nation et ses besoins matériaux ne suffisaient pas à la façonner. Ses idées, ses idéaux et ses valeurs morales constituent également sa réalité et doivent être pris en compte. D'où son soutien à l'indépendance de l'Algérie à la fin des années 1950 (discours qui lui valut d'être vilipendé aussi bien par la droite que par la gauche). Aron ne se faisait aucune illusion sur le triste sort de l'Algérie passée sous le contrôle du FLN, mais il comprenait le pouvoir immense de la valeur que les Algériens accordaient à la liberté"

par Robert Zaretsky, in "L'injure de Kissinger aux juifs d'URSS".