Lignes quotidiennes

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jeudi 18 avril 2013

La chronique économique : Le FMI et les réserves de change chinoises

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 17 avril 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Et un nouveau record, un ! Les réserves de change de la Chine, les plus importantes au monde, ont atteint à la fin du mois de mars le montant historique de 3.340 milliards de dollars. C’est près de 18 fois les réserves de change de l’Algérie ou 2,5 fois celles du Japon, lequel a longtemps caracolé en tête du classement des pays disposant des plus importantes réserves au monde avant d’être détrôné par son voisin chinois. On prend conscience de l’impressionnante évolution de la force de frappe financière de Pékin, en se souvenant que ses réserves de change atteignaient à peine 20 milliards de dollars en 2000 et qu’elles ont quadruplé depuis 2005.
 
Les critiques du FMI…
 
Pour bien comprendre comment sont gérées ces réserves, il faut savoir que les exportateurs chinois sont tenus de déposer leurs revenus en devises auprès de la Banque centrale chinoise. Cette dernière injecte alors des yuans dans l’économie locale et place une partie de ces devises déposées en bons du Trésor américain et en autres titres souverains notamment européens. De même, une partie de ces réserves de change est utilisée pour alimenter le fonds souverain CIC qui investit à l’étranger. On ne connaît pas la répartition de ces placements mais, selon une hypothèse communément admise, les bons du Trésor américains constitueraient plus de 60% des avoirs chinois contre 30% pour les avoirs libellés en euros et dans d’autres monnaies européennes comme la livre ou le franc suisse.
 
Au-delà de la répartition des réserves de change chinoises, c’est leur importance qui alimente depuis quelques années la controverse. En effet, le Fonds monétaire international (FMI) estime que ces réserves menacent à terme la stabilité du système financier mondial et que, par ailleurs, la Chine ferait mieux de consommer une partie de ses avoirs notamment via l’investissement dans des infrastructures. Mais, il y a peu, un audit interne au Fonds a remis en cause cette manière de voir. « Le FMI n'a pas fourni d'argument convaincant expliquant en quoi des réserves excessives constituaient un problème pour le système monétaire international », a ainsi écrit le Bureau d'évaluation indépendant (IEO) du Fonds. « La focalisation du FMI sur l'accumulation de réserves (...) n'a pas été utile en ce qu'elle a mis l'accent sur les symptômes plutôt que sur les causes profondes et elle a donc abouti à un manque de clarté sur les options en discussion pour réduire les risques »,a insisté l'IEO dans son audit qui couvre la période allant de 2000 à 2011. Et d’enfoncer le clou : « Le FMI n'a pas prêté suffisamment d'attention (...) au rôle protecteur des réserves dans plusieurs économies émergentes ».
 
… et ses objectifs réels
 
Bien entendu, le FMI n’a guère apprécié ce rapport interne puisque sa directrice générale Christine Lagarde, a estimé que les rédacteurs de l'audit s'étaient « trompés » dans leur analyse. Elle a aussi insisté sur le fait que ces réserves pouvaient s'avérer « coûteuses »tant pour les pays qui les accumulent que pour l'économie mondiale. Mais, on attend toujours les arguments concrets du FMI concernant le caractère dangereux des réserves de change… Et, en réalité, sa position n’a rien d’étonnant. En fait, le Fonds est d’abord une institution au service des pays occidentaux, dont les Etats-Unis, lesquels attendent de la Chine qu’elle dépense plus et qu’elle cesse d’affaiblir artificiellement sa monnaie pour doper ses exportations (en achetant du dollar et d’autres monnaies, la Banque centrale chinoise maintient le yuan à des niveaux compétitifs). De même, le FMI n’aime guère voir des pays émergents disposer d’un grand matelas de liquidités susceptibles d’être prêtées et donc, de remettre en cause son rôle de grand banquier international. Dès lors, on comprend l’agacement des pays émergents qui comptent bien utiliser une partie de leurs avoirs pour créer leur propre grande banque multilatéral. La lutte d’influence entre pays émergents et le FMI ne fait donc que commencer.
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