Lignes quotidiennes

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dimanche 17 juin 2018

Au fil du mondial (3) : Joie par procuration

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On dit souvent, et à raison, que le football peut être le vecteur des pires sentiments chauvins et nationalistes. C’est aussi une belle diversion pour tous les pouvoirs politiques, autocratiques ou pas. Mais il y a aussi des choses plus positives et plus surprenantes. L’extraordinaire victoire du Mexique contre l’Allemagne a ravi des millions de spectateurs. On peut comprendre la joie incandescente des Mexicains qui espèrent que cette année sera la bonne pour que la « Tri » aille au-delà des huitièmes de finale. Mais attardons-nous aussi sur la joie des « autres », de celles et ceux qui n’ont rien à voir avec le Mexique mais qui ont hurlé après le but mexicain. Celles et ceux qui ont jugé que les minutes défilaient trop lentement jusqu’à la fin de la rencontre. Une joie par procuration. Intense. L’espace d’une rencontre, on « est » mexicain comme certains ont pu être islandais (1-1 contre l’Argentine). On vibre aussi fort. Bien sûr, au coup de sifflet final, les choses reviennent à la normale. Alors que la folie s’empare des rues de Mexico, on souffle, on éprouve un vague contentement et on passe au match suivant. Mais il n’empêche : l’émotion fut intense.

Dire que cette joie par procuration est due au fait que l’on prend naturellement parti pour le plus faible est vrai mais réducteur. On peut aussi soutenir une équipe parce que l’on n’aime guère celle qui joue contre elle (exemple : l’Allemagne ou la rancune tenace envers elle de millions d’Algériens… cf. 1982), ou parce que l’on aime guère le régime du pays que cet adversaire représente (ah, cette satisfaction devant la « yedouilla » – 5 buts à zéro, soit autant que les cinq doigts de la main – des joueurs russes face aux saoudo-wahhabites…). On peut aussi soutenir telle ou telle équipe étrangère parce que l’on n’a rien à se mettre sous la dent chez soi. Tout cela est vrai, mais la magie du football, c’est qu’elle permet d’oublier, l’espace d’un match, qui on est et d’où on vient. Les frontières sont abrogées, les distances raccourcies.


Akram Belkaïd, dimanche 17 juin 2018

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