Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 7 janvier 2017

La chronique du blédard : Alep, Gaza et BHL

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 29 décembre 2016
Akram Belkaïd, Paris

Quelques jours avant la chute d’Alep-est (« la libération d’Alep-est », diront les Poutinolâtres et autres Bacharophiles), une séquence vidéo a cartonné sur internet et les réseaux sociaux. Mise en ligne par le site RT News (ex Russia Today News), un site financé par des fonds publics russes, elle entendait « démonter en deux minutes la rhétorique des médias occidentaux sur la Syrie ». Eva Bartlette, journaliste « indépendante » canadienne y répond à son confrère norvégien Kristoffer Ronnenberg, correspondant d’Aftenposten aux Etats Unis, en déroulant l’habituel argumentaire pro-régime : les médias « mainstream » mentent, les rebelles sont tous des terroristes, les Casques blancs seraient une imposture, etc…

Il ne s’agit pas ici de perdre son temps à répondre à cette propagande qui foisonne sur internet et que la fachosphère reprend et amplifie. On notera simplement que ce qui a donné de l’impact à cette intervention, c’est que la journaliste s’exprimait avec, derrière elle, le logo des Nations unies ce qui a poussé de nombreux internautes à penser que le débat était organisé par l’ONU. En réalité, et le site RT News et ses affidés se sont bien gardés de le préciser, cette conférence de presse était organisée par la Mission permanente de la République syrienne aux Nations Unies, autrement dit la représentation du régime syrien. Celles et ceux qui ignorent le fonctionnement des Nations Unies, et ils semblent être nombreux, doivent savoir que n’importe quelle représentation diplomatique à l’ONU a le droit d’utiliser l’une des nombreuses salles de presse de l’institution sans pour autant que les conférences organisées puissent recevoir le label onusien. Pour résumer, il y a une grande différence entre « conférence organisée à l’ONU » et « conférence organisée par l’ONU ». Mais gageons que cette précision ne convaincra pas celles et ceux qui affirment que « l’ONU a dénoncé les mensonges de la presse mainstream »…

Mais ce qui doit interpeller dans l’affaire, c’est le succès de cette vidéo. On peut le mettre sur le dos de l’audience croissante du conspirationnisme mais cela ne suffit pas. En effet, c’est aussi le résultat de la perte de crédibilité des grands médias quant aux affaires internationales. Si l’on s’en tient au monde arabe, et à sa propension actuelle à réfuter le discours anti-Bachar, deux dossiers donnent de la consistance à cette défiance. Il s’agit de la guerre en Irak de 2003 et la situation du peuple palestinien, notamment à Gaza. Il y a quelques temps, j’ai participé à une émission sur TV5 où le représentant du New York Times a évoqué, sans honte bue, les attentats du 11 septembre 2001 pour justifier l’invasion de l’Irak décidée par George W. Bush et soutenue, entre autres, par Tony Blair. Or, on sait aujourd’hui l’ampleur du dévoiement de ce quotidien dont plusieurs journalistes ont repris sans ciller les mensonges du Pentagone et du Département d’Etat. Certes, le quotidien a présenté ses excuses à ses lecteurs mais ce fut une démarche à minima et, aujourd’hui, ses journalistes s’irritent quand on leur rappelle cette grande erreur. Ils ne veulent pas voir à quel point cette affaire a laissé des traces dans les mémoires. Pire, certains d’entre eux sont même tentés par un certain révisionnisme destiné à minimiser les errements de leur journal dans cette guerre dont l’Irak, en particulier, et le monde arabe en général, continuent de payer le prix fort.

Abordons maintenant la question du peuple palestinien et évoquons une autre vidéo qui a, elle aussi, cartonné sur les réseaux sociaux. Il s’agit du passage du « philosophe » Bernard-Henri Levy dans l’émission Upfront d’Al-Jazeera en langue anglaise. Les questions du journaliste Mehdi Hasan étaient simples et percutantes (BHL n’est jamais, mais vraiment jamais, interviewé de la sorte par les médias français…) : pourquoi l’émoi et la solidarité en faveur d’Alep-est et pourquoi le silence quant au sort du peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza ? Pourquoi évoquer une « no-fly zone » pour Alep et ne pas en avoir fait de même pendant les bombardements de Gaza en 2008-2009 et 2014 ? Déstabilisé, bredouillant dans un anglais plutôt incertain, le coucourdier à la chemise blanche de Saint-Germain-des-Prés a démontré à quel point le double ou triple langage ne le gênait pas en prétendant, entre autres, que la Guerre de Gaza était « défensive » et qu’il convenait de ne pas comparer les deux situations puisque les morts à Alep-est étaient bien plus nombreux que ceux de Gaza. Etrange argument quand on sait que le même personnage affirme qu’il ne faut pas entrer dans « l’arithmétique des morts » quand on lui fait remarquer que le nombre de victimes palestiniennes est bien plus important que les israéliennes.

Certaines causes sont souvent entachées par des soutiens dont elles se seraient bien passées et cela ne doit pas remettre en question leur justesse. Que BHL soutienne tel ou tel soulèvement dans le monde arabe ne doit pas servir de seule justification pour adopter une position contraire. En 1992, et durant les années qui ont suivi, le « philosophe » avait pris parti pour l’interruption du processus électoral en Algérie et s’était même démené pour soutenir nombre d’illustres personnalités algériennes. Si l’on s’en tient au raisonnement qui prévaut aujourd’hui chez nombre de nos concitoyens, cela veut donc dire que les partisans de cette interruption se sont fourvoyés... Bien entendu, l’affaire est plus complexe mais cet exemple précis devrait inciter à juger de certaines situations autrement qu’en se déterminant en fonction de ce qu’en disent la presse occidentale et BHL.
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jeudi 6 novembre 2014

La chronique du blédard : BHL, une tchaqlala tunisienne

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 6 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Voilà-ti que l’on reparle de Bernard-Henri Lévy alias BHL. Son déplacement en Tunisie pour y rencontrer des personnalités politiques libyennes a fait couler beaucoup d’encre puisqu’il a provoqué quelques gros remous sur place. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de nombreux Tunisiens n’ont guère apprécié la présence chez eux du philosophe à la chemise blanche. Alertés par les passagers de l’avion où il se trouvait, certains d’entre eux se sont regroupés à l’aéroport de Tunis-Carthage pour reprendre en cœur l’ordre-clé de la révolution de 2011 à savoir « dégage ! ». D’autres se sont déchaînés sur internet, relayant les informations les plus invraisemblables et exigeant une réaction vigoureuse des autorités. Lesquelles autorités ont sévèrement rappelé à l’ordre les Libyens présents sur le sol tunisien en leur rappelant qu’ils devaient s’abstenir de toute activité politique. Bref, ça a chauffé…

Fidèle à sa défense habituelle dès lors que fuse une critique à l’encontre de sa petite personne, BHL a crié à l’antisémitisme. Il est vrai que de nombreux internautes, n’hésitons pas à les qualifier d’abrutis, se sont attaqués au « juif » BHL, confondant comme c’est trop souvent le cas antisémitisme et antisionisme, ou, pour être encore plus précis, critique de la politique israélienne à l’encontre des Palestiniens. Il est vrai aussi que cette tchaqlala paraissait quelque peu irréelle sachant qu’un ressortissant français, même s’il s’appelle BHL, a tout à fait le droit d’entrer en Tunisie et d’y rencontrer qui il souhaite. Précisons que la Tunisie, pour des raisons économiques évidentes (notamment le tourisme) n’applique pas à la France le principe de réciprocité en matière de visa.

Pour autant, ce n’est pas le fait que l’éminence de Saint-Germain-des-Prés soit un partisan résolu d’Israël qui a généré toute cette agitation. C’est d’abord son rôle supposé dans la chute de Mouammar Kadhafi qui a pesé. Et cela nous apprend beaucoup de choses sur la manière dont on peut percevoir les événements au sud de la Méditerranée. Pour nombre de Maghrébins, BHL est en effet celui qui a eu la peau de Kadhafi et qui a été le moteur essentiel dans l’intervention de l’Otan. Plusieurs journalistes qui ont suivi cette affaire, contestent pourtant cette version et jugent qu’il n’a fait qu’accompagner le mouvement pour ensuite se donner le beau rôle.

Mais ce discours ne convainc pas. Grâce aux efforts d’autopromotion de l’intéressé dans les médias français, hélas très suivis et pris pour argent comptant au sud de la Méditerranée, BHL est perçu comme l’agent actif de ce qui a été un complot contre la Libye en particulier et le monde arabe en général. Du coup, sa présence en Tunisie, dans un contexte post-électoral très tendu où rien n’est encore réglé sur le plan politique, a fait naître de réelles inquiétudes. En clair, nombre de Tunisiennes et de Tunisiens, quelles que soient leurs convictions politiques, se sont dit – avec sincérité, il faut insister là-dessus - : « Après la Libye, ce type est venu semer le chaos et la m… chez nous ». On ne peut jurer de rien, mais il est fort probable qu’un déplacement de l’intéressé en Algérie provoquerait le même ramdam et pour les mêmes raisons. Rappelons au passage qu’il avait été accueilli à bras ouverts par le régime algérien au milieu des années 1990. C’était pour un « reportage » publié dans le quotidien Le Monde et dont Nicolas Beau, alors journaliste au Canard Enchaîné, avait listé les incohérences et les erreurs factuelles (à l’époque, internet n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui et peu d’Algériens ont eu connaissance de ces écrits).

Mais la tchaqlala en question nous fournit aussi quelques indications sur le climat politique tunisien. Sur les réseaux sociaux, certains opposants au parti Ennahdha ont cherché à faire croire, parfois avec succès, que BHL était l’invité des islamistes ( !). L’objectif de tout cela ? Défendre coûte que coûte l’idée que les événements de décembre 2010 et janvier 2011 ont été le fruit d’un « complot » organisé par l’Occident et les islamistes pour déloger Ben Ali. Ne rions pas, car dans un contexte de désenchantement après l’espoir fou généré par la fuite du dictateur, ce genre de thèse ressemble à une eau qui s’infiltre en silence. On voit ainsi quelle est la stratégie adoptée par d’anciens courtisans benalistes pour faire oublier leurs turpitudes : en agitant le spectre du complot islamiste – auquel participerait un BHL téléguidé par le Mossad (si, si…) – on évite de répondre de ses actes et de ses égarements quand la moindre parole libre menait au cachot.

Mais revenons à BHL, non pas pour le défendre, de cela quelques « native informant », vous savez ces khorotos que l’on actionne à souhait pour dire du mal de leur peuple ou des Palestiniens, s’en sont prestement chargés. Non, le fait est qu’il y a vraiment un « mystère BHL ». Tant de vacuité, tant d’esbroufe, tant de festi et de khorti, auraient déjà dû contraindre le concerné à plus de discrétion. Il n’en est rien. En son temps, le grand Pierre Vidal-Naquet s’était d’ailleurs déjà étonné que l’individu soit toujours pris au sérieux après la publication de son ouvrage le Testament de Dieu (1979), le grand helléniste ayant qualifié le jeune mais déjà très remuant nouveau-philosophe – tel fut son premier titre auto-revendiqué - de « médiocre candidat au baccalauréat » (1).

De manière régulière, les écrits et les actes de BHL débouchent sur des flops retentissants et cela malgré d’impressionnantes campagnes de promotion (ah, le bon sens du public…). Il y a quatre ans, l’homme s’était ridiculisé en publiant un ouvrage (De la guerre en philosophie) où il prétendait régler son compte à Emmanuel Kant (excusez du peu…) en prenant notamment appui sur les écrits d’un certain Jean-Baptiste Botul. Problème, very big problème, ce Botul n’a jamais existé et n’est rien d’autre qu’un canular imaginé par  Frédéric Pagès, agrégé de philosophie et journaliste au Canard Enchaîné. Dans un monde fonctionnant normalement avec une vraie éthique intellectuelle, une telle fumisterie aurait dû déboucher sur un discrédit définitif du philosophe à deux millimes. Ce ne fut pas le cas. Grâce à son carnet d’adresse, sa fortune et son influence sur le monde de l’édition, le BHL court et s’agite toujours. Et, loin de le desservir, ce qui s’est passé à Tunis va encore lui permettre de rebondir. On attend donc son prochain livre : « Ommi Traki, les islamistes très méchants et moi ».

Post-scriptum qui n’a rien à voir : Cette chronique a été bouclée avant l’annonce du Prix Goncourt 2014. Si c’est le confrère et collègue Kamel Daoud qui l’a obtenu, poussons ensemble des hourrahs de triomphe. Kamel : Mabrouk alik wa3lina ! A l’inverse, si le jury a décidé de nous priver de cette joie, que cela ne nous empêche pas de féliciter Kamel Daoud pour être arrivé au round final et pour avoir aussi bien servi la cause de la littérature algérienne.

(1) Le Nouvel Observateur, 18 juin 1979 (texte disponible sur internet).   

Petit glossaire :
- tchaqlala : vacarme, raffut, dispute, beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
- khoroto : pacoulin, péquenot. S'utilise souvent en Algérie pour désigner les Arabes, ou les Maghrébins, de manière auto-dépréciative.
- festi : du vent, des fadaises.
- khorti : mensonges, affabulations.
- Ommi Traki : Personnage féminin d'un célèbre feuilleton tunisien des années 1970.
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dimanche 17 juillet 2011

La chronique du blédard : Boniface, BHL, les faussaires et les pérégrinations de Mqideche à Bahreïn

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 14 juillet 2011
Akram Belkaïd, Paris



Quatorze éditeurs français ont refusé le livre dont il est question dans cette chronique (1). Il n'y a rien d'étonnant à cela. Son auteur, Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), s'y attaque avec un grand courage à des poids lourds de la vie médiatique et éditoriale française. Notez bien que je n'ai pas employé l'expression de « vie intellectuelle » car les personnes que ce chercheur met en cause sont tout sauf de véritables intellectuels.

Néanmoins, qu'il s'agisse de Bernard Henri-Levy, de Caroline Fourest ou de Philippe Val, toutes les personnes dont sont décrites les impostures ont une influence certaine dans le Paris qui compte. S'attaquer ouvertement à ces prépondérants, c'est prendre le risque de grosses représailles et de mise à l'index de la part de la majeure partie des médias qui font et défont les ventes d'ouvrages et les réputations d'auteur.

De quoi s'agit-il ? Comme il l'explique lui-même, Pascal Boniface ne s'attaque pas à des gens « qui se trompent » ou avec lesquels il ne serait pas d'accord mais bien à des experts, ou supposés tels, qui « trompent » leur auditoire de manière délibérée en ayant recours « à des arguments auxquels ils ne croient pas eux-mêmes pour mieux convaincre téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs ». Et de préciser que ces « faussaires » peuvent croire à une cause mais emploient des méthodes malhonnêtes pour la défendre » et « fabriquent de la fausse monnaie intellectuelle pour assurer leur triomphe sur le marché de la conviction. »

A tout seigneur, tout honneur, commençons par BHL, qualifié par Boniface de « maître des 'faussaires' ». Il y a bien longtemps que l'on sait que ce philosophe « froufrouttant », pour reprendre l'expression de l'éditorialiste K. Selim est une imposture intellectuelle. On se souvient de ses papiers biaisés à propos de l'Algérie au milieu des années 1990 ou de ses prises de positions partiales à chaque fois qu'il s'agit d'Israël. Boniface, lui, rappelle que l'homme à la chemise blanche « a bâti sa carrière en maniant sans vergogne le mensonge » profitant en cela d'une exposition médiatique, mais aussi d'une grande fortune et d'une proximité avec les puissants « pour tenter, non pas de contredire, ce qui serait son droit, mais de faire taire, ce qui devient un abus, ceux dont les opinions ne lui plaisent pas. »

Ainsi, un nombre incroyable de mensonges jalonnent le parcours du « philosophe » de Saint-Germain des Près capable, par exemple, de confondre l'animateur Frédéric Taddeï avec le joueur de football italien Rodrigo Taddeï et de s'élever par écrit contre la prorogation de contrat du second en pensant qu'il s'agissait du premier… Rappelons aussi l'affaire « Botul » où, pour régler son compte à Kant (rien que ça !), BHL en appelle dans l'un de ses derniers livres aux « conférences aux néokantiens du Paraguay » ( !) d'un certain Jean-Baptiste Botul, ce dernier n'étant en réalité qu'un canular inventé par Frédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné. Dans un pays normal, avec des contre-pouvoirs et une vraie éthique au sein des élites intellectuelles, une affaire comme celle de « Botul » aurait du discréditer à jamais BHL. Il n'en a rien été et l'homme continue de sévir, cherchant à faire taire tous ceux qui ne partagent pas son avis. « Dans la période récente, nul n'aura, à mon sens, autant desservi la vie intellectuelle et le débat démocratique que BHL, note Pascal Boniface. Et d'indiquer que, pour lui, BHL est « un peu le Ben Ali du monde médiatique. »

Comme indiqué au début de ce texte, d'autres personnalités très médiatiques sont éreintées par le livre. En Algérie, on comprendra aisément qu'il n'est nul besoin de trop s'attarder sur les pages consacrées à Mohamed Sifaoui, « pourfendeur utile de l'islamisme », et, peut-être, le seul Algérien au monde à avoir applaudi à l'intervention israélienne à Gaza en janvier 2009…

On lira avec attention les chapitres consacrés à Alexandre Adler et à Frédéric Encel, deux personnalités omniprésentes dans les médias (plus pour le premier que le second) et dont le propos pseudo-objectif (pour les deux) et sous couvert de références académiques un peu exagérées (pour le second) ne sert en réalité qu'à défendre les intérêts d'Israël.

Un autre chapitre concerne Caroline Fourest, qualifiée par l'auteur de « sérial-menteuse ». Concernant cette grande pourfendeuse de l'islamisme, le livre montre bien ce mécanisme utilisé par nombre de ses pairs qui consiste à se faire un nom et une réputation en surfant sur l'air du temps (islamophobie, peur de l'islam, etc…) et en s'attaquant à quelqu'un qui aura du mal à répondre et à se faire entendre. C'est fut le cas par exemple avec Tariq Ramadan.

« En s'attaquant à 'Frère Tariq', note Pascal Boniface, Caroline Fourest sait pertinemment qu'elle va s'attirer les bonnes grâces d'une partie des élites politico-médiatiques, et notamment celles de Bernard-Henri Levy, premier pourfendeur de Ramadan ». Et d'ajouter que « Tariq Ramadan possède l'avantage d'être extrêmement visible et de n'avoir pas beaucoup d'appuis et de soutiens dans les médias. L'accusation pesant sur lui d'antisémitisme lui ferme la plupart des portes. Il ne pourra pas rétorquer. Ou si peu. »

A ce niveau, et avant de terminer, le présent chroniqueur se doit de signaler qu'il ne connaît pas Pascal Boniface (ni Tariq Ramadan d'ailleurs) et que seule lui importe la nécessité de parler d'un ouvrage qu'il incite à lire pour ne plus se faire berner par des discours aussi omniprésents que malhonnêtes sur le plan intellectuel.

Terminons cette chronique par un autre sujet qui n'a pas grand-chose à voir (quoique...). J'ai lu avec consternation le « reportage » de Yasmina Khadra à Bahreïn (2) où ce dernier dédouane allégrement la monarchie absolue des al-Khalifa. Si des gens n'étaient pas morts Place de la Perle à Manama. Si d'autres n'étaient pas en prison. Si certains de mes amis bahreïnis, chiites de confession mais opposants laïcs au régime ne vivaient pas dans la hantise d'être arrêtés à tout instant-quand d'autres se sont déjà exilés à Dubaï -, j'aurais pu rire aux éclats devant ces pérégrinations digne d'un Mqidèche à Manama. Quand une telle inconsistance le dispute à autant de légèreté et d'obséquiosité, il n'y a rien d'autre à faire que plaindre l'intéressé, fut-il un écrivain au talent plus ou moins reconnu, et d'assurer à ses propres amis bahreïnis qui vivent dans la terreur depuis mars dernier, qu'il est des Algériennes et des Algériens solidaires de leur lutte contre une dictature qui tue, torture et persécute nombre de ses opposants qu'ils soient chiites ou non.

(1) Les intellectuels faussaires. Le triomphe médiatique des experts en mensonge, Pascal Boniface, Jean-Claude Gawsevitch, 247 pages, 19,90 euros.

(2) BAHREIN: Ce que le mirage doit à l'oasis, L'Expression, 12 juillet 2011.

vendredi 18 mars 2011

BHL et le monde arabe (1)

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Les révolutions arabes sont fichues. Si, si, je vous le jure. Cela n’a rien à voir avec le triomphe des régimes en place ou à l’implacable répression qu’ils mènent à l’encontre de ceux qui scandent que le peuple veut la chute du régime (ou du système). Non, la mauvaise nouvelle nous vient de France où il semble que Bernard-Henry Levy ait décidé de jouer le rôle d’inspirateur de ces révolutions. Après quelques semaines de silence, celui qui n’a jamais écrit le moindre mot critique à l’encontre de Ben Ali ou de Mohammed VI (et encore moins de feu Hassan II) a décidé de prendre les peuples qui se révoltent sous son aile protectrice.

Il faut l’entendre pérorer sur toutes les chaînes de télévision et de radios. C’est lui qui va tout faire, c’est lui qui a tout dit. Lui qui n’hésite pas à truquer la réalité en ayant recours au fameux « romanquête ». Lui, qui a toujours présenté le monde arabe comme traversé par une ligne de fracture entre islamistes « fascistes » et musulmans des Lumières mais qui n’a jamais compris – ou voulu le faire – que la vraie bataille se joue entre les peuples et leurs dictateurs.

BHL, l’ami des généraux algériens, qui n’a rien vu de la responsabilité du pouvoir dans les massacres de civils, vient de nous expliquer dans l’hebdomadaire Le Point que Saïd Sadi est un opposant crédible à la dictature Bouteflika. On sent revenir les belles campagnes de com’ des années 1990 où l’on nous expliquait que Saïd Sadi était l’homme providentiel. La belle imposture… On se souviendra de ses propos au lendemain du 26 décembre 1991 (« je me suis trompé de société »), on se souviendra aussi de son allégeance à Bouteflika et l’on comprendra ainsi pourquoi ses appels à manifester ne prennent pas. Les Algériens sont tout, sauf des idiots. Et ils savent qui est qui…
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