Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 2 juin 2013

La chronique du blédard : Monologue du boutiquier franco-iranien

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 30 mai 2011
Akram Belkaïd, Paris
 
Moi, monsieur, je me suis toujours considéré comme français. Je le suis parce que j’ai accepté de l’être et que j’ai voulu le rester sans me sentir honteux ou déchiré. Si je précise que je suis d’origine iranienne, c’est parce que mon faciès dit bien les choses et que, de toutes les façons, on finira par me poser la question. C’est impossible d’y échapper dans ce pays. Dès qu’on est un peu basané, même si on s’appelle Robert et qu’on vend de la papeterie et pas des tapis ou des pistaches, il y aura toujours une question sur d’où on vient. Je ne dis pas que c’est méchant ou raciste, non, souvent c’est juste de la curiosité mais les gens ne se rendent pas compte à quel point ça peut être désagréable à la longue. Pardon de vous le dire aussi brutalement, mais je n’aime pas trop être pris pour un Maghrébin. C’est comme ça... Même si l’Iran fait peur à tout le monde en ce moment, c’est moins difficile de dire qu’on est d’origine perse plutôt que tunisienne ou marocaine. L’origine algérienne, je ne vous en parle même pas ! Le mot perse, ça impressionne les Français. Il sonne mille fois mieux que le mot arabe, ça c’est sûr. C’est mon grand frère qui me l’a appris quand on était adolescents. Perse, ça fait empire, grande civilisation, le Shah...
 
De toutes les façons, tous mes copains sont français et je n’ai aucun contact avec la communauté iranienne de France. Je ne sais même pas si elle existe d’ailleurs. J’ai quelques cousins dans le sud mais l’essentiel de la famille vit aux Etats-Unis, en Californie. Vous savez, mais ne le répétez pas trop, chez nous, on dit Tehran-geles pour parler de Los Angeles… J’y vais une fois par an, pour des fêtes familiales ou des mariages. Là-bas, ils sont tous accros aux informations à propos de l’Iran. Ils passent leur temps à en parler, même ceux qui n’y sont pas nés. Ils ont la haine, croyez-moi. Ils ne pardonnent pas aux mollahs de les avoir obligés à fuir le pays. Quand Bush a envahi l’Irak, ils se sont dit, ça y est, la prochaine étape, c’est l’Iran. Là, ils déchantent un peu. Ils se rendent compte que ce ne sera pas aussi facile que ça d’aller déloger les barbus. Je vous assure que le temps qui passe ne change rien à l’affaire. Les jeunes sont encore plus remontés que leurs parents.
 
Mais il y a quelque chose de bizarre avec les Iraniens de la diaspora. La majorité déteste le régime et on prie tous pour que les choses changent et qu’on puisse rentrer au pays, ne serait-ce que pour quelques jours de vacances. Mais en même temps, rares sont ceux qui ne veulent pas de l’énergie nucléaire ou même de la bombe atomique. C’est complètement schizophrène. J’ai assisté à des disputes terribles à ce sujet entre des parents et des non-Iraniens. Souvent, les Occidentaux pensent que comme on est des exilés et qu’on critique le régime, on va être forcément d’accord avec eux sur le dossier du nucléaire. Bien sûr, il y a des tacticiens parmi nous qui utilisent ça pour que les Etats-Unis et l’Europe continuent de mettre la pression à Ahmadinedjad.
 
Mais, pour dire la vérité, le nationalisme est plus fort. Beaucoup d’exilés sont pour la bombe et expliquent ça en disant qu’ils voient plus loin que la situation actuelle et que la République islamique finira bien par disparaître mais jamais l’Iran. Dites-moi, et pourquoi donc ce pays n’aurait pas le droit d’avoir la bombe ? Vous savez, l’Iran moderne n’a jamais attaqué personne. Il n’a envahi personne ! Il n’a colonisé personne. Et ce sont les anciens colonisateurs et ceux qui ont commis des génocides qui lui donnent des leçons !
 
Mon père, c’est un royaliste pur et dur. Il a encore la photo du Shah dans son salon. Il lui a été fidèle jusqu’au bout. Attention, ma famille n’appartenait pas à la bourgeoisie iranienne. On était des petits commerçants du bazar et on aurait pu rester sur place après la révolution si mon père avait retourné sa veste comme l’ont fait tant de gens. Il a refusé de se déshonorer et il a embarqué toute la famille pour l’Europe. D’abord, l’Allemagne où on n’est pas restés longtemps et ensuite la France. J’avais six ans en 1979. Je me souviens un peu de ce qui s’est passé à l’époque. Les manifestations, les morts, de nouvelles manifestations après les enterrements et ainsi de suite. Je n’ai aucune nostalgie, monsieur. Je suis heureux d’avoir grandi en France. Je suis convaincu que je suis une meilleure personne que ce que j’aurais pu être là-bas. La France, ça a été ma chance.
 
Mais je suis inquiet pour ce pays, monsieur. On dirait qu’il y a quelque chose qui vient de se casser et que les gens n’y croient plus. Ça ne rigole pas beaucoup dehors. Ma sœur et mon frère sont partis pour les Etats-Unis. Moi, je reste parce qu’il y a les parents et qu’il faut bien faire tourner la boutique. Mais ça me trotte dans la tête. A chaque fois que je vais en Californie, je sens l’optimisme, l’énergie. Ils ont tous des projets, ils rêvent plus grand. Ici, c’est à qui va râler le plus. Les clients font la tronche et la radio nous bombarde avec ses mauvaises nouvelles. Et ce n’est pas la météo du moment qui va arranger les choses. Oui, si ça continue, je crois bien que finirai moi aussi par m’installer en Californie. Mais, même là-bas, je resterai français dans ma tête, monsieur. Ah ça non, on ne me changera pas.
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mercredi 30 janvier 2013

Lobbying : le savoir faire marocain, l'abou-brès algérien...

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Une ancienne chronique publiée en 2006 et qui me revient en mémoire alors que le Maroc déploie des trésors de savoir-faire pour convaincre l'opinion américaine qu'il est à l'abri des turbulences du Printemps arabe. (Voir à ce sujet, l'opinion d'Edward M. Gabriel, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Maroc et aujourd'hui conseiller du Royaume)



La chronique du blédard : Couscoussage et Taginage
Le Quotidien d’Oran, Jeudi 20 avril 2006
Akram Belkaïd, Paris

Un ami originaire de la vallée de la Soummam possède un restaurant dans le centre de la France. Comme ses cousins de la région parisienne, il peut raconter des dizaines d’anecdotes à propos des brimades que lui inflige l’administration ainsi qu’à propos de l’envie que sa réussite peut faire naître chez monsieur Dupont. Contrôles, redressements, lettres anonymes de dénonciation à son encontre – comme par exemple des accusations de recours à des travailleurs au noir – font partie de son quotidien. Cet ami s’est d’ailleurs forgé son propre vocabulaire pour désigner l’une des méthodes qu’il utilise pour faire cesser ces tracas. Quand les gendarmes multiplient les visites pour des motifs futiles, quand les services d’hygiène deviennent par trop tatillons ou quand encore, les représentants de l’appareil fiscal sont trop entreprenants, il a une arme miracle : « je les ‘couscousse’ » me dit-il ce qui signifie « couscous pour tout le monde, vin compris, c’est le patron qui régale ».
 
Le « couscoussage » n’est pas une arme infaillible mais, selon cet ami, elle a le mérite d’éliminer les deux tiers des désagréments. Cette passion pour la nourriture « gratos », surtout quand vins et alcools  sont en prime, est d’ailleurs un péché mignon assez répandu dans l’Hexagone. Un péché parfois à l’origine de bien honteux renoncements.
 
Il y a quelques années, une entreprise s’est mise en grève parce que l’un de ses dirigeants venait d’être renvoyé manu militari, sans aucune explication ni argument si ce n’est son refus de plier devant la bêtise de ses supérieurs voire de ses actionnaires. La crise a duré une semaine, puis les uns et les autres, résignés, ont repris le chemin du travail. Quelques jours plus tard, m’a raconté l’un des syndicalistes les plus en pointe dans la contestation, la nouvelle direction a organisé « un pot ». Au menu charcuteries et spécialités alsaciennes : « Tout le monde ou presque y est allé comme si de rien n’était. La grève était oubliée alors que les affaires du dirigeant viré étaient encore en tas sur son bureau », me précise avec indignation ce syndicaliste.
 
Pour en revenir au « couscoussage », il faut aussi confier que c’est une méthode très employée dans la presse. Les gouvernements ou les entreprises invitent régulièrement des journalistes, tous frais payés. Bien entendu, il y a « couscoussage » et « couscoussage », certains étant plus fins et plus intelligents que d’autres. Dans le meilleur des cas, le journaliste n’a aucune contrainte en matière d’écriture mais c’est toujours difficile de mordre une main qui vous a (bien) nourri. D’autres « couscousseurs » sont de vrais idiots qui ne sont satisfaits que lorsque l’article (gentil) a été enfin publié.
 
Est-ce que l’Algérie officielle a recours au « couscoussage » en France ? C’est rare et c’est souvent, allez savoir pourquoi, contre-productif. Il y a quelques années, me sont ainsi revenus les récits d’une équipée de la presse française dans le désert algérien. Si l’idée était de rendre le pays attractif, ce fut visiblement raté au regard de ce qui m’a été rapporté. Tel grand éditorialiste s’est répandu dans le tout-Paris en évoquant « l’incompétence congénitale des Algériens à développer le tourisme » tandis que d’autres « vedettes » du paysage audiovisuel français (paf) se sont indignées de ne pas avoir été traitées comme leur rang le commandait.
 
Cela étant, de vous à moi, l’Algérie et le « couscoussage » n’ont jamais fait bon ménage. On ne sait pas faire, on s’énerve vite et si l’invité râle un peu trop, qu’il soit acteur ou chanteur, on lui flanque le plateau du petit-déjeuner (avec de la margarine car « makache » le beurre) sur la figure. Et puis, à quoi bon « couscousser » quand le baril s’approche des 80 dollars et que le monde entier est à vos pieds pour avoir sa part du gâteau ?
 
Cette rente permet de se croire invincible, de mépriser les actions de lobbying (qui sont pourtant la clé du monde moderne) et de commettre des impairs stratégiques comme lorsque l’entourage d’un ministre très influent de la cinquième République a sollicité l’Algérie pour qu’il puisse y passer sa convalescence et qu’il n’a jamais reçu de réponse. Le ministre en question en fut quitte pour passer plusieurs semaines dans un magnifique hôtel au pied de l’Atlas où le Palais royal marocain sait si bien traiter ceux dont il entend faire ses obligés.
 
Car le champion toutes catégories du « couscoussage », c’est bien notre voisin marocain. Nulle corruption ni pots-de-vin, mais un savoir faire au service d’un pays afin que son image soit en permanence défendue dans les médias et les milieux d’affaires. Le système d’influence marocain mériterait à lui tout seul une thèse tant il est efficace en Occident et particulièrement en France (mettons de côté l’Espagne pour des raisons historiques évidentes).
 
La méthode est simple. Tout leader d’opinion, tout patron bien en vue, est initié aux charmes (réels) des riads, des mets raffinés (aaah le tagine et la pastilla !) et des randonnées dans l’Atlas. A partir de là, se crée ce que l’on pourrait qualifier de dépendance positive. Et c’est ainsi que vote serviteur s’est entendu dire par un grand patron du CAC 40 qu’il se sentait plus en sécurité au Maroc qu’en France. Se sentir bien dans un pays est une chose, y investir en est une autre. Nombre de pays qui ont dépensé des millions d’euros en campagne d’image le savent mais, dans le cas du Maroc, ça marche.
 
Et pour bien comprendre comment fonctionne le « taginage », il faut lire le dernier livre du journaliste Jean-Pierre Tuquoi (*). Jadis persona non grata en Algérie, accusé aujourd’hui par le Makhzen d’être à la solde des Algériens, ce confrère relève notamment qu’alors « que le royaume est un partenaire économique mineur et un acteur déclinant sur la scène internationale, il reste une sorte de lieu de pèlerinage obligé pour les membres du gouvernement [français], quelle que soit d’ailleurs la couleur politique de ce dernier ». Cela explique en partie la bonne image du Maroc en France car, à coup sûr, le « taginage » surclasse, et de loin, le « couscoussage ».
 
(*) Majesté, je dois beaucoup à votre père. France-Maroc, une affaire de famille, Albin-Michel, mars 2006, 17,5 euros
 
 
Retouvez une sélection de 50 chroniques du blédard dans : La France vue par un blédard, Editions du Cygne.
 
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dimanche 9 décembre 2012

La chronique du blédard : Monologue du mathématicien devenu quincaillier

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 décembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Moi, j’ai été professeur dans un lycée proche d’Alger. C’était dans les années 1980. Ça vous étonne, hein ? Vous me regardez-là, au milieu de toute cette quincaillerie et vous vous dites que ce n’est pas possible. Que je suis sûrement en train de vous raconter des histoires. Mais, si, croyez-moi. J’enseignais les mathématiques et j’avais les classes de Terminale. Des séries maths et des scientifiques. Franchement, pour dire la vérité, j’étais un très bon professeur. J’aimais ce métier. On comptait sur moi pour préparer les gamins au bac. Les parents d’élèves faisaient pression sur le proviseur pour que leurs gosses soient dans mes classes. Tout ça pour ça…

Les années 1980, c’était une période particulière. Déjà, à l’époque je voulais partir. Ça n’allait plus, on sentait que les choses allaient déraper. Comment je l’ai su ? Oh, il y a eu mille et une choses. Tiens, prenez le bac. C’était l'une des rares choses qui fonctionnait bien. On était sérieux, personne ne pouvait magouiller. Dans les années 1970, des fils de ministres ou de colonels étaient recalés. Impossible de faire jouer le piston. Et là, on a commencé à voir des choses bizarres pendant les délibérations. On nous disait que telle ou telle copie devait absolument être recorrigée. Des gens qui n’avaient rien à faire dans le centre de correction entraient et sortaient avec des airs supérieurs. Je me souviens bien de l’un d’eux. Il avait le costume FLN, vous savez la saharienne à manche courtes et des lunettes de soleil. Il se pavanait, lisait les relevés de notes et personne n’osait le remettre en place. Ensuite, on a eu les fuites et là j’ai compris que tout fichait le camp…

C’est à cette époque aussi que j’ai vu des gens perdre la boule à cause de l’argent. Tout le monde voulait faire des affaires. Bien sûr, ça n’a rien à voir avec ce qui se passe maintenant. Mais, on était encore un peu innocents. Personne ne croyait au socialisme, mais on se disait qu’il y avait des moyens d’améliorer la situation de tout le monde. Je suis plus âgé que vous. Moi, j’ai fait les campagnes de volontariat. J’ai planté des arbres pendant mon service militaire et j’ai cru à la révolution agraire mais sans être un coco. Je me suis toujours méfié d’eux et maintenant quand j’apprends que certains d’entre eux sont des milliardaires et qu’ils défendent l’économie de marché, ça me fait bien rigoler.

Autour de mon lycée, il y avait toute une zone en friche. On a vu les terrains être vendus les uns après les autres. Tout le monde parlait des trafics, des millions qu’il fallait payer, de quelles personnes il fallait arroser. Moi, dès que j’avais un peu d’argent de côté, je le changeais en devises. Dans ma tête, c’était le départ tôt ou tard. Avant de me marier, j’ai pas menti à ma femme – elle était enseignante comme moi. Je lui ai dit, je t’avertis, un jour ou l’autre, on va partir. Ne compte pas sur moi pour te construire une villa ou t’acheter des bijoux. Et quand viendra le moment du ftiss (la fuite), ne vient pas me dire que tu ne peux pas abandonner ta famille.

On est d’abord allés au Canada. Comme beaucoup de gens. On aurait préféré la France mais le Canada, c’était plus simple et les règles étaient claires. J’avais pas envie de jouer au clandestin. Bien sûr, à un moment en France, si tu tiens le coup, tu finis par être régularisé mais il faut d’abord vivre la galère. Au Canada, c’était différent. Tu arrives dans un pays qui reconnaît officiellement qu’il a besoin de toi. Tu peux garder la tête haute. Comme bien des Algériens, je n’ai pas retrouvé un poste équivalent à ce que j’avais au pays parce que les Canadiens sont très protectionnistes. Mais j’ai pu enseigner dans une école privée. Je donnais des cours particuliers aussi. Un jour, à Montréal, je suis tombé sur l’un de mes anciens élèves. Il était chercheur dans une grande université. Grâce à lui, j’ai pu avoir quelques vacations et travailler avec une équipe de recherche spécialisée dans les logiciels du web.

Finalement, on a eu envie de se rapprocher du bled. On s’est installé en France. Avec l’épargne, j’ai acheté ce commerce. Des mathématiques à la quincaillerie... Je sais, c’est tout sauf logique mais ça aurait pu être pire. J’ai toujours adoré bricoler. Donc, là je continue à évoluer dans quelque chose que j’aime. Les maths, c’est le soir, pour me détendre. Si le monde avait tourné comme il faut, j’aurais pu faire de la recherche. A l’époque, je ne savais même pas qu’on pouvait être payé pour ça ! Ça fait presque cinq ans qu’on est à Paris. On va bientôt devenir Français. J’aurais trois nationalités. Oui, oui, je suis canadien. Mes enfants sont majeurs. Ils se sentent Canadiens et sont restés là-bas. Pour eux, la France, ça veut rien dire, ce n’est pas comme pour leur mère et moi

Il y a des moments où je me dis que je suis en train de boucler une boucle. Alger, Montréal, Paris… Peut-être que c’est écrit quelque part que je vais revenir à Alger. J’en ai pas envie mais il m’arrive d’y penser. Mon commerce marche moins bien. La crise est là, les gens dépensent moins. Je suis obligé de faire attention aux vols aussi. C’est un signe. Mais, de là à rentrer au bled… Là-bas, c’est la jungle et j’ai perdu mes anticorps. J’y vais de temps en temps. Je ne reconnais plus rien. Je me suis même perdu avec toutes ces routes autour d’Alger. Au final, je suis un étranger partout. Ça peut choquer, mais ça m’est égal. Mes enfants sont Canadiens. L’un d’eux vit aux Etats-Unis. Dans deux ou trois générations, l’Algérie ne voudra plus rien dire pour les enfants de mes enfants. Quand je vois comment évolue le bled, je me dis que c’est peut-être mieux comme ça...
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vendredi 30 mars 2012

La chronique du blédard : Des Français pas comme les autres

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris

« On ne parvient plus à assimiler ceux qui sont là». Cette phrase est d'Henri Guaino, conseiller spécial et plume du président Nicolas Sarkozy. Extraite d'un entretien accordé au quotidien Libération, elle désigne les immigrés avec pour toile de fond les polémiques et débats au sujet des tueries de Toulouse et de Montauban (*). Précisons les choses. L'homme n'est pas xénophobe pas plus qu'il n'est un adepte de l'immigration zéro chère à Marine Le Pen. Républicain et souverainiste, il a le courage et l'honnêteté de dire que le modèle social français n'est pas «menacé par l'immigration» même si son patron ne cesse de sous-entendre le contraire (plus par calcul électoral que par conviction, d'ailleurs). Pour Guaino, c'est juste que la France a «assez de difficultés à résoudre pour ne pas en ajouter d'autres», comprendre celles que créent les nouveaux arrivants. 

Ce retour en force du thème de l'immigration dans la campagne pour l'élection présidentielle est tout sauf une surprise. On peut même penser que cela aurait été le cas même sans les assassinats commis par Mohamed Merah. Et c'est là que l'on touche à ce qui constitue l'un des problèmes fondamentaux de la France. Tant que l'on continuera d'y parler d'immigration à propos des difficultés que posent, et qui concernent, des personnes nées en France et de nationalité française, les diagnostics resteront mauvais et les solutions inefficaces. Reprenons donc par le début. Dès l'identité du tueur connue, les médias français, y compris ceux qui, comme Libération ou France Inter, sont dits de gauche, n'ont cessé d'user et d'abuser de l'expression «un Français d'origine algérienne». Nombre de confrères et de collègues algériens y ont vu une attaque sournoise contre l'Algérie. A dire vrai, il s'agissait plus d'un réflexe pavlovien et d'une incapacité à dépasser une certitude, souvent non-assumée, selon laquelle il existe plusieurs catégories de Français.

Prenons l'exemple des discours sur les banlieues des grandes villes de l'Hexagone. La situation, souvent difficile tant sur le plan social que sécuritaire, y est souvent décrite sous le prisme de l'immigration. Si l'on prend soin d'écouter le discours des hommes politiques, Hollande et Mélanchon compris, aucun ne dira de manière précise que les habitants de ces zones refoulées sont d'abord et avant tout des ressortissants français. C'est simple, il existe tout un florilège d'expressions destinées à mettre en évidence, voire à la renforcer, l'altérité dont ces citoyens seraient porteurs. On parle de «populations immigrées» ou de «Français d'origine immigrée», ce qui, dans ce dernier cas, ne concerne aucunement celles et ceux dont les parents ou grands-parents sont originaires d'Europe du sud (Espagne, Italie, Portugal) ou de l'Est (Pologne, Hongrie, Balkans). Il ne viendrait jamais à l'idée de Libération, du Monde et encore moins du Figaro de présenter Nicolas Sarkozy en tant que Français d'origine hongroise. Ce qu'il est pourtant du fait de la nationalité de son père...

On parle aussi, en désignant des ressortissants français (!), d'«immigrés de la deuxième ou troisième génération» cela sans oublier de préciser les origines «arabes», «musulmanes», «africaines», «maghrébines» ou encore «nord-africaines». La personne concernée a beau être née en France, avoir grandi en France, ne parler que la langue française, être allée à l'école républicaine chère à Henri Guaino, et à ne s'imaginer pour seule perspective qu'un avenir en France, elle restera «d'origine quelque chose» ou, léger mieux, elle sera «franco-quelque chose». Et c'est valable quel que soit le statut social. En effet, que l'on ne croit pas que le fait d'avoir quitté la banlieue change la donne. Bien au contraire, être obligé de décliner son origine est un acte régulier, presque permanent ou obligatoire quel que soit le milieu social, ou professionnel, dans lequel on se trouve.

Ainsi, ce chercheur en islamologie qui confiait en privé sa décision de ne plus se présenter en tant que Français. «Je dis d'emblée que je suis Marocain. Cela m'évite d'entendre cette insupportable question : ‘ah oui, vous êtes Français… Mais de quelle origine ?». Et de préciser, chose intéressante, que rares sont celles et ceux qui lui demandent alors s'il possède la nationalité française. «Je suis d'origine berrichonne» a pour habitude de dire de son côté, un journaliste économique dont, il faut le préciser, le patronyme et l'apparence physique indiquent bien qu'une partie de ses racines plongent de l'autre côté de la Méditerranée. Le plus souvent, cette sortie fait rire aux éclats mais elle ne décourage pas pour autant les questions curieuses et insistantes. «C'est comme si le fait de refuser de dire d'où est venu mon grand-père était suspect», explique-t-il.

Voilà donc un paradoxe français. Se proclamer républicain, défenseur de l'égalité – et de la laïcité - mais, dans le même temps, être obsédé par les origines d'une partie de la population. De fait, le véritable enjeu est résumé par la question suivante : Comment faire pour que ces Français que l'on rappelle en permanence à leurs origines se sentent totalement Français ? Cette question mériterait un vrai débat national lequel serait déconnecté des questions liées à l'immigration. En effet, ce n'est pas d'une question de visas ou de contrôles aux frontières dont il s'agit mais bien de la manière dont on se comporte avec un «stock» de Français dont on ne parle que lorsqu'interviennent des événements dramatiques à l'image des émeutes de 2005 ou de 2007 ou de ce qui vient de se passer à Toulouse et Montauban. Et la récente sortie du président français (d'origine hongroise) Nicolas Sarkozy à propos de Français à «l'apparence musulmane» ne va certainement pas permettre de faire avancer les choses...

(*) Libération, mardi 27 mars 2012
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jeudi 22 mars 2012

La chronique du blédard : Que dire après Toulouse ?

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Il y a quelques semaines, l'hebdomadaire Newsweek a publié un long article mettant en garde contre les conséquences possibles de la banalisation de la parole xénophobe aux Pays-Bas. Intitulé « Quelqu'un peut-il demander à Geert Wilders d'arrêter ses diatribes contre les musulmans avant que quelqu'un ne soit blessé ? », il mettait en cause les effets insidieux et potentiellement dévastateurs du discours radical du leader populiste néerlandais (*). A l'époque, j'ai mis de côté cet article estimant qu'il serait nécessaire d'en écrire un de comparable à propos de la France et du climat délétère et islamophobe qui y règne depuis le début des années 2000. Comme nombre d'amis, pas forcément tous des coreligionnaires, il y a bien longtemps que je crains que cela ne débouche sur une ou plusieurs tragédies dont les musulmans seraient les victimes. Pour moi, ce qui s'est passé en Norvège l'été dernier, avec le massacre de dizaines de jeunes militants de gauche par un terroriste d'extrême-droite, était une première alerte. Une mise en garde vite oubliée, vite escamotée comme si l'horreur et l'impensable ne pouvaient se répéter ailleurs, en France ou dans tout autre pays européen confronté à la montée conjointe des surenchères et de la démagogie identitaires. 

Aujourd'hui, après les tueries de Toulouse et de Montauban, il est évident qu'un tel papier ferait figure de provocation car, dans l'affaire, et à l'heure où je boucle cette chronique, c'est bel et bien un homme de confession musulmane, et d'origine algérienne, qui s'est rendu coupable de ces actes lâches et monstrueux que rien, mais absolument rien, ne peut excuser ou justifier. C'est lui, djihadiste se réclamant d'Al-Qaïda, qui a tué, horreur suprême, des enfants au nom de la vengeance des musulmans de Palestine et d'Afghanistan. Comment, dès lors, ne pas se sentir indigné et accablé par tant de vilenies et de bêtise crasse ? Comment garder son sang-froid face à de tels agissements qui souillent non seulement la religion musulmane mais aussi la cause des Palestiniens ? Et comment faire entendre sa voix face à celles et ceux qui entonnent le chant vicieux du « on vous l'avait bien dit ! Vous étiez prévenus ! » ? 

Bien sûr, il y a les déclarations, y compris celles de Marine Le Pen, qui se veulent rassurantes et qui mettent en garde contre tout amalgame. Dans une posture de rassembleur, Nicolas Sarkozy a appelé à ne « céder ni à l'amalgame ni à la vengeance » après avoir réuni les représentants des cultes juif et musulman. Mais personne n'est dupe. Nous sommes mercredi après-midi et, déjà, on entend ici et là des voix mettre en cause la couverture partiale (comprendre pro-palestinienne) des événements au Proche-Orient ou s'insurger contre l'angélisme et la naïveté face à l'expansion de l'islam en Europe. Comme après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, c'est toute une dynamique de mise en cause, assumée ou non, des musulmans qui se met en branle. On sent bien que la retenue est encore de mise mais que gronde en amont un flot d'accusations et de stigmatisation. Il s'agit de circonstances où beaucoup de choses peuvent basculer, où les digues habituelles de la paix civile peuvent soudain se révéler bien fragiles. 

Nous voici donc, musulmans de France, de nouveau sommés de nous expliquer et de nous amender comme si nous étions forcément solidaires ou complices du tueur de Toulouse. On va nous demander de condamner un comportement dont la majorité d'entre nous n'a de cesse de se démarquer depuis des années. On va nous reprocher notre silence en feignant d'oublier qu'il nous est guère possible de nous faire entendre, que les grands médias comme les télévisions et les radios nous sont difficilement accessibles, surtout lorsqu'il s'agit de porter un discours qui se revendique de la démocratie, du respect des lois républicaines mais qui, dans le même temps (ceci expliquant peut-être cela), refuse de sombrer dans le bénioui-ouisme. Alors, oui, bien entendu, il y aura forcément quelques tarés et autres idiots utiles qui, sur internet ou ailleurs, vont défendre cet assassin. Mais cela ne saurait représenter le sentiment de l'immense majorité qui n'en peut plus d'être prise en otage par les soldats perdus du djihadisme. Une immense majorité qui aimerait aussi rappeler que, dans le monde, les premières victimes de cet extrémisme sont d'abord les musulmans comme viennent de le prouver les terribles attentats qui ont ensanglanté l'Irak au cours de ces derniers jours. 

Le tueur de Toulouse vient de faire très mal à la France. Il a assassiné sept de ses enfants et placé toute une communauté dans une position difficile. Mais il n'y a pas que cela. A cause de lui (ou grâce à lui), le débat politique va prendre une autre tournure. Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen vont sortir renforcés de cette crise alors que l'opinion publique française commençait à se lasser de leurs diatribes sécuritaires et de leur manière brutale de faire campagne. Dans le même temps, les discours mettant en garde contre la stigmatisation des musulmans - comme ce fut le cas avec la campagne débile sur la viande halal – vont avoir du mal à passer. Surtout, il va être impossible de réfléchir sereinement à la manière dont ce pays a évolué au cours des cinq dernières années. Avant les drames de Montauban et de Toulouse, la situation était déjà tendue, clivée, avec une banalisation croissante des discours de haine, de stigmatisation des uns et des autres, de mise en cause de telle ou telle minorité, de mise en opposition entre confessions ou entre Français d'origines diverses. Et ce qui vient de se passer ne va pas arranger les choses. La campagne électorale va reprendre ses droits. 

Un temps remisées, les stratégies de tension referont très vite leur réapparition. Pourtant, c'est du besoin d'apaisement de la société française dont il devrait être question. Quand toute une communauté craint pour elle-même en raison du comportement d'une personne isolée, c'est qu'il y a un problème. Quand nombre de Juifs de France sont persuadés que les musulmans espèrent (préparent ?) de nouveaux actes de violence contre eux, c'est qu'il y a un autre problème. Et l'on en arrive à se demander s'il existe un candidat qui aura le courage de faire campagne sur la nécessité de renforcer, et de reconstruire, le principe du vouloir vivre ensemble. 

(*) «Can't someone tell Geert Wilders to stop his anti-muslim diatribes before somebody gets hurt?», Christopher Dickey, 23 janvier 2012. 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 22 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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lundi 19 mars 2012

La chronique du blédard : Les Algériens privés de leur mémoire

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Diffusé dimanche soir  sur France 2, le film-documentaire «Guerre d'Algérie, la déchirure» a réuni près de trois millions et demi de téléspectateurs en France (*). Un chiffre modeste au regard d'autres audiences mais qui démontre tout de même qu'il existe une demande du savoir et du mieux comprendre en ce qui concerne la période coloniale et la guerre d'indépendance algérienne. Il faut dire, et je l'ai déjà relevé dans une chronique précédente, que le passé algérien de la France est actuellement à la une de l'actualité culturelle hexagonale. Il suffit de se rendre dans une librairie pour s'en rendre compte. La production livresque que l'on y découvre donne le tournis et l'on ne sait quoi acheter ni quoi lire. 

 Le film a aussi été très suivi en Algérie et au Maghreb. Peut-être même plus qu'en France mais en l'absence de statistiques, il est difficile de se faire une idée précise de son audience exacte. Une chose est sûre. A lire la presse et à parcourir la blogosphère et les réseaux sociaux, on peut dire que l'accueil a été plus que mitigé. Certes, quelques Algériens y ont vu une volonté manifeste d'équilibre et d'objectivité du document. D'autres, plus nombreux, ont tout de même accusé France 2 de parti pris pro-Algérie française, voire de révisionnisme pro-colonial. Il faut dire qu'il est difficile de contenter deux parties toujours tentées par la crispation et la revendication de son bon droit. C'est ce qu'a d'ailleurs montré le débat - à la qualité inégale - qui a suivi la projection même si on peut aussi saluer le fait qu'il a été courtois pour ne pas dire cordial. 

 Pour ma part, et au-delà de la grande attention avec laquelle j'ai regardé ce film, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que là aussi, comme dans tant d'autres productions audiovisuelles, le FLN et le mouvement nationaliste en étaient les grands absents. Que l'on me comprenne bien. Il ne s'agit pas d'une critique. «Guerre d'Algérie, la déchirure» n'avait pas vocation à raconter toute la guerre, entreprise impossible même lorsqu'on dispose de 180 minutes de temps. Réalisé en France pour un public et des diffuseurs français, on ne peut exiger qu'il réponde à une attente strictement algérienne et qu'il comble une frustration qui, pour moi, est grandissante. 

 Bien sûr, il faut relever le fait que nous avons eu droit à des archives inédites comme ces images de Krim Belkacem au milieu des djounoud ou, plus important encore, celles de Messali Hadj dont je dois avouer que c'est la première fois que j'entends la voix (!). Mais il n'empêche. Il reste encore des questions, des attentes, des envies d'éclaircissements qui concernent la geste révolutionnaire algérienne. Bien entendu, il ne s'agit pas de nier l'importance de l'aspect franco-français de la Guerre d'Algérie. L'agonie de la Quatrième République, l'avènement de la Cinquième. Le retour ourdi – comme un complot car le général a bel et bien manœuvré dans l'ombre – de Charles de Gaulle, la montée en puissance de l'OAS, ses réseaux et ses complicités, les déchirements de la droite française, la mauvaise conscience de la gauche (ah, le rôle si longtemps occulté de Mitterrand…), tout cela est fondamental et doit interpeller les jeunes générations en France. 

 Mais nous autres Algériens, il nous reste tant de questions sans réponses. Et nous attendons encore les documentaires, les films, les enquêtes et les livres qui nous en donneront quelques-unes. Comment vivait-on dans les maquis ? Comment y montait-on ? Comment étaient organisés les réseaux de soutien ? Comment les armes arrivaient-elles ? Comment, tout simplement, a été préparée l'insurrection du 1er novembre 1954 ? Surtout, comment a été organisée celle du 20 août 1955 dont on comprend bien qu'elle a été vitale pour la suite des événements ? On aimerait entendre des témoignages, lire des analyses, prendre conscience des enjeux, des rivalités et des divisions car il est temps de sortir de l'image manichéenne imposée par plusieurs décennies d'histoire officielle. Quelles étaient les relations entre les wilayas et l'extérieur ? Quelles furent les raisons des combats fratricides ? Est-il vrai que des maquis non-FLN se battaient eux aussi contre l'armée française ? Il y a tant de choses à raconter, à éclaircir et à découvrir. Que se passait-il au Caire ? Pourquoi le GPRA s'est-il installé en Tunisie et dans quelles conditions ? A quel moment le clan d'Oujda a-t-il commencé à tirer les ficelles ? Autre question: comment le FLN a-t-il négocié avec l'OAS en juin 1962 ? Que s'est-il vraiment passé à Oran après l'indépendance ? Que s'est-il passé pour les harkis ? Comment les responsables du FLN, ceux qui vivent encore aujourd'hui, ont-ils vécu ces événements ? Que s'est-il passé durant ce fameux Congrès de Tripoli où est morte l'idée d'une Algérie pluraliste ? Que s'est-il vraiment passé durant l'été 1962 ? 

 Bien sûr, il y a des livres, des thèses, des articles. Mais tout cela n'est pas suffisant. Il faut des images, des voix, des récits et des histoires à hauteur d'homme. Journalistes, écrivains, artistes, cinéastes, éditeurs, nous sommes tous responsables de ce vide béant qui nous fait découvrir notre histoire par une production venue d'ailleurs. Voir et entendre dire sa propre histoire par d'autres est chose dramatique. Certes, cela permet d'en apprendre plus, de se colleter avec les tabous, les non-dits. Mais c'est aussi frustrant et humiliant. Cela démontre qu'en cinq décennies d'indépendance, les Algériens ont encore du mal à capturer leur propre mémoire et à la transmettre aux générations futures. C'est l'un des enseignements de cette année du cinquantième anniversaire de l'indépendance. Du non-anniversaire de l'indépendance, devrais-je écrire. Il est temps que les Algériens racontent leur propre histoire. Pour cela, il faudrait peut-être que leur pays renoue avec les idéaux de l'indépendance mais ceci est déjà une autre affaire... 

(*) Documentaire de Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora (12 mars 2012). 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 15 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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vendredi 9 mars 2012

La chronique du blédard : Un concert de Carla Bruni pour le 5 juillet ?

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J'ai consacré récemment un article au cinquantième anniversaire de l'indépendance (*). J'y relevais le fait que c'est en France qu'était organisé le plus grand nombre de manifestations relatives à cet événement. Une commémoration, faut-il s'en étonner ou s'en indigner, qui semble être reléguée au second plan en Algérie. Réagissant à ce papier, un ami universitaire m'a écrit d'Alger les mots suivants : « Ce qui est déplorable, c'est qu'aucune action officielle commune n'est prévue. Cinquante ans après l'indépendance on aurait pu penser qu'Algériens et Français seraient capables de montrer ensemble que la page a été tournée. Il n'en est rien. C'est à se demander s'il y aura un jour une volonté de le faire ». Un autre ami, consultant et grand habitué des messes euro-méditerranéennes, est encore plus sévère : « à Alger comme à Paris on manque d'idées. Il est trop facile de se réfugier derrière le poids du passé et les exigences d'agendas de politique intérieure ». 

Manque d'idées ? C'est fort possible. Mais il y a tout de même un obstacle de taille qui mérite d'être signalé et qui explique peut-être ce manque d'initiatives communes. En mai prochain, les Français vont élire leur président de la République. Un rendez-vous électoral incertain où l'actuel locataire du palais de l'Elysée n'est pas assuré de garder son logement. Dès lors, on comprend la difficulté d'organiser une célébration à deux. D'une part, si le candidat socialiste est élu, rien ne dit qu'il aura envie de tenir un engagement pris par son adversaire avant l'élection. D'autre part, on imagine la gêne des responsables algériens soucieux de ne pas donner l'impression que pour eux le scrutin est plié en s'engageant dès maintenant dans un projet voulu ou accepté par Nicolas Sarkozy.

Il est vrai aussi que les idées semblent difficiles à trouver. Peut-être faut-il lancer un concours ou un appel à contributions que Le Quotidien d'Oran se chargerait de centraliser... Bien entendu, il faut être réaliste et ne pas imaginer un happening à la franco-allemande, avec cérémonie de réconciliation entre deux présidents qui, main dans la main, regarderaient vers l'avenir tout en rendant hommage aux morts du passé. Il n'y a pas non plus d'écrivain, vieux sage, auquel les deux dirigeants pourraient rendre visite. En Algérie comme en France, n'est pas Ernst Junger qui veut... On pourrait penser à une cérémonie de recueillement dans le village de Lourmarin sur la tombe d'Albert Camus mais il est certain qu'une telle démarche ne fera pas l'unanimité. Il ne faut pas s'attendre non plus à ce que l'on nous ressorte feu le projet de Traité d'amitié entre les deux pays. Jacques Chirac, alors président, y était favorable mais la droite non-gaulliste a réussi à le torpiller notamment grâce à la fameuse loi sur les bienfaits de la colonisation.

Sans même parler de repentance, il est impossible aussi d'imaginer la moindre reconnaissance à plus haut niveau français de ce que fut la sauvagerie de la conquête de l'Algérie, du caractère profondément injuste et inhumain de la réalité coloniale sans oublier la terrible somme de souffrances et de tortures infligées au peuple algérien durant sa lutte pour l'indépendance. Aujourd'hui, la France ne va pas fort. Elle doute d'elle-même, le rééquilibrage du monde en faveur des pays émergents menace de la reléguer au rang de puissance de second ordre et il serait vain d'attendre de ses dirigeants qu'ils aient le courage d'affronter un passé honteux qu'ils continuent de glorifier pour se rassurer et rassurer leurs concitoyens.

Difficile enfin d'imaginer qu'un détachement de l'Armée nationale populaire (ANP) puisse participer au défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Elysées. A dire vrai, cela aurait une belle valeur symbolique mais le risque est immense de voir se réveiller des passions jamais éteintes. En tous les cas, on voit mal la gauche se risquer à une telle initiative. A l'inverse, Sarkozy, toujours à la recherche d'une transgression, y compris dans son propre camp, pourrait réussir à l'imposer au grand dam de la droite populaire qui fait de l'algérophobie son fonds de commerce. Cela étant, a-t-on besoin de mettre en avant les militaires des deux pays pour démontrer que le temps a passé ? Pas si sûr finalement que cela soit une bonne idée.

Un ami chercheur me dit que la France pourrait annoncer une restitution d'une partie des archives stockées à Aix-en-Provence. Ce serait, me dit-il, une manière de rendre à l'Algérie une partie de son histoire. Je ne sais que penser d'une telle démarche même si la question du partage des archives est incontournable.  A charge pour les Algériens de prouver qu'ils sont capables de gérer au mieux ce stock et, surtout, d'en préserver l'intégrité...          Bien entendu, il ne faut pas être naïf. Ce n'est pas demain que la France va ouvrir et mettre à disposition certaines de ses archives militaires. On le sait, ces dernières font fantasmer des millions d'Algériens persuadés que s'y trouve la réponse à nombre de leurs questions à propos des liens officieux et interlopes entre leur pays et la France après l'indépendance.

A mon avis, une idée pourrait recueillir l'adhésion générale. Il faudrait pour cela, hélas, cinquante fois hélas, que Nicolas Sarkozy soit réélu. Dès lors, il serait possible d'organiser à Alger, au stade du 5 juillet (et trente sept ans après une mémorable finale des Jeux méditerranéens), un match de football Algérie-France (aucun risque que la pelouse ne soit envahie ). Viendrait ensuite un concert d'artistes algériens et français avec, moment phare de la manifestation, l'apparition de Carla Bruni-Sarkozy sur scène. En robe kabyle (comme Joan Baez à l'époque de son séjour algérois) et guitare à la main, la dame reconduite dans son statut de première, ferait chanter et chavirer des dizaines de milliers d'Algériens qui reprendraient tous en cœur : « y'a quelqu'un qué m'a dé qu'ton maré va n'donni l'visa ! y'a quelqu'un qué m'a dé ». Le visa, sa facilitation, la libre-circulation entre les deux pays : c'est peut-être de ce côté-là qu'il faudrait chercher la bonne idée pour célébrer le cinquantième anniversaire. Rien n'interdit de rêver y compris à l'heure où Paris remet en vigueur les mesures de contrôle de retour des Algériens après leur séjour en France...



(*) Guerre d'Algérie, quand la France fait son travail de mémoire, SlateAfrique.com, 29 février 2012.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 8 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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dimanche 4 mars 2012

La chronique du blédard : Lettre à un ami français halalisé

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 1er mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
Ami français qui vit dans la région parisienne, qui n'est ni musulman ni de culture musulmane, qui croit en Dieu (ou pas), qui est un défenseur acharné de la laïcité à la française (ou pas), qui aime bien les bêtes et ne veut surtout pas savoir par quels moyens et procédés, veaux, vaches et poulets atterrissent dans son assiette (ce qui suit ne concerne ni les cochons ni les poissons). Ami d'Ile-de-France, tu cours, sans le savoir, un grand danger. Non, ne souris pas. Ne prends pas cela à la légère. Cette chronique est sérieuse. Il te faut la lire pour éviter des problèmes. Beaucoup de problèmes.

Il paraît, je te l'écris comme si je le chuchotais, il paraît donc que tu manges de la viande halal à l'insu de ton plein gré. Avoue que cela te bouleverse. Comment ? Tu ne sais pas ce que halal veut dire ? Mais, bon sang (c'est le cas de le dire), regarde la télévision, dévore la presse écrite et les éditoriaux, navigue sur internet, attarde-toi sur les blogs ! Oublie la crise économique, le chômage qui frappe et qui guette, la situation catastrophique de la Grèce, la désindustrialisation de l'Europe, les attaques en règle contre les services publics de ton pays, les écarts sans cesse croissants entre les plus riches et la population à laquelle tu appartiens. Oublie la question des retraites, celle de la sécurité sociale. Non, sérieusement, oublie les choses que tu croyais importantes.

Ami, on est en train de te halaliser. Je te le dis car tu dois le savoir : manger de la viande abattue selon le rituel musulman (c'est du moins ce que prétendent les petits malins qui s'en mettent plein les poches en vendant le label halal…) n'est pas chose anodine. Ne sens-tu pas que cela te déconstruit ? N'es-tu pas en train de changer d'identité ? N'as-tu pas demandé que l'on ne t'appelle plus Nicolas mais Mouammar ? Ne te sens-tu pas happé par une envie pressante de te laisser pousser la barbe ? De prendre quatre femmes en t'engageant à les traiter de manière équitable ? N'as-tu pas senti une force te pousser à dérouler un tapis en pleine rue ?

Non ? Vraiment ? Tu ne sens rien ? Crois-moi, cela ne saurait tarder. Fais donc confiance à la classe politique de ton pays et aux éditorialistes vedettes qui s'interrogent à longueur de colonnes si la (pauvre) bête est étourdie ou non avant que la lame du couteau ne lui ôte la vie. Ecoute-les sonner l'hallali contre le halal. Es-tu bien certain que le fait de manger de la viande halal ne te change pas ? Il y a quelques semaines à ton travail, n'as-tu pas eu envie d'aller trouver ton supérieur pour lui demander, non pour exiger de lui, qu'il aménage une salle de prière au troisième étage de votre building ? N'as-tu pas eu envie, plusieurs fois par jour, d'enlever tes chaussures et tes chaussettes ? Puis de replier ton pantalon à mi-chevilles, d'enfiler des savates en caoutchouc et d'errer dans les couloirs de ta boîte, un broc d'eau à la main ? Ah, tu vois. Ça commence toujours ainsi. C'est l'une des premières manifestations de la halalisation insidieuse que des vigies très républicaines ont eu la sagacité cosmique de dénoncer.

Tu vas voir à quel point tu vas changer. Tu pourras même écrire un roman sur ta métamorphose. Le halal va te transformer physiquement et spirituellement. Un matin, en te réveillant, tu ne vas plus te reconnaître dans la glace. Dans la rue, on te prendra pour Ahmadinejad ou Bachar. Tu n'appelleras plus ta femme Cécilia mais Moza. Tu donneras ton avis sur tout et tu adoreras interdire ceci ou cela à tes enfants, à tes amis, à tes voisins et à tous les gens que tu ne connais pas. Est-ce cela que tu veux ? Non ? Alors, arrête de manger du halal sans le savoir. Réveille-toi et deviens végétarien (ou contente-toi du cochon ou de poissons le temps que le duo Marine-Guéant règle le problème).

Maintenant que tu es aware, ou plutôt hallal-awaré, il faut que je te mette en garde contre les objections que tu pourrais entendre ici ou là. D'abord, n'écoute pas celles et ceux qui vont t'expliquer que beaucoup de gens achètent de la viande halal parce qu'elle est moins chère qu'ailleurs mais aussi parce qu'elle a meilleur goût. N'écoute pas non plus les spécialistes qui vont t'affirmer qu'une viande provenant d'une bête égorgée est plus saine que les autres. Tout cela, c'est de la propagande halaliste !

Méfie-toi aussi de celles et ceux qui vont t'expliquer que le halal, c'est l'équivalent du casher. En fait, c'est juste une histoire de cousinage mais, toi, tu n'es pas concerné. Tu vas aussi entendre des voix indignées rappeler que dans les années Trente, on accusait déjà les bouchers casher d'empoisonner la population à son insu. Tu auras juste à dire que ce n'est pas la même chose et que le problème, ou si tu préfères le complot d'aujourd'hui, ce n'est pas le casher mais le halal ! Ne t'en fais pas, personne n'y trouvera à redire, bien au contraire !

Te voilà donc averti. Sois vigilant. Surtout, je compte sur toi pour signer toutes les pétitions qui circulent en France, en Navarre et au-delà pour exiger la création d'un label européen du «non-halal» pour toutes les viandes et autres produits alimentaires. A chaque fois que tu achèteras une viande dans un supermarché ou chez ton boucher, n'oublie donc pas de poser la question suivante : «Vous m'assurez que c'est bien du non-halal, n'est-ce pas ?». Je sais, c'est un peu contraignant mais c'est que l'affaire est sérieuse. Vraiment sérieuse. 
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vendredi 24 février 2012

La chronique du blédard : Z et le peuple grec

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Il faut relire - ou lire - Z de l'écrivain Vassilis Vassilikos. Publié en 1966, traduit en langue française en 1967, adapté par la suite au cinéma par Costa Gavras (1969), ce livre parlera à celles et ceux qu'interpelle la situation actuelle de la Grèce. Dans le roman, il est question de l'assassinat, le 22 mai 1963 à Thessalonique, du député pacifiste Grigoris Lambrakis par des nervis d'extrême-droite appointés par la police locale. Renversé volontairement par un triporteur, Lambrakis, médecin et ancien marathonien, décédera de ses blessures. Ses funérailles seront suivies par une foule silencieuse de près de 500.000 personnes tandis que les murs d'Athènes se couvraient de lettres Z peintes dans toutes les couleurs. Z pour zei : il vit. Ce n'est qu'une simple coïncidence mais comment ne pas penser à Z en apprenant la mort du grand réalisateur Théodoros Angelopoulos, renversé par un motard de police en janvier dernier alors qu'il tournait son troisième film consacré à la crise ? 

Dans le roman de Vassilikos, l'occupation nazie de la Grèce est souvent mentionnée. Elle détermine le passé de nombre de personnages, leurs engagements, leurs divisions et leurs accointances. Au détour de quelques phrases, on réalise à quel point cette occupation a été féroce et violente. Et l'on comprend alors la colère des Grecs quand ils ont appris que la chancelière allemande Angela Merkel entendait mettre leur pays sous tutelle, son idée étant de placer en permanence un Commissaire européen à Athènes. Le rôle de cet envoyé très spécial aurait été de s'assurer que le gouvernement grec respecte ses engagements en matière d'économies et de réformes structurelles, c'est-à-dire, pour dire les choses telles qu'elles devraient être précisées, qu'il obéisse sans ciller aux injonctions européennes en matière d'appauvrissement de sa propre population.

Merkel voulait donc imposer un Commissaire ou un proconsul pour s'assurer que les créanciers puissent être servis avant la santé et l'éducation des enfants grecs. Ein Kommissar pour veiller au grain et pour exercer un diktat comme au temps de la présence nazie. Impossible alors de ne pas comprendre la colère d'un Manolis Glazos, héros de la résistance grecque – il est celui qui a décroché le drapeau nazi de l'Acropole en 1941. Impossible aussi de ne pas s'indigner quand on apprend que cet homme de 89 ans a été violenté par la police grecque chargée de réprimer les manifestations contre les plans d'austérité imposés par la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

Depuis le début de la crise en 2009, les Grecs ne cessent de subir l'humiliation de leurs pairs européens. Ils ont beau s'immoler par le feu, faire la queue aux soupes populaires, avoir perdu la moitié de leur pouvoir d'achat en un an (du jamais vu en Occident depuis la Grande Dépression de 1929), avoir perdu leurs logements, être accablés par les banques et se lever chaque matin la peur au ventre, c'est toujours un index méprisant et menaçant qui est pointé sur eux. Il faut se pincer après avoir entendu Jean-Claude Junker, président de l'eurogroupe, exiger des Grecs qu'ils privatisent en affirmant qu'il existe des éléments de corruption à toutes les échelles de leur administration. Il est vrai que ce Luxembourgeois peut donner de telles leçons puisque son pays n'est certainement pas cette blanchisseuse pour argent sale en provenance des quatre coins de la planète y compris de Grèce... D'ailleurs, pourquoi l'Union européenne ne lève-t-elle pas le secret bancaire de certains de ses membres pour permettre à Athènes de récupérer une partie des 200 milliards d'euros ayant échappé au fisc ? Que veulent donc les Européens ? Un coup d'Etat ? Le retour des colonels, ces officiers de triste mémoire qui avaient pris le pouvoir en 1967 et dont on sent bien la menace pointer à la lecture de Z ?

Dans le livre de Vassilikos apparaît une autre réalité de la Grèce. On prend immédiatement conscience du népotisme qui affecte ce pays. Il y est question du couple infernal de pauvreté et de clientélisme. Il y est question de passe-droits et de piston. A la lecture des noms d'hommes politiques de l'époque, on réalise que ce sont leurs enfants ou neveux qui sont en poste aujourd'hui et que la Grèce, est finalement comparable au Liban ou à d'autres pays arabes avec un despotisme népotique ruineux. C'est indéniable, le peuple grec est victime de sa classe politique, de droite comme de gauche. Et le plus terrible c'est que cette dernière refuse qu'on lui impose des sacrifices (les députés grecs ne veulent guère baisser leurs salaires…) tandis que la population, elle, descend aux enfers, le pistolet sur la tempe.

Dans Z, la guerre civile qui a opposé les Grecs au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale est toujours présente en arrière-fond. Nationalistes contre communistes, droite contre gauche. On peut penser que cette ligne de fracture a disparu. Pourtant, on sent que désormais tout est possible dans ce pays, y compris le pire. Jamais un peuple européen n'a été aussi maltraité par le néolibéralisme. Même la presse allemande le reconnaît : après la chute du mur de Berlin, les Allemands de l'Est ont subi moins d'avanies que celles que les Talibans néolibéraux, pour reprendre une expression de Daniel Cohn-Bendit, infligent aujourd'hui aux Grecs sous prétexte qu'ils ont vécu au-dessus de leurs moyens. En réalité, ce qui se joue en Grèce concerne le monde entier. Ce qu'endurent les Grecs aujourd'hui, d'autres risquent tôt ou tard de le subir car la machine néolibérale ne rencontre que peu de résistance. C'est pourquoi il faut être solidaire avec ce peuple car, malgré tout, il existe, il se bat, il veut vivre. Il vit encore. Zei…... 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 23 février 2012
Akram Belkaïd, Paris
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mardi 21 février 2012

La chronique du blédard : Monologue d'un Français du dix-septième arrondissement parisien et d'origine chinoise

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Non, je n'habite ni le Treizième ni Belleville ! Je vis dans le dix-septième depuis ma naissance. Comme tu peux l'entendre, je parle le français sans accent mais on me posera toujours les mêmes questions débiles ! Oui, je parle chinois, non je n'ai pas la nationalité chinoise, oui j'ai des parents en Chine, non je ne suis pas marié à une chinoise ou à une française d'origine chinoise. Ma femme est alsacienne, hé oui... Je suis français… comme Guéant ou Sarkozy. Je suis français et j'aime la Bretagne, la tête de veau et le PSG mais à chaque fois que je le dis, je vois, je devine des sourires entendus. Même toi tu souris. Si, ne le nie pas ! Tu te dis, le pauvre, il y croit vraiment. C'est vrai que j'y crois. Je me sens français même quand on me fait sentir que je ne le suis pas. Même quand on veut me prouver que je ne le suis pas vraiment. Qui ça ? Les Français de souche bien sûr, mais aussi des parents, des amis, des gens comme toi qui viennent d'ailleurs… 

Ces histoires de Chinois qui s'intègreraient mieux que les Arabes ou les Africains, c'est de la foutaise. Ce n'est pas parce que l'on se tait et que l'on ne dit rien que tout va bien. Deux ou trois fois par semaine, j'entends des choses, j'en vois d'autres, qui me mettent en colère ou qui me blessent mais on m'a appris à ne pas faire d'histoire. Gamin, on m'a dit, c'est ton pays, il faut que tu fasses des efforts. On m'a répété que cela ne servait à rien de hausser le ton. Alors oui, je préfère le silence mais je n'en pense pas moins. Comment te dire ? C'est un peu bizarre mais il m'arrive souvent de me sentir plus Français que celui qui cherche à me convaincre du contraire. Oui, c'est bien ça. Je suis plus français qu'un raciste du Front national. Ce n'est pas juste une manière de me préserver ou de me raconter des histoires. Tiens, écris-le comme ça : je suis plus français que Guéant, Hortefeux ou Le Pen.

Dans ma boîte, il y a souvent des rumeurs de délocalisation en Asie y compris pour le service recherche et développement où je travaille. La dernière fois, une collègue m'a regardé avec des éclairs dans les yeux, comme si c'était de ma faute ! Et puis, elle a fini par lâcher le morceau. Toi, tu n'as rien à craindre, tu pourras toujours aller travailler en Chine, m'a-t-elle lancé. Je ne suis allé qu'une seule fois en Chine. C'était il y a deux ans. Je devais y rester trois semaines, je suis rentré à Paris au bout de quatre jours. Là-bas, ce n'est pas mon pays. J'y suis étranger, je m'y sens étranger. Les gens… Les gens n'ont pas les mêmes codes que nous.

Il y a aussi les plaisanteries débiles sur les chats. Où que j'aille, il y en a toujours un qui va faire le malin en se demandant à voix haute pourquoi les chats ont disparu dans le treizième arrondissement. Une fois, j'ai perdu mon calme. C'était au boulot, au moment d'aller manger. Tu sais comment ça se passe. On est cinq ou six, on décide d'aller déjeuner ensemble et il faut choisir le restau. Une collègue a dit on va au chinois d'en face et un autre lui a répondu qu'il ne voulait pas manger du chat. Là, j'ai pété un câble. J'ai failli tout casser. Depuis, il n'y a plus de plaisanteries sur ce sujet mais je suis sûr qu'ils en font derrière mon dos.

 Je n'ai jamais mangé de chat, je ne pourrai jamais en manger. Ni de chien d'ailleurs et encore moins de lapin ou de grenouilles. Mais je n'arriverai jamais à convaincre mes collègues même si j'écris un livre du style je suis chinois mais je ne mange pas de chat. Tu vois, ils sont persuadés que j'ai deux personnalités. Que ce qu'ils voient de moi n'a rien à voir avec ce que je suis à la maison. C'était vrai pour mes parents. Eux étaient chinois même s'ils n'ont jamais voulu revenir au pays. Mais c'est différent pour moi. Je me sens comme les autres, les Français de souche. Et j'élève mes enfants comme ça.

Oui, ils parlent chinois. C'est plus grâce ou à cause de mes parents qui les ont gardés quand ils étaient petits. Moi, je leur parle dans les deux langues. Ça dépend. Quand je suis en colère, je crie en français. Non, pas en chinois, en français. Par contre, quand je veux avoir des discussions moins sérieuses avec eux, je passe par le chinois. Ça énerve ma femme qui n'a jamais réussi à le parler. Elle croit qu'on se moque d'elle… Maintenant, il y a de plus en plus de collègues qui me demandent si je connais un prof de chinois pour leurs enfants. Avant, c'était l'anglais ou l'allemand. Là, maintenant, c'est le chinois. Je ne suis pas sûr que cela serve à quelque chose y compris pour trouver du boulot en Asie. Va savoir ce que sera la Chine dans dix ans…

Là-bas, c'est de plus en plus dur y compris pour les Français d'origine chinoise. J'ai des amis, des cousins qui ont tenté l'expérience. Ils sont tous revenus en France. Le choc a été trop dur. Il y en a d'autres, qui passent par un sas d'adaptation. Ils vont à Toronto ou alors à Vancouver au Canada. Tu vois le tableau. Ils se retrouvent minoritaires dans une minorité. Mais en même temps, ça leur permet de comprendre beaucoup de choses de la Chine et quand ils essaient de s'y installer, c'est moins difficile qu'un choc frontal. De toutes les façons, c'est juste une histoire de gagner de l'argent même si je commence à noter que le nationalisme fait son chemin chez les jeunes. C'est normal, non ? Quand on parle à tort et à travers de choc des civilisations, ça fait naître des sentiments ambigus chez les gens. Les appels au boycott des Jeux Olympiques de Pékin a énervé beaucoup de monde…

Je ne m'entends pas très bien avec beaucoup d'Arabes et de Noirs. Je sais, c'est moche de le dire de manière aussi brutale mais c'est comme ça. On pourrait être unis, solidaires, parce qu'on vit la même galère, les mêmes problèmes. C'est tout le contraire. Il y a des quartiers où c'est vraiment tendu comme par exemple à Belleville. Les Chinois heu… les Français d'origine chinoise en ont assez de se faire taper dessus, de se faire racketter. Ils se rebellent, ils se regroupent en bandes et ont décidé de rendre coup pour coup. C'est un phénomène dont personne ne parle mais tôt ou tard il va y avoir une grosse histoire. Ce jour-là, les médias vont découvrir la situation et l'amplifier comme ils savent le faire. Je te parie qu'un jour ça deviendra un débat national. C'est juste une question de temps...

Le Quotidien d'Oran, jeudi 16 février 2012
Akram Belkaïd, Paris
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lundi 13 février 2012

La chronique du blédard : Une peine syrienne

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Il y a quelques semaines, j'ai publié une chronique pour tenter de décrire le sentiment d'impuissance éprouvé vis-à-vis du drame du peuple syrien (1). Ce sentiment est loin d'avoir disparu. Bien au contraire, il s'est aggravé et j'en suis réduis à reconnaître mon incapacité à formuler la moindre once d'optimisme quant à cette guerre civile et confessionnelle qui commence à peine à dire son nom. Il faut aussi relever qu'il est très difficile de s'exprimer à propos de la Syrie. Alors que chaque jour, des civils meurent par dizaines, on en est encore, du moins dans le monde arabo-berbère, à subir les habituels mais ô combien fréquents délires conspirationnistes. Jour après jour, via internet, via des blogs, des Syriens racontent leur terrible sort mais cela ne semble pas suffire à convaincre celles et ceux qui parlent de complot et qui nous expliquent que les tueries de civils sont des machinations ourdies par des agents provocateurs à la solde de l'Occident et de l'entité sioniste (une phrase digne des années 1970 et qui retrouve actuellement une nouvelle jeunesse). 

Voilà donc Bachar al-Assad et son régime parés de toutes les vertus. Ils seraient le dernier rempart, la dernière digue face aux appétits d'un Occident décidé à prendre, ou à reprendre, le contrôle de tout le monde arabe. Etrange renversement de situation où l'anti-impérialisme pousse à une indulgence coupable vis-à-vis d'une dictature sanguinaire qui n'a jamais épargné ses opposants et dont on se demande de quoi elle peut bien se prévaloir en matière de résistance et de victoires face aux « ennemis » de la nation arabo-musulmane. De quoi Assad père et fils sont-ils le nom ? Hors propagande, de quels combats réels, de quels succès leur régime - cette djoumloukiya ou république monarchique - peut-il se prévaloir ? Bachar al-Assad, héros du monde arabe ? Si c'est le cas, alors peut-être vaut-il mieux faire partie du camp des traîtres… 

Au-delà de l'horreur et de l'indignation que peut susciter ce qui se passe à Homs, Hama ou ailleurs, il est évident que la thèse du complot en dit long sur l'état de désarroi actuel du monde arabe. Certes oui, les révolutions se grippent ou tournent mal. Certes, les urnes ont offert le pouvoir à des islamistes qui commencent à montrer les crocs. Mais est-ce une raison pour sombrer dans le complotisme ? Il faut reconnaître que l'une des questions que nous pose la situation syrienne n'est pas simple. Est-ce parce qu'elle est défendue par des acteurs peu recommandables ou qui ont prouvé par le passé que l'on ne pouvait leur faire confiance qu'une victime a moins de droits ? Pour être plus précis, le fait que le Qatar soit à la pointe de l'action diplomatique contre le régime d'Assad (n'oublions pas l'Arabie Saoudite) justifie-t-il que l'on puisse se détourner de la souffrance des Syriens ou, plus grave encore, que l'on puisse en douter ? Il est évident que l'émirat a son propre agenda et que la subite affection de son souverain et maître pour la démocratie (à condition que cela ne soit pas chez lui ou dans le Golfe) doit beaucoup aux conseils amicaux et calculs de ses parrains étasuniens. Mais il n'empêche : dans cette affaire, le camp occidental et ses alliés (arabes et turc) sont, qu'on le veuille ou non, du côté des victimes. Faut-il donc se jeter dans les bras d'Assad parce que la France et les Etats-Unis tentent d'obtenir son départ ? 

Bien entendu, il est impossible de ne pas tenir compte de l'histoire récente. L'Irak depuis 2003, la Libye depuis l'automne dernier nous montrent à quel point la chute d'une dictature peut générer le chaos et une régression dramatique qui remet en cause les fondements même du pays concerné. C'est ce qui rend la situation actuelle compliquée cela d'autant que nous semblons revivre une résurgence de guerre froide, la Russie et la Chine ayant décidé de ne pas abandonner le régime syrien ne serait-ce que parce qu'il est l'un de leur meilleur client en matière d'armement. Et là aussi, comme pour la chronique mentionnée précédemment, il ne faut pas oublier de dire que les pays occidentaux qui ont tordu le coup à la résolution 1973 de l'ONU (protection des civils libyens) en la transformant en blanc-seing pour organiser la chute de Kadhafi, portent aujourd'hui une énorme responsabilité dans ce qui arrive au peuple syrien. Car c'est bel et bien le souvenir de ce tripatouillage peu glorieux qui incite Moscou et Pékin à opposer leur veto à toute résolution condamnant le régime de Damas. 

On peut reconnaître sa propre impuissance. On peut déplorer l'incapacité de la communauté internationale à obliger Damas à respecter l'intégrité physique de son peuple. On peut même critiquer l'opposition syrienne pour ses divisions et certaines de ses accointances. Mais on n'a pas le droit de renvoyer dos-à-dos la victime et le bourreau. On n'a pas le droit de trouver des excuses au régime de Bachar al-Assad et encore moins de le disculper. C'est bien pour cela qu'il faut abandonner la théorie du complot à celles et ceux qui n'ont ni les moyens ni l'envie de réfléchir autrement… 
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(1)   Les enseignements du drame syrien, jeudi 1er décembre 2011.  

Le Quotidien d'Oran, jeudi 9 février 2012
Akram Belkaïd, Paris

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lundi 23 janvier 2012

La chronique du blédard : Quand tombe la nuit

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 19 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris

En temps habituels, c'est un instant rare, magique, à nul autre égal en cette période hivernale. C'est le moment qui, à la tombée du jour, précède l'illumination des réverbères. Le soleil se couche, la nuit s'annonce. Entre chien et loup, s'impose pour quelques secondes une luminosité inattendue, déconcertante. La ville est alors plongée dans un clair-obscur que ni les enseignes des commerces ni les faisceaux des phares d'automobiles n'arrivent à dissiper. Pour qui lève un peu la tête, la perspective est soudain différente, étonnamment claire, presque scintillante, surtout si l'on regarde vers l'ouest, là où les derniers rougeoiements annoncent, ou pas, le temps qu'il fera demain. Mais tout cela ne dure guère longtemps. Très vite, la lumière artificielle, mélange de jaune et de blanc plus ou moins agressifs, se charge d'effacer l'éclat du crépuscule. 

Pourtant, en ce début de semaine, les choses se passent différemment. Dans la rue, ou plutôt dans le bloc rectangulaire quadrillé par quatre rues, l'heure est à l'inquiétude. On croise des regards soucieux, des corps en alerte, comme s'ils se préparaient à bondir ou à courir. Alors qu'ailleurs les réverbères se sont progressivement illuminés, ici ils restent éteints comme ce fut le cas la veille et l'avant-veille. Marcher devient aventureux car l'on ne sait pas vraiment où l'on met les pieds. Certes, quelques vitrines de magasins permettent d'y voir un peu et d'éviter, outre quelques déjections canines, les tranchées creusées par les ouvriers du gaz ou par les installateurs des bornes pour voitures en libre-service. Mais cela ne suffit pas. L'obscurité règne déjà en maîtresse. La chaussée et les trottoirs sont à elle. Les arbres, pourtant si familiers, deviennent des formes menaçantes, des hydres aux multiples tentacules. Un homme de sac et de corde pourrait s'y adosser, attendant tranquillement sa proie sans risque d'être vu ni reconnu.

Mais voilà que, justement, par hasard ou nécessité, quelques gens du quartier se retrouvent devant le tailleur du coin. Dans sa vitrine, un serpentin multicolore, vestige de fêtes de fin d'années déjà lointaines, ne cesse de clignoter. Cela permet de se reconnaître, de voir à quelques mètres, du moins par intermittence, un peu comme si l'on s'était réunis devant un feu au beau milieu d'une clairière. Oui, c'est bien de cela qu'il s'agit. Tout autour, se dresse une forêt de béton, lugubre et porteuse de périls. Venu aux nouvelles, le vendeur de motos, des américaines chantées jadis par Brigitte Bardot, fait connaître sa colère. Sans éclairage dans la rue, sa vitrine et ce qui s'y trouve derrière comme blousons, bottes et autres accessoires coûteux est une offrande pour les mauvais larrons. Il explique qu'il ne peut laisser son magasin allumé car, paradoxalement, cela attiserait les mauvaises tentations. On le comprend, on le plaint. Le restaurateur, concocteur de cuisine italienne, tente de rassurer les uns et les autres en assurant qu'il restera ouvert jusqu'à au moins minuit et que ses garçons sortiront régulièrement jeter un coup d'œil dans la rue.

Et après, lui demande-t-on ? Et demain matin, à l'heure où les enfants partent à l'école ? ajoute-t-on. Il ne dit rien. Un silence s'installe. Un gardien d'immeuble ronchonne. Pour lui, cette panne qui dure depuis plusieurs nuits est encore un coup des Roumains qui, fausse pétition à la main, chassent le portefeuille ou la carte bancaire. Il parle en chuchotant comme s'il voulait éviter de réveiller les mauvais esprits qui pourraient sortir de la pénombre. Son visage prend tour à tour les couleurs successives du serpentin et l'on se demande alors si c'est bien de lui qu'il s'agit ou si ce n'est pas quelqu'un d'autre qui aurait pris sa place. Mais on l'approuve. La liste, réelle, fantasmée ou exagérée des méfaits de ces bandes venues d'Europe de l'Est est longuement commentée. On parle de ces vieilles personnes agressées au distributeur automatique, de celles suivies jusqu'à chez elles et violentées à l'intérieur de leur domicile. Quelqu'un évoque d'autres méfaits, largement décrits par la presse. Il parle de portrait robot, d'un homme dangereux. Il hésite un peu, puis précise qu'il s'agirait d'un Africain. On l'écoute sans rien dire avec l'estomac qui se serre un peu.

Alors on s'en prend aux travaux interminables qui ont sûrement dû couper quelques lignes ou fait disjoncter un transformateur qui n'est certainement plus aux normes. Gaz, chauffage urbain, lignes téléphoniques... On se croirait à Alger, ville où l'on a gardé l'habitude de creuser, boucher (mal), recreuser puis reboucher (encore plus mal). Justement, Alger L'habitué des coupures de courant et de l'inexistence d'éclairage public s'est rendu compte que ses vieux réflexes n'ont pas disparu. En sortant de chez lui, il a mis dans sa poche la lampe du même nom. Il conseille aux autres d'en faire autant, sans évoquer la ville blanche, bien sûr. La suggestion leur plaît. Ils n'y avaient pas pensé.

La nuit est désormais totale. Le petit groupe s'est épaissi. Certains se sont proposés pour raccompagner la vielle dame du soixante-dix. D'autres se demandent s'il ne va pas falloir organiser un guet. On évoque un courrier tranchant comme une lame électorale qui serait adressé au député, au maire de l'arrondissement et à celui de la ville. On n'arrive pas à admettre l'obscurité. Trois jours de panne, c'est trop long, c'est inadmissible pour qui paie des impôts locaux. On menacera de voter pour les autres, cela fera certainement son effet, du moins feint-on d'en être persuadé. Il commence à se faire tard. On se sépare. Au loin, les halos des réverbères qui fonctionnent semblent baliser la frontière d'un autre monde, privilégié et envié.

En marchant dans la rue obscure et sinistre, tête et cou rentrés dans les épaules, on réalise alors que l'éclairage public n'est rien d'autre qu'un ami mystificateur. Un stratagème certes bienfaisant mais destiné à faire oublier que l'homme et la nuit ne peuvent faire alliance, qu'elle sera toujours porteuse de dangers et de peurs. Un artifice qui fait perdre de vue, au fil des ans et des générations, qu'elle reste une ennemie et que celles et ceux qui la chantent et la vénèrent le font presque toujours à l'abri de leurs murs et d'une douce lumière, à la fois protectrice et rassurante. 
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mercredi 18 janvier 2012

VIENT DE PARAÎTRE : La France vue par un blédard

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Pour information :

VIENT DE PARAÎTRE

La France vue par un blédard

Chroniques
de Akram BELKAÏD
184 pages au format 14 x 21 cm broché
ISBN : 978-2-84924-259-9 - 18,00 euros



4° de couverture

Pourquoi les oeufs durs ont-ils disparu des comptoirs des bistrots parisiens ? Que penser des polémiques récurrentes à propos de la burqa ou de l’islam en France ? Les Françaises sont-elles toujours aussi élégantes ou sont-elles désormais abonnées au mauvais goût mondialisé ? Le débat sur l’identité nationale, la téléralité et la com’ au service des politiciens sont-ils en train d’empoisonner l’âme républicaine française ? Combien de Français savent que la nèfle est un fruit emblématique de la Méditerranée ? Quelles sont les motivations de celles et ceux qui bravent les interdits pour défendre les sans-papiers ? Voilà autant de sujets abordés depuis 2005 par Akram Belkaïd dans sa Chronique du Blédard, publiée chaque semaine dans Le Quotidien d’Oran. Analyses, cris du coeur ou indignations, scènes de la vie quotidienne décrites avec humour, entretiens restitués sous la forme de monologues : ces textes subjectifs et, souvent personnels, décrivent à leur manière l’évolution de la société française. Les cinquante-six chroniques sélectionnées pour le présent ouvrage en apprendront autant à des lecteurs français qu’algériens.



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