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mercredi 2 janvier 2013
dimanche 4 novembre 2012
La chronique du blédard : Une lecture algérienne du Printemps arabe
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 1er novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris
Dans la multitude d’analyses formulées à propos de la situation du monde arabe, c’est peu dire que l’Algérie et les Algériens font exception. Qu’il s’agisse de la position officielle ou de l’avis de l’homme de la rue sans oublier bien sûr nombre de journalistes et d’intellectuels, le Printemps arabe génère bien plus de critiques voire de soupçons que de commentaires élogieux ou enthousiastes (et c’était déjà le cas avant les succès électoraux des islamistes tunisiens et égyptiens). Le fait est que l’idée d’un complot occidental destiné à diviser et à asservir définitivement les pays arabes est très répandue chez les Algériens qui en veulent pour preuve le désordre libyen et, surtout, le chaos syrien. Comme indiqué dans une précédente chronique (1), cette conviction est si forte qu’il doit bien se trouver quelques sceptiques persuadés que c’est la CIA (ou le Mossad) qui a poussé Mohamed Bouazizi à s’immoler par le feu…
Disons-le d’emblée, le livre du docteur en sciences politiques algérien Naoufel Brahimi El Mili – Le Printemps arabe, une manipulation ? (*) - n’appartient pas à cette catégorie d’écrits produits par les « complotistes » exaltés qui sévissent sur Internet. Au contraire, son analyse à propos de la manière dont l’élan démocratique arabe a été détourné et récupéré par des forces conservatrices tient la route. Il est d’ailleurs dommage que le titre de l’ouvrage induise le lecteur en erreur et il aurait été préférable de s’en tenir à celui prévu initialement par l’auteur à savoir : Il n’y aura pas de Printemps pour les Arabes. La différence est de taille mais le marketing en matière d’édition obéit, hélas, à ses propres règles…
L’auteur ne nie pas l’existence d’une impulsion démocratique initiale chez les peuples arabes en révolte mais il entend replacer les évènements dans leur contexte à l’image de cette tentative de coup d’Etat contre Ben Ali alors même que la Tunisie était en proie aux manifestations populaires. Mais, il s’interroge surtout à propos de l’avenir. « Est-ce qu’au Printemps arabe succédera un long hiver ? » se demande-t-il dans son avant-propos, jugeant que « la route vers le pluralisme et la démocratie reste semée d’embûches ». Pour lui, « la redistribution des cartes dans le monde arabe connaît de sérieuses déconvenues » ce qui l’amène à rappeler un constat négatif que nul ne peut nier : « La Syrie, pays central du Levant, s’enlise dans une guerre communautaire (…). La Libye est menacée par les guerres tribales. L’Egypte voit la rivalité entre l’armée et les Frères musulmans s’envenimer. (…) La Tunisie apprend difficilement les codes démocratiques. L’Algérie, enfin, poursuit sa glaciation. »
Pour Naoufel Brahimi, le processus démocratique né des révoltes de 2011 a été trop hâtivement salué car le risque majeur est que cette dynamique de changement « consolide un ancrage permanent du religieux dans le champ politique ». Un ancrage souhaité par l’Arabie saoudite et le Qatar, deux pays, voisins et rivaux, qui « ont en commun une exceptionnelle manne financière », soit l’équivalent d’une « arme d’islamisation massive ». C’est ainsi qu’on lira avec attention le chapitre consacré au Qatar, ce petit émirat du Golfe devenu l’acteur incontournable du Printemps arabe du fait, entre autre, de son implication dans les conflits en Libye et en Syrie mais aussi en raison du rôle joué par la télévision Al-Jazeera dans la couverture, et disons-le aussi, la scénarisation de certaines révoltes.
« Tour de contrôle des révoltes arabes », le Qatar, note l’auteur, n’en est pas à un paradoxe près. « Boussole des transitions démocratiques, l’émirat n’envisage pourtant aucune réelle ouverture pluraliste », rappelle-t-il. De même, « il est interdit à Doha, de créer un parti politique, un syndicat et même toute association à connotation citoyenne : qu’il s’agisse de consommateurs ou de protection de l’environnement… Dans l’émirat, même la grève est proscrite ». De toutes les façons, précise encore le livre, « les rares pannes de climatiseurs sont les seules occasions où les Qataris expriment leur colère »…
A ce jour, nombre de spécialistes et d’experts du monde arabe se posent la même question : Mais que veut le Qatar ? Se protéger des appétits de ses puissants voisins (Arabie Saoudite, Iran, Irak) en se conciliant les bonnes grâces de ses protecteurs occidentaux ? Compter sur la scène internationale au nom d’une respectabilité qui, juge Naoufel Brahimi, oscille « entre l’affichage d’une tolérance religieuse et le mimétisme de la culture ‘bobo’ française. » ?
En tout état de cause, la mise sous coupe réglée des révoltes arabes par le Qatar mais aussi l’Arabie Saoudite et la Turquie vise, estime l’auteur, à stabiliser au plus vite le monde arabe et à « sécuriser la circulation des hydrocarbures du Sud vers le Nord ». Ce scénario, qui a les faveurs des Etats-Unis, passerait par une sorte de retour à l’Empire ottoman, où la dynamique démocratique s’effacerait derrière une convergence d’intérêts entre la Turquie et des régimes islamistes installés dans les grandes capitales arabes. Cela exige une réécriture permanente des évènements de ces derniers temps avec, grâce à Al-Jazeera, une exagération du rôle des acteurs islamistes et une marginalisation des autres forces politiques dans un contexte où, finalement, les choses changent pour que rien ne change…
Il est évident qu’un certain halo romantique a entouré et entoure encore les révolutions arabes. Mais, il faut être conscient du malentendu. L’expression « Printemps arabe » ne se justifie que si elle s’inscrit dans le long terme. Et c’est là le point de divergence entre le présent chroniqueur et l’analyse de Naoufel Brahimi. Oui, les islamistes ont le vent en poupe et cela n’a rien d’exceptionnel dans des environnements marqués par la déshérence des autres forces politiques. Oui, Al-Jazeera nous fabrique jour après jour une réalité qui n’est pas (toujours) celle du terrain. Oui, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont bien décidés à faire en sorte que le monde arabe se vassalise à leur profit. Oui, ce même monde arabe est l’objet d’un grand jeu diplomatique et de manipulations en cascades. Mais, dans le même temps, d’autres dynamiques sont en cours. Le désordre, si l’on peut résumer ainsi la situation actuelle, sert aussi d’autres acteurs plus modernistes. On ne peut ignorer la revendication démocratique voire laïque, du moins celle qui réclame un Etat civil. On ne peut ignorer les conséquences de l’usure du pouvoir à laquelle sont d’ores et déjà confrontés les partis islamistes. Enfin, on ne peut nier que les révoltes arabes ont semé les germes d’une espérance démocratique qui tiendra lieu de référentiel durant les mois et les années à venir.
Tout cela pour dire que le Printemps, le vrai, reste possible n’en déplaise aux roitelets du Golfe. Certainement pas aujourd’hui, peut-être pas demain. Mais la bataille pour la liberté des peuples arabes, enclenchée un certain 17 décembre 2010, ne fait que commencer.
(*) Préface de Percy Kemp, Max Milo, 220 pages, 18 euros.
(1) Du Printemps arabe et des intérêts de l’Occident, 9 août 2012.
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Disons-le d’emblée, le livre du docteur en sciences politiques algérien Naoufel Brahimi El Mili – Le Printemps arabe, une manipulation ? (*) - n’appartient pas à cette catégorie d’écrits produits par les « complotistes » exaltés qui sévissent sur Internet. Au contraire, son analyse à propos de la manière dont l’élan démocratique arabe a été détourné et récupéré par des forces conservatrices tient la route. Il est d’ailleurs dommage que le titre de l’ouvrage induise le lecteur en erreur et il aurait été préférable de s’en tenir à celui prévu initialement par l’auteur à savoir : Il n’y aura pas de Printemps pour les Arabes. La différence est de taille mais le marketing en matière d’édition obéit, hélas, à ses propres règles…
L’auteur ne nie pas l’existence d’une impulsion démocratique initiale chez les peuples arabes en révolte mais il entend replacer les évènements dans leur contexte à l’image de cette tentative de coup d’Etat contre Ben Ali alors même que la Tunisie était en proie aux manifestations populaires. Mais, il s’interroge surtout à propos de l’avenir. « Est-ce qu’au Printemps arabe succédera un long hiver ? » se demande-t-il dans son avant-propos, jugeant que « la route vers le pluralisme et la démocratie reste semée d’embûches ». Pour lui, « la redistribution des cartes dans le monde arabe connaît de sérieuses déconvenues » ce qui l’amène à rappeler un constat négatif que nul ne peut nier : « La Syrie, pays central du Levant, s’enlise dans une guerre communautaire (…). La Libye est menacée par les guerres tribales. L’Egypte voit la rivalité entre l’armée et les Frères musulmans s’envenimer. (…) La Tunisie apprend difficilement les codes démocratiques. L’Algérie, enfin, poursuit sa glaciation. »
Pour Naoufel Brahimi, le processus démocratique né des révoltes de 2011 a été trop hâtivement salué car le risque majeur est que cette dynamique de changement « consolide un ancrage permanent du religieux dans le champ politique ». Un ancrage souhaité par l’Arabie saoudite et le Qatar, deux pays, voisins et rivaux, qui « ont en commun une exceptionnelle manne financière », soit l’équivalent d’une « arme d’islamisation massive ». C’est ainsi qu’on lira avec attention le chapitre consacré au Qatar, ce petit émirat du Golfe devenu l’acteur incontournable du Printemps arabe du fait, entre autre, de son implication dans les conflits en Libye et en Syrie mais aussi en raison du rôle joué par la télévision Al-Jazeera dans la couverture, et disons-le aussi, la scénarisation de certaines révoltes.
« Tour de contrôle des révoltes arabes », le Qatar, note l’auteur, n’en est pas à un paradoxe près. « Boussole des transitions démocratiques, l’émirat n’envisage pourtant aucune réelle ouverture pluraliste », rappelle-t-il. De même, « il est interdit à Doha, de créer un parti politique, un syndicat et même toute association à connotation citoyenne : qu’il s’agisse de consommateurs ou de protection de l’environnement… Dans l’émirat, même la grève est proscrite ». De toutes les façons, précise encore le livre, « les rares pannes de climatiseurs sont les seules occasions où les Qataris expriment leur colère »…
A ce jour, nombre de spécialistes et d’experts du monde arabe se posent la même question : Mais que veut le Qatar ? Se protéger des appétits de ses puissants voisins (Arabie Saoudite, Iran, Irak) en se conciliant les bonnes grâces de ses protecteurs occidentaux ? Compter sur la scène internationale au nom d’une respectabilité qui, juge Naoufel Brahimi, oscille « entre l’affichage d’une tolérance religieuse et le mimétisme de la culture ‘bobo’ française. » ?
En tout état de cause, la mise sous coupe réglée des révoltes arabes par le Qatar mais aussi l’Arabie Saoudite et la Turquie vise, estime l’auteur, à stabiliser au plus vite le monde arabe et à « sécuriser la circulation des hydrocarbures du Sud vers le Nord ». Ce scénario, qui a les faveurs des Etats-Unis, passerait par une sorte de retour à l’Empire ottoman, où la dynamique démocratique s’effacerait derrière une convergence d’intérêts entre la Turquie et des régimes islamistes installés dans les grandes capitales arabes. Cela exige une réécriture permanente des évènements de ces derniers temps avec, grâce à Al-Jazeera, une exagération du rôle des acteurs islamistes et une marginalisation des autres forces politiques dans un contexte où, finalement, les choses changent pour que rien ne change…
Il est évident qu’un certain halo romantique a entouré et entoure encore les révolutions arabes. Mais, il faut être conscient du malentendu. L’expression « Printemps arabe » ne se justifie que si elle s’inscrit dans le long terme. Et c’est là le point de divergence entre le présent chroniqueur et l’analyse de Naoufel Brahimi. Oui, les islamistes ont le vent en poupe et cela n’a rien d’exceptionnel dans des environnements marqués par la déshérence des autres forces politiques. Oui, Al-Jazeera nous fabrique jour après jour une réalité qui n’est pas (toujours) celle du terrain. Oui, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont bien décidés à faire en sorte que le monde arabe se vassalise à leur profit. Oui, ce même monde arabe est l’objet d’un grand jeu diplomatique et de manipulations en cascades. Mais, dans le même temps, d’autres dynamiques sont en cours. Le désordre, si l’on peut résumer ainsi la situation actuelle, sert aussi d’autres acteurs plus modernistes. On ne peut ignorer la revendication démocratique voire laïque, du moins celle qui réclame un Etat civil. On ne peut ignorer les conséquences de l’usure du pouvoir à laquelle sont d’ores et déjà confrontés les partis islamistes. Enfin, on ne peut nier que les révoltes arabes ont semé les germes d’une espérance démocratique qui tiendra lieu de référentiel durant les mois et les années à venir.
Tout cela pour dire que le Printemps, le vrai, reste possible n’en déplaise aux roitelets du Golfe. Certainement pas aujourd’hui, peut-être pas demain. Mais la bataille pour la liberté des peuples arabes, enclenchée un certain 17 décembre 2010, ne fait que commencer.
(*) Préface de Percy Kemp, Max Milo, 220 pages, 18 euros.
(1) Du Printemps arabe et des intérêts de l’Occident, 9 août 2012.
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samedi 11 août 2012
La chronique du blédard : Du Printemps arabe et des intérêts de l’Occident
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 9 août 2012
Akram Belkaïd, Paris
L’Occident est-il en train de tirer les fils de la tragédie syrienne et, de façon plus générale, ceux des révolutions et révoltes arabes ? On le sait, cette question divise car, de sa réponse, dépend la position adoptée vis-à-vis d’un processus qui a débuté en décembre 2010 – avec les premières émeutes en Tunisie – et dont personne n’est capable à ce jour d’en prédire l’aboutissement. En tout état de cause, une idée revient en force y compris en Algérie : ce que l’on appelle « Printemps arabe » ne serait qu’un complot euro-américain.
Autrement dit, la chute du régime de Ben Ali, la démission forcée de Moubarak, les victoires électorales des islamistes en Egypte et en Tunisie, la mort de Kadhafi ainsi que la dislocation actuelle de la Syrie, tout cela est donc vu comme ayant été programmé par quelques cabinets occultes occidentaux voire israéliens. On le sait, c’est l’intervention de l’Otan en Libye qui, la première, a modifié la perception générale et donné crédit à l’hypothèse d’un grand plan mis en œuvre pour redessiner les contours du Maghreb et du Machrek (en attendant, peut-être, le Golfe). Aujourd’hui, le drame syrien et le soutien accordé par les Etats-Unis et l’Europe à la rébellion – notamment via leurs auxiliaires et supplétifs des monarchies pétrolières – confortent cette idée. Mais faut-il pour autant crier au complot ?
Dans un récent éditorial du Quotidien d’Oran, M. Saadoune a remis les choses en perspective (*). Faisant référence à un article d’Abdelbari Atwan dans Al-Quds Al-Arabi, il rappelle qu’à la base il y a bel et bien une volonté populaire – et surtout légitime - de se défaire de dictatures implacables cela indépendamment du fait que, par la suite, les Occidentaux ont tout fait pour récupérer et orienter les révoltes. Ni Ben Ali, Ni Moubarak, Ni Kadhafi et encore moins Assad ne peuvent être défendus. Quitte à se répéter, il faut rappeler que ces dirigeants ont été ou sont encore la principale raison de la ruine de leurs pays. En divisant et en maltraitant leur peuple, en leur niant le droit aux droits, ils ont créé les germes de la division et ouvert la voie aux ingérences extérieures. Les gens qui ont pris les armes contre Kadhafi ou Assad l’ont d’abord fait pour eux-mêmes. Pour résumer les choses, ce n’est pas la CIA qui a poussé Bouazizi à s’asperger d’essence même si cette agence, comme ses partenaires européennes, savait que tôt ou tard que ce type d’événement déboucherait sur une révolte générale (et les plans pour agir en conséquence existaient certainement dans ses cartons).
Dans cette affaire, deux naïvetés s’opposent. La première consiste à croire que l’Occident n’a aucune idée derrière la tête vis-à-vis du monde arabe. La seconde pousse quant à elle à s’indigner du fait que, justement, il cherche à tirer profit de la situation. La vérité c’est qu’un Etat digne de ce nom fera toujours tout pour défendre ses intérêts qu’ils soient économiques, militaires ou politiques. A long terme, il déploiera de nombreuses stratégies basées notamment sur la prospective – via notamment l’étude de tous les scénarios possibles - et l’anticipation. A court terme, il cherchera toujours à profiter des circonstances pour, justement, être au plus près de ses objectifs de long terme. Pour autant, aucun Etat n’est infaillible.
A lire les ouvrages spécialisés et les biographies des grands de ce monde, on voit bien que cela ne se passe pas toujours de manière idéale. L’idée que des mécaniques d’une grande précision sont à l’œuvre est très répandue chez les Arabes. Elle est pourtant exagérée, car l’Occident, c’est aussi de l’improvisation (on dira ce que l’on voudra mais ce fut le cas de l’intervention en Libye), des politiques à court terme qui débouchent sur des catastrophes, des intérêts internes divergents qui s’opposent et, pour finir, de grosses erreurs (cas de l’Iran en 1980, de l’Irak en 2003).
Cela étant précisé, personne ne peut nier que pour l’Occident, Etats-Unis en tête, ce qui se passe actuellement est une grosse opportunité. Passé un premier temps de flottement - ce fut le cas avec les révoltes tunisienne et égyptienne - de nombreux mécanismes de prise en charge des mouvements contestataires ont vu le jour. Qu’il s’agisse de « l’encadrement » de l’opposition syrienne en exil à la prise en charge plus ou moins directe de la période de transition post-Kadhafi en passant par la mise à disposition de « l’expertise démocratique et électorale » à la Tunisie d’après-Ben Ali, les Occidentaux sont très présents. Mais pourquoi faire ? Pour prendre le contrôle du monde arabe ? Pour l’asservir ? Pour garantir la sécurité et la domination régionale d’Israël ? Nombre d’Arabes sont persuadés que c’est cela qui est en jeu : plus d’un demi-siècle après les indépendances, les révolutions et révoltes en cours mèneraient ainsi à une nouvelle mise sous tutelle de leurs pays par l’Occident. Et c’est là où – conséquence des propagandes sur le thème de la souveraineté - intervient un incroyable déni de réalité. Car, dans les faits, le monde arabe est déjà sous contrôle depuis des décennies.
D’abord, les tyrans qui sont tombés étaient des tigres de papiers ayant tous fait allégeance à l’Occident d’une manière ou d’une autre. Même Assad, qui finira par perdre le pouvoir, a longtemps été le « meilleur ennemi » d’Israël, comprendre un adversaire qui sait regarder ailleurs quand l’aviation israélienne bombarde le Liban ou Gaza. Ensuite, il suffit de se reporter à l’économie. En 2012, le monde arabe importe 80% de ses besoins en ingénierie et produits industriels et 60% de ses besoins alimentaires. Vue de l’intérieur, cette dépendance et cette insécurité ne font même pas débat.
C’est que les Arabes vivent dans l’illusion d’une résistance à l’impérialisme occidental et à la mondialisation libérale telle qu’elle a été conçue par les Chicago Boys et Wall Street. Or, exception faite des Palestiniens (quoique…) et, dans une autre mesure, du Hezbollah libanais, cela fait plus de vingt ans que leurs gouvernements – et leurs élites - ont abdiqué. De Casablanca à Dubaï, le monde arabe n’est plus qu’un immense bazar aux fondations fragiles et incapables de vivre de manière autonome. Au-delà des habituels gargarismes nationalistes, il est temps de reconnaître que les pays arabes sont tenus. Et que les efforts de l’Occident vis-à-vis des processus de changement en cours visent simplement à ce que cette domination perdure voire à ce qu’elle se renforce.
Quant aux plans à long terme de l’Europe et des Etats-Unis vis-à-vis d’une région qui détient plus du tiers des réserves pétrolières et gazières de la planète, c’est là une question qui mériterait une véritable analyse stratégique des principaux concernés, autrement dit les gouvernements arabes eux-mêmes. Et il n’est même pas sûr que cette réflexion soit menée…
(*) Un constat testamentaire, dimanche 5 août 2012.
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