Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 2 juin 2018

La chronique du blédard : Un héros qui l’était déjà

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 31 mai 2018
Akram Belkaïd, Paris

Commençons par le plus simple. L’homme est donc devenu un héros. Mamoudou Gassama, jeune malien de 22 ans, sans-papiers arrivé en France il y a six mois, a escaladé, au péril de sa vie, quatre étages d’un immeuble pour sauver un jeune bambin accroché à la balustrade d’un balcon. Les images ont fait le tour de la Toile et les commentaires se comptent par dizaines de milliers. Dans une actualité lourde et orageuse, de telles images font du bien. Elles redonnent confiance en l’humanité. Mais, bien entendu, tout ne pouvait être parfait et les polémiques ont rapidement pris le dessus.

Signalons d’abord la flambée des inévitables opinions complotistes. Quel que soit l’événement, il y aura toujours des plus intelligents que d’autres, des plus malins, plus « aware » qui sauront discerner « la » faille. Pourquoi les voisins qui observaient la scène n’ont rien fait, se demandent-ils. Et où étaient les pompiers et leurs échelles ? Et comment le gamin a-t-il pu résister autant de temps ? Et comment se fait-il qu’il soit déjà tombé (d’un étage, ndc) ? L’homme s’appelant Mamoudou, gageons aussi que certains spéléologues du net, habitués du fait, ont plongé dans les profondeurs putrides des réseaux pour chercher à en savoir plus sur l’intéressé, histoire éventuellement de dénicher quelques tweets ou messages gênants.

Venons-en au plus important. Le président Emmanuel Macron a décidé de régulariser Mamoudou Gassama. Mieux, il a déclaré l’avoir « invité à déposer une demande de naturalisation. Car la France est une volonté, et M. Gassama a démontré avec engagement qu’il l’avait. » On passera rapidement sur cette dernière phrase qui ne veut pas dire grand-chose et qui est emblématique de la com’ présidentielle techno-gloubiboulguesque. Et avant d’aller plus loin, signalons que le ministre de l’intérieur Gérard Collomb s’est dit prêt, quant à lui, à accélérer les procédures tandis que les sapeurs-pompiers de Paris, un corps d’élite s’il en est, ont d’ores et déjà accueilli Mamoudou Gassama, non pas comme recrue (il faut être militaire pour cela) mais pour un « service civique ». Un « stage », diront les mauvaises langues car il faut bien qu’il en existe. (On passera rapidement sur le propos d’un officier rappelant au héros que des militaires français sont morts pour le Mali…).

La récompense présidentielle - qui a tout de même rendu Rihanna heureuse (si, si, je vous l’assure, c’est la radio qui l’a annoncé) - a immédiatement déclenché des polémiques. « Récupération éhontée », « hypocrisie », « manœuvre politicienne » la liste des reproches est longue. Elle pointe du doigt un gouvernement qui ne fait pas grand-chose pour les migrants, qui réprime ceux qui leur viennent en aide et qui se donne ainsi bonne conscience avec la régularisation et la prochaine naturalisation de l’intéressé.

C’est vrai que ce gouvernement ne vaut guère mieux que ses prédécesseurs en matière de politique répressive à l’égard des réfugiés, des migrants et des sans-papiers. Par certains aspects, il est même pire quand on considère les dispositions relatives à la rétention de mineurs. Souvenons-nous aussi que la présidence française ne se distingue guère sur la question des réfugiés syriens ou de celle des drames qui se déroulent quotidiennement ou presque en Méditerranée. Pour autant, Macron n’avait pas le choix. Le moins qu’il pouvait faire était de régulariser le héros. Une carte de séjour pour faits exceptionnels. La Mairie de Paris aurait pu se joindre à la fête en faisant de Mamoudou Gassama un citoyen d’honneur et, qui sait, en lui attribuant un logement plus décent que celui qu’il occupe actuellement dans un foyer en banlieue. Imaginons juste une seconde que le gouvernement ne fasse rien. Ou que, pire, il renvoie le héros à Bamako au nom d’un respect absolu de la loi… Le tintamarre aurait été bien plus puissant. Va donc pour la régularisation.

Mais il a fallu qu’Emmanuel Macron évoque la naturalisation de Mamoudou Gassama. Peut-être que ce dernier souhaite devenir citoyen français. Peut-être même l’a-t-il expliqué lors de son entrevue avec le chef de l’Etat. Le problème c’est la manière paternaliste (néocoloniale ?) dont cela a été présenté. Accorder une naturalisation, est-ce une récompense ? Faut-il donc se conduire en héros pour être digne d’être citoyen français ou même de pouvoir vivre normalement dans ce pays ?


Macron aurait pu accorder la régularisation et simplement dire qu’il a encouragé le bénéficiaire à envisager de devenir citoyen français et cela au nom du fait que la politique d’accueil est destinée, in fine, à accorder la nationalité aux résidents étrangers en situation régulière. Mais là, le terrain aurait été trop glissant. De quoi réveiller les vigies maugréantes du grand remplacement. Pour Macron, mieux vaut présenter la naturalisation comme une espèce de récompense suprême, une exception, un graal réservé aux plus méritants. Aux héros. A ce sujet, on terminera par rappeler une idée souvent exprimée dans cette chronique. Mamoudou Gassama n’avait pas besoin de sauver un gamin au bord du vide pour être considéré comme un héros. Il l’était déjà. Quelqu’un qui traverse le Sahara, qui passe par la Libye et ses camps où les Subsahariens sont battus et rançonnés, qui s’embarque sur un rafiot pour gagner la rive nord de la Méditerranée sans rejoindre au fond les milliers de damnés qui s’y sont noyés, cet homme-là est déjà un héros. Il n’est pas le seul, et comme lui, ses pairs sans-papiers méritent d’être régularisés.
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mercredi 28 mai 2014

Libye, Mali : inquiétudes algériennes, pressions françaises

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Libye, Mali : inquiétudes algériennes, pressions françaises

Bien qu’elle affirme n’avoir aucune responsabilité dans la situation de la Libye et du Mali, l’Algérie regarde avec inquiétude l’instabilité croissante dans ces deux pays avec lesquels elle partage une longue frontière. Elle subit aussi une forte pression française pour assumer des responsabilités sécuritaires régionales plus larges. (cliquez sur le lien ci-dessus pour lire la suite).
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lundi 22 avril 2013

Conférence vidéo : L'Algérie, le Sahara et la géopolitique du Maghreb

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Université Populaire de l'iReMMO

Samedi 02 mars 2013 : L'Algérie, le Sahara et la géopolitique du Maghreb

Séance 3 : Les relations de l'Algérie avec ses voisins : Maroc, Mali, Tunisie, Libye...

avec :

Akram Belkaid, journaliste indépendant et essayiste spécialiste du monde arabe, des questions énergétiques et d'économie internationale. Il est l'auteur entre autre de Etre Arabe Aujourd'hui (carnetsnord), À la rencontre du Maghreb (Éditions La Découverte-IMA) et de Un regard calme sur l'Algérie (Éditions du Seuil).

Cliquez ici : http://www.youtube.com/watch?v=jtaXqa58LZc
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samedi 2 février 2013

Une leçon malienne pour l'Algérie

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L'évolution de la situation sécuritaire au Mali et, plus encore, la visite triomphale de François Hollande, le président français, à Bamako et Tombouctou, a généré nombre de commentaires ironiques voire critiques sur les réseaux sociaux algériens. "Folklore", "spectacle néocolonial grotesque", "indécence de la françafrique", le moins que l'on puisse dire, c'est que les foules arborant le drapeau bleu-blanc-rouge ont irrité et généré des jugements lapidaires. Sentiment injuste qui dénie sa joie à un peuple humilié par la déroute de son armée au printemps 2012 et par la situation de quasi-partition de son pays.
On le sait, la majorité des Algériens n'est guère à l'aise avec l'intervention militaire française au Mali mais ce n'est pas une raison d'ignorer les attentes et sentiments d'une grande partie du peuple malien.

Un avis malien

Pour bien le comprendre, il faut lire l'entretien accordé par Bandiougou Gakou, ancien diplomate malien et spécialiste du monde musulman, au site Maliweb. A la question concernant son jugement à propos des réactions internationales, cet ancien conseiller diplomatique du Premier ministre de son pays (2003-2008) n'hésite pas à critiquer la position algérienne.

"La surprise désagréable", juge-t-il, "est enregistrée chez le voisin du Nord (comprendre l'Algérie, ndb) qui mène sur son sol une guerre implacable contre le terrorisme mais qui abrite, assiste et appuie le terrorisme chez l’autre. Que le diable emporte le Mali ? Comment l’Algérie peut-elle l’accepter ? Pourvu que l’Algérie reste en paix ! Ce seul raisonnement lui suffit-il ? Il est vrai que dix ans de guerre civile et cent cinquante mille morts, cela peut provoquer des traumatismes. Mais pour autant l’Algérie et le Mali ne peuvent pas se tourner le dos. Une histoire commune, la religion et la géographie ont leurs exigences".

Dans le même temps, Bandiougou Gakou, reconnaît que le Mali n'a pas été à la hauteur des attentes algériennes durant les années 2000 en ce qui concerne la lutte contre les groupes djihadistes installés au nord. "Nous avons adopté une attitude laxiste jugée inamicale par notre puissant voisin, qui nous accusait avec raison de donner un asile confortable à tous ceux qui perpétraient des attentats sur le sol algérien. Ce laxisme n'a jamais cessé d'être dénoncé à l'échelle internationale".

Le Mali, un miroir de l'Algérie ?

S'il est encore trop tôt pour savoir de quelle manière les relations algéro-maliennes vont évoluer, on peut aussi méditer sur l'analyse de ce diplomate à propos des raisons qui ont poussé le Mali au bord du gouffre. Outre les conséquences de la crise algérienne (avec la migration des groupes djihadistes vers le Sahara) et celles de la chute du régime de Kadhafi, Bandiougou Gakou évoque une raison qui parlera certainement aux Algériens et les obligera à faire le parallèle avec leur propre situation politique. Il cite ainsi "l'angoisse d'une fin de règne au Mali. La perspective de fin de mandat a provoqué un véritable désarroi au sommet de l'Etat, provoquant des faits, gestes, attitudes et décisions décousus. Tantôt, la Constitution est en cause, il faut la réviser à la va-vite; tantôt on brandit une exigence d'harmonisation des calendriers électoraux nécessitant une prolongation de deux ans du mandat présidentiel. Du rumeurs en rumeurs maladroitement distillées, on tâtonne aux seules fins de préparer l'opinion à une nécessaire prolongation de mandat". Et de relever, chose importante, que les conditions de la déroute de l'armée malienne ont convaincu les Maliens qu'il s'agissait de la "fabrication de circonstances empêchant la tenue de l'élection présidentielle".
D'où, précise-t-il, le coup d'Etat militaire contre le président Amadou Toumani Touré (ATT).

Enfin, et cela ne manquera pas d'alerter les Algériens, ce spécialiste affirme que "la réalité est que le Mali a besoin d'une puissante base militaire amie dans le nord". De quoi relancer les supputations à propos d'un conflit qui est loin d'être terminé.
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samedi 19 janvier 2013

Interview accordée à La Tribune : Prise d'otages en Algérie: "Comment cela a-t-il pu arriver dans une zone aussi militarisée?"

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La Tribune, 18 janvier 2013
Propos recueillis par Marina Torre | 18/01/2013, 16:13 - 532 mots
L'ancien ingénieur et journaliste algérien Akram Belkaïd s'interroge : comment des terroristes ont-il pu s'en prendre à un complexe d'exploitation gazière situé dans une zone stratégique pour les ressources énergétiques algériennes, jusque là épargnée et placée sous très haute sécurité?
 
L’assaut de l’armée algérienne sur la base gazière de Tiguentourine, près d’In Amenas, dans le sud-est se poursuit, tout comme au Mali d’où a démarré cette crise. Le flou règle encore sur le nombre de morts, d’otages libérés et de personnes toujours présentes sur le site. Dans ce contexte, les commentaires vont déjà bon train et se focalisent notamment sur les enjeux énergétiques pour le premier exportateur de gaz d’Afrique. Des enjeux qui expliqueraient en partie le choix d’Alger d’intervenir rapidement, brutalement et unilatéralement. Des questions qui se posent, mais qui en occulteraient d’autres, bien plus fondamentales aux yeux d’Akram Belkaïd, ancien ingénieur, essayiste et journaliste algérien qui écrit, entre autres, pour le Quotidien d’Oran.


Quel est l’enjeu de cette attaque pour les ressources énergétiques algériennes ?

Akram Belkaïd : Il est certains qu'au-delà du drame humain, la question qui se pose c’est la sécurisation des sites pétroliers et gaziers en Algérie qui jusque là n’avaient pas été touchés. Cela va provoquer un renchérissement des assurances et des difficultés pour les entreprises étrangères sur place pour assurer la sécurité des personnes, leur rapatriement…
Quel est le poids de la base d’exploitation gazière de Tiguentourine elle-même?
Le site compte pour 8 à 12% de la production algérienne. Ce qui est beaucoup. Mais toute la zone alentour, dans un rayon de 500 km est une zone gazière. C’est ça qui pose problème. Il y a une vraie menace. On pensait que ces sites étaient inviolables. Pendant la guerre civile, ils n’avaient jamais été touchés. Une nouvelle étape, un nouveau palier ont été franchis.
Est-ce ce nouveau palier qui explique la réaction rapide des forces de sécurité algériennes ?
Oui, plus que tout, c’est un message envoyé par l’Etat algérien. Ceux qui seraient tentés de faire la même chose savent à quoi il faut s’attendre. Cela a toujours été la stratégie du gouvernement.
Les chancelleries n’ont pas été prévenues de cette action. Cela participe-t-il de cette stratégie ?
Absolument. L’Algérie a l’obsession de sa souveraineté, elle ne supporte pas l’ingérence de l’extérieur. C’est un pays très chauvin, très nationaliste, où l’on ne se soumet pas au bon vouloir d’autrui. Autant le gouvernement avait des problèmes avec son peuple, autant sur ce point, il ne se trouvera pas grand monde en Algérie pour critiquer cette décision.
Les questions qui se posent portent plus sur "comment on en est arrivé là" mais pas sur le fait que l’armée ait agi sans en référer aux capitales étrangères. En fait, je crains que la polémique ne fasse oublier le reste, le cœur du problème : comment cette situation a pu se produire. La télévision française rend service au gouvernement algérien en se focalisant sur l’assaut alors que d’autres problèmes mériteraient d’être abordés comme par exemple la réalité des liens entre cette opération et la situation au Mali?
Quelle est votre explication sur ce dernier point?
Il y a eu beaucoup de relâchement. C’est le signe que l’Algérie est dans une situation difficile. Voilà un pays dont on peut se demander s’il est toujours gouverné ! Avant ces événements, le grand débat c’était de savoir si le président Bouteflika aurait un quatrième mandat.

*Sur la question du Mali, Akram Belkaïd a publié un article sur son blog le 16 janvier.
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jeudi 17 janvier 2013

Que faire pour le Mali ?

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On le sait, nombre d'Algériens, si ce n'est la majorité, sont opposés à l'intervention française au Mali. Une opposition qui s'est radicalisée lorsqu'ils ont appris, grâce à Laurent Fabius et non pas grâce aux autorités algériennes - lesquelles auraient bien aimé que l'on cache la chose - , que les Rafales français empruntaient l'espace aérien algérien. Cette hostilité n'a rien d'étonnant. Elle naît et s'alimente respectivement par conviction nationaliste, par mémoire historique, par ce qui reste d'anti-impérialisme dans un pays qui a bazardé sa période socialisto-non-alignée pour basculer dans le "bazarisme", et par conviction selon laquelle l'Occident, et en particulier la France, ne fait jamais la guerre sans avoir quelques arrières-pensées.

Tout cela est respectable et compréhensible. Mais, encore faut-il répondre à la question suivante : comment régler la situation au Mali ? Faut-il accepter que ce pays soit divisé ou qu'il tombe entre les mains des groupes djihadistes ? A ce sujet, comment peut-on dire tout le mal que l'on pense de la naissance d'un éventuel "Malistan" ou "Sahelistan" mais exiger que la France cesse son intervention ? Compte-t-on sur un miracle qui ferait que, soudain, l'armée malienne deviendrait plus performante ? Croit-on que des troupes africaines seraient capables de venir seules à bout des djihadistes ? Mais, peut-être que l'on se moque du sort des populations du nord-Mali. Tombouctou ? Zon qu'à se débrouiller. Quant aux amputations, aux destructions de mausolées, les concernés s'y feront...

En réalité, ce genre de situation est l'occasion de postures vertueuses. De celles où l'on rabache les principes de non-ingérence, de refus de tout aventurisme militaire et cela alors que l'on est incapable d'avancer la moindre solution concrète pour, justement, sauver l'intégrité d'un pays. Cela étant dit, la position officielle de l'Algérie reste aussi à connaître. La négociation aurait été privilégiée mais quelle négociation ? Avec des brigands qui rançonnent et trafiquent aux confins algériens ? Est-ce sérieux ?

Que faire pour le Mali : c'est donc "la" question et ce n'est pas basculer dans le néo-conservatisme que de la poser...
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mercredi 16 janvier 2013

Algérie - Mali, l'engrenage du pire

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Comme tous les peuples, les Algériens ont des faiblesses. L’une d’elles, consiste à créditer nombre de leurs dirigeants de compétences et expertises qui, en réalité, n’existent pas. Ce qui se passe en ce moment dans le sud du pays avec la prise d'otages à In Amenas en est le parfait exemple. Dans un contexte régional explosif –c’est le moins que l’on puisse dire – on nous avait assuré que les frontières étaient fermées et que la vigilance était de mise. Tu parles, Messaoud ! Car voilà qu’une incursion djihadiste met la planète en émoi car elle atteint presque le cœur du cœur du réacteur algérien. Certes, à en croire (ou du moins, à s’obliger à le faire) les autorités, la production gazière n’est pas menacée (ce qui ravira certainement les familles des victimes de l’attaque et les otages !). Mais, tout de même ! Dans les années 1990, alors que le nord de l’Algérie était à feu et à sang, jamais l’industrie des hydrocarbures n’a été menacée de près ou de loin. Ce qui se passe en ce moment est donc tout un symbole, la preuve que les choses ont évolué. En pire. D’ailleurs, on peut dire que cette attaque suivie d’une prise d’otage, ressemble à bien des égards au détournement de l’Airbus d’Air France par un commando du GIA en décembre 1994. A l’époque, cet événement révélateur avait convaincu la communauté internationale que quelque chose de grave se passait en Algérie et que les discours sur le dernier quart d’heure du terrorisme n’étaient que pure communication.


On a souvent fait croire aux Algériens, que leur pays avait une « diplomatie africaine ». Où est-elle aujourd’hui ? Comment se fait-il qu’un tel chaos se soit installé au nord du Mali, pays que n’importe quel étudiant en sciences politiques définirait comme devant nécessairement faire partie de la zone d’influence d’un voisin aussi puissant et ambitieux (du moins en théorie) que l’Algérie (de grâce, que l’on nous épargne l’insupportable blabla sur les principes de « non-ingérence » ? Autres questions : Comment se fait-il que cette intervention militaire française ait disposé d’autant de facilités algériennes et cela contrairement à ce qui s'était passé pour la Libye de Kadhafi ? Comment se fait-il qu’un commando djihadiste puisse circuler aussi facilement dans une bonne partie du sud algérien sans être au moins repéré ? Et où est donc la fameuse expertise algérienne quant aux affaires du Sahel ? En réalité, dans cette affaire, l’Algérie encaisse quand elle n’est pas aux abonnés absents.


On risque de dire que tout cela n'est qu'une savante manipulation (ce qui augmentera l'aura d'une Algérie censée être toujours au centre du jeu comme aiment à l'écrire quelques anciens espions français transformés en thuriféraires du régime algérien). Ou alors que c'est peut-être la proximité de la Coupe d’Afrique des Nations de football qui est responsable d’autant de distraction et de désinvolture. Il est possible aussi que cela soit les soldes parisiennes qui ont occupé l’esprit de quelques décideurs… De même, on ajoutera que ce qui importe à Alger, c’est de savoir comment vendre à l’opinion (la pauvre...) un prolongement du mandat présidentiel jusqu’à 2016 (il paraît que c’est l’alternative à un quatrième mandat). On laissera entendre que, finalement, les choses se tasseront d’elles-mêmes dans le Sahara. Mais on connaît la chanson. Celle du pire qui vient après le pire. Celle des ravages de l’incompétence et de la déprédation.


Ce qui se passe dans le sud algérien n’est rien d’autre que le signe que d’autres catastrophes peuvent subvenir. Car l’enjeu est là et on peut prendre les paris : si cela continue ainsi, si l’Algérie continue à ne pas être gérée comme on doit gérer un pays digne de ce nom, alors le Sahara (et ses richesses) ne seront plus algériens d’ici quelques années (qu’importe la manière dont sera habillée la perte de cette souveraineté). Ne parlons pas de complot, disons simplement que la géopolitique des matières premières, de la drogue et des trafics humains a horreur du vide et qu’une terre, ses populations (il s'agit dans le cas présent des Touaregs trop longtemps négligés) et son sous-sol laissés à l’abandon politique, administratif et même étatique, finit toujours par tomber dans l’escarcelle de celui qui la désire le plus.

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samedi 12 janvier 2013

A propos de l'intervention française au Mali

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Comme il fallait s'y attendre, l'intervention militaire au nord du Mali a déclenché nombre de réactions négatives et de critiques. Comme je le relevais dans un post sur Facebook, on peut déjà se demander pourquoi le Parlement français n'est pas consulté même si la politique extérieure fait partie des prérogatives du président. Ensuite, il est impossible de ne pas se dire que la Françafrique a encore de beaux jours devant elle et que, finalement, rien n’a changé dans les rapports entre la France et ses anciennes colonies. Mais fallait-il ne rien faire et laisser le Mali imploser ou passer sous le contrôle des groupes islamistes ? Cette question divise les Maliens eux-mêmes, certains estimant que leur armée a juste besoin d’équipements lourds tandis que d’autres estiment que la France n’a que trop tardé à intervenir. Au passage, on peut regretter que les avis maliens soient peu nombreux y compris sur le web.

Par ailleurs, de nombreux internautes algériens estiment que cette intervention est dirigée en réalité contre leur pays. Mais, est-ce aussi sûr ? Qui dit que cette intervention n’a pas été évoquée et entérinée lors du voyage de François Hollande à Alger ? Peut-on vraiment penser que Paris pourrait prendre le risque d’intervenir au Sahel sans avoir l’aval – ne parlons même pas de soutien – d’Alger ? Certes, la lecture « complotiste » et conflictuelle de cette intervention est tentante. Les Algériens y excellent mais peut-être faut-il se garder de crier au loup trop vite.

Dernier point, et il est d’ordre plus général : l’armée malienne, comme nombre de ses homologues africaines, vient de prouver que, finalement, elle ne servait pas à grand-chose. Si ce n’est, de temps à autre, à brutaliser son propre peuple et à mener des coups d’Etats foireux…
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mardi 10 avril 2012

La chronique du blédard : Le Sénégal, le Mali et la démocratie en Afrique

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Faut-il désespérer de l'Afrique ? Ou bien, faut-il au contraire rester optimiste en se disant que le temps de la démocratie continuera de faire son œuvre ? Il faut dire que les événements récents sur le continent obligent à la prudence et rendent difficile tout jugement global. Prenons le cas du Sénégal. Il y a quelques mois, un confrère libanais de retour de Dakar me confiait ses craintes. Selon lui, le clan Wade était capable de tout pour garder le pouvoir y compris de mettre le pays à feu et à sang. Durant notre discussion, évoquant l'âge avancé du président sénégalais, je lui rappelais le constat inquiet formulé en 2009 par l'intellectuel camerounais Achille Mbembe à propos de la « sénilité croissante des pouvoirs en Afrique ». 

Seulement voilà. L'octogénaire Wade vient de recevoir une fessée électorale. Lui, sa femme aux ambitions dévorantes et son affairiste de fils sont désormais priés de se retirer de la scène politique en attendant, peut-être, que la justice sénégalaise mette son nez dans leurs multiples business. Cela fait donc deux fois que la République du Sénégal et les Sénégalais surprennent agréablement la communauté internationale et font un pied de nez aux afro-pessimistes. En 2000, déjà, la victoire d'Abdoulaye Wade contre le président sortant Abdou Diouf avait déjoué le pronostic des oiseaux de mauvais augure. Douze ans, et une réélection controversée de Wade (en 2007), plus tard, c'est Macky Sall qui vient de remporter le scrutin présidentiel alors que nombreux étaient ceux qui pensaient que la victoire de Wade était programmée. Une victoire qui aurait, là-aussi, conforté, un autre constat d'Achille Mbembe à propos de « l'enkystement que l'on voit à l'œuvre (en Afrique) y compris là où une certaine alternance a eu lieu ».

Il faut dire que Wade, comme l'Ivoirien Laurent Gbagbo, ont illustré à merveille le désenchantement lié aux alternances. Dans les années 1990, Wade comme Gbagbo, étaient les chouchous de la presse internationale et des grandes organisations de défense des droits de la personne humaine. Cela sans compter les chancelleries occidentales qui en faisaient les meilleurs espoirs pour des changements d'envergure dans leurs pays. Las, une fois arrivés au pouvoir, ils ont douché les attentes les plus mesurées et entrepris de renforcer ce cliché selon lequel l'opposant africain devient un tyran une fois arrivé au pouvoir. Peut-être que Macky Sall sera lui aussi tenté par le pouvoir absolu même s'il vient, et c'est une bonne nouvelle, de décider de réduire la durée du mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois. De toutes les façons, et en cas de dérive autoritariste, on peut espérer que les Sénégalais sauront lui indiquer, le moment venu, la porte de sortie. Un peuple qui apprend à user de son droit de vote ne se laisse pas facilement priver de cette arme citoyenne.

Mais, alors que le Sénégal renforce son caractère démocratique, voici que le Mali s'illustre de la pire des façons. Ah le Mali… Combien de lignes dithyrambiques avons-nous écrit à propos de cette jeune et frêle démocratie. Souvenir d'Alpha Omar Konaré (AOK), l'un des rares présidents africains, voire de tout le tiers-monde et d'ailleurs, à ne pas se laisser tenter par le tripatouillage constitutionnel afin de supprimer la limitation à deux mandats présidentiels. Une disposition née du souffle de La Beaule, lorsque la France de François Mitterrand avait signifié à ses présidents-obligés qu'il leur fallait ravaler la façade et faire mine de démocratiser. Ce fut le temps des nouvelles constitutions, des promesses d'alternance et de fin des présidences à vie. Rares ont été ceux qui les ont tenues. Longue est la liste de ceux qui les ont foulées au pied : Cameroun, Togo, Tchad, Burkina Faso, Mauritanie, Tunisie, Ouganda, Cameroun...

On ne peut pas faire son temps et celui de ses petits-enfants» avait dit un jour Alpha Omar Konaré pour justifier sa décision de ne pas briguer un troisième mandat. Son successeur, Amadou Toumani Touré (ATT), était prévenu. Il lui faudrait porter haut, lui l'ancien putschiste du début des années 1990, l'étendard de la démocratie. « ATT » a certes déçu son peuple mais rien ne peut justifier ni permettre le coup d'Etat militaire qu'il vient de subir (et qui vient de l'obliger à quitter la place plus tôt que prévu). Voilà donc le Mali, pays que l'on mettait en tête des expériences démocratiques réussies en Afrique, qui régresse d'une façon spectaculaire. Voici donc le retour de la soldatesque, de la junte toujours prompte à promettre le retour aux urnes et à la légalité.

Pire que cela, le Mali semble prendre la route calamiteuse de la division ethnique, de la guerre civile et de la partition. On pensait, à raison, que les frontières africaines héritées de la colonisation étaient intangibles. D'ailleurs, comme l'a montré le politologue Pierre Conesa dans son dernier ouvrage, l'Afrique «est aujourd'hui le continent ayant le plus d'affaires contentieuses réglées par moyen juridique devant la Cour internationale de justice (...) Malgré les nombreuses guerres civiles, le continent n'a pas subi la ‘balkanisation' longtemps annoncée et ses frontières ont beaucoup moins changé que celles de l'Europe et de l'Asie pendant la même période» (*). Mais que se passera-t-il si, imitant le sud-Soudan, le nord du Mali fait sécession ?

On imagine l'onde de choc qui s'étendra jusqu'au Maghreb et aux confins du Congo. On devine alors le nouveau grand jeu qui se dessinera sur le Continent sous fond de lutte impitoyable entre les grandes puissances pour l'accès aux terres rares, aux métaux précieux, au pétrole mais aussi aux terres arables. Il n'est donc plus question d'afro-pessimisme ou d'afro-optimisme mais bel et bien d'urgence. L'Union africaine ne peut rester indifférente. Qu'il s'agisse du coup d'Etat des militaires ou, bien plus encore, de l'insurrection des Touaregs, la gravité du cas malien ne peut-être négligée. A moins de souhaiter l'intervention de l'Occident et le retour de ses colonnes « pacificatrices » de fer et de feu. 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 5 avril 2012
Akram Belkaïd, Paris

(*) La fabrication de l'ennemi ou comment tuer avec sa conscience pour soi, Robert Laffont, août 2011.