Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 15 novembre 2015

La guerre d’Hollande

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Lignes quotidiennes, 15 novembre 2015
Akram Belkaïd, Paris

La guerre… Ce mot est dans toutes les déclarations officielles, martelé en boucle par le président François Hollande et son Premier ministre Manuel Valls, repris à l’unisson, et avec une certain jubilation malsaine, par les médias et leurs inévitables panels de spécialistes habiles à combler d’interminables temps d’antenne. La guerre donc. Admettons. Mais encore faut-il préciser quel genre de guerre. La patrie française n’est pas envahie, occupée, son sol n’est pas souillé par une offensive, massive et éclair, menée par des cavaliers ou des chars ennemis. Si guerre, il y a, elle est asymétrique et, en apparence, déterritorialisée. Elle oppose un pays qui possède son armée, ses institutions, ses frontières bien établies à une organisation opaque régnant sur un territoire proclamé califat et dont les contours demeurent incertains. En France, c’est donc une guerre sans front mais avec une menace permanente, une peur diffuse et une incapacité des pouvoirs publics à garantir que les tueries du vendredi 13 novembre ne se répèteront pas. En Irak et en Syrie, c’est une guerre plus classique avec une aviation qui bombarde sans relâche des positions ennemies.

Cette guerre, c’est la France qui l’a commencée. C’est le président François Hollande et son gouvernement qui l’ont décidée en intervenant militairement en Irak contre l’Organisation de l’Etat islamique (EI) après le chute de la ville de Mossoul à la fin de l’été 2014. Cette guerre n’a pas fait l’objet d’un débat national. Le Parlement n’a pas eu à donner de feu vert puisque la Constitution permet au Chef de l’Etat français de décider seul. En théorie, la décision française d’intervenir peut paraître louable quand on connaît la sauvagerie et la violence inouïe dont sont capables les troupes de l’EI. Mais était-ce vraiment l’affaire de la France ? Etait-ce à elle de s’immiscer dans un conflit vis-à-vis duquel même les Etats-Unis – responsable direct du chaos irakien depuis l’invasion de 2003 – font preuve d’une extrême prudence ? Intervention au nom des droits de l’homme ? D’accord, et pourquoi alors ne pas aller bombarder Boko Haram au Nigeria ou alors les Farc en Colombie ?

Cette guerre, la France s’y est encore plus engagée depuis peu en bombardant Daech en Syrie (et en rendant donc un service indirect au régime de Bachar al-Assad). L’attaque du vendredi 13 novembre est donc le dernier épisode en date de ce conflit entre la France et l’EI. Les tueries étaient la réplique de cette organisation terroriste. Et, comme dans tout conflit, ce ne sera pas la dernière. En clair, François Hollande doit s’expliquer sur les raisons qui ont fondé l’intervention française en Irak et en Syrie et convaincre que cet aventurisme militaire n’était pas fondé sur des considérations de politique intérieure (pensons à tous ces articles obséquieux vantant « Hollande le guerrier »…). Il doit aussi s’expliquer sur le fait que la population française n’a pas été suffisamment informée sur les risques, réels et importants, engendrés par cette guerre qu’on a voulu lui faire croire lointaine et sans conséquences. C’est avant le 13 novembre qu’il aurait fallu dire aux Français que leur pays était engagé dans une guerre qui, tôt ou tard, allait faire des dégâts humains sur le territoire national. L’Histoire retiendra donc cette double faute : un aventurisme militaire intéressé et désinvolte, d’autant plus dangereux que la France n’a guère les moyens de mener durablement cette guerre (et de se protéger efficacement), et un silence coupable à l’égard de l’opinion publique.

La guerre donc… Une guerre se gagne ou se perd. Ou bien alors elle devient, comme dans le 1984 d’Orwell, lointaine et permanente. Comment gagner cette guerre ? En « exterminant » Daech exige l’ancien président de la République française Nicolas Sarkozy. D’accord. Les raisons de l’engagement français ont beau être controversées, il est impossible de ne rien faire et de tendre l’autre joue. Il faut donc que l’EI paie pour ses crimes. Mais comment le vaincre ? Comment l’exterminer ? Comment faire en sorte d’éviter qu’un monstre pire encore n’émerge de ses décombres ? Et qui peut croire qu’on peut vaincre, exterminer, une armée de plus de 30.000 soldats, uniquement par le biais de bombardements aériens dont le moins que l’on puisse est que leur efficacité reste à prouver ? A ces questions, Hollande et Valls n’apportent aucune réponse, n’esquissent aucune réponse tangible.

« Votre guerre, nos morts » est un slogan qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux dès vendredi soir. Un slogan que les principaux médias se sont bien gardés de citer ou de chercher à analyser. Pourtant, il résume bien la situation. Voilà la France et les Français embarqués dans une guerre voulue par une poignée d’hommes politiques irresponsables en mal de popularité. Cette guerre, il faudra bien la mener jusqu’au bout mais une chose est certaine, ceux qui l’ont déclenchée n’ont pas l’étoffe pour la terminer.
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dimanche 7 septembre 2014

A propos du Hollandisme et de la social-démocratie

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" D'un point de vue scientifique, la social-démocratie, c'est d'abord un parti de masse agrégé à des organisations syndicales fortes et représentatives. Elle se place dans une logique de cogestion avec les partenaires sociaux. Historiquement, cette logique a été à l'œuvre en Allemagne ou dans les pays scandinaves, en Suède ou au Danemark, jamais en France, et pas plus aujourd'hui qu'hier. En l'occurrence, le terme "social-démocrate" ne peut coller que si on l'entend comme '' l'aile droite '' du socialisme. Mais ce qui frappe avec le hollandisme, ce n'est pas sa signification ou son positionnement, c'est plutôt son inexistence, son absence de contenu. Il n'a plus aucune colonne vertébrale idéologique, organisationnelle ou programmatique. (...) Quant à François Hollande, plutôt que de définir un vrai corpus social-démocrate, il semble à la recherche d'une voie qui lui permette d'être présent au deuxième tour en 2017. "

Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles (ULB) in Le Nouvel Observateur, 4 septembre 2014.
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samedi 6 septembre 2014

La chronique du blédard : Hollande vire à droite

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 septembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Dans un récent numéro, l’hebdomadaire France Football a consacré sa une aux « cocus de l’été », comprendre les personnalités du ballon rond ayant connu quelques désagréments durant l’intersaison (fausses promesses de transfert, moyens financiers réduits,…). En élargissant le sujet, ce journal aurait pu ajouter à sa liste la majorité des électeurs de François Hollande qui pensaient avoir envoyé à l’Elysée un homme de gauche - se proclamant notamment l’adversaire de la finance - mais qui vient pourtant de nommer un banquier d’affaires au ministère de l’économie. Déjà, la désignation de Manuel Valls au poste de Premier ministre au printemps dernier avait été difficile à digérer, ce dernier étant à la fois minoritaire dans son propre parti et considéré comme un diviseur de la gauche ou de ce qu’il en reste.

Mais, cette fois-ci, le président français est allé encore plus loin. Avec Emmanuel Macron à Bercy, c’est un vrai recentrage politique qui vient d’être enclenché. Certes, il y a bien longtemps que le terme « socialisme » ne veut plus rien dire. On se souvient de Lionel Jospin, alors candidat à la présidentielle de 2002, affirmant que son programme n’avait rien de « socialiste ». On sait aussi que Manuel Valls milite depuis des années pour que le PS change de dénomination. Un souhait qui lui vaut l’hostilité d’un grand nombre de militants. Mais, dans le cas présent, l’affaire va au-delà des considérations sémantiques car c’est bien d’un gros virage à droite qu’il s’agit.

Pour Emmanuel Macron, être de gauche, signifie « être efficace et recréer les conditions pour investir, produire et innover ». On sait que cet énarque et ancien associé-gérant de la banque Rothschild veut contribuer à la mutation idéologique de la gauche française. Une transformation au nom du « réalisme » qui s’inspirerait notamment des idées de Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique et de son mentor Anthony Giddens, le concepteur de « la Troisième voie ». Pour dire les choses clairement, et en refusant de se laisser intoxiquer par le nombre impressionnant d’articles quasi-hagiographiques en faveur de Macron, le nouveau ministre français de l’économie, ne veut ni plus ni moins que tuer la gauche en faisant basculer le Parti socialiste vers le centre. Une stratégie destinée à attirer aussi ceux que l’on appelait hier les gaullistes de gauche, aujourd’hui certainement déçus par la droitisation radicale de l’UMP ou indignés par les multiples scandales qui l’agitent.

Il est intéressant de noter qu’Emmanuel Macron, pour ses premières déclarations, a repris ce fameux discours de l’efficacité et du réalisme que prônent patrons et patronats. C’est ce discours, entre autre, qui ouvre la voie à la remise en cause d’acquis sociaux jugés désormais trop coûteux. Par contre, le banquier-ministre n’a pas évoqué l’urgence d’une plus grande justice sociale ni la nécessité absolue d’une lutte générale contre les inégalités et leur aggravation. Il ne s’est pas non plus engagé sur la nécessité de défendre le service public et de refuser que la concurrence, y compris dans les domaines non-économiques comme l’éducation, devienne le dogme sur lequel toute politique doit être bâtie. Pire, dans un contexte marqué par l’incapacité du gouvernement à renverser la courbe du chômage, l’un de ses ministres n’a rien trouvé de mieux que de ressortir le discours frelaté à propos des chômeurs qui n’en feraient pas assez pour retrouver du travail…

C’est un phénomène bien connu. Quand la gauche échoue – le plus souvent faute d’avoir osé ou d’être restée fidèle à ses principes – elle se met à singer grossièrement la droite. Comme Clinton, Blair ou, pire encore, Schroeder, elle multiplie les concessions aux entreprises (sans rien gagner en retour) et s’adonne à la « triangulation », c’est-à-dire qu’elle reprend les idées de ses adversaires politiques, pour garantir sa réélection. Bien sûr, le président français et sa cour continueront de se proclamer de gauche en insistant sur des questions sociétales à l’image du mariage pour tous ou encore sur des sujets rassembleurs comme la défense de la laïcité (cette dernière s’avérant idéale pour faire diversion en jouant sur les peurs et questionnements identitaires des français). Mais, au final, ce genre de dérobade, cette socialo-traîtrise ne conduit qu’à un seul résultat : le retour triomphal, et durable, de la droite aux affaires.

Pour autant, il n’est pas interdit de changer d’avis. François Hollande a le droit d’estimer qu’il lui faut tenter autre chose. Mais, dans une vraie démocratie, pareil recentrage ne peut s’opérer sans que le peuple ne soit consulté. De même qu’il est anormal qu’un gouvernement légifère par ordonnances (cela risque d’être le cas en ce qui concerne le dossier socialement épineux du travail le dimanche), il n’est pas acceptable que pareil retournement idéologique s’opère sans passer par les urnes. On rétorquera qu’il suffit que les députés votent la confiance au gouvernement « Valls 2 ». Certes, mais dans le cas présent, concernant un tel changement, ce serait un déni de démocratie. La dissolution de l’Assemblée nationale et la campagne électorale pour les législatives qui suivraient permettraient de clarifier les positions des uns et des autres. Cela mettrait de l’ordre dans les rangs de la gauche dont les électeurs pourraient se déterminer vis-à-vis de ce tournant libéral (au sens français) qui ne dit pas son nom. Mais il y a peu de chances que cela arrive et il faudra attendre 2017 pour que les électeurs cocufiés par François Hollande lui rendent la monnaie de sa pièce. A considérer, ce qui est loin d’être garanti, qu’il puisse (ou ose) se représenter…

PS : cette chronique a été rédigée avant l’annonce de la sortie du livre de kivousavé. Publication qui ne change rien à la donne politique mais qui a pour effet de faire passer le débat politique, le vrai, au second plan. Comme d’habitude…
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jeudi 29 mai 2014

La chronique du blédard : Le FN vainqueur : la faute à qui ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 29 mai 2014
Akram Belkaïd, Paris

Le Front national (FN) vainqueur des élections : à qui la faute ? Même si le pire n’est jamais certain, il va falloir s’habituer à se poser cette question après chaque échéance électorale française. Dimanche 25 mai, ce n’était « qu’un » scrutin européen. Mais si rien ne change, si la France ne réagit pas, Marine Le Pen sera certainement présente au second tour de la présidentielle de 2017 et le FN réalisera un score d’importance aux législatives qui suivront (en supposant que ces deux élections auront bien lieu à la date prévue et qu’elles n’auront pas été avancées pour cause de crise majeure…).

Alors, la faute à qui ? D’abord, et avant tout à la classe politique dite républicaine. Une classe politique en dessous de tout et qui, en ne se montrant pas exemplaire, ne cesse de donner les meilleurs arguments à l’extrême-droite. Une classe politique qui refuse de reconnaître que la situation est des plus graves et qu’il est temps pour elle de se remettre en cause. Arrêtons-nous un instant et faisons le compte de tous les scandales et emballements médiatiques qui ont secoué la France depuis trois ou quatre ans, c’est-à-dire depuis l’aggravation de la crise économique et la multiplication des difficultés sociales auxquelles s’ajoute la peur, parfois irrationnelle mais bien réelle, du déclassement. Affaire DSK, affaire Tapie, affaire Cahuzac, affaire Copé-UMP-Bygmalion… Contrairement à une idée très répandue chez les politiciens mais aussi à l’intérieur des rédactions, ces scandales ne s’effacent pas et l’actualité sans cesse mouvante ne chasse pas leurs fumets pestilentiels. L’électeur a de la mémoire. Il n’oublie rien. Il emmagasine et quand vient l’heure du vote, il a enfin la possibilité de libérer ses ressentiments cumulés.

Les politiciens et leurs grosses affaires, donc… Des sommes astronomiques, des avantages indus, des passe-droits, des comportements moralement répréhensibles quand ils ne sont pas délictueux, des mensonges « les yeux dans les yeux », une morgue, un cynisme et des dénégations suivies, quand la vérité finit par éclater, par des repentirs savamment concoctés par les as de la com’. Questions : qui peut croire que tout cela ne pouvait avoir de fâcheuses conséquences ?  Qui peut croire qu’un smicard, un retraité ou un cadre moyen, apprenant que des millions d’euros sont distribués aux copains-coquins ou bien encore soustraits au fisc – ce fisc si impitoyable à l’égard du contribuable anonyme - ne seraient pas tentés de voter pour le seul parti qui promet un grand ménage ?

On parle beaucoup des excès des jeunes de banlieues mais, le bon sens populaire sait bien au fond de lui-même qui sont les vraies racailles et qui sont les vraies crapules. C’est celles qui pensent qu’un mandat électoral leur ouvre la voie à tous les privilèges et les exempte du moindre devoir et de la première des obligations qui est celle de respecter la loi. Question : que pense aujourd’hui un électeur, plutôt très droitier de l’UMP, et dont on a sollicité la générosité pour combler le trou financier de son parti ? Qui veut parier contre le fait que l’idée de voter Front national est en train de s’imposer à lui.

Poursuivons. A qui la faute ? A François Hollande, bien évidemment. Deux ans à peine après son élection – applaudie à l’époque par le présent chroniqueur – son théâtre des opérations est totalement dévasté. Ça devait régler son compte à la finance, ça devait redonner espoirs aux ouvriers, aux chômeurs, aux jeunes, aux classes moyennes en quête de pouvoir d’achat. Au final, de dérobades en atermoiements, ça a fait tchoufa… Le moi-président a fait son coming-out en tant que social-démocrate, regardant la pointe de ses chaussures quand il se fait tancer par la Commission européenne et les chantres de l’austérité. A la question « la faute à qui ? » nombre de personnes horrifiées par la victoire du Front national répondent d’emblée « aux abstentionnistes ». Mauvaise réponse. L’abstention, dans ce cas précis, n’est rien d’autre que l’expression d’une perte totale de confiance surtout chez les électeurs de gauche. Ils ont élu quelqu’un qu’ils pensaient être socialiste, ils se retrouvent avec un président plutôt centriste et un Premier ministre que la droite, dite modérée, ne renierait pas. Belle embrouille n’est-ce pas ?

Certes, il y a eu les fameuses réformes sociétales. Une victoire à la Pyrrhus que le politiquement correct interdit de critiquer mais qui mériterait au moins d’être jugée à l’aune de l’opportunité stratégique. Dis-moi quelles sont les lois que tu fais passer au cours de la première partie de ton mandat – c’est à dire celle où les choses sont encore possibles car on est encore loin des prochaines échéances électorales - et je te dirai qui tu es. A ce sujet, ce n’est pas un hasard si le vote des étrangers aux élections locales a été repoussé aux calendes grecques car jugé non prioritaire et, surtout, dangereux sur le plan électoral. Finalement, ce n’était qu’une promesse gobée par nombre d’électeurs d’origine étrangère qui, dimanche 25 mai, ont décidé de rester chez eux…

Revenons à la première question. A qui la faute ? Aux médias, bien sûr. Pas tous. Certains, à l’image des radios du service public, ont fait un vrai effort pour mettre en perspective les enjeux du scrutin européen. D’autres, comme les télévisions, qu’elles soient publiques ou privées, ont préféré la chasse à l’audimat en ne cessant d’offrir des tribunes de choix à Marine Le Pen. Complicité. Quand on organise des débats construits pour n’être en réalité que des pugilats susceptibles de mobiliser du temps de cerveau utile, il ne faut pas prétendre que l’on ignore que c’est à celle qui criera le plus que reviendra la victoire et cela quels que soient ses arguments.

La faute à qui ? On ne peut, bien sûr, oublier la manière dont l’Europe se construit et évolue. Une chronique n’y suffirait pas mais il y a un élément important à retenir. La victoire du Front national aux élections européennes est aussi une conséquence directe de la manière dont a été géré le « non » français au référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel. Au terme d’une période passionnante faite de débats et de prises de paroles multiples, des électeurs de gauche comme de droite avaient alors signifié leur refus d’une Europe qui ne serait qu’une vaste zone de libre-échange façonnée par les lobbies et le dogme de la concurrence. Leur message n’a pas été écouté. Ce mépris et ce manque de respect s’est, comme on dit, payé cash et il est à craindre qu’il reste encore des traites à honorer.
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samedi 21 décembre 2013

Hollande et le nif à deux sous des Algériens

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Mais quelle terrible histoire...
L'Algérie va-t-elle décréter la mobilisation générale ? Couper les relations diplomatiques avec la France ?
Le président Hollande a donc fait une blagounette à propos de l'Algérie et du ministre de l'intérieur Manuel Valls. « Il en revient sain et sauf » [d'Algérie] a ainsi plaisanté le président français lors d'un discours en l'honneur du soixante-dixième anniversaire du Crif. « C’est déjà beaucoup ! » a-t-il même ajouté dans la bonne humeur générale.
Il n'en fallait pas plus pour que le "nif" algérien se sente offensé et que fusent de partout critiques et indignations quand il ne s'agissait pas d'insultes.
J'ai moi-même partagé la vidéo de ce discours sur les réseaux sociaux mais uniquement parce que j'estimais qu'il était intéressant de connaître la parole présidentielle à propos des relations franco-israéliennes et de découvrir la manière dont François Hollande a fait un éloge plus qu'appuyé au Crif (l'une de mes hypothèses, mais cela est secondaire pour ce qui nous occupe ici, est que ces louanges à propos d'une organisation jadis ouverte et universaliste, portaient en eux une critique implicite par rapport à sa dérive et son alignement actuel sur les positions de la droite, voire de l'extrême-droite israéliennes).
Quant à la plaisanterie... Bof... Comme on dit chez nous, "Koléa n'est pas tombée..."
Celles et ceux qui s'indignent et trépignent feraient mieux de concentrer leur colère et leurs commentaires acerbes sur des sujets bien plus fondamentaux et, hélas, bien plus humiliants.
Il y a bien sûr la perspective d'un quatrième mandat présidentiel de Bouteflika et l'aplat-ventrisme de nombre d'officiels et d'administrations sans oublier une partie de la presse (ah, cette séquence truquée de la télévision algérienne qui visait à nous faire croire que Bouteflika a eu une discussion animée avec le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault). Il y a le gaz de schiste que l'Algérie se prépare à exploiter au mépris de son environnement et de ses réserves aquifères dans le sous-sol saharien. Il y a le terrible état d'un pays en totale régression sociale et culturelle. Il y a une économie qui s'enlise et une corruption endémique.
A côté de cela, une saillie ironique d'un président français à la popularité bien mal en point n'est rien d'autre qu'une insignifiante péripétie.
Si l'on veut se mettre en colère, qu'on le fasse pour des raisons qui en valent la peine, sans s'adonner à ces manifestations nationalo-patriotiques à deux sous. Manifestations chauvines bien utiles pour nous faire oublier que le système algérien est toujours en place et que c'est lui, et lui seul, qui ne cesse de nous offenser et de se moquer de nous.
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dimanche 17 novembre 2013

​La chronique du blédard : La résignation rageuse des Français

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 14 novembre 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Un président qui se fait huer par des militants d’extrême-droite le jour d’une commémoration nationale. Un président, toujours le même, qui atteint des records historiques en matière d’impopularité. Une classe politique, balayée par vents et marées médiatiques, qui donne l’impression de courir derrière les événements et de ne plus savoir quel discours tenir. Des protestataires qui enfilent un bonnet et s’en vont manifester, au besoin détruire et saccager, pour dire leur exaspération face à telle ou telle disposition fiscale ou réglementaire. Mais où va donc la France ? Pourrait-elle connaître dans les prochains jours l’un de ces événements brutaux qui marquent douloureusement son histoire mais qui, in fine, lui permettent de se réformer et d’avancer ?
 
Le 15 mars 1968, le quotidien Le Monde publiait un article devenu célèbre depuis. Le journaliste Pierre Viansson-Ponté y constatait que la société française s’ennuyait et que d’inévitables bouleversements s’annonçaient. Quelques semaines plus tard, une situation quasi-insurrectionnelle manquait de faire tomber le régime du président De Gaule et, avec lui, « sa » Cinquième République. Va-t-on assister à pareille évolution, engendrée cette fois par la convergence de l’extrémisme de droite avec le populisme alors qu’est patente l’incapacité des partis de gauche à reprendre l’initiative ne serait-ce que pour défendre les institutions républicaines ?
 
Sans tomber dans la caricature et le sensationnalisme, il faut bien dire que l’heure est à la colère. Au-delà du cliché, on savait le Français râleur, le voici en pétard. Une colère qu’il cache de moins en moins, qui s’exprime à la moindre occasion, à la moindre contrariété. Il y a quelques semaines, le réseau Entreprises & Personnel a ainsi publié une note de conjoncture sociale des plus préoccupantes. Selon ce document, une part importante de la population française a basculé dans « une résignation rageuse » face à la crise et ses conséquences dont celle de l’explosion du chômage.
 
Une résignation rageuse… La formule n’a guère retenu l’attention des responsables politiques. Elle résume pourtant bien les choses. Elle montre que nombreux sont les Français qui ont intériorisé l’idée selon laquelle il n’y a peut-être plus grand-chose à tenter contre les conséquences négatives de la mondialisation et de l’emprise libérale. Mais cette acceptation forcée n’empêche pas l’aggravation de la colère vis-à-vis du pouvoir politique et des élites qui gravitent autour de lui. C’est une situation idéale pour les factions de tous bord, notamment celles qui rêvent d’en finir avec « la gueuse », cette République vaille que vaille égalitaire qu’ils aimeraient bien refaçonner à l’aune de leurs fantasmes censitaires et xénophobes.
 
Une « résignation rageuse » donc… Tout cela parce que le discours politique est totalement déconsidéré dès lors qu’il s’agit de parler de ce qui prime, c’est à dire l’emploi. Tout cela parce que les syndicats sont devenus des machines corporatistes qui ne se soucient guère des chômeurs et qui, il faut bien le noter, n’ont guère de boucliers contre la violence économique qui s’abat sur l’hexagone depuis quelques années (1 000 plans sociaux en moins d’un an et 180 000 emplois supplémentaires devraient encore disparaître dans les douze prochains mois !). Tout cela aussi parce qu’il y a un sentiment dont on parle peu et sur lequel François Hollande a bâti une partie de son argumentaire durant la campagne électorale.
 
Il s’agit du fait que les responsables de la crise sont difficilement identifiables et donc punissables. Il suffit de tendre l’oreille pour se rendre compte que le message le mieux partagé est le suivant : ceux qui méritaient d’être sanctionnés ne l’ont pas été. C’est ce qu’affirment radio-zinc, radio cage d’escalier et radio-marché. Battant campagne, Hollande prétendait vouloir faire payer les riches, les clients des paradis fiscaux, les multinationales qui délocalisent productions et bénéfices, les spéculateurs, les banques qui s’amusent en Bourse avec les avoirs des petits épargnants. Elu, il est devenu « raisonnable et responsable », à l’écoute de la Commission européenne et des marchés qui lui ordonnent de baisser la dépense publique… Il y a donc, note Entreprise et Personnel, en France « un profond sentiment d’injustice devant la politique fiscale » d’un gouvernement qui a échoué à « faire passer le message d’un effort équitablement réparti, probablement pour avoir trop claironné dans un premier temps qu’il fallait ‘faire payer les riches’ ».
 
Cette certitude que « d’autres » s’en sortent mieux que soi et que l’on paye les pots cassés à la place des coupables est très répandue dans la société. C’est elle qui pousse à stigmatiser les chômeurs, accusés d’être un fardeau pour la collectivité. C’est elle qui sert d’argument majeur à l’encontre des immigrés et autres demandeurs d’asile, accusés de « profiter » des avantages sociaux qu’offre la France. C’est elle qui alimente les discours les plus durs à l’égard des nantis qui refusent de payer leur écot à la cohésion nationale. Cynisme des médias oblige, les chômeurs et les étrangers sont bien entendu plus souvent mis en cause que les petits malins qui maîtrisent l’art de l’optimisation fiscale. Qui sait, par exemple, que l’évasion fiscale en Europe est évaluée à 2 000 milliards d’euros par an ? Imagine-t-on ce que pourraient être les marges de manœuvres du gouvernement Hollande avec, ne serait qu’un dixième de cette somme ?
 
Comment la résignation rageuse des Français va-t-elle évoluer ? Faut-il parier sur un « printemps français » ? Déjà, sur la toile, des dates sont fixées par des extrémistes de droite mais auxquels se joignent parfois leurs ennemis de gauche. Au printemps prochain, ils appellent à de grandes manifestations lors du deuxième anniversaire de l’élection de François Hollande. Un rendez-vous trop lointain pour préjuger de ce qu’il en sera réellement ? C’est possible. Il est vrai que beaucoup de choses peuvent se passer d’ici-là. Mais une chose est certaine : quand le lait est posé sur le feu, il finit toujours par déborder…
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mercredi 3 juillet 2013

Hollande à Tunis : une visite politiquement délicate d’un partenaire économique majeur

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  • Maghreb Emergent, mardi 2 juillet 2013,
  • Akram Belkaïd, à Tunis                   
  •                                                                                                                                  
    Il n’y aura pas de grandes surprises à attendre en matière économique lors de la visite du président français, François Hollande, en Tunisie. C’est davantage un moment politique où le chef d’Etat français aura à gérer des attentes contradictoires chez les politiques tunisiens.
     

     Les retrouvailles, enfin… Après quelques incertitudes et un report au mois de mai dernier, le président français François Hollande va effectuer sa première visite officielle en Tunisie à la fin de cette semaine. L’occasion pour le locataire de l’Elysée de réaffirmer l’engagement de son pays en faveur de la transition tunisienne mais aussi de se faire pardonner le fait que son déplacement à Tunis vient bien après celui d’Alger et de Rabat. Cela sans oublier celui de Doha au Qatar qui a quelque peu irrité nombre de Tunisiens, ces derniers n’ayant pas admis, proximité historique avec la France oblige, que l’émirat qui fait tant parler de lui sur la scène mondiale ait précédé leur pays sur le carnet de voyage de François Hollande. « C’est vrai que c’est un peu vexant surtout quand on sait à quel point le Qatar divise les Tunisiens », confie un homme d’affaires tunisois. « Mais il faut aussi comprendre François Hollande. Ce n’est pas facile de se déplacer dans un pays tel que le nôtre en proie à tant de turbulences politiques. Heureusement que l’affaire des trois Femen emprisonnées a été réglées avant sa venue ».
     
     1300 PME françaises en Tunisie
     
     De fait, François Hollande va arriver dans un pays où nombreux sont les avis qui ont tendance à exagérer le rôle et l’influence de la France et cela de manière parfois contradictoire. Certes, et de manière incontestable, ce pays est le premier partenaire économique et politique de la Tunisie. Qu’il s’agisse des échanges commerciaux (7,6 milliards d’euros en 2011) ou d’investissements directs, la France est en tête. Et de loin puisqu’elle détient une part de marché commerciale qui oscille selon les années de 18% à 20% (16% pour l’Italie, 7,4% pour l’Allemagne et 6% pour la Chine). De même, le marché français est le premier client de la Tunisie puisqu’il absorbe 30% ( !) de ses exportations (21% pour l’Italie et 9% pour l’Allemagne). En outre, les entreprises françaises, essentiellement des PME, sont présentes en force sur le sol tunisien. Elles sont au nombre de 1.300 et elles emploient 115.000 personnes (la France est le premier employeur étranger en Tunisie). Enfin, la France est aussi le premier bailleur de fonds bilatéral de la Tunisie qu’il s’agisse de l’aide financière directe ou par le biais de l’Agence française de développement (AFD).
     
     Sur le plan économique, François Hollande va donc jouer sur du billard. Bien sûr, il pourra promettre plus d’aide, plus d’engagement de son pays via le Partenariat de Deauville et plus d’efforts pour la création d’emplois et le développement de l’intérieur du pays. Mais, à dire vrai, les Tunisiens savent déjà que la France est à leurs côtés sur ce plan. Tout comme elle semble décidée à aider leur pays dans ses discussions avec l’Union européenne (UE) pour obtenir le statut de partenaire privilégié à l’image de ce qui existe déjà pour le Maroc. Ces négociations devaient s’ouvrir en 2011 mais elles ont été repoussées après la chute du régime de Ben Ali. Peut-être que François Hollande fera quelques annonces économiques en promettant une remise en matière de dette ou l’augmentation du nombre de bourses pour les étudiants tunisiens qui souhaitent se rendre en France ou, enfin, le soutien de son gouvernement aux initiatives de partenariats industriels que tentent de lancer le Medef et l’Utica, les deux patronats français et tunisien.
     
     Les aspects politiques de « l’offre française »
     
     En réalité, le président Hollande est attendu sur les deux autres aspects de « l’offre française » à destination de la Tunisie post-Ben Ali. Il s’agit du « soutien à la société civile » et du « renforcement de l’Etat de droit ». Les dénominations sont suffisamment générales pour que chaque courant politique tunisien y voie ce qu’il souhaite y trouver. Pour être plus précis, François Hollande va arriver dans un pays où il va lui falloir à la fois rassurer et… décevoir et cela doublement ! Ainsi, le président français devra trouver le ton juste et les arguments pour convaincre le parti Ennahdha que la France ne travaille pas à la défaite – d’une manière ou d’une autre – de ce parti et cela au nom d’un principe régulièrement clamé de « non-ingérence ». Jusqu’à présent, le report de la visite présidentielle mais aussi les déclarations intempestives et hostiles à Ennahdha de ministres français – dont celui de l’intérieur Manuel Valls - ont donné des arguments à celles et ceux qui pensent que Paris souhaite que le parti islamiste soit défait lors des prochaines élections. C’est donc cela que François Hollande va essayer d’effacer, quitte à décevoir les courants politiques non-islamistes qui voient la France comme l’arbitre suprême du bras de fer politique entre Ennahdha et eux. Pour ce journaliste tunisien, « une partie de la bonne société tunisienne mais aussi des partis de gauche sont persuadés que la France est le dernier recours et qu’elle saura comment intervenir contre Ennahdha le moment venu. Or, depuis plusieurs mois, la France montre qu’elle refuse ce rôle et qu’elle entend respecter le choix des Tunisiens. Cela en déroute et agace plus d’un du côté des quartiers chic de Tunis ou de sa banlieue nord ».
     
    Mais, dans le même temps, François Hollande devra signifier que son pays ne restera pas les bras croisés en cas de dérives en matière de non-respect des droits de l’homme ou des droits de l’opposition et cela au nom du principe de « non-indifférence ». Au risque, là encore, de conforter les militants islamistes dans leur certitude que la France travaille de concert avec l’opposition démocratique pour les empêcher d’aller plus loin dans leur conquête du pouvoir. Ainsi, la marge de manœuvre de François Hollande est-elle étroite. Même si, atout majeur pour lui, on ne peut lui reprocher d’avoir été complaisant avec Ben Ali il reste que le double-principe de non-ingérence et de non-indifférence pourrait très vite le mettre à mal avec l’un des protagonistes du bras de fer politique tunisien.
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    samedi 4 mai 2013

    La chronique du blédard : Jour de muguet

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    Le Quotidien d'Oran, jeudi 2 mai 2013
    Akram Belkaïd, Paris
     
    Il fait gris sur Paris, peut-être va-t-il pleuvoir. Quelqu’un a certainement kidnappé le printemps et on attend toujours sa demande de rançon. Fichu temps qui rappelle celui d’une élection passée. C’était il y a bientôt un an. Lointain souvenir d’une euphorie vite détrempée par la pluie et par un tweet malheureux qui, à sa façon, annonçait douze mois de cafouillages et de grosses bêtises. Un an… La joie de virer le nabot et sa sinistre valetaille, le sentiment que le climat allait enfin s’apaiser en France avec moins de violences, physiques ou verbales, avec moins de divisions sciemment entretenues et moins de souffrances. Un climat plus serein avec plus de perspectives pour des millions de personnes minées par la peur du déclassement. Cela sans oublier tous ces pauvres et exclus dont il est rarement question si ce n’est lorsqu’il s’agit d’égrener les statistiques. Un an, et au bout du compte… Qui aurait pu penser que… Quelle déroute, mais quelle déroute ! L’enlisement, le chômage qui croît, les scandales qui se suivent les uns après les autres et cette inconfortable sensation d’improvisation permanente au sommet de l’Etat.
      
    C’est le matin du muguet, belle tradition que les gangs de roumains n’ont pas encore réussi à monopoliser... Ici et là, de petits étals aux prix sensiblement égaux. Un euro le brin, dix euros le petit pot, quinze si l’on ajoute une belle fleur. « N’achetez pas de muguet aux capitalistes. Achetez celui du parti communiste » crie un jeune homme, gros blouson en cuir, keffieh et barbe de plusieurs jours. A ses côtés, un autre jeune confectionne les petits bouquets tandis qu’une femme, la soixantaine, distribue les tracts du PCF appelant à la traditionnelle manifestation du 1er mai. « 15h00, Bastille direction Nation : De l’argent, il y en a, dans les poches du patronat ! » annonce la feuille de papier avec tout un argumentaire appelant à l’action immédiate. « La lutte, c’est maintenant ! » proclame-t-elle en détournant un fameux slogan de campagne qui semble désormais si dérisoire.
      
    Les clients sont nombreux. Ils boudent ostensiblement le stand tenu par une asiatique pour le compte d’une paroisse locale. Etrange. Dans ce quartier plutôt réputé à droite, le PCF semble faire recette et les deux jeunes ne chôment pas. Parfois, tout de même, un passant refuse de prendre le tract et maugrée quelques mots qui laissent deviner son appartenance politique. « Du muguet pour aider le parti communiste français ! Achetez votre brin de muguet ! » continuent de crier les militants en hochant la tête. Un client s’approche et commande plusieurs brins. « C’est pour ma boulangère qui vote UMP » dit-il en souriant. Cela déclenche quelques remarques amusées mais aussi des commentaires acerbes.
     
    Un autre acheteur fait la réflexion suivante : « je remarque que cette année, vous ne proposez pas de brin de muguet combiné avec une rose. C’est voulu ? ». Les présents rient de bon cœur et poursuivent la plaisanterie. Ah, la rose socialiste ou, faudrait-il désormais écrire, la rose des socialo-traîtres… C’est ce que pense l’un des militants-vendeurs. « La rose, ça a plein d’épines et ça pique. Il faut toujours s’en méfier… » Le tract distribué ne dit pas autre chose : « Communistes, nous ne vous avons jamais laissé croire que le ‘changement’ viendrait de l’élection de Hollande en 2012. Toutes les illusions sont retombées. Hollande inscrit bien, simulant la modestie ou l’impuissance, sa politique dans le cadre de l’Europe du capital. Avec les organisations de collaboration, il casse le code du travail, facilite les licenciements. Il prend aux allocations familiales pour donner aux banques. Sous son masque de Zorro, le ministre Montebourg ne fait qu’accompagner la casse du potentiel industriel national… »
      
    Certes. Mais fallait-il pour autant reconduire le mari de la chanteuse ? Fallait laisser filer pour aller au pire en se disant que ce n’est qu’ainsi que l’on peut mieux reconstruire ? Pauvre gauche dite « responsable », en total désarroi, divisée, incapable de peser sur le cours des événements, se contentant de ferrailler sur la morale et la société pour mieux masquer ses faiblesses et l’indigence de son programme politique en matière économique. Pauvre gauche dite « apte à gouverner » mais pénalisée par un vide idéologique abyssal et, finalement, si peu capable de se différencier des politiques de droite. Car, que fait Hollande si ce n’est du « Sarko light », un succédané qui ne satisfait personne et qui laisse entrevoir une belle déroute électorale dès les municipales de 2014 (ne parlons pas encore de la présidentielle de 2017).
       
    La vente de muguet se poursuit. « Moi, je suis dans le chômage », répond une cliente au militant qui vient de lui demander ce qu’elle fait dans la vie. « Un métier d’avenir grâce aux actionnaires » lui dit-il en composant un bouquet à six brins. La réplique ne fait pas son effet. La dame paie et s’éloigne avec son mari laissant derrière elle un sillage de douleur silencieuse. Des gouttes de pluie commencent à tomber. Un froid humide s’est installé sur la ville…
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    dimanche 17 mars 2013

    La chronique du blédard : Hessel et les vérités insincères d’Hollande

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    Le Quotidien d'Oran, jeudi 14 mars 2013
    Akram Belkaïd, Paris
     
    « Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage. » Les lignes qui précèdent sont extraites du pseudo hommage prononcé par François Hollande lors des obsèques de Stéphane Hessel. « L’incompréhension… » Quelle mesquinerie pour ne pas écrire autre chose. Que dire et que penser de cette petitesse à peine masquée par l’habilité du style ? D’abord, que nombre de socialistes français, y compris le premier d’entre eux, sont d’indécrottables velléitaires dès lors que l’on évoque le sort des Palestiniens. Ensuite, que l’hypocrisie et le manque de…, disons de courage, semblent assez répandus dans un parti qui se réclame pourtant de l’humanisme et des engagements de Jean Jaurès.
     
    Qu’a fait et dit Stéphane Hessel pour que le président français se sente ainsi obligé de se démarquer de lui le jour même de son enterrement ? Etait-ce un ancien collabo reconverti dans les affaires et le financement de certains hommes politiques dits de gauche ? Etait-ce un négationniste ? Etait-ce un fricoteur emblématique de cette françafrique qui a tant servi au financement de la vie politique française ? Etait-ce l’ami et avocat de quelques opposants africains jadis chouchoutés par le parti de la rose avant de devenir un tyran bien peu respectueux des droits de la personne humaine ? Rien de tout cela, évidemment. Stéphane Hessel a été un homme d’engagements et de prise de parole publique y compris dans les circonstances les plus difficiles.
     
    On peut penser que cet ancien résistant serait entré directement au Panthéon s’il n’avait pas eu l’idée de défendre le peuple palestinien et de clamer haut et fort que sa situation est inadmissible au regard des règles du droit international mais aussi de la morale la plus élémentaire. Et c’est cela que n’aurait donc pas compris François Hollande... Ou, du moins, ce qu’il a fait semblant de ne pas comprendre car, dans cette pitoyable affaire, personne n’ignore les motivations réelles de celles et ceux qui se sont sentis obligés de multiplier les « oui… mais » à l’encontre d’Hessel et de sa mémoire. Et ne parlons pas de ses vils contempteurs à qui personne n’a visiblement appris que la droiture commande la retenue à l’égard de celui qui vient de partir, fut-il un adversaire politique voire un ennemi...
     
    Pour en revenir à Hollande et sa conception de la vérité, la question est toujours la même. A-t-on le droit, en France de critiquer Israël et de rendre compte de l’injustice faite aux Palestiniens sans être accusé, comme l’a été Stéphane Hessel, d’antisémitisme ? Cette chronique n’est pas destinée à reprendre ce thème largement abordé par d’autres auteurs notamment ceux qui, comme le penseur Edgar Morin, ont été traînés devant les tribunaux pour avoir dit haut et fort ce qu’ils pensaient de l’Etat israélien. Non, ce qui est intéressant à travers le propos de François Hollande, c’est de poser la question de la sincérité du discours public dès lors qu’il s’agit de l’Etat hébreu et de la question palestinienne.
     
    Dans la classe politique française, il y a des partisans résolus et déterminés d’Israël. Il y a aussi ceux qui n’ont jamais eu peur d’afficher leur soutien aux Palestiniens – on pense notamment aux communistes, à de nombreux écologistes et à d’autres courants d’extrême-gauche. Et puis, il y a les autres. Ces girouettes masquées qui, le plus souvent, défendent publiquement Israël mais n’en pensent pas moins. En privé, ils peuvent même se laisser aller aux pires diatribes anti-israéliennes voire à des propos antisémites. Pour eux, cette « israélophilie » n’est rien d’autre qu’une stratégie destinée à ne pas s’aliéner ce qu’ils pensent être les puissants soutiens français de l’Etat hébreu. On retrouve cela chez nombre d’arabo-berbères qui cherchent à se faire un nom dans l’Hexagone. Et, il faut le reconnaître, cela marche, du moins pour un temps. Que d’impostures, que de forfaitures ! Oh, le gentil petit imam, hier encore pro-burqa, qui baragouine si bien sa défense d’Israël… Oh, le courageux écrivain musulman (mais laïc, hein !) qui ne dit mot à propos des enfants palestiniens et qui déverse tant de fiel sur les siens… Oh, ce bien brave journaliste arabe qui défend les bombardements sur Gaza…
     
    En réalité, ces faussets sont les vrais antisémites car, comme l’extrême-droite française des années 1930, ils croient dur comme fer à l’existence d’un lobby juif omnipuissant, tirant tous les fils dans l’ombre. Et, le pire, c’est que personne n’est dupe quant à la sincérité de leurs prises de positions y compris les premiers concernés, c’est-à-dire celles et ceux qui défendent Israël et qui semblent préférer l’hypocrisie à une adversité déclarée. Mais, c’est ainsi. C’est un jeu malodorant des apparences et des postures qui oblige à dire ce que l’on ne pense guère. Et tant pis pour l’honneur, valeur bien marginale par les temps qui courent. Tant pis pour le respect que l’on doit aux autres, ce respect qui oblige à assumer ses convictions et à agir en conséquence. Non, n’est pas Stéphane Hessel qui veut et surtout pas les insincères qui, en guise de vérité, nous assènent un couplet auquel ils ne croient même pas.
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    vendredi 22 février 2013

    La chronique du blédard : François Hollande oublie la lutte contre les discriminations

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    Le Quotidien d'Oran, jeudi 23 février 2013
    Akram Belkaïd, Paris
     
    Les socialistes français seraient-ils d'indécrottables menteurs pour ce qui concerne la lutte contre les discriminations dont souffrent les populations d'origine étrangères ? Depuis le début des années 1980, l'histoire ne cesse de se répéter. D'abord, des promesses, de beaux discours et une volonté proclamée d'être différent de la droite en ce qu'elle peut véhiculer comme discours xénophobe et excluant. Ensuite, une fois l'élection, présidentielle ou législative, remportée, vient le renoncement, le discours dit réaliste et l'agacement à l'égard de celles est ceux qui espéraient que les promesses seraient tenues (*). Des promesses et de la déception, c'est aussi cela la gauche socialiste (de retour) au pouvoir.

    Depuis le mois de mai dernier, les choses ont-elles changé pour ceux que l'on désigne par l'expression Français d'origine étrangère, comprendre les Noirs et les Arabes ? La réponse est évidemment non. Si le gouvernement s'est pleinement engagé dans certaines batailles clivantes, à commencer par celle du mariage pour tous, il a repoussé aux calendes grecques l'urgence d'une politique de lutte contre les discriminations. Oubliées donc les belles promesses électorales d'une France pour tous, sans aucune exclusive. Oublié le constat selon lequel l'égalité des chances est une urgence nationale au nom d'une cohésion sociale en lambeaux. Et, comme toujours, ce renoncement est présenté comme une nécessité tactique du fait d'un contexte politique difficile. On connaît les arguments avancés : ne pas donner raison à l'extrême-droite ou, tout simplement, à la droite. Attendre des jours meilleurs et la reprise de l'économie. Espérer des circonstances particulières qui, comme la Coupe du monde de football 1998, pourraient permettre au gouvernement de convaincre la population française qu'il est temps d'honorer ce terme d'«égalité» dont on finit par se demander pourquoi il est inscrit au fronton des mairies.

    Pour l'étranger, pour le fils ou la fille de l'étranger, pour celui qui a la peau noire ou qui porte un prénom inhabituel, pour l'arabe ou le musulman, les temps sont loin d'être faciles et il flotte comme un air de «sarkozie» dans la France de François Hollande. Au ministère de l'intérieur, est désormais installé Manuel Valls, héritier direct, pour ne pas dire clône, de l'ancien président français. On n'y parle pas d'égalité, d'accueil ou de lutte contre les discriminations à l'emploi et au logement – les deux maux les plus insidieux de la société française. Non, on continue de jouer au matamore, on clame que l'on va continuer à cogner les uns et à expulser les autres. Dans le métro parisien, dans les gares, sur les routes, le contrôle au faciès n'a pas disparu, loin de là.

    Pour dire les choses de manière simple, l'étranger continue d'être brutalisé. Quant au Français d'origine étrangère, il ne cesse d'attendre qu'on l'aide à crever ce plafond de verre qui empêche son ascension sociale. On pensait que les émeutes de 2005 et de 2007 avaient provoqué une prise de conscience salutaire. C'était une erreur. La crise de 2008 est passée par là et, avec elle, une provincialisation de la classe politique française, incapable d'imaginer son travail et son engagement uniquement que par le biais de la frénésie sondagière et de l'usage d'expédients concoctés par de savants communicants. Droite ou gauche, c'est kif-kif…

    Prenons la question du droit de vote aux élections locales pour les étrangers. Un pas en avant, trois en arrière. Un matin, c'est à l'ordre du jour, le lendemain ce n'est plus d'actualité. Quelle désinvolture, quel mépris ! Pour donner le change, on parle de faciliter les naturalisations. Comme si cela pouvait être possible. Comme si cela pouvait constituer une sorte de compensation au fait de ne pas considérer comme égaux un étranger européen (qui a le droit de vote) et un étranger non-européen. On peut estimer que cette affaire du droit de vote pour les étrangers n'est pas prioritaire. Il n'en demeure pas moins qu'elle reste symbolique des tergiversations des socialistes pour ne pas parler de leurs ambiguïtés.

    Il est temps de dénier ouvertement à la gauche socialiste sa qualité de courant politique intrinsèquement progressiste. Car, c'est cela qui crée le malentendu. «Nous sommes socialistes, nous ne pouvons être racistes ou indifférents aux souffrances des Français d'origine étrangère voire des étrangers eux-mêmes» :c'est le discours que tiennent souvent les responsables de la rue Solferino et leurs ouailles. Et c'est ce propos qu'il ne faut plus prendre pour argent comptant. Les socialistes au pouvoir et leur ministre de l'intérieur néoconservateur, n'ont rien à envier à Nicolas Sarkozy. Et il leur faudra désormais faire leurs preuves pour démontrer le contraire.

    A ce sujet, les élections municipales prévues en 2014 seront un grand test. Outre la question du vote des étrangers, on regardera avec attention la composition des listes électorales. Mais, le pari peut d'ores et déjà être pris. La «discipline du parti» et les exigences du «principe de réalité» vont, encore une fois, décevoir nombre d'attentes car, en l'état actuel, on voit mal le parti socialiste se transformer soudainement, en héraut de l'égalité des chances. Et, d'ici là, on peut toujours rêver de voir la question des discriminations être posée en tant que priorité des priorités nationales.

    (*) Lire à ce sujet, «La lutte antidiscrimination ou la promesse oubliée», tribune publiée dans Le Monde daté du 15 février 2013 par Amirouche Laïdi (président du Club Averroes), Charles Aznavour (artiste), Saïd Taghmaoui (acteur) et Fadila Mehal (présidente des Marianne de la diversité).
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    samedi 12 janvier 2013

    A propos de l'intervention française au Mali

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    Comme il fallait s'y attendre, l'intervention militaire au nord du Mali a déclenché nombre de réactions négatives et de critiques. Comme je le relevais dans un post sur Facebook, on peut déjà se demander pourquoi le Parlement français n'est pas consulté même si la politique extérieure fait partie des prérogatives du président. Ensuite, il est impossible de ne pas se dire que la Françafrique a encore de beaux jours devant elle et que, finalement, rien n’a changé dans les rapports entre la France et ses anciennes colonies. Mais fallait-il ne rien faire et laisser le Mali imploser ou passer sous le contrôle des groupes islamistes ? Cette question divise les Maliens eux-mêmes, certains estimant que leur armée a juste besoin d’équipements lourds tandis que d’autres estiment que la France n’a que trop tardé à intervenir. Au passage, on peut regretter que les avis maliens soient peu nombreux y compris sur le web.

    Par ailleurs, de nombreux internautes algériens estiment que cette intervention est dirigée en réalité contre leur pays. Mais, est-ce aussi sûr ? Qui dit que cette intervention n’a pas été évoquée et entérinée lors du voyage de François Hollande à Alger ? Peut-on vraiment penser que Paris pourrait prendre le risque d’intervenir au Sahel sans avoir l’aval – ne parlons même pas de soutien – d’Alger ? Certes, la lecture « complotiste » et conflictuelle de cette intervention est tentante. Les Algériens y excellent mais peut-être faut-il se garder de crier au loup trop vite.

    Dernier point, et il est d’ordre plus général : l’armée malienne, comme nombre de ses homologues africaines, vient de prouver que, finalement, elle ne servait pas à grand-chose. Si ce n’est, de temps à autre, à brutaliser son propre peuple et à mener des coups d’Etats foireux…
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    samedi 22 décembre 2012

    Amis Marocains, la France vous aime aussi

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    SlateAfrique, samedi 22 décembre 2012

    François Hollande a certes choisi l'Algérie pour sa première halte maghrébine, mais le Maroc demeure le préféré.

    Bain de foule de François Hollande à Alger le 20 décembre 2012. Philippe Wojazer / Reuters
    l'auteur
                                               
    Alors, on boude? On râle et on s’inquiète? Tout cela parce que François Hollande, président de la bonne vieille République française, jadis mère patrie pour nous et mère protectrice pour vous, s’en est venu faire un petit tour par chez nous?
    C’est vrai, a priori, il y a de quoi être un peu vexé. L’Histoire retiendra que l’Algérie aura été la première sortie maghrébine du président français (ce qui, au passage, fait une belle jambe aux Algériens, mais passons). Cette prééminence, on vous l’agitera sous les yeux, une manière comme une autre de vous faire bisquer sans avoir à parler du Sahara… Vous savez, la fameuse smata algérienne…

    Espoir d'une nouvelle dynamique franco-algérienne

    Ajoutez à cela que l’on peut décemment considérer cette visite officielle comme une réussite prometteuse. Bien sûr, tout n’est pas réglé mais l’espoir existe de voir naître une nouvelle dynamique franco-algérienne. Bref, c’est nous les Algériens «qu’on a» les faveurs de la France en ce moment.
    Enfin, c’est une (double) façon de parler. En réalité, nous n’avons que les faveurs de l’emballement médiatique. Dans quelques jours, que dis-je, dans quelques heures, tout sera oublié, mes confrères journalistes de l’Hexagone s’intéresseront à autre chose (comme l’imminence de la fin du monde, par exemple) et l’Algérie et la France se réinstalleront dans leur train-train habituel en attendant la prochaine polémique ou le prochain bras d’honneur.
    Car, c’est ainsi, on ne peut s’empêcher de se chamailler et de continuer à vouloir régler des comptes vieux d’un demi-siècle et plus.

    Le Maroc demeure le préféré


    Amis Marocains, si parmi vous, certains craignent que la France officielle ne se détourne de votre pays au profit du notre, empressez-vous de les rassurer. Le Royaume restera el-moufadal (le préféré). Dites-leur d’abord qu’on aura du mal à nous défaire de notre vilaine image. Que nous avons encore beaucoup de chemin à faire avant qu’un homme politique français n’ose dire qu’il aime l’Algérie et les Algériens.

    L’Algérie attend encore son Jean-René Fourtou, grand patron déterminé à faire augmenter les investissements français au Maroc. Nous n’avons pas non plus l’équivalent en France de ce cercle d’influence pro-marocain dont vous disposez à droite comme à gauche.
    Les femmes et les hommes politiques français nés au Maroc sont nombreux, fiers de le dire, contents d’y revenir et prompts à le soutenir en toute occasion. Ceux qui sont nés ou qui ont vécu en Algérie, sont tout aussi nombreux mais ils préfèrent parler d’autre chose. On sent leur gêne, leur envie de se dire d’ailleurs, à l’image de Jean-François Copé à qui il faut parler d’Algérie si l’on cherche à plus que le taquiner…

    Il faut dire aussi qu’on y met du notre. Il y a dix ou vingt ans, on aurait pu essayer d’user du passé commun, même s’il a été en grande partie douloureux, pour faire naître de nouvelles connivences. Au lieu de cela, on continue à se dresser sur nos ergots dès lors qu’il s’agit de la France…

    Le Maroc, une Algérie rêvée

    Vous avez d’excellents lobbyistes, nous avons des spécialistes du nif (fierté) mal placé et chauvin. Vous savez éluder, on prend tout au premier degré surtout quand c’est Fafa (la France) qui parle. Il se passera encore beaucoup de temps avant que nous puissions accueillir des charters entiers de parlementaires, de chefs d’entreprises, d’acteurs ou de journalistes à la recherche d’un douillet dépaysement.
    Vous avez La Mamounia et d’autres palaces, des riads à vendre ou à louer, les tagines et la pastilla, bref, un tout-plein d’avantages que même la victoire électorale de vos barbus ne remettra pas en cause.
    Nous, c’est différent. Nos hôtels Pouillon tombent en ruine faute d’entretien et de touristes, l’ombre des promoteurs immobiliers plane sur nos Casbah sinistrées et, plus les années passent, et plus l’art de faire un bon méchoui se perd.
    A bien des égards, de nombreux Français, vous savez ces officiels et officieux un brin paternalistes, voient dans le Maroc une sorte d’Algérie rêvée et vous avez l’intelligence et l’habilité de ne pas les contredire…

    Votre tour, c'est royal

    Viendra donc le temps de la visite de François Hollande chez vous. Vous sortirez le grand jeu et l’apparat. A Paris, on se battra comme des chiffonniers pour faire partie de la délégation présidentielle.
    Il y aura des patrons du CAC 40 -des vrais, par leurs chargés des affaires publiques ou quelques autres seconds rangs -, des artistes, des journalistes, des modistes, des stars de la chanson et du sport. En clair: la totale royale.
    Arrivé chez vous, le président normal, mais impressionné, vous dira à quel point les relations franco-marocaines sont solides, intenses, durables, denses et tout le tintouin. Il tombera amoureux du Maroc comme Chirac et Sarkozy avant lui.
    A Alger, quelques moustaches frémiront, des mâchoires se serreront et il s’y dira que, décidément, vous savez y faire…

    Akram Belkaïd
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    jeudi 20 décembre 2012

    La France ne peut pas se passer de l'Algérie

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    A l'heure des débats sur le passé franco-algérien, le chroniqueur Akram Belkaïd regarde vers le futur.


    Discours de François Hollande à Alger le 19 décembre 2012. Philippe Wojazer / Reuters
    l'auteur
     
                                               

    Il est une vérité que nombre de Français et de Françaises n’aiment pas entendre. Mais qu’importe: profitons de la visite de François Hollande dans notre bon pays pour l’énoncer : Dans les années à venir, la France aura plus que jamais besoin de l’Algérie.
    Je ne dis pas du Maghreb, je dis de l’Algérie et l’on me pardonnera cet exclusivisme qui pourrait heurter quelques consciences maghrébines unitaristes.
    Oui, la France a besoin de l’Algérie parce qu’il est temps que l’Hexagone se souvienne qu’il est aussi un pays méditerranéen et, qu’à bien y regarder, il n’a guère gagné à courir derrière l’Allemagne au cours de ces trente dernières années.

    Pourquoi occulter l'autre réalité possible?

    On insiste trop souvent sur les malentendus, les polémiques mémorielles et les prurits identitaires qui opposent l’Algérie à la France. C’est occulter une autre réalité possible. Quelque chose qui a besoin d’être consacré à haut niveau et qui ne serait pas tu comme on passe sous silence des vérités dérangeantes.
    La France a besoin de l’Algérie parce que ce pays est, d’abord, l’un des rares avec lequel elle fait de très bonnes affaires. C’est avec l’Algérie que chaque année, la France présente un solde commercial positif. C’est en Algérie que le « made in France » va de soi même si les importations en provenance d’Orient, qu’il soit proche ou extrême, ont tendance à augmenter.
    La France a besoin de l’Algérie parce que près de 3 milliards d’euros prennent la direction de l’Hexagone chaque année. Cette fuite de capitaux, qui se fait le plus souvent en dehors des circuits officiels, irrigue l’économie française.
    Cela fait vivre le bâtiment et permet aux agences immobilières françaises de faire de belles affaires. Reconnaissons au moins l’existence de ces flux d’argent pour en finir avec le détestable raccourci du visa et les images d’Algériens misérables qui rêveraient en permanence de la France.

    La France, une puissance de second ordre

    La France a besoin de l’Algérie parce qu’elle n’est plus qu’une puissance de second ordre. Certes, il y a toujours ce droit de veto au Conseil de sécurité de l’Onu mais jusqu’à quand ?
    La France a besoin d’alliés, riches et puissants sur le plan démographique. A l’heure où l’on sent bien que des forces concomitantes poussent la France – et ses entreprises telles qu’Areva – en dehors du Sahel, Paris n’a pas d’autre solution que de trouver en Alger un précieux relais et recours. Il y a urgence car les sirènes étasuniennes se font de plus en plus entendre en Algérie…
    La France a besoin de l’Algérie parce que le monde arabo-musulman bouge et que l’illusion du Qatar en tant que puissance tutélaire d’une zone géographique bien turbulente se dissipera tôt ou tard.
    Jamais, la France n’a été aussi influente dans le monde arabe que lorsque ses initiatives politiques ou diplomatiques étaient relayées ou soutenues par l’Algérie.

    Le futur n'attend pas

    L’enjeu de demain, sera de compter face aux blocs émergents asiatiques et au duo Etats-Unis et Brésil. La France peut bien jurer que c’est l’Europe qui lui donnera sa marge de manœuvre mais l’on sait bien aujourd’hui que cette Europe n’est rien d’autre qu’un immense marché ouvert sous influence britannique et allemande.
    La France officielle doit donc reconnaître qu’elle a besoin de l’Algérie. C’est d’autant plus nécessaire que quelque chose se passe entre les deux pays. Des hommes et des femmes vont et viennent. Ils ont les deux nationalités et construisent leurs vies à cheval entre les deux pays.
    Cela mériterait un cadre plus formel, une dynamique politique moins compassée. Le passé et ses tourments ne doivent plus être portés comme une honte car, c’est bien connu, le futur n’attend pas.
    Akram Belkaïd

    jeudi 18 octobre 2012

    Entretien accordé à l'Express.fr : 17 octobre 1961: "un geste vis à vis des Français d'origine algérienne" + Un article publié il y a un an sur SlateAfrique : 11 octobre 1961, un massacre d'Etat

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    Propos recueillis par , publié le 
    En reconnaissant mercredi le massacre d'Algériens lors de la manifestation pacifiste du 17 octobre 1961, François Hollande a d'abord voulu s'adresser aux enfants des manifestants, estime Akram Belkaïd. Mais son geste est aussi un message politique à l'Algérie. 
    17 octobre 1961: "un geste vis à vis des Français d'origine algérienne"
    GUERRE D'ALGERIE - 1500 Algériens arrêtés lors de la manifestation pacifique organisée à Paris le 17 octobre 1961 furent expulsés dans les 48 heures depuis l'aéroport d'Orly vers l'Algérie. Les quelques 20 000 manifestants furent victimes d'une répression violente qui fit de nombreux morts.
    AFP

    Journaliste, écrivain, auteur de plusieurs ouvrages sur l'Algérie (1), Akram Belkaïd réagit à l'hommage rendu par François Hollandeaux victimes de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris au cours de laquelle des indépendantistes algériens avaient été tués par la police, dirigée à l'époque par le préfetMaurice Papon. 
    Cette reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961 était-elle une revendication des Algériens?
    Certainement chez les Algériens de France. Le souvenir du 17 octobre reste profondément ancré dans l'imaginaire collectif de cette communauté, les enfants en ont entendu parler par leurs parents. C'est un peu plus compliqué du l'autre côté de la Méditerranée. Cela sera bien sûr considéré comme un geste positif mais en réalité on ne peut pas parler d'une revendication récurrente. L'événement a d'ailleurs longtemps été passé sous silence par l'historiographie officielle algérienne. La manifestation était organisée par la fédération du France du FLN. Considérée à l'époque comme la 7ème willaya (préfecture ndlr) de l'Algérie combattante, elle a ensuite été tenue à distance par les autorités qui ne tenaient pas vraiment à rappeler le rôle qui avait été le sien pendant la guerre. 
    Que sait-on de ce qui s'est réellement passé?
    Longtemps, la tragédie a été occultée en France. En réalité ce n'est qu'après la publication des travaux de Jean-Luc Einaudi (2), qui font état de près de 400 morts, que le 17 octobre 1961 a ressurgi, y compris dans l'imaginaire français. Ce n'est qu'à ce moment que l'on a appris, ou réappris, ce qui s'était passé, et que beaucoup de Français ont cessé de confondre ce massacre avec celui du métro Charonne au début de 1962. 
    François Hollande a opté pour une reconnaissance sans repentance. Aurait-il dû aller plus loin ?
    Certains s'en contenteront, d'autres pas. Je me méfie un peu pour ma part du discours sur la repentance. On en parle beaucoup plus en France qu'en Algérie. Et elle n'est pas à mon sens une revendication réelle des Algériens. Tout est parti de cette loi française de 2005 (abrogée depuis ndlr) qui reconnaissait le "rôle positif " de la colonisation. C'est ce texte qui a déclenché la polémique, alors que personne ne demandait rien. Ensuite, certains groupes algériens, notamment l'aile la plus conservatrice du FLN, s'en sont saisis. 
    Quant à l'acte de reconnaissance de François Hollande, il s'inscrit d'abord à mon sens dans un contexte franco-français. Il s'agit un geste de réconciliation qui s'adresse aux Français d'origine algérienne. Car les enfants des manifestants de 1961 sont des citoyens français. Le président a voulu apaiser les choses. D'autant que depuis plusieurs années il y avait autour du massacre du 17 octobre et de sa non-reconnaissance une certaine crispation en France chez les jeunes gens issus de l'immigration. 
    N'est-ce pas aussi un geste politique vis à vis de l'Algérie officielle et du président Abdelaziz Bouteflika auquel François Hollande a prévu de rendre visiste prochainement ?
    Si bien sûr, c'est aussi cela. Hollande veut indiquer à travers ce message à l'Algérie officielle qu'il est moins crispé que Nicolas Sarkozy sur ces questionslà. 
    Est-ce qu'il faut aller plus loin? Ouvrir, par exemple, les archives du ministère de l'intérieur?
    Ouvrir les archives, certainement. C'est indispensable. Il faut que les historiens puissent travailler sur cette période. Qui a donné l'ordre de tirer? Quel a été le rôle réel de Maurice Papon? Celui deMichel Debré, Premier ministre? Et celui de De Gaulle? Il y a beaucoup de zones d'ombres qui méritent d'être éclaircies. 
    (1) Dernier ouvrage publié : La France vue par un blédard, janvier 2012, aux Editions du Cygne 
    (2) La bataille de Paris-17 octobre 1961, publié en 1991 aux éditions du Seuil.

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    17 octobre 1961: un massacre d'Etat

    Un triste anniversaire pour la république française. Le 17 octobre 1961, la France a laissé ses valeurs au placard. Cinquante ans et un an plus tard, elle refuse toujours de faire son travail de mémoire.

    Des manifestants algériens sont arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
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    C’est l’histoire d’un massacre colonial dont la France officielle continue de refuser d’admettre l’existence et d’en assumer donc la responsabilité.
    Ce massacre ne s’est pas déroulé en Algérie, au Cameroun ou à Madagascar mais à Paris, ville-lumière, ville des Lumières...
    Le 17 octobre 1961, des dizaines d’Algériens et d’Algériennes ont été tués, certains en étant jetés à la Seine, alors qu’ils ne savaient pas nager, pour avoir osé braver le couvre-feu qui leur était imposé par les autorités.
    D’autres ont été battus à mort dans la cour de la Préfecture de police ou dans ses annexes, cette même préfecture où, aujourd’hui les uns vont retirer leurs permis de conduire, d’autres leurs cartes de séjours sans oublier celles et ceux qui y célèbrent leur naturalisation.
    C’est l’histoire d’un massacre que les mémoires algériennes et françaises ont longtemps occulté. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui confondent ces ratonnades, car comment les désigner autrement, avec ce qui s’est passé quelques mois plus tard au métro Charonne, quand des militants communistes sont morts piétinés ou écrasés par la foule affolée par la violence policière.
    Le 17 octobre 1961, «paroxysme de la violence et de l’arbitraire», selon l’historien Gilles Manceron, ce fut des êtres humains bastonnés, frappés jusqu’à l’explosion de leur os, de leurs boîtes crâniennes, puis jetés dans les eaux noires du fleuve.
    Ce furent des blessés privés de soins. Ce furent des arrestations en masse et d’horribles sévices. Ce furent des rafles, là-aussi c’est le mot qu’il convient d’employer, et des détentions arbitraires dans des stades ou des salles de sport.
    Le 17 octobre 1961, n’est rien d’autre qu’une date d’infamie pour la République française, pour le Général De Gaulle, pour son Premier ministre Michel Debré, pour le ministre de l’intérieur Roger Frey et, surtout, pour Maurice Papon, alors préfet de police de la Seine, après avoir joué le rôle que l’on sait durant l’occupation nazie.
    Il n’y a eu aucune enquête officielle, aucune inculpation ou mise en cause. A la différence de ce qui s’est passé pour Charonne, la gauche elle-même n’a jamais cherché à connaître la vérité ou à demander des comptes aux autorités.
    Quant à la presse de l’époque, elle a certes rendu compte des violences mais est très vite passée à autre chose exception faite de quelques titres courageux dont Témoignage Chrétien.

    Le réveil tardif de la gauche française

    Le 17 octobre 1961 nous apprend beaucoup de choses. Il nous rappelle par exemple le rôle ambigu de la gauche française pendant la guerre d’Algérie. Cette gauche symbolisée par la SFIO(Section française de l'internationale ouvrière) qui a voté les pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet en 1956 et qui a attendu janvier 1962, c'est-à-dire six mois avant l’indépendance, pour organiser la première grande manifestation pour la paix en Algérie.
    Une manière habile de ne pas se prononcer pour l’indépendance, et pour dénoncer les attentats de l’OAS (Organisation armée secrète).
    C’était cela la gauche française, elle dont l’un des futurs grands leaders, en l’occurrence François Mitterrand n’a guère cillé quand il s’agissait d’envoyer des militants nationalistes à la guillotine.
    Alors, il faut rendre hommage au PSU qui a clairement défendu la cause algérienne. Hommage aussi à l’Unef pour son engagement pour les Algériens, hommage au romancier Didier Daeninckx,auteur du roman Meurtres pour mémoire qui a abordé cette question et, hommage et mention spéciale, à l’historien Jean-Luc Einaudi dont l’ouvrage La Bataille de Paris, en 1990 a réveillé les mémoires.
    Le 17 octobre 1961 nous apprend aussi que la France officielle a toujours aussi mal à sa mémoire coloniale.
    Cette France qui s’en va donner des leçons mémorielles à la planète entière, qui entend dire le bien et s’attaquer au mal au nom des principes de sa Révolution, elle ne veut pas, cette France officielle, admettre qu’elle a gravement fauté.
    Quand on évoque devant elle Octobre 1961, elle s’impatiente, s’irrite et explique qu’il faut tourner la page et regarder vers le futur. Topons-là et oublions, semble-t-elle dire à celles et ceux qui refusent une telle légèreté.
    En cela, elle ressemble à un prêcheur en probité qui serait rattrapé par son passé et qui refuserait de l’assumer. Est-ce que cela affaiblirait la France que de reconnaître que son Etat a commis des crimes pendant la période coloniale, notamment en ce 17 octobre 1961?
    Ce serait plutôt le contraire. Cela apaiserait les consciences, cela redonnerait confiance en ce pays à nombre de ses enfants qui sentent bien que les cadavres flottant de la Seine hantent la mémoire hexagonale.

    «L'idéologie raciale et coloniale perdure»

    Le problème, le vrai, celui qui n’est jamais abordé de manière frontale, c’est qu’il demeure des gens, parfois haut-placés, à droite comme à gauche mais surtout à droite, qui estiment que les manifestants algériens n’ont eu ce jour-là que ce qu’ils méritaient.
    Ainsi, ce refus de voir le passé colonial apparaît sous un autre jour. Il n’y a pas simplement la volonté de cacher un acte dont on a honte et que l’on veut très vite oublier. Il y a aussi le fait que, finalement, l’idéologie raciste et coloniale perdure à ce jour.
    C’est cela qu’ont compris nombre d’organisations qui ont manifesté le 17 octobre 2011 pour réclamer une reconnaissance officielle de ce massacre, rejoignant en cela l’appel du site Mediapart.
    Tant que l’Etat français se taira sur ce sujet, il restera complice de ceux qui ont «cassé du bougnoule» pour le plaisir de le faire, pour dire qu’ils refusaient l’Algérie indépendante et que, pour eux, ceux que l’on appelait alors «les indigènes» resteraient à jamais des sous-hommes.

    Une question mémorielle

    Enfin, le 17 octobre 1961 nous dit beaucoup de choses sur les dirigeants d’Algériens d’hier et d’aujourd’hui. A l’indépendance, il n’était pas question de glorifier ces manifestants anonymes qui ont montré leur attachement à la cause de l’indépendance.
    «Un seul héros le peuple», à condition qu’aucune tête ne dépasse. Et puis, pour le pouvoir installé à Alger dès 1962, il ne fallait pas accorder la moindre parcelle de gloire à la Fédération de France du FLN (Front de libération nationale). Alors l’oubli a fait le reste. D’autres événements sanglants ont recouvert les souvenirs du 17 octobre 1961.
    Aujourd’hui, dans un pays où les trois-quarts de la population sont nés après l’indépendance, cette histoire ne veut pas dire grand-chose. Le pouvoir en place va bien essayer d’exploiter cette date pour remobiliser les foules grâce à l’habituel levier anti-français. Mais cela ne fonctionnera guère.
    En revanche, il y a bien une question mémorielle que ce pouvoir préférera éviter. Lui qui n’a que faire de la vie des Algériennes et des Algériens, verrait d’un mauvais œil que la question de la responsabilité du FLN dans ces massacres du 17 octobre 1961 soit posée.
    Il faudrait peut-être que les dirigeants de l’époque, du moins ceux qui sont encore en vie, s’expliquent. Pourquoi une telle prise de risque sachant que la police française était remontée et prête à tous les excès contre ceux que l’on n’appelait pas encore les Algériens?
    Pourquoi une telle manifestation qui ne pouvait que déboucher dans le sang? En un mot, est-ce que cela en valait la peine à l’heure où les négociations entre De Gaulle et le FLN se poursuivaient en Suisse? Débat d’historiens, diront certains. Pas si sûr, car là aussi, il est question du prix que l’on accorde, ou pas, à une vie humaine.

    Akram Belkaïd
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