Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Ramadan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ramadan. Afficher tous les articles

jeudi 19 février 2026

𝐏𝐫𝐞́𝐚𝐦𝐛𝐮𝐥𝐞 Jeûner après Gaza

 _



𝐏𝐫𝐞́𝐚𝐦𝐛𝐮𝐥𝐞
Jeûner après Gaza
Durant le mois de ramadan, le neuvième du calendrier lunaire hégirien, les musulmans doivent s’abstenir de manger et de boire du lever au coucher du soleil. Cette obligation, la principale mais pas la seule, constitue le quatrième des cinq piliers de l’islam. S’interdire ainsi la nourriture et les boissons durant de longues heures et pendant vingt-neuf à trente jours fait notamment ressentir ce qu’un démuni éprouve au quotidien. Cela peut être très éprouvant et exige une certaine endurance, mais je ne considère cela ni comme un tour de force ni comme un exploit. Car cette privation, tout comme le jeûne intermittent ou thérapeutique, n’est que temporaire. Il y a toujours un après.
Quand on sait qu’un repas complet, souvent pantagruélique, vous attend à l’heure de l’iftar – le repas qui marque la rupture du jeûne –, alors cette faim n’est pas une vraie faim. Alors, la soif n’est pas une vraie soif. La faim, réelle, absolue, est celle où il n’existe rien au bout de la journée ou de la nuit, où aucune table n’a été dressée, aucune soupe chaude préparée, aucune viande grillée, aucun dessert appétissant. La faim, la vraie, c’est celle qui fut éprouvée par le militant irlandais Bobby Sands au terme d’une grève de plus de deux mois qui le mena au trépas en 1981. La faim, la vraie, est un cauchemar extrême, absolu, qui mène à l’épuisement, au décharnement puis, pour finir, à la mort.
C’est ce que la population de Gaza a enduré durant des mois. C’est ce qu’elle endure encore alors que j’écris ces lignes. C’est celle où le corps finit par abandonner, comme le confiait en août 2025 Abou Abed Moughaisib, coordinateur de Médecins sans frontières (MSF) dans l’enclave palestinienne. La faim, la vraie, est impitoyable, elle détruit et laisse des séquelles irrémédiables, même si l’on reprend ensuite un mode de vie normal. En comparaison de ce martyre, le jeûne du ramadan, avec son aspect festif et convivial, n’est qu’une aimable promenade de santé. Jamais plus je ne pourrai jeûner sans penser aux morts de Gaza. Puissent-ils reposer en paix.
_

Parution : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne

 _


Table
Préambule. – Jeûner après Gaza
Avant-propos
1. – Dans quarante jours
2. – La Nuit du doute
3. – De table en table, de Mascate à Ménilmontant
4. – Iftar, ftour et souhour
5. – Premier jour
6. – Une histoire de dattes
7. – Et la salive, tu peux ?
8. – Acheter plus et payer plus cher
9. – Un amour de chorba
10. – C’est bon pour la santé ?
11. – Que va-t-il nous tomber sur la tête ?
12. – Un iftar chez les Yankees
13. – Arrêtez tout, je jeûne !
14. – Pitié pour les dé-jeûneurs
15. – Jamais sans brick
16. – Joyeux ramadan !
17. – Prier
18. – Quand le ciel s’entrouvre
19. – Une passion nommée zlabia
20. – Quel beau jour qu’aujourd’hui
La recette de la chorba à ma façon
Glossaire
Remerciements
_

samedi 5 juin 2021

La chronique du blédard : France, l’islamophobie décomplexée

 _

Le Quotidien d'orange, jeudi 15 avril 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Cela commence par un tweet comme il peut en exister des millions par jour. Une marque, en l’occurrence Évian, demande à ce que l’on retweete son message si l’on a bu un litre d’eau ce jour-là. Jusque-là rien d’inhabituel. L’argument marketing est incitatif en alliant complicité et proximité avec le consommateur sans oublier les inévitables considérations sanitaires (boire, c’est la santé…). Le problème, c’est quelques tarés – il n’y a pas d’autre mot pour les qualifier – y ont vu une provocation car, jeûnant, ils ne pouvaient boire. Petite tempête et excuses polies – on n’est jamais trop prudent – de la marque.

 

L’affaire aurait dû s’arrêter là et Évian n’aurait même jamais dû s’excuser. Notre monde est désormais imprégné d’égotisme et de scénarisation de soi et le ramadan n’y échappe pas. Je me souviens d’un match de football au stade de France, il y a quelques années. Un petit groupe de spectateurs s’était arrangé pour que toute la tribune ou presque sache qu’ils jeûnaient. Une piété ostentatoire contredite par le fait que ces mêmes personnes pariaient sur le résultat de la rencontre à l’aide de leurs smartphones…

 

Le problème, c’est que les quelques tweets du genre, « wech Evian, c’est le ramadan, respect svp » ont fourni une occasion en or pour toute la galaxie islamophobe qui sévit sur les réseaux sociaux. Sorties grandiloquentes, dénonciations répétées de la menace islamiste qui voudrait imposer le ramadan à tous les Français, serments multipliés de défendre la République et la laïcité, etc. Bref, la ligne de conduite est toujours la même : s’emparer d’un rien, en faire une histoire d’État et convaincre l’internaute que quelque chose de grave se passe en attendant que la racaille islamophobe qui sévit quotidiennement sur les chaînes télévisées d’information continue prenne le relais. Et pendant ce temps-là, la France n’a toujours pas de vaccins, les urgences sont au taquet, le seuil de 100 000 personnes décédées du Covid-19 est dépassé depuis longtemps et personne ne sait si le confinement « light » sera prolongé ou durci.

 

Tout cela serait risible si le contexte politique n’était pas marqué par une surenchère visant à faire de l’islam et des musulmans « le » sujet de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2022. On connaît les termes de l’équation. Tout le monde ou presque est persuadé que Marine Le Pen sera, une nouvelle fois, présente au second tour. Dès lors, la question est de savoir qui sera en face. Emmanuel Macron, candidat à sa réélection ? Le représentant de la droite dite modérée ? Le représentant de la gauche unifiée (rêvons un peu) ? Le candidat du groupuscule parti socialiste (rions un peu) ?

 

A tort ou à raison, nombre d’états-majors politiques pensent que pratiquer la surenchère à l’égard des musulmans est la meilleure des stratégies pour attirer l’électeur, le camp Macron n’étant pas le dernier à suivre cette ligne. Cela débouche sur des moments irréalistes comme lors des débats au Sénat à propos de la loi pour le « respect des principes de la République » à la laquelle ce nid d’inutilités et de sénilités a ajouté la mention « lutte contre le séparatisme. » 

 

Ce fut donc un festival. Le voile, obsession nationale, a été de tous les débats. Les sorties scolaires, les lieux de réception du public, les bancs de l’université : autant de sujets liés à l’interdiction du fichu. On ne sait pas ce qui sera retenu en seconde lecture à l’Assemblée des députés mais on voit bien ce qui se profile pour le moyen terme, ce qui n’est pas encore pleinement assumé : l’interdiction pure et simple du voile en dehors du domicile privé (ça viendra ensuite…) et des lieux de culte. Mais passons car on y reviendra forcément.

 

Durant les joutes sénatoriales, on a aussi entendu dire qu’il fallait interdire la prière dans les couloirs des universités. Il paraît qu’il y a quelques années, un cas, je dis bien un cas, a défrayé la chronique dans un établissement du supérieur. Et voilà que cela devient un problème majeur nécessitant de légiférer d’urgence. On se demande si la France n’est pas saisie par une folie rampante, une perte de lucidité qui l’empêche de voir où sont les vrais problèmes. Comment, ensuite, s’étonner que des mosquées soient vandalisées ?

 

Le Sénat, dans sa grande clairvoyance, veut aussi que l’on interdise les drapeaux étrangers lors des cérémonies de mariage dans les mairies. On sait quels sont les emblèmes visés. On s’éloigne un peu de la problématique de l’islam en France mais les populations ciblées demeurent identiques puisqu’il s’agit essentiellement de personnes originaires du Maghreb. Pour ce dernier point, j’avoue être partagé. Légiférer sur ce point est franchement ridicule, c’est une évidence. Par contre, il serait bon de faire entendre aux concernés qu’une salle de mairie n’est pas un « courri » (une écurie) et que l’on ne peut pas y faire n’importe quoi et s’y comporter n’importe comment. Des applaudissements, quelques youyous pour la tradition et bezef. 

 

S’en prendre à Évian au prétexte que c’est le ramadan, beugler « one-two-three viva l’Algérie » en brandissant le drapeau alors que le maire n’a même pas fini d’unir les mariés (scène à laquelle j’ai assisté quelques semaines avant le premier confinement), tout cela est à éviter. Certes, cela ne fera pas disparaître le racisme et encore moins l’islamophobie (ne soyons pas naïfs) mais cela nous évitera des polémiques incessantes et cela réduira les occasions pour les incendiaires de jeter de l’essence sur un feu qui couve depuis bien des années.

_

dimanche 4 juin 2017

La chronique du blédard : Jeûner en France

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 1er juin 2017
Akram Belkaïd, Paris


Il y a toujours quelque chose d’étrange à jeuner en terre non musulmane. Au-delà de son caractère religieux, spirituel et culturel, le ramadan, que l’on soit à Alger, Tunis, Mascate ou Bagdad, c’est d’abord une ambiance. Une atmosphère particulière qui connaît de multiples déclinaisons au fil de la journée et de la soirée. Les premiers jours sont quant à eux très particuliers. Il flotte dans l’air une sorte de pesanteur qui, ces dernières années, est souvent amplifiée par une inévitable vague de chaleur. Un peu comme si les éléments se chargeaient de tester la détermination des jeûneurs. Quoi qu’il en soit, le consensus général est alors à l’acceptation d’un changement soudain de rythme, d’un ralentissement marqué, d’un report des affaires en cours, y compris les plus urgentes. Autrement dit, le temps se fige et, en journée, toute agitation paraît suspecte sauf quand il s’agit d’aller au ravitaillement.

Juste avant le ftour (le présent chroniqueur insiste sur ce terme et tente vaille que vaille – même s’il sait que le combat est perdu d’avance – de résister à la généralisation de celui, très machrekien ou même khalidji, d’iftar) ; juste avant le ftour, donc, il y a ce moment à part, incroyable même, de silence général. Un silence et un calme bien plus denses que ceux qui accompagnent la diffusion d’une rencontre de football. La luminosité qui décline, le soleil qui disparaît peu à peu, les rues qui se sont vidées, les rares voitures qui passent en trombe, leurs conducteurs se maudissant sûrement d’être en retard pour le repas. Et quand s’achève l’appel à la prière du maghrib, l’oreille capte aisément le cliquetis des cuillères et cette rumeur qui va enfler peu à peu, mélange de voix humaines, de télévisions qui diffusent les inévitables mièvreries (sketchs à deux sous, caméras cachées,…) en attendant les multiples feuilletons du soir.

Il y a quelques années, j’ai vécu une expérience de solitude saisissante lors de ce moment d’avant-ftour. C’était dans les rues du centre d’Abou Dhabi. De grands immeubles aux façades vitrées, des rues larges, un rien des années soixante-dix combiné à une modernité plus récente, une chaleur humide, étouffante, et le silence. Rien que le silence. Seuls mes pas résonnaient sur le dallage pierreux des trottoirs. Cela avait duré un bon quart d’heure avant que les taxis ne refassent leur apparition et que n’ouvrent les premières échoppes de commerçants indiens ou pakistanais. Un quart d’heure singulier : une éternité où je me suis cru dans un film catastrophe où, dans un environnement futuriste, un survivant arpente ce qui reste de sa ville.

Rien de tout cela n’est perceptible pour celui qui jeûne en France. Le rythme habituel demeure inchangé et c’est bien normal. Comme chaque année, il faut faire preuve de pédagogie – et parfois, de patience - à l’égard de celles et ceux qui ont une vague idée de cette pratique, de ses règles et de ses raisons (« non, on ne peut pas boire », « oui, on peut avaler sa salive », « oui, ça dure un mois entier », « non, ce n’est pas à date fixe, ça recule de onze jours chaque année », « si, si, ça peut faire du bien et ça permet de mieux se connaître »)*. Il fut un temps où le ramadan était pratiquement invisible dans l’Hexagone. Néanmoins, depuis plus d’une décennie les choses changent. D’abord, pour celles et ceux que cela concerne, la pratique est de plus en plus assumée et donc, plus visible (et comme toujours, cela peut parfois prendre la forme d’une d’ostentation plus ou moins agressive). Ensuite, le capitalisme, qui ne manque jamais une occasion d’engranger les profits, a compris l’intérêt de cette période hautement consumériste comme en témoignent les « stands ramadans » de plusieurs grandes surfaces. Enfin, les réseaux sociaux jouent le rôle désormais habituel de caisse de résonnance. Même les médias, particulièrement la presse écrite, sont plus attentifs. Pour eux, le ramadan est devenu un marronnier (un sujet récurrent comme, par exemple, les dossiers sur l’immobilier) presque comme les autres.

Des institutions diverses, qu’il s’agisse de simples associations ou d’ambassades étrangères ou d’entreprises, organisent des « iftars » (eh oui…) où, temps électoraux obligent, les politiques se pressent. Nombre d’entre eux se croient alors obligés de parler de terrorisme et des violences des groupes extrémistes mais le repas de rupture du jeûne tend néanmoins à devenir un moment de convivialité et donc de communication. Certaines mosquées l’ont compris. Réunir les gens autour d’une table, y compris les non-musulmans, c’est saisir à quel point le plaisir de la nourriture partagée compte en France.

Il serait d’ailleurs intéressant de disposer de chiffres quant à la généralisation ou non de la pratique du jeûne en France. L’idée générale est qu’elle augmente et que cela n’est pas sans poser quelques problèmes. Un ami qui enseigne dans un collège me signale que des élèves de treize ans jeûnent déjà et cela l’inquiète. Outre le fait que les concernés décrochent en termes d’attention, il note quelques heurts récurrents entre ceux qui jeûnent et ceux qui ne jeûnent pas. Et je suis d’accord avec lui quand il me dit qu’il ne faut pas être un grand devin pour comprendre que cette question du jeûne des collégiens, parfois des écoliers, va tôt ou tard être instrumentalisée sur le plan politique. Ces dernièrs temps, le ramadan se déroulait en été, passant donc un peu inaperçu, le burkini ou la viande hallal étant les vedettes du cirque médiatique. Désormais, placé au cœur de l’année scolaire, sa visibilité va être accrue. Cela ouvre des opportunités pour consolider le vivre ensemble mais, comme toujours, cela peut constituer une aubaine pour les fauteurs de troubles et les démagogues.

(*) Pour celles et ceux qui seraient confrontés à la même situation, il est possible de faire lire mon texte sur le ramadan publié par le site OrientXXI (lequel a besoin du soutien de ses lecteurs) : Ramadan : http://orientxxi.info/mots-d-islam-22/ramadan,1359
_





mardi 23 juin 2015

La chronique du blédard : Un ramadan avec (les polars de) Camilleri

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 août 2009
Akram Belkaïd, Paris



  

Note : Une chronique du ramadan 2009. Jeûne et culture peuvent aller de pair...


Et voici le retour du duo été-ramadan, perspective que beaucoup redoutent en raison de la dure combinaison entre jeûne et canicule. On se dira qu’il y a au moins une satisfaction, celle de voir se confondre deux périodes habituellement dévastatrices pour l’économie et la productivité. Ces dernières années, une phrase du type « on verra ça après l’été » signifiait en réalité « on verra ça après le ramadan », c’est-à-dire, au mieux, vers le mois d’octobre. Tout cela est en train de changer et, d’ici deux ramadans, septembre redeviendra un vrai mois de rentrée. Mais là n’est pas l’objet de cette chronique.
 
J’aimerais vous parler de lecture. Soyez rassurés, il ne s’agit pas de sujets compliqués ou d’ouvrages savants. On verra ça à la rentrée. En fait, qui dit canicule dit polar ou roman policier (il y a une différence entre les deux, si, si, c’est une thésarde* qui me l’a expliqué). Cela vaut aussi pour le ramadan : quoi de mieux qu’un polar pour tromper faim et ennui ? Et si le livre en question présente l’avantage d’aiguiser l’appétit et d’offrir une préparation mentale aux bombances nocturnes, que demander de plus ? Il faut donc lire un polar ya chriki !
 
Mais pas n’importe lequel. Pour ce qui reste de cet été, je vous propose de plonger dans l’univers de l’Italien Andrea Camilleri, lequel est devenu à près de 80 ans et grâce aux aventures de son commissaire Montalbano, l’un des auteurs cultes du moment. C’est simple, il n’y a guère d’écrivains italiens qui peuvent se prévaloir d’un succès aussi énorme que le sien. Commençons par l’une des principales raisons de la popularité de Camilleri. Comme l’explique sa notice biographique, cet ancien metteur en scène, poète et nouvelliste, s’est mis sur le tard à écrire des romans en italien « sicilianisé », une langue drôle qui ravit ses fans. 
 
Emploi incongru du passé simple (« qu’est-ce qu’il fut ? » au lieu de « que se passe-t-il ? », néologismes en pagaille, recours aux dialectes et parlés régionaux, profusion de proverbes imagés, la prose de Camilleri est d’autant plus savoureuse pour le lecteur francophone que son œuvre est mise en valeur par la traduction riche et créative de Serge Quadruppani, lui-même écrivain et journaliste, aidé par Maruzza Loria. Extrait d’un dialogue, pour vous donner l’eau à la bouche : « - Allo ? – Alli ? - Qu’est-ce qu’il fut ? – On a tiré. – A qui ? – A un type. – Il mourut ? – Il a mouru. » (1)
 
Parlons maintenant du personnage principal. Salvo Montalbano est commissaire à Vigàta, petite ville imaginaire de Sicile qui correspondrait dans la réalité à Porto Empedode. Solitaire, humaniste (ce qui ne l’empêche pas de succomber à des accès fréquents de misanthropie), grand lecteur et fin psychologue, sa manière de résoudre les affaires, au centre desquelles se trouve presque toujours un catafero – un cadavre -, est faire tourner une pagaille de pinsées dans sa coucourde et de laisser son inconscient le guider. L’homme n’est pas un Rambo mais ce n’est pas non plus Maigret puisqu’il lui arrive d’user du revolver et, au besoin, de dessouder du malfrat.
 
En toile de fond, même lointaine, des enquêtes de Montalbano, il y a, outre la mer, l’Italie d’aujourd’hui : classe politique minée par les scandales, la corruption et le populisme ; vulgarité des médias ; emprise de la mafia, désarroi des plus démunis et immigration clandestine (2). Au détour d’une phrase, d’un dialogue, c’est bien entendu Camilleri qui laisse parfois transpirer sa colère pour ne pas dire son dégoût mais c’est bel et bien le ressort comique qui lie l’auteur à son public. Pour tout dire, Montalbano n’est pas vraiment un marrant. Il peut être ironique, mordant, verser dans l’autodérision mais, mission habituelle du second rôle, c’est l’un des policiers de son commissariat qui déclenche le fou rire du lecteur. 
 
L’agent Catarella, un colosse un peu simplet mais as de l’informatique (ceci expliquant peut-être cela…), ne sait pas ouvrir une porte sans la fracasser et semble incapable de transmettre le moindre message. Second extrait : « - Allô, dottori ? C’est vous, pirsonnellement en pirsonne qui êtes au l’appareil ? – Je t’a reconnus, Catarè. Qu’est-ce que tu veux ? – Rien, je veux, dottori. – Et alors, pourquoi tu m’appelles ? – Maintenant, je vais m’expliquer, dottori. Moi, pirsonnellement en pirsonne, je ne veux rien de vous, mais il y a le dottori Augello qui voudrait vous dire quelque chose. » (1)
 
Outre le fait d’être un bon flic, la grande qualité de Montalbano est qu’il aime manger. Dans toutes ses enquêtes, le passage par une excellente trattoria est incontournable. Plus important encore – et j’assume le sous-entendu destiné à mon entourage – il adore baffrer en silence, sans avoir à parler ni à se perdre en vaines palabres. On mange d’abord, on « se » discute ensuite : voilà le onzième commandement ! Respect pour la nourriture surtout s’il s’agit de plats cuits comme « u Signiruzzu », le petit Seigneur, commande. Des anchois assaisonnés à l’huile, au vinaigre et à l’origan accompagnés d’une tranche de caciocavallo, un fromage au lait de vache. Ou encore des pâtes aux sardines ou des spaghettis à l’encre de seiche. Autre possibilité, un plat de ditalini (petites pâtes en forme d’anneau) accompagnées d’une ricotta fraîche et salée à point avec ce qu’il faut de poivre noir.
 
Quand Mantalbano mange, il lui arrive d’avoir les larmes aux yeux. Friture de poissons, soupe de suppions, salade de poulpe, dorade au four, la liste des pêchés commis par le commissaire est longue mais il en est un, suprême, qu’il faut citer : la pasta ‘ncasciata. Un dôme de pâtes, le plus souvent des macaronis, enveloppé par des tranches d’aubergines et cuit au four. Un plat sicilien par excellence dont la recette varie selon les familles et qui témoignerait du passé arabe de l’île tout comme la petrafennula, gâteau au miel, aux amandes, à l’écorce de citron et d’orange et à la cannelle (3). Quand il s’avale des pâtes ‘ncasciata, Montalbano ne trouve jamais les mots pour les décrire. Il lui arrive de les qualifier de « tendres et malicieuses » mais ce n’est jamais assez pour leur rendre hommage. Et je vous promet qu’en lisant la description de ses festins, vous aurez tout plein de pinsées pétissantes qui vous tournoieront dans la coucourde en attendant le grand moment du f’tour


En attendant, saha ramdanekoum et doucement sur le sucre.

 


(*) Désormais douktoura (note du 23 juin 2015).
(1) « Jour de fièvre », La peur de Montalbano, Pocket, février 2008.
(2) Sur le sort des harragas mineurs en Italie, il faut absolument lire « Le tour de la bouée », Pocket, février 2006.
(3) « Yasmina, sept récits et cinquante recettes de Sicile au parfum d’Arabie », par Maruzza Loria et Serge Quadruppani, Agnès Viénot Editions, 2003. A lire aussi de Camilleri, le roman « Chien de faïence » qui fait référence à la légende des Sept dormants ou Gens de la Caverne (Ahl Al-Kahf).
_

vendredi 3 août 2012

La chronique du blédard : Steaks de dinde, boureks, sabayon et pastèque grillée

_


Le Quotidien d'Oran, jeudi 2 août 2012
Akram Belkaïd, Paris

Il faudrait, dit en préambule le premier larron, imaginer un système pas trop compliqué avec des contributions sans signatures de manière à éviter tous les problèmes habituels d’égos et de rivalités puériles. Les idées seraient mises en ligne sans que l’on sache qui en est l’auteur. Ce serait une bonne manière d’obliger les uns et les autres à faire preuve d’altruisme. Du coup, ça éloignerait tous les petits malins qui ont toujours une petite idée derrière la tête. Ceux du genre à provoquer une scission pour créer leur propre cercle avec le travail et le carnet d’adresse des autres.

C’est une bonne idée, dit le second. Mais, je ne suis pas sûr que l’on puisse convaincre beaucoup de rédacteurs avec ce genre de système. Ce n’est pas facile de renoncer à la paternité d’une idée ou d’un écrit. N’est pas The Economist qui veut. Si on ne valorise pas le travail des gens, ils préféreront le publier ailleurs. Faudrait réfléchir, intervint le troisième. Les idées, ça va, ça vient et elles finissent par n’appartenir à personne. Sinon, à quelle heure on termine ? Il faut que j’y aille bientôt.

Regard en biais des deux autres. On vient à peine de commencer, proteste le premier. Quoi, tu as un rencart ? interroge le second. Faut toujours que tu sois pressé, ajoute le quatrième qui jusque-là s’est tenu coi. C’est que je dois aller à Blida, se justifie le sermonné. On m’a dit qu’il y a un éleveur qui vend d’incroyables steaks de dinde. Une chair tendre, idéale pour une grillade ou pour les brochettes du soir. Un aller-retour sur la plaque ou le barbecue et le tour est joué. Tu rajoutes de la moutarde italienne, tu sais, celle qui est un peu sucrée, une noisette de beurre salé, tu accompagnes ça avec de la galette et c’est un festin. Le mieux, c’est de rajouter de la tomate passée à la poêle. Ça atténue la sécheresse de la viande.

Je peux venir avec toi ? demande le quatrième en avalant sa salive. On prendra de la zlabia[1] de Boufarik en passant. La dinde, ça me changera un peu des boureks[2]. Ça se cuisine aussi en ragoût, non ? Si je me souviens bien, j’en ai déjà mangé avec des pommes de terre en sauce, un peu de menthe sauvage et des pois-chiche. C’est possible, acquiesce le numéro trois. Mais, pour mon ventre, ce sera boureks et steak de dinde. Avec moi, faut pas jouer avec le bourek, surtout l’algérois. Impossible de manger la chorba[3] sans ça. Ah oui ? s’étonne le numéro deux qui a posé son stylo et refermé son moleskine. Moi, il me faut surtout le brik[4] à l’œuf. Qu’il soit nature ou avec du thon et de la purée de pomme de terre. Remarque, j’ai une belle-sœur qui fait de superbes boureks à la cervelle et aux épinards.

Ça vous gênerait de vous concentrer un peu ? proteste le premier. Allez, on oublie un peu la bouffe. L’adhane[5], c’est dans huit heures. Vous avez le temps d’y penser. Parce que toi tu n’y penses pas, s’amuse le troisième ? C’est pas toi qui m’as appelé hier pour me demander où trouver de la glace au sabayon ? C’est quoi ça ? demande avec gourmandise le quatrième. Un entremet que j’ai mangé il y a longtemps en Italie, explique le premier un peu à contrecœur. De la crème glacée, de la mousse de citron et une petite génoise en dessous. Un délice. De quoi bien terminer le repas. Tu vois, on passe trop vite du salé au sucré. L’entremet, c’est la bonne transition entre les plats en sauce et les pâtisseries du soir.

Moi, dit le numéro trois, j’ai demandé à madame de me préparer des gratins de fruit. Y’a rien de mieux. Chorbabourek, grand plat en sauce, un peu de salade, verte ou de poivrons, et ensuite le gratin sucré. Avec ça, tu es prêt pour la deuxième étape. Un gratin de fruit ? Quels fruits ? s’enquiert le numéro quatre. Jamais entendu parler de ça ! C’est comme elham-lehlou[6] ? Pas vraiment, répond l’autre. Là, t’es pas obligé d’utiliser des pruneaux et des abricots séchés. Tu peux à la rigueur garder les raisins secs et la cannelle mais le meilleur gratin de fruit, c’est avec des poires, des pêches et, quand c’est la saison, des nèfles.

Je note l’idée, dit le premier. Au fait, je vous ai raconté que j’ai mangé un jour de la pastèque grillée ? Si, si, je vous jure. Des tranches fines, passées sur le grill avec de la lavande. Ça se mange en entrée ou en dessert. Ça peut aussi se préparer en brochette avec du melon, de la figue et des fraises. Un délice. Moi, dit le numéro deux, ça fait des jours que je rêve de sardines en boulettes, avec de la coriandre, du paprika et juste ce qu’il faut de panure pour que ça crisse un peu sous la dent. Dire que je détestais ça quand j’étais gamin…

J’adore ça aussi, dit le quatrième. Et les beignets de dorade ou de merlan ? Tu y as déjà goûté ? Bien frits, presque croquants, avec une purée de piments à l’huile d’olive. Je ferai des kilomètres à pied pour ça et pour une bonne galette kabyle. C’est pas tout, l’interrompt le troisième mais faut vraiment que j’y aille. Si vous voulez, je vous prends deux kilos de steaks chacun. Vas-y, de toutes les façons je ne vois pas ce qu’on pourrait dire de plus, dit le numéro deux. 

Allez, on lève la séance ! décide le premier. Mais il faut tout de même qu’on se revoie. On fera la prochaine réunion après le ftour[7]. Si on n’est pas trop assommés, objecte le troisième. Moi, ça va être difficile dit le quatrième, y’a pas mal de concerts en vue. Ça, avec les soirées familiales, je risque d’être très pris. Attendons alors la fin du ramadan, propose le numéro deux. Oui, c’est plus sage conclut le premier larron. Attendons la fin du ramadan…


[1] Pâtisserie au miel d’origine andalouse, très prisée au Maghreb pendant le ramadan, notamment en Tunisie et en Algérie.
[2] Plat d’origine turque constitué d’une pâte fine (dioul ou malsouka) entourant de la viande, des œufs ou des épinards ou parfois même du fromage ou de la cervelle, le tout étant frit.
[3] Soupe traditionnelle à la tomate, à la viande ovine (mouton ou agneau), au blé concassé (frik)  - parfois remplacé par des vermicelles – et parfumée à la coriandre et à la menthe. La chorba est le plus souvent servie au début du repas de rupture du jeûne. La chorba est très
[4] Entrée constituée d’une pâte fine (dioul ou malsouka) frite. Plat très populaire en Tunisie et dans l’est algérien.
[5] L’adhane signifie l’appel à la prière. Dans le cas présent, cet appel correspond aussi au moment de la rupture du jeûne (adhane al-maghrib, ou appel à la prière du coucher de soleil).
[6] Plat en sauce à la viande, aux oignons, aux pruneaux et aux abricots secs.
[7] Repas. Désigne ici le repas de rupture du jeûne.
_

samedi 28 juillet 2012

La chronique du blédard : Une conversation à La Marsa

_


Le Quotidien d'Oran, jeudi 26 juillet 2012
Akram Belkaïd, Paris

Le soleil va bientôt se coucher sur La Marsa et une belle lumière rouge peigne la banlieue nord de Tunis. C’est l’instant magique où les derniers baigneurs s’en retournent chez eux non sans effectuer une petite halte chez Salem, célèbre glacier de la place. Dans quelques jours, ce sera une autre ambiance, celle des journées sans fin, le plus souvent sans plage (pour cause de barbus sourcilleux) où l’on vit et respire, le ventre vide, dans l’attente des agapes et autres bâfritudes ramadanesques. Mais, pour l’heure, c’est encore le temps des joies et des plaisirs de l’été.

Une  pizzeria du coin est prise d’assaut. On commande au comptoir et on compte les minutes avant que son numéro ne soit appelé. Un couple fait son entrée. Ils font la tête. Peut-être est-ce le monde déjà présent qui les contrarie. Peut-être se sont-ils disputés. Allez savoir. Il porte un long bermuda fleuri et un débardeur mouillé par l’eau de mer. Elle, une robe d’été blanche et des sabots en caoutchouc qui crissent à chaque pas. Ils ont la même taille, moyenne et ronde, et illustrent à bien des égards la déroute de la diète méditerranéenne en Tunisie et au Maghreb. Autrement dit, l’huile d’olive battue à plate couture par le sucre, les frites et la mayonnaise… 

« Je commande, toi, tu nous trouves une place », ordonne le mari. La dame fait un petit signe de tête mais ne répond pas. « Qu’est-ce que tu veux comme pizza ? » lui demande-t-il encore. « Quatre fromages » est la réponse. « Normale ou large ? » est l’interrogation qui suit. Mouvement d’impatience de l’épouse. « Ti ch'nouwa ? Tu as décidé de me faire raconter ma vie devant tout le monde ? » crie-t-elle. « Tu sais bien que c’est large ! ». Il encaisse mais n’oublie pas sa dernière question : « et tu bois quoi ? ». Elle hausse les épaules. « Hadja zirou » lance-t-elle en montant à l’étage.

Le mari passe commande en ignorant le regard narquois du caissier. Autour de lui, les conversations un temps suspendues, reprennent. Deux hommes, la quarantaine pour l’un, vingt de plus pour l’autre, recommencent à se chamailler, prenant à témoin ceux qui les entourent et interpellant de temps à autre le pizzaiolo pour qu’il donne son avis. « Moi, je te dis que ces gens-là ne sont pas sérieux ! », insiste le plus jeune. « Ils gagnent les élections après avoir promis la lune et au bout de quelques mois les voilà qui parlent de remaniement et d’un gouvernement de technocrates. C’est la preuve qu’ils sont incapables de gouverner. Si ça continue, la Tunisie ne sera plus du tout gérée ».

L’autre, casquette sur la tête, l’interrompt avec de grands éclats de rire. « Mais arrête ! C’est quoi ce catastrophisme ? Ne sois pas mauvais perdant… Ils ont gagné, vous avez perdu. C’est tout. Vous avez du mal à digérer ça. Dans le monde entier on fait appel à des technocrates quand c’est la crise. Tu devrais être content. Ça veut dire qu’ils ne veulent pas tout contrôler. Qu’est-ce t’en penses-toi ? ». Le pizzaiolo fait mine de ne rien avoir entendu. Quant au caissier, il hoche la tête sans que l’on sache si c’est parce qu’il n’a pas d’avis sur la question ou si c’est parce qu’il n’a pas envie de parler politique en ces temps incertains où le moindre propos de travers peut provoquer un attroupement et des protestations avec force « dégage ! ».

« Il faut leur donner le temps de faire leur preuve », insiste l’aîné. « Je n’ai pas voté pour eux, je ne les aime pas mais ce n’est pas une raison pour être hystérique comme ça ou pour les provoquer à la moindre occasion. On vit des temps difficiles, ce n’est pas le moment d’en rajouter. Tiens, les artistes. Pendant des années ils se tiennent tranquilles avec Ben Ali, et là, ils veulent tout, tout de suite ! Et ça passe son temps à crier au loup, à faire peur aux gens. C’est normal que les touristes ne viennent pas. Il faudrait penser à se calmer ».

Le plus jeune va pour répondre mais la dame en robe d’été refait son apparition. « Alors ? » crie-t-elle à l’adresse de son mari qui n’a rien perdu de l’échange. « Quoi, alors ? Tu vois bien qu’il y a du monde !» répond-il avec humeur. « Un peu de patience madame, ici la pizza se mérite et elle n’en sera que meilleure » intervient l’homme à la casquette avec un large sourire. Lequel ne dure guère… « De quoi tu te mêles, toi ? Attend ton tour comme tout le monde et occupe-toi de tes affaires ! » La réplique a fusé comme un missile. Tout le monde ou presque regarde ses pieds, sentant qu’un méchant orage risque d’éclater. Le caissier aligne des chiffres sur un bout de nappe en papier et le pizzaiolo est plus que jamais occupé à pétrir la pâte. « Et puis, pourquoi est-ce que ce n’est pas un serveur qui ne nous apporte nos pizzas ? Puisque c’est comme ça, je n’ai plus faim ! » s’emporte l’épouse en quittant l’endroit. Son mari ordonne au caissier de ne pas annuler la commande et la suit à l’extérieur en grommelant.

« Ce que je leur reproche, c’est de semer la division et de ne pas avoir de discours fédérateur » reprend le jeune comme si de rien n’était. « Ça fait des mois qu’ils nous opposent les uns aux autres. Tiens, tu sais ce qu’a raconté l’un de leurs ministres ? Il a dit que nous autres, gens de La Marsa, passons notre temps à nous moquer des ceux des quartiers sud. Comme si on se sentait supérieurs à eux. Tu te rends compte ! Voilà comment on crée la haine entre Tunisiens. » 

Son compère n’a pas le temps de répliquer car le couple est de retour, faisant toujours la mine. Mais, cette fois, c’est le mari qui part à la recherche d’une table tandis que l’épouse attend la quatre-fromage et la napolitaine, toutes deux « large », et les sodas à l’aspartame. Ses yeux lancent des éclairs et elle ne cesse de regarder autour d’elle, cherchant visiblement à passer sa mauvaise humeur sur le premier venu. Ce que comprennent les clients, y compris le duo qui a cessé de parler politique. « J’en ai marre de ce pays et de ses bons à rien » souffle-t-elle. Personne ne réagit. La fatigue, la faim, peut-être. A l’extérieur, la nuit tombe en douceur sur La Marsa.
_

mardi 24 juillet 2012

N'djib el-maghreb !

_
Paris. Périphérique intérieur.
Une camionnette blanche, immatriculée dans le neuf-cinq, roule au ralenti, fenêtre ouverte, bras gauche ballant. Il est vingt-et-une heure. La rupture du jeûne est dans quarante-six minutes. Vous avez deviné. Le conducteur est un ramadanisant qui, comme au bled, passe le temps au volant en attendant l'instant R.
R comme ripailles...
Imaginons ensemble ce qui pourrait lui arriver.
Un motard de police qui lui demande de quitter le périph' puis qui s'adresse à lui, un peu énervé.
- Monsieur ! Vous rouliez à 30 kilomètres heures sur le périphérique. C'est dangereux !
- Ah oui, je suis désolé. Je suis un peu sonné. En fait, c'est pour amener le maghreb.
- Quoi ?
- Oui, c'est une expression du bled. On tue le temps en attendant l'heure du f'tour.
- Le quoi ?
- Le repas de rupture du jeûne. On tue le temps en attendant le coup de canon.
- Quel canon ???
- Celui qui annonçait la rupture du jeûne !
- Et c'est quoi cette histoire de Mahgreb ?
- C'est l'heure de la prière. La fin de la journée. On peut manger. N'djib el-maghreb, vous comprenez ?
- Bon, vous ne me paraissez pas dans votre état normal, monsieur. Vous allez souffler dans l’alcootest.
- Hein ?
- Vous en avez sur vous ? Vous savez que c'est obligatoire ?
- Mais je suis musulman ! C'est le ramadan !
- Et alors ?
- Mais je ne peux avoir bu de l'alcool ! C'est interdit par la religion.
- Bon, je veux bien vous croire. En tous les cas, je vous verbalise pour conduite dangereuse. Et il faudra penser à acheter un alcootest.
_