Retours en Algérie

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dimanche 27 juillet 2014

La chronique du blédard : Après Gaza, la « Grande Expulsion » ?

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Cette chronique a été publiée il y a déjà plus de cinq ans. Depuis, rien n'a changé pour les habitants de Gaza. L'histoire, sanglante, se répète et nous assistons aux mêmes supercheries médiatiques et aux mêmes forfaitures qui visent à dédouaner les crimes israéliens.

La chronique du blédard : Après Gaza, la « Grande Expulsion » ?
Le Quotidien d'Oran, jeudi 8 janvier 2009
Akram Belkaïd, Paris
 
C'est une funeste loi qui se vérifie de manière récurrente sans que l'opinion publique mondiale puisse grand-chose contre cela : Israël peut tuer des civils palestiniens à volonté sans rien craindre de personne et surtout pas des pays arabes dont les dirigeants sont prêts à se battre pour la Palestine jusqu'au dernier Palestinien... Ce pays possède la bombe atomique et l'armée la plus puissante et la plus aguerrie de tout le Proche-orient et de l'ouest du bassin méditerranéen. Cela lui procure un vertige qui confine à l'ivresse et qui le conduira fatalement à d'autres aventures militaires et d'autres tueries de civils palestiniens voire arabes.
 
Quoique prétende le pitoyable André Glucksmann, ancien héraut des éradicateurs algériens et partisan de l'intervention américaine en Irak, c'est bien de la disproportion des moyens de destruction mis en œuvre par Israël pour mater le Hamas dont il est question (*). Le bilan parle de lui-même : des centaines de civils morts et plusieurs milliers de blessés côté palestinien contre un nombre vingt fois inférieur chez les Israéliens. Cette comptabilité macabre démontre bien qu'il ne s'agit pas d'une guerre classique où chaque camp aurait les moyens d'infliger des pertes substantielles à son ennemi.
 
Cela fait longtemps que les défenseurs d'Israël ont affûté leur rhétorique pour systématiquement relativiser le nombre de victimes palestiniennes (ou libanaises) à chaque fois que les armes israéliennes ont parlé. Déjà, durant l'invasion du Liban en 1982, pareil discours avait été tenu tout comme lors de la première intifada où, face au nombre sans cesse grandissant de « chababs » abattus, certains tentaient de faire diversion en insistant sur l'inconscience de leurs mères, coupables, selon eux, de les encourager à affronter des engins blindés à coup de pierres.
 
Pour ces propagandistes, et quoiqu'ils prétendent en nous servant leurs trémolos humanistes, un mort palestinien n'aura jamais la même valeur qu'un mort israélien. Cela vaut aussi pour les dirigeants de l'Etat hébreu, dont certains ont déclenché cette guerre avec d'évidentes arrière-pensées électorales. Les entendre sur CNN s'apitoyer sur les pauvres civils palestiniens que leur armée vient d'étriper est surréaliste. Et bien entendu, Glucksmann et ses amis vont nous expliquer que si des civils meurent, c'est parce que les combattants du Hamas les utilisent comme boucliers humains, vieille rengaine qui a toujours servi à discréditer les Palestiniens et les Libanais.
 
Je ne fais pas partie de ceux qui défendent le Hamas même si je comprends qu'un peuple encagé depuis plus de soixante ans, comme l'est celui de Gaza, puisse décider, par épuisement et manque de perspectives, de gâcher à n'importe quel prix le quotidien de son geôlier et cela y compris par le biais d'une stratégie suicidaire. Dans le rapport de force qui existe dans la région, et au vu de la pusillanimité des voisins arabes, les tirs de roquettes contre Israël ne peuvent qu'être improductifs et déboucher fatalement sur une boucherie. Pour autant, s'en prendre à tout un peuple comme le font les Israéliens – et cela à l'abri de tout regard médiatique - est inacceptable et criminel.
 
Que peut-on anticiper de cette nouvelle guerre ? La direction actuelle du Hamas va certainement être décapitée mais est-ce que cela apportera pour autant la paix dans la région et surtout la justice pour les Palestiniens ? La réponse est bien entendu négative. Chaque jour qui passe, voit la perspective d'un Etat palestinien s'éloigner. Gaza n'est qu'un bantoustan, une réserve pour peaux-rouges. La Cisjordanie est à peine mieux lotie. Criblée de colonies, tailladée par le mur de séparation et les routes réservées aux colons, c'est un gruyère qui n'a plus rien à voir avec ce qu'étaient ses frontières de 1967. Et ces deux territoires ont un point commun : ils sont devenus les terrains d'entraînement préférés des généraux israéliens.
 
Cette impasse pousse certains intellectuels palestiniens à se rabattre sur l'idée d'un seul Etat binational, à l'image de ce que défendait feu Edward Saïd. Prudemment, ils explorent l'idée de réclamer de devenir des citoyens israéliens avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Cette piste est bien entendu combattue à la fois par les régimes arabes (comment se passeraient-ils de l'alibi palestinien !) et par le gouvernement israélien. Mais tout cela n'est que conjectures. Peut-être même est-il déjà trop tard et l'on peut se demander si quelque chose d'autre, de plus terrible, ne s'est pas mis en branle depuis le dérapage du processus d'Oslo, lequel dérapage, rappelons-le, a débuté avec l'assassinat de Rabin par un terroriste israélien.
 
Les intellectuels arabes sont souvent accusés de duplicité vis-à-vis d'Israël. Feignant de s'être fait une raison quant à l'existence de l'Etat hébreu, ils continueraient à espérer en silence sa destruction. A l'opposé, mais on en parle moins, il y a cette tentation du pire que l'on sent poindre de temps à autre dans les propos et les attitudes des dirigeants israéliens. Qui peut jurer aujourd'hui que l'expulsion des Palestiniens des Territoires à la suite d'une crise plus grave est impossible ? Qui peut affirmer que ce qui se passe à Gaza ne se passera pas demain en Cisjordanie, avec, au bout du compte, des dizaines de milliers de Palestiniens obligés de fuir vers le Nord ou vers l'Ouest sachant qu'ils ne pourront plus jamais revenir comme jadis leurs grands-parents ?
 
Les Arabes s'opposeraient-ils à cette « Grande expulsion » ? Soyons sérieux. Tous, à l'exception des Libanais, sont pétrifiés à l'idée de se colleter un jour avec les Israéliens. L'Iran ? On connaît les gesticulations antisémites de son président mais on connaît aussi le réalisme et le pragmatisme du clergé chiite et des grandes fortunes iraniennes, qu'elles soient récentes ou non. La communauté internationale ? Oublions les Etats-Unis, même présidés par Obama. L'Europe ? Elle vient de démontrer sa lâcheté en relevant le niveau de sa coopération avec Tel-Aviv alors que les turbines des chasseurs-bombardiers israéliens sifflaient déjà.
La vérité, est que les Palestiniens sont seuls malgré le soutien des opinions publiques arabes et d'ailleurs. Etre accablé par le calvaire qu'ils vivent aujourd'hui est naturel mais on le serait encore plus en réfléchissant au pire du pire qui les attend.
 

(*) Une riposte excessive ? Pourquoi l'opinion publique mondiale a tort de juger les réactions israéliennes « disproportionnées », Le Monde, 7 janvier 2009.

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