Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Obama. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Obama. Afficher tous les articles

vendredi 21 avril 2017

La chronique du blédard : Vroum et Grrr 8

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris







Avertissement initial : ce texte comporte des éléments de divulgâcheage (action de divulgâcher, ou de spoiler, un film) à propos de l’œuvre intimiste Fast and Furious 8. Le lecteur est donc averti et il ne pourra s’en prendre qu’à lui-même s’il réalise, au terme de ces lignes, qu’on vient de lui raconter le film auquel il pensait consacrer son budget culturel de la semaine (ou du mois voire de l’année). Commençons ! Au début, l’affaire se passe à Cuba. L’île de Raúl et de feu Fidel vue par des Ricains... Mais attention, il n’y a pas de nostalgie pour le passé, vous savez, 1946, le sommet à haut niveau de la mafia à l’hôtel Nacional, Lucky Luciano en maillot de bain et Frank Sinatra qui chante. Non, là, c’est juste une histoire de course de bagnoles et un hommage appuyé au génie des Cubains en matière de mécanique et de capacité – because l’embargo yankee – à faire preuve d’inventivité pour réparer et faire rouler n’importe quelle guimbarde.

On a donc droit à une course spectaculaire sur le mythique boulevard Malecón (Avenida de Maceo selon son appellation officielle). Le héros et conducteur, Dominic Toretto, ou Vin Diesel de son nom d’acteur (un blaze prédestiné pour une telle saga vrombissante), est en lune de miel à La Havane. Il en profite pour sauver la mise à un cousin impécunieux et ne cesse de dire de gentilles choses sur Cuba. Comme d’hab’, il remporte la course mais, cette fois, en roulant en marche arrière et avec le moteur en feu. Du pur spectacle en guise d’apéritif. Mais intéressons-nous quelques lignes à la présence sur le sol cubain de ce même Dominic et à celle de Letty Ortiz, sa moitié à l’écran incarnée par Michelle Rodríguez. Avec le rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats Unis et Cuba en 2015 (merci Obama…), Hollywood peut désormais mettre en scène des Américains qui se rendent en villégiature dans l’île encore soumise à embargo. Mais les avocats du film ont veillé au grain en faisant en sorte que l’on comprenne que Toretto rend aussi visite à sa famille sur place. En effet, détente ou pas, le tourisme proprement dit entre les Etats Unis et Cuba n’est pas encore autorisé par les autorités ricaines. Pour se rendre dans l’île, Mr et Mme Smith du Maine ou de l’Iowa doivent avoir de la famille sur place ou prouver qu’ils rendent visite à des « relations personnelles ». Le jour où ces dispositions disparaîtront (si Trump le veut bien), les charters débarqueront et les fast-food envahiront le Malecón…

La suite du « mouvi », maintenant. Une méchante, jouée par une blonde - ce qui inverse les codes habituels où les latinos sont les vilains-, ourdit un complot lui permettant de voler successivement : une arme à impulsion électromagnétique (ça coupe le jus et ça brouille les communications, discussions sur les réseaux sociaux comprises), les codes nucléaires russes (là, le ministre de la défense de l’ex-grand ennemi est carrément l’incarnation de l’abruti total puisqu’il se ballade avec ces codes à l’étranger) et des missiles à charge atomique. Et pour y arriver, elle enrôle par le chantage, le pauvre Dominic qui semblait heureux d’acheter sa baguette de pain cubain et qui se retrouve à rouler comme un fou à Berlin puis à New York. C’est d’ailleurs dans les rues de la grande pomme que le film offre des séquences d’anthologie avec des voitures zombie (thème très à la mode dont on a déjà parlé *) qui se jettent du haut des parkings et une course-poursuite qui fait penser à la capture d’un cheval sauvage (lequel finit tout de même par s’échapper).

Dominic Toretto est donc devenu un bandit poursuivi par ses amis avec en tête Luke Hobbs, dont le nom d’acteur est Dwayne Johnson et que les cinéphiles avertis et exigeants connaissent aussi sous le sobriquet de « The Rock » qu’il utilise dans une autre vie pour ses combats de catch. Parmi les poursuivants on retrouve aussi Ian Shaw (Frank Martin) connu sur d’autres écrans sous le nom d’un certain Frank Martin habitué à conduire des voitures à toute berzingue en transportant dans son coffre des choses précieuses, interdites ou inconnues du spectateur jusqu’au dénouement. Bref, les méchants de jadis, deviennent gentils. Les bons frayent avec les mauvais. Les ordinateurs trouvent la solution à tout comme dans la série 24 Heures (au fait, Jack -is back- Bauer, alias Kiefer Sutherland est devenu chanteur après avoir décidé de bombarder l’Algérie **) et le temps file assez vite pour faire oublier le genou qui s’ankylose.

Le grand dénouement a lieu dans le grand nord russe, avec mer gelée et sous-marin nucléaire en prime. Ça tire de tous les côtés, ça glisse et le rouquin sauvageon de Game of Thrones se fait dessouder par Toretto qui, en réalité, n’a jamais rejoint le côté obscur de la force. Ah oui, n’oublions pas les pauvres Russes qui se font ratatiner par dizaines. Arrêtons-nous ici quelques secondes et reprenons notre sérieux. Intéressante la manière dont les Russes sont désormais traités par Hollywood. La disparition de l’ex-URSS a obligé les scénaristes à modifier la donne. Depuis maintenant plus de quinze ans, le méchant russe est un outlaw nostalgique de l’empire rouge. Ce n’est pas forcément un communiste mais il pleure la puissance perdue de son pays. Ce peut être aussi un quelconque séparatiste souhaitant l’indépendance d’un « machin-stan » mais le mauvais rôle n’est jamais attribué à un représentant d’une Russie officielle toujours décrite comme faible, corrompue et ayant besoin de l’aide de l’Amérique pour faire rentrer ses criminels dans le rang. En somme, et pour résumer ce propos géocinématographique, Hollywood n’a pas encore décidé de s’attaquer à Vladimir Poutine et d’en faire le père de tous les méchants.

On terminera ce compte-rendu en signalant que la blonde, défaite, s’échappe dans les airs ce qui laisse indiquer que F&F numéro 9 est pour bientôt. D’ailleurs, et c’est une nouvelle qui démontre qu’il ne faut jamais désespérer de la nature humaine et que des informations positives existent, les deux principaux acteurs, Toretto et le catcheur, se seraient réconciliés après une grosse brouille pendant le tournage de l’opus dont il vient d’être question. On respire et on compte désormais les jours en attendant avec impatience la date de retour sur les écrans de Rapide et Furieux.

* La chronique du blédard : « DZombie », Le Quotidien d’Oran, jeudi 3 avril 2014.
** La chronique du blédard : « Jack is back et la parano du wanetoutrisme », Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 octobre 2016.


lundi 12 octobre 2015

La chronique économique : L’Amérique met le cap sur l’Asie

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 7 octobre 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Barack Obama dans les pas de Bill Clinton… Dans quelques mois, lorsqu’arrivera le terme du second mandat de l’actuel président américain, de nombreux commentateurs dresseront son bilan et il est possible qu’ils le comparent à celui de Bill Clinton, président de 1992 à 2000. Et s’ils cherchent un élément commun, il est fort possible qu’il réside dans la question des accords commerciaux signés par les Etats-Unis. En effet, l’administration Obama vient de mener à son terme les négociations pour la conclusion du Partenariat Transpacifique (TPP). Ce dernier concerne 12 pays (États-Unis, Canada, Mexique, Chili, Pérou, Japon, Malaisie, Vietnam, Singapour, Brunei, Australie et Nouvelle-Zélande) dont les échanges représentent les deux cinquièmes du commerce mondial.
 
Le soutien des républicains
 
Dans les faits, cet accord harmonise les normes des pays concernés et abaisse les droits de douanes afin de faciliter les échanges. Selon les premiers éléments disponibles, il implique un plus grand respect de la propriété intellectuelle (ce qui devrait ravir les éditeurs de logiciels américains très piratés en Asie) et la levée des restrictions quant à l’usage d’Internet. Le TPP prévoit aussi l’interdiction des trafics d’animaux sauvages et aborde aussi la lutte contre quelques abus environnementaux. Au total, ce sont 18 000 droits de douane auxquels étaient assujetties les exportations américaines en direction de ses 11 partenaires dans des secteurs comme la machine-outil, les technologies de l’information, la chimie ou les produits agricoles, qui sont levés.
 
Ce n’est qu’en janvier 2016 que le Congrès américain doit entériner le TPP mais il est plus que probable que l’administration Obama fera voter le texte. En effet, comme pour Bill Clinton avec l’accord de libre-échange nord américain (Alena) négocié en 1994, le président démocrate pourra compter sur le vote d’élus républicains dont la famille politique est traditionnellement favorable au libre-échange. Cela ne se sera pas inutile car de nombreux élus démocrates n’ont pas manqué de manifester leur hostilité au TPP. Certes, la Maison-Blanche a beau jeu de mettre en avant le fait que cet accord va obliger des pays comme le Vietnam, la Malaisie ou Brunei à améliorer leur droit du travail. Pour autant, la gauche américaine dénonce d’ores et déjà une nouvelle trahison.
 
En 1994, la centrale syndicale AFL-CIO, soutien traditionnel du Parti démocrate, avait dénoncé l’Alena comme une menace majeure contre l’emploi aux Etats Unis. Aujourd’hui, elle estime qu’il a détruit plus de 700.000 emplois et contribué à accélérer la désindustrialisation de l’Amérique. Il ne fait nul doute que ces reproches vont se reproduire à l’encontre du TPP et donc peser sur la campagne pour l’élection présidentielle de 2016. Bernie Sanders, le principal adversaire d’Hillary Clinton pour la primaire démocrate pour ce scrutin a ainsi estimé que le TPP est une victoire pour Wall Street. Même l’industrie américaine, à l’image du constructeur Ford, s’est élevée contre un accord qui saperait sa compétitivité.
 
Un levier contre la Chine
 
Il reste que les chances de retour en arrière de l’administration américaine sont faibles. Barack Obama tient à cet accord dont l’implication en matière de politique étrangère est immense. En effet, le TPP représente pour Washington un levier d’importance pour contenir l’expansion commerciale et économique de la Chine en Asie. C’est une manière de créer une zone d’échanges dont Pékin serait exclu. En la matière, les Etats Unis viennent donc de réaffirmer que l’Asie demeure leur zone d’influence. Il y a quelques mois, la Chine avait frappé un grand coup en lançant une banque régionale pour le financement d’infrastructures. La réponse américaine n’a pas tardé et le grand jeu asiatique entre les deux puissances ne fait que commencer.
_

lundi 17 mars 2014

La chronique du blédard : Quelques réflexions sur la crise ukrainienne

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 mars 2014
Akram Belkaïd, Paris

Les médias occidentaux tiennent enfin leur méchant global, celui qui empêche la planète de bien tourner. Il s’agit, bien entendu, de Vladimir Poutine, le président de la Russie. Entendons-nous bien, il n’est pas question de défendre celui qui, dans un monde normal et juste, devrait être jugé pour ce qui s’est passé en Tchétchénie dans les années 1990 cela sans compter la manière, pour le moins expéditive, dont il est s’est débarrassé de nombre de ses opposants. C’est évident, Poutine est un autocrate qui entend faire le maximum de mandats présidentiels et qui empêchera la Russie d’évoluer vers un système plus démocratique et ouvert. Mais, le problème, c’est que sa position quant à la crise ukrainienne est trop souvent analysée selon le prisme simplificateur du bien contre le mal. On aurait, d’un côté, des Ukrainiens pro-européens, démocrates et modernistes et, de l’autre, un camp réactionnaire, liberticide et même impérialiste puisque Poutine est accusé de vouloir restaurer la grande Russie des tsars voire l’Union soviétique. Or, l’affaire est bien plus compliquée que cela.

Qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Iran, de la Géorgie et, aujourd’hui, de l’Ukraine, la position et les décisions concrètes de Poutine sont trop souvent assimilées à de l’irrationalité et à de l’imprévisibilité sur le thème du « c’est connu, les dictateurs sont tous des fous… ». Or, dans cette crise ukrainienne, la Russie a sa propre logique. Elle défend d’abord sa sphère d’influence et il est ahurissant de voir les Occidentaux s’étonner que Moscou leur dise « pas touche à mon voisinage direct ». A quoi s’attendait donc l’Union européenne (UE) en proposant un accord d’association à Kiev si ce n’est de provoquer la colère de Moscou ? Petite parenthèse, on relèvera au passage que l’enjeu n’en valait guère la chandelle. En effet, ce qui a été proposé à l’Ukraine, ce n’est pas une adhésion à l’UE. Ce n’est pas la possibilité de profiter des fonds structurels ou de bénéficier d’aides pour l’acquis communautaire. Non, ce que Bruxelles a « offert » aux Ukrainiens, c’est plus de libre-échange (car c’est à ça que servent principalement les accords d’association), des crédits à des taux à peine bonifiés et plus d’implication dans la lutte contre les flux d’immigration clandestine. Toute cette crise pour ça… Fin de la parenthèse.

Sur le plan économique, la Russie a des intérêts énormes en Ukraine, pays, il faut tout de même le rappeler, qui est considéré comme étant le berceau du monde russophone. A Moscou, qu’ils soient ou non proches du Kremlin, les grands patrons se sont inquiétés de se voir peu à peu déloger de ce qu’ils considèrent être comme une chasse gardée. Pour simplifier, c’est un peu à l’image du patronat français qui ne cesse de se plaindre auprès du président François Hollande de l’offensive générale de la Chine au Maghreb et en Afrique subsaharienne. La crise actuelle ne peut donc se résumer à une belle bataille entre la démocratie du monde libre et les forces totalitaires. Ce qui se passe en Ukraine, est une guerre économique pour le contrôle d’un pays, certes en banqueroute, mais dont le potentiel industriel et agraire intéresse au plus haut point les grandes multinationales occidentales qui aimeraient bien réduire l’influence des oligarques russes et ukrainiens.

Mais restons sur cette thématique économique et posons une question qui, a priori, va sembler hors de propos. Quel est le rapport entre la crise ukrainienne et le football européen ? Aucun, diront celles et ceux qui ne s’intéressent guère à la balle ronde et ils auront tort. Car, au moment même où chancelleries et médias occidentaux s’inquiètent et s’indignent de ce qui se passe en Crimée, les amateurs du sport-roi apprennent à chaque diffusion d’un match de la Ligue des champions que le généreux sponsor de cette compétition – la plus prestigieuse en Europe occidentale et même dans le monde – n’est autre que le géant russe Gazprom et cela depuis 2012. De même, on relèvera – chose qui a été très peu commentée – que le patronat allemand est absolument contre la moindre sanction contre la Russie ne serait-ce que parce que 31% du gaz naturel consommé en Allemagne est livré par Gazprom. Cette réticence existe aussi chez de nombreux patrons français pour qui le pays de Vladimir Poutine est un marché en croissance qu’ils ne peuvent abandonner à d’autres concurrents. Cela signifie que l’on n’est pas en présence de deux blocs hermétiques l’un à l’autre et donc susceptibles d’entrer en collision. Bien au contraire, les milieux d’affaires sont de plus en plus imbriqués. Du coup, il ne faut pas s’étonner d’entendre Gerhard Schröder critiquer avec virulence la position de la France et de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie puisque le prédécesseur d’Angela Merkel est aujourd’hui président du conseil de NordStream, société contrôlée par Gazprom…

Terminons enfin par la question de la Crimée en rappelant d’abord que cette péninsule n’a été séparée de la Russie et rattachée à l’Ukraine qu’en 1954 dans le cadre d’un redécoupage interne (et arbitraire) à l’Union soviétique. Au-delà de la légalité de l’annexion que semble vouloir imposer Moscou, on est aussi obligé d’examiner la question du sort et de la sécurité de la population russophone de Crimée ou alors cela signifierait que pour l’Occident il y a des minorités qui comptent et qu’il faut protéger et d’autres pas. De même, qui peut vraiment croire que Moscou acceptera qu’une Ukraine pro-européenne puisse contrôler d’une manière ou d’une autre la base navale de Sébastopol, lieu de mouillage de la flotte russe de la mer Noire ? Là aussi, c’est donc la réalité géopolitique qui prime.

Comment tout cela va se terminer ? Tout dépend de la manière dont la position américaine va évoluer. Obama va-t-il opter pour plus de fermeté ou pour un pas en retrait dans un contexte où les sirènes de l’isolationnisme se font de plus en plus entendre à Washington. En tous les cas, une chose est sûre : l’Europe, malgré son agitation ne pèse guère dans ce monde en recomposition. Sans diplomatie commune, sans politique unifiée de la défense, et, on ne le répétera jamais assez, sans leadership d’envergure, elle risque de sortir de ce conflit encore plus discréditée qu’elle ne l’est aujourd’hui. De cela, l’Allemagne d’Angela Merkel en a conscience et c’est vraisemblablement ce pays qui détient la clé de sortie de crise.
_

mardi 6 novembre 2012

Retour sur la nuit électorale américaine de novembre... 2008

_

La chronique du blédard : Une nuit sur CNN
Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 novembre 2008
Akram Belkaïd, Paris 
 
Mardi 23h58. Première tasse de thé. Cette nuit, ce sera CNN (tv et internet) avec BBC.com en couverture. Fuyons télés et radios françaises et préférons l'original aux pâles copies. Les images des longues files aux abords des bureaux de vote alternent avec les paniers de Barack Obama dans une salle de basket-ball (il y joue à chaque élection) et le dernier meeting de John McCain. On parle aussi de coups tordus : en Floride, des coups de téléphone anonymes affirment que Castro et Chavez soutiennent Obama. Ailleurs, des SMS conseillent aux électeurs du candidat démocrate d'aller voter mercredi... CNN encourage les citoyens à lui signaler « tout problème ».

Mercredi 00h21. C'est parti. MacCain aurait remporté le Kentucky, soit huit grands électeurs. Aïe. C'était prévu, mais tout de même... Un historien avoue, avec un accent traînant du sud, qu'il n'aurait jamais imaginé qu'il assisterait un jour à une élection où un afro-américain serait en passe de devenir président de la première puissance mondiale. L'entourage de McCain se dit « stoïque ». On attend les résultats de la Virginie, du Vermont, de la Caroline du Sud et de la Géorgie.

01h01. Le Kentucky pour McCain, le Vermont (le plus cool des Etats US) pour Obama. Pour la suite, il faut attendre. Deuxième tasse de thé. Quelques minutes plus tard, une correspondante est téléportée de Chicago vers la « situation room » à New York. En fait, c'est un hologramme qui est projeté. Belle démonstration technologique.

01h35. Beaucoup de bla-bla et toujours ce même score : 3 grands électeurs pour Obama, 8 pour McCain. Des supporters d'Obama s'installent dans un stade à Chicago. « C'est trop tôt, encore trop tôt », ne cesse de répéter Wolf Blitzer, l'homme de la « situation room ». A quoi doivent penser les deux candidats (et la dizaine d'autres dont personne n'a parlé) ?

02h00. Un petit carillon, de nouvelles projections viennent de tomber. Yeah ! Les choses s'accélèrent. Obama a remporté une flopée d'Etats et il mène désormais la danse avec une projection de 77 grands électeurs contre 34 à McCain (il en faut 270 pour empocher la mise). On attend avec impatience les résultats de la Floride et de la Pennsylvanie. Les présentateurs de CNN s'amusent avec leurs statistiques et leurs écrans tactiles dignes de Minority Report.

02h09. Et si Obama remportait la Floride ? Et ça démarre visiblement bien pour lui dans l'Ohio. Troisième tasse de thé. « Pour le moment, tout est positif » affirme David Axelrod, le stratège électoral d'Obama.

02h30. On passe à 81-34. On parle partout d'une participation exceptionnelle. Il est maintenant 02h40 et CNN annonce qu'Obama a remporté la Pennsylvanie (Etat où il avait perdu les primaires face à H. Clinton). On passe à 102-34. McCain a raté son coup dans cet Etat malgré tous ses efforts de dernière minute. « Devastating », affirme un analyste sur CNN. Le match est peut-être déjà plié. Une fessée se dessine d'autant qu'on se rapproche de la majorité au Sénat pour les démocrates.

03h00. Voilà Obama qui mène à 174 contre 49. Tous les Etats qui devaient voter pour le Démocrate, l'ont fait. Un courriel s'affiche sur mon écran. « Vote, baby, vote », affirme-t-il en tournant en dérision le slogan « drill, baby, drill » de McCain. Sandwich. Un analyste affirme que l'effet Bradley, du nom de ce candidat noir battu dans un scrutin en Californie alors qu'il était en tête des sondages, n'a guère pesé.

03h12. L'effet Bradley ne joue peut-être pas mais la Georgie vote McCain (174-64). Cela signifie aussi que dans cet Etat, comme dans l'Alabama, le vote noir n'a guère pesé. Les résultats défilent. Quelques démocrates sont battus pour les élections aux deux chambres. Que doivent-ils ressentir alors que la déferlante bleue (la couleur de leur parti) se confirme ?

03h22. On passe à 174-69. Au QG électoral de McCain dans l'Arizona, un plouc barbu chante en s'accompagnant d'une guitare sèche. Blitzer lance la pub et promet une projection majeure pour la suite. C'est fait, l'Ohio est tombé dans l'escarcelle d'Obama (194-69). Jamais aucun républicain n'a gagné la présidentielle sans emporter l'Ohio. Au QG, le plouc chante toujours mais les visages sont abattus. « The mood is not good », explique une journaliste. Ah comme on aimerait pouvoir zapper sur Fox News et jouir de la mine défaite de ces tarés de propagandistes réacs. Vote, baby, vote. Et on passe même à 199-78. Maintenant, ce n'est que du plaisir même si le sommeil réclame son dû.

03h43. L'analyste John King, véritable bible électorale, explique, simulations à l'appui, que McCain n'a plus les moyens de gagner les 270 grands électeurs. Obama garde la tête grâce à sa victoire dans l'Iowa (207-89), justement là où tout a commencé pour lui durant les primaires. D'autres Etats ne devraient pas lui échapper : ni la Floride et encore moins la Californie et les autres Etats de la côte Ouest. « It's over », c'est terminé, aurait affirmé un responsable républicain à une journaliste de CNN.

04h24. L'entourage de McCain admet officieusement la défaite malgré ses victoires dans le Texas et d'autres Etats du sud (il faudra qu'Obama en tienne compte pour l'avenir). Il est temps d'aller dormir même si personne sur le plateau ne semble oser vouloir proclamer qu'Obama a gagné. Pourtant, il n'y a plus de suspense. Oh, man, yes, they did !

05h00. C'est fini : CNN annonce qu'Obama est président : « Barack Obama elected president ». Son score serait même meilleur que ceux de Clinton ou de Carter. A Chicago, c'est la folie dans le stade. Saisissant spectacle d'une foule heureuse, émue, et même incrédule. Qu'on le veuille ou non, ce matin, l'Amérique est grande, immense.

05h30. Juste quelques mots avant d'éteindre le poste où vient d'apparaître l'hologramme de Will.I.AM, le chanteur de Black Eyed Peas et grand supporteur d'Obama (son clip « yes, we can », restera un grand moment de la campagne). Les voici: Bienheureux le peuple d'Amérique qui vient de décider, pacifiquement, que l'heure de l'alternance avait sonné. Ah, quel beau mot que l'alternance.

C'est le corollaire de la démocratie, de l'impossibilité des présidences à vie ou de l'installation de dynasties. Quant à nous, pauvre de nous, Maghrébins, Arabes du Proche-Orient et du Golfe, Africains sub-sahariens, nous allons continuer à courir pieds nus au rythme des présidents à vie, des roitelets inconsistants, des dictateurs cupides, des Constitutions rapiécées et des discours creux et ronflants sur nos pseudos libertés.
_

samedi 1 octobre 2011

La chronique du blédard : Obama ou l'éloquence du velléitaire

_

C'était il y a un an à peine. S'adressant à la tribune des Nations unies, Barack Obama avait déclaré que le monde était «prêt à un accord qui conduira à la création d'un nouvel Etat palestinien, l'année prochaine». Comme tant d'autres de ses interventions, ce discours avait été marqué par la puissance du verbe. Douze mois plus tard, le même homme s'est de nouveau exprimé sur le sujet, avec éloquence mais pour exprimer son refus de la reconnaissance officielle d'un Etat palestinien par l'Onu, qualifiant cette démarche de «raccourci illusoire ». Dans la foulée, le locataire de la Maison Blanche a fait porter aux seuls Palestiniens la responsabilité de l'échec d'un pseudo-processus de paix qui, en réalité, ne sert qu'à permettre à Israël de gagner du temps et à engranger les faits accomplis ou, selon une autre expression, à multiplier les «facteurs d'irrévocabilité » en ce qui concerne notamment le maintien et l'expansion des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

En novembre 2008, nous avons été des millions à travers le monde à nous réjouir de l'élection du premier président afro-américain de l'histoire des Etats-Unis. «Le changement est arrivé », avions-nous répété en reprenant le slogan de sa campagne lequel faisait allusion à un vieux chant des descendants d'esclaves. Bien sûr, nous n'étions pas naïfs quant à sa marge de manœuvre. Le président de l'Amérique n'est pas un magicien et ses pouvoirs sont limités à dessein, les Pères fondateurs du pays ayant eu en tête de ne jamais le soumettre à une nouvelle tyrannie après celles des rois anglais. Il n'empêche, après huit années de présidence bushienne, il était temps qu'un peu d'air frais nous parvienne de Washington.

Aujourd'hui, l'échec d'Obama est patent. Rien n'a vraiment changé dans la situation des Etats-Unis ni même dans leur manière d'appréhender le monde. Bien sûr, nous avons eu de beaux discours comme celui du Caire au printemps 2009. Citons aussi celui du 14 février 2011 à Washington, le jour même de la chute de Hosni Moubarak. Là aussi, ce furent des propos à la fois aériens et inspirés, profonds et émouvants. Mais il s'agissait de mots et rien d'autre. Et soudain, reviennent en mémoire les mises en garde de l'écrivain Cornel West (lequel a tout de même fini par se rallier à sa candidature). Obama ? Trop bavard, pas assez courageux, trop velléitaire, trop soucieux de plaire aux puissants, avait ainsi jugé cet activiste et critique impitoyable des inégalités raciales aux Etats-Unis.

Obama parle, fait des discours, emprunte des accents messianiques quand il s'agit de revigorer ses troupes mais, finalement, il n'agit guère. Et cela ne concerne pas que les pauvres Palestiniens. Ainsi, le camp de Guantanamo, «une honte pour l'Amérique » de l'aveu même de Colin Powell, l'ancien chef de la diplomatie américaine sous Bush, fonctionne-t-il encore et sa fermeture ne semble plus être à l'ordre du jour. A la Maison Blanche et au Capitole, les lobbyistes de tous poils ont leurs entrées alors que le candidat Obama avait promis de les chasser ou, du moins, de limiter leur pouvoir. De même, les gens de Wall Street font-ils encore la loi, empêchant les Etats-Unis de remettre au goût du jour des législations imaginées par l'administration Roosevelt, dans sa lutte contre la Grande Dépression. Même l'assurance-maladie s'avère être finalement un fiasco pour le président américain, son texte initial ayant été détricoté au fur et à mesure de ses compromis passés avec le camp républicain.

Et c'est là qu'apparaît ce qui est peut-être la grande faiblesse d'Obama. D'aucuns disent qu'il est faible, incapable de prendre la moindre initiative risquée et, qu'en somme, il manquerait de courage à la différence d'un Clinton toujours partant pour croiser le fer avec ses ennemis. Il y a sûrement de cela mais on peut aussi penser qu'il y a une autre raison. Obama, de par ses origines et le complexe identitaire qui l'a longtemps tourmenté (comme lorsqu'il se faisait appeler Barry), est dévoré par l'obsession de plaire. A force de vouloir être apprécié, y compris par ses adversaires politiques, il en oublie ce pour quoi il a été élu. C'est d'ailleurs un comportement très fréquent chez les représentants de ce que l'on appelle les minorités visibles. C'est le cas en France à l'image des fameux «beurgeois » qui, pour reprendre une expression bien algérienne, n'en finissent plus de «s'excuser de demander pardon » et qui n'ont qu'une seule envie : prouver qu'ils sont sages, raisonnables et donc dignes de confiance.

Le discours prononcé en fin de semaine dernière par Obama devant les Nations unies est, en cela, un bel exemple. Ce n'est pas aux chefs d'Etats et de gouvernements présents qu'il s'adressait ni même à Benyamin Netanyahu flanqué de son raciste de ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman. En réalité, Obama devançait les exigences d'un Congrès américain dominé par les républicains et nettement en faveur d'Israël. En faisant cela, le président étasunien a feint au passage d'oublier que le gouvernement israélien lui a infligé moult humiliations comme lorsqu'il a annoncé le lancement de nouveaux chantiers de colonisation alors même que le vice-président Joe Biden était en visite officielle en Israël.

S'aligner sur la position de ses adversaires pour se les concilier et surtout, pour éviter l'humiliation d'une défaite électorale au Congrès : mais quelle stratégie de gagne-petit ! Quelle preuve d'impuissance aussi. On peut penser qu'Obama est désormais entièrement tourné vers l'échéance électorale de novembre 2012. Le problème pour lui, c'est que toutes ses concessions et tous ses reniements ne risquent guère de lui servir. En effet, il y a de fortes chances pour qu'il ne soit pas réélu comme l'a si bien compris la pléthore de candidats aux primaires républicaines. Battu après avoir tant parlé mais si peu osé : la belle légende d'Obama, risque fort de se terminer en triste déroute.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 septembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

mercredi 28 septembre 2011

Quand Michèle Obama m'écrit

_

Un message reçu aujourd'hui. Trois dollars pour avoir une chance de rencontrer Barack.
La campagne électorale est lancée...


Akram --

Not everyone knows how to prepare for a dinner like this. As someone who's eaten countless meals with my husband, I want to tell you the one thing to do if you're selected to join him...

Just relax. Barack wants this dinner to be fun, and he really loves getting to know supporters like you.

I hope you'll take him up on it before Friday's deadline.

Will you donate just $3 today and be entered to have dinner with Barack?

These dinners mean a lot to Barack. They're a chance for him to talk with a few of the people who are driving the campaign -- and a chance for him to say thank you.

So come prepared to tell your story, and say whatever's on your mind.

Don't miss the opportunity to be there. Donate $3 or more today, before the September 30th deadline:

https://donate.barackobama.com/Dinner

Thanks,

Michelle

mercredi 8 août 2007

Elections américaines : Obama et le "bon sens en politique"


C’est un peu le monde à l’envers. Traditionnellement, la politique étrangère ne pesait guère dans le débat électoral américain et l’inexpérience dans ce domaine n’a jamais constitué un obstacle important. On se souvient par exemple de la campagne pour le scrutin de 2000 où George W. Bush s’était avéré incapable de citer le nom du président pakistanais Pervez Musharraf (« Heu... C’est un général, je crois », avait-il répondu au journaliste qui l’interviewait). Mais au cours des derniers jours, c’est ce motif qu’ont invoqué les adversaires d’Obama pour disqualifier Barack Obama.

En déclarant qu’il n’hésiterait pas, en tant que président, à user de la force militaire contre Al-Qaida au Pakistan, en se passant au besoin de l’accord du président Pervez Musharraf, le sénateur démocrate de l’Illinois s’est ainsi fait traiter de dangereux « va-t-en guerre » et d’« inconscient » par ses rivaux politiques qu’ils soient démocrates ou républicains. Quelques jours plus tôt, lors d’un débat avec les candidats démocrates, il s’était dit prêt à rencontrer sans préalable les dirigeants de pays opposés aux Etats-Unis tels l’Iran, la Syrie, le Venezuela, Cuba ou la Corée du Nord. « Colombe naïve » voire « incompétente » ont aussitôt tranché ses adversaires, Hillary Clinton en tête, qui ont encore profité de ses propos selon lesquels il n’ordonnerait pas le recours à l’arme nucléaire. « Il passe de Jane Fonda (qui avait milité contre la guerre au Vietnam) au Docteur Folamour (qui dans un film de Stanley Kubrick déclenche une guerre nucléaire) », a même ironisé de son côté le candidat républicain Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts.

Ces critiques ont de quoi surprendre. D’abord, parce qu’elles émanent de personnalités politiques qui n’ont guère brillé par leur sagacité en soutenant, voire en encourageant, la décision du président Bush d’envahir l’Irak en mars 2003. On pense à Hillary Clinton qui n’en finit pas d’essayer de faire oublier qu’elle avait voté pour la guerre et que ses propos de l’époque faisaient d’elle l’un des principaux faucons du camp démocrate.

Mais il n’y a pas que cela. Qu’Obama déclare qu’il utilisera la force contre Al-Qaida ne devrait choquer personne et il est étonnant d’entendre la Maison-Blanche défendre le général Musharraf après avoir multiplié les critiques à son encontre à propos de son incapacité, voire de sa duplicité, à mener le combat contre les extrémistes dans les zones tribales frontalières de l’Afghanistan. Il y a quelques semaines, dans un entretien accordé à la radio publique américaine, Hillary Clinton avait elle-même évoqué le recours à la force par les forces armées américaines à l’intérieur du Pakistan.

De même, Obama semble avoir compris, comme Nixon en son temps avec la Chine, que les tensions récurrentes entre les Etats-Unis et certains Etats dits « voyous » ne se règleront que par le dialogue et la négociation. Et son principal conseiller David Axelrod n’a pas tort de dire que Barack « tente d’insuffler un peu de bon sens dans une politique étrangère qui en a grandement besoin. »