Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 15 juillet 2017

Nouvelles du monde arabe : Entretien avec Akram Belkaïd (Pleine lune sur Bagdad)

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DIACRITIK


— LE MAGAZINE QUI MET L'ACCENT SUR LA CULTURE —

Jeudi 13 juillet 2017




Akram Belkaïd, journaliste algérien, vient de faire paraître aux éditions Erickbonnier dans la collection « Encre d’Orient », un recueil de quatorze nouvelles dont le point de jonction est le 20 mars 2003, « la nuit de pleine lune » où les États-Unis ont déclenché l’invasion de l’Irak pour renverser le pouvoir en place. Se positionnant dans différents pays et villes du Maghreb au Machrek, il saisit des situations et des personnages très divers pour faire vivre aux lecteurs le quotidien d’Irakiens, de Palestiniens, de Saoudiens, de Koweïtiens, de Syriens, d’Algériens, de Jordaniens, de Libanais, de Marocains, de Tunisiens qui ont vécu, les uns et les autres, cette irruption brutale de l’intervention américaine. Chaque nouvelle réserve une place la poésie dont on sait qu’elle est un genre majeur dans la civilisation arabe et en valorise l’élément métaphorique le plus utilisé, la lune. Certains poètes reviennent comme Nâzik al-Malâïka, Mahmoud Darwich ou Mohammed Dib. La poésie n’est pas citée comme ornement : elle est profondément inscrite dans la vie et la culture des personnages mis en scène. Le choix du sujet de chaque nouvelle est fait pour donner une information mais aussi pour créer un décalage entre le lecteur et sa représentation de ces sociétés.

La suite est à lire ici : Nouvelles du monde arabe : entretien avec Akram Belkaïd
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vendredi 23 juin 2017

Pleine Lune sur Maghreb : Extrait 14/14 : Paris

 

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« Je suis épuisée, je n’y arrive plus. Mon cerveau refuse de traduire, ma main ne peut plus écrire et mon ordinateur fonctionne au ralenti. Un virus, sûrement. Il faut pourtant que je m’y remette. J’ai plusieurs jours de retard et il me faut cet argent. L’éditeur attend mon texte. Ce sera mon cadeau d’au-revoir, une vaine tentative de me faire regretter. Mais je ne me fais aucune illusion, je serai vite oubliée. Un matin, devant une machine à café, quelqu’un dira mais qu’est donc devenue cette traductrice qui travaillait si lentement ? Vous savez bien, cette Libanaise ou Jordanienne, je ne sais plus. On lui répondra peut-être. Ou pas. Et puis la conversation glissera sur autre chose. Des manuscrits à corriger, un auteur à relancer. Où serai-je alors ? Que serai-je ? » 
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jeudi 22 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : La recension du HuffPostMaghreb

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Pleine Lune sur Bagdad d'Akram Belkaïd : De l'Atlantique au Golfe, des femmes et des hommes dans la nuit de Hulagu-Bush

Par   

Ceux qui ont pu visiter l'Irak sous embargo en 2002, alors que s'accumulaient les nuées malsaines de la guerre, pouvaient sentir de Baghdad au Nadjaf, et sans doute jusqu'à Basra, que le désespoir avait une consistance palpable, matérielle. Si lourde que certains en arrivaient à voir dans le cataclysme qui s'annonçait une issue possible.
Beaucoup admettrons par la suite que c'était une illusion, une fausse issue, pour les peuples et les individus d'Orient ou du monde arabe qui sont un peu comme les humains dans la mythologie grecque constamment ballotés entre les humeurs changeantes des Dieux de l'Olympe.
Le magnifique recueil de nouvelles d'Akram Belkaïd qui se lit comme un roman polyphonique avec des personnages qui s'entrecroisent tous dans un moment où un des Dieux de l'Olympe moderne, de l'Empire, donne l'ordre d'entamer le carnage, m'a replongé dans l'Irak de 2002.

Pleine Lune sur Bagdad : Recension par OrientXXI

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La nuit du 20 mars 2003, l’Irak est envahi par les États-Unis et leurs alliés. Les personnages des quatorze nouvelles de Pleine lune sur Bagdad de notre collaborateur Akram Belkaid vivent à Bagdad, Damas, Casablanca, Koweït City... ou même à Washington. Ils savent dès cette nuit qu’ils entrent dans un temps de violence et de souffrances dont ils seront — dont ils sont déjà — à la fois victimes et acteurs.
Le quatorzième jour du mois lunaire apparait la pleine lune. On distingue alors clairement des détails invisibles d’ordinaire : ce que font les gens chez eux ou dehors à pareille heure, où ils vont, avec qui. Entre croissance et décroissance, l’astre plus luminaire que jamais invite à la méditation, au silence, au jeûne ou au rêve. Un temps propice à d’autres paroles, aux récitations de poèmes, dans lequel l’ordre et le sens des mots parviennent parfois à exprimer mieux que d’habitude – ou différemment — malaises, inquiétudes et angoisses.

La suite est à lire ici : http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/pleine-lune-sur-bagdad-d-akram-belkaid,1908
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Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°13 : Casablanca

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« Que dit la nuit ? Oui, que nous dit-elle de Casablanca ? Ou, plutôt que nous montre-t-elle ? Tournons le dos à l’océan agité et à la grande mosquée baignant dans sa muette solitude. Regardons vers le nord-est. Nos yeux balayent un entrelacs de petites collines hérissées de maisons de lune. Des semis d’habitations construites à la hâte, dans l’obscurité, avant que le jour ne se lève et que le bidonville dont il est ici question ne réalise que de nouveaux arrivants viennent de s’y installer. C’est une mer difforme où tanguent des chicots en ciment, ou en boue séchée, avec des toits de tôles ondulée sur lesquels on a posé quelques parpaings friables pour se prémunir des caprices du vent. Sous les faisceaux ivoire, c’est un tableau silencieux de désolation et de misère. Des fils électriques enchevêtrés, quelques citernes en plastique aux couleurs vives et les inévitables antennes paraboliques, liens aliénants vers un ailleurs impossible à atteindre. Regardez bien cette misère, amusez-vous de ces poules et de ces moutons que l’on parque comme on peut. Sentez, allez-y, forcez-vous à le faire, humez cette puanteur venue des venelles aux lits creusés par les eaux usées et qui ne verront jamais de goudron ou de trottoirs. Voilà, maintenant, vous savez. Vous pouvez comprendre ou deviner. Vous ne pouvez ignorer. »
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mercredi 21 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°12 : Beyrouth

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« Il est des lieux où les nuits de pleine lune sont les plus majestueuses. En lisant ceci, certains vont penser au Sahara, aux steppes de Mongolie, aux océans et à leurs immensités respectives. D’autres évoqueront les Alpes ou bien alors le Sinaï ou encore les massifs verdoyants qui surplombent la cité de Nizwah dans les terres intérieures du sultanat d’Oman. Il ne s’agit pas de les contredire car ces points de vue sont largement fondés et respectables. Mais il faut rajouter à cette liste Beyrouth, aimée de la mer, de la montagne et des cieux. Se promener sur la corniche, déambuler du côté du Raoucheh et, du haut des falaises, abandonner son regard à la danse des reflets de l’astre dans les flots sombres : bien malchanceux sont celles et ceux qui n’ont pu éprouver un tel enchantement. »
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mardi 20 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°11 : Tunis

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« Cette nuit, le qouwad est inquiet. Monçof et Khaled, ses deux compagnons de beuverie sont déjà bien imbibés et ils multiplient les toasts les plus farfelus. Si l’un lève sa bouteille à la santé d’Oussama Ben Laden et de Saddam Hussein, l’autre renchérit en rendant hommage à Madonna, à Monica Lewinsky et Anna Nigrasse. Jusque-là, rien de bien grave. Mais voici que l’un d’eux crie « A la santé de Chirac ! Un homme, un vrai ! » et son compère réplique par un strident « A notre président ! Un flic, un vrai ! ». Certes, cette cave où ils sont réunis depuis le milieu de la soirée n’a ni fenêtre ni soupirail mais Mehrez connaît bien la vérité absolue du pays : la terre et le sous-sol sont comme les murs, ils ont des oreilles. »
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lundi 19 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°10 : Washington D.C.

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« Dix-sept heures à Washington, district de Columbia, capitale fédérale des Etats-Unis d’Amérique, cœur de l’hyperpuissance impériale et cité du gossip et des milles intrigues. Ali Bacha sort d’un immeuble discret de K Street. Il y a passé la journée en compagnie de représentants de l’administration Bush et d’une flopée de conseillers en affaires publiques, dénomination habituelle pour désigner les lobbyistes dont la densité dans cette partie nord-ouest de la rue est la plus élevée au monde. De grande taille, mince, la soixantaine alerte, le profil aquilin, les yeux bleus et une chevelure blanche plaquée vers l’arrière, l’homme porte beau et attire immanquablement regards et sourires. C’est d’autant plus vrai qu’il affiche une mine détendue laquelle tranche avec la tension lasse des gens qui viennent de débaucher, la plupart mus par l’envie de rentrer au plus vite chez eux. Cela passera par une bonne heure, voire plus, dans le métro ou le train de banlieue puis, peut-être, autant sur la route. »
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vendredi 16 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°8 : Alger

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« La nuit s’est installée sur l’hôpital Mohamed Seddik Benyahia, dans la banlieue est d’Alger, là où les terres agricoles glissent doucement dans la mer. Hafs, chirurgien et urgentiste, fume en scrutant le ciel. Indifférent au froid et à l’humidité, il est assis à même le gravier, le dos posé contre la façade borgne de la morgue. L’endroit et tous les bâtiments sont plongés dans l’obscurité depuis le début de la soirée. Une panne ou peut être un sabotage... Tout à l’heure, quand l’électricité est partie et que le groupe électrogène s’est déclenché dans un fracas de pétarades et de vapeurs de mazout, Hafs est monté sur le toit d’une ambulance pour regarder vers l’ouest. Là-bas, de l’autre côté de la baie, les scintillements de la capitale avaient disparu eux-aussi. Pourtant, la ville lui a paru plus blanche que d’habitude, comme si un projecteur était braqué sur elle depuis les cieux. A quoi bon tant de lumière, a-t-il pensé. Alger, fidèle à ses tristes habitudes nocturnes, devait déjà dormir, ses rues envahies par un calme sinistre. »
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jeudi 15 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°7 : Le Caire

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« Mon général, ma bonne vielle Mouzahem,
J’espère que cet écrit te trouvera dans un très mauvais état. Avant toute chose, sache que je me trouve encore au Caire et que je ne rentrerai pas à Bagdad malgré tes ordres. C’est simple : je déserte et c’est donc avec une immense joie que je t’adresse mon dernier rapport de surveillance de la très respectable Nâzik al-Malâïka. Ne sois pas tenté de déchirer cette missive. Je te conseille de la lire jusqu’au bout car il est bon pour un homme, même s’il est diminué comme tu l’es à maints égards, d’apprendre quelques vérités à son propos et sur le triste monde dans lequel nous vivons. Bois un verre de whisky mon gros, ravale tes jurons, lâche quelques pets et arme-toi de patience ; tu ne seras pas déçu. »
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mercredi 14 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : extrait n°6 : Koweït-City

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« Majboune s’éveille alors que le point du jour est loin de s’annoncer dans le quartier huppé de Salwa à Koweït-City. C’est un homme massif, adipeux, qui dévale la colline de la soixantaine. Il repose sur le flanc, torse nu et jambes hors des draps. Une épaisse moustache grise lui barre le visage et son crâne rasé s’enfonce dans un oreiller trempé de sueur et de bave. En apparence, il dort encore. C’est pourtant un spectacle trompeur car une chimie irréversible le ramène à la surface des choses. Ni l’embrasement de la pleine lune qui transperce les stores de sa villa, ni le proche sifflement d’une turbine d’hélicoptère n’en sont responsables : un rêve, agréable mais bref, vient d’interrompre son sommeil. »
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mardi 13 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°5 : Damas

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« Un bouillon de lumière crue se déverse en couches épaisses sur Damas et le Qassyoun, mont chauve et gardien ancestral de la ville ouverte à tous les Arabes. Soirée d’hiver finissant, nuit calme et ville tranquille. Que le lecteur veuille bien nous pardonner car ces qualificatifs ne sont pas appropriés. Nouvelle proposition : nuit froide et ville résignée, contrainte par une attente insondable. Une espérance diffuse en un mieux. Un petit mieux ou, en tous les cas, un moindre mal. Nuit froide et ville résignée. Voilà donc ce qui convient en ces lieux où l’espérance née au début du nouveau siècle n’a guère duré. Les portes des salons où l’on débattait avec passion ont été cadenassées, les voix discordantes se sont tues et les rebelles ont repris le chemin familier de l’exil ou de leurs geôles puantes à quelques lieues des ruines de Palmyre. Ainsi en ont décidé les maîtres du pays. Ainsi l’a voulu le représentant de la dynastie naissante. »
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dimanche 11 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°4 : Najd - Arabie saoudite

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« Le vieil Albion Reiver cingle tous feux éteints à travers la rocaille du désert. Parti en fin d’après-midi d’un entrepôt au sud de Koweït-city, le camion a longé la côte monotone du Golfe avant de repiquer vers l’ouest pour franchir clandestinement la frontière saoudienne à la nuit tombée. Il fait route vers le plateau du Najd avec sa contrebande habituelle : des caisses de whisky et de cognac, des cartouches de cigarettes et plusieurs ballots de revues et de films pornographiques. La marchandise est à peine camouflée sous des matelas de mousse et des coupons de tissu chinois car les deux convoyeurs savent que le poids lourd sera démonté jusqu’au dernier boulon s’il est intercepté par les douaniers. Conscients du risque, ils espèrent que les liasses de dollars offertes par le chef du réseau à une kyrielle de responsables galonnés leur éviteront le désagrément d’une telle rencontre. »
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Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°3 : Ur

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« Il est accroupi, seul dans la nuit froide, enveloppé par le silence du désert et une clarté aigüe. Venu de l’est, le vent lui apporte en sifflant des odeurs de rocaille humide, de terre brûlée et des relents de charognes. De son poste de guet, il voit une rivière de chaux couler en nappes sur Ur et ses faubourgs. Il se dit qu’un lambeau arraché au ciel de midi a été abandonné sur les tumulus et les collines poissées. Tout autour, l’ombre des ruines prend des formes inquiétantes tels ces halos piquetés de petites auréoles sombres. Son regard se promène sur les vieilles pierres. Ici, à Qamirnah, la lune est dans sa cité. Déesse, elle y prend ses aises car d’invisibles dévots célèbrent son culte.

Il ne les voit pas mais il sait. »
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samedi 10 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°2 : Gaza

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« Une pièce, donc. Au rez-de-chaussée d’une maison à deux étages. Le premier et le second sont inoccupés car inhabitables. Des trous dans les murs, impacts d’obus, perforations de balles, gravats et cendres. Un paradis pour les rats et les insectes. La maison, ou ce qu’il en reste, est promise à la destruction. Un jour, on ignore quand mais il viendra, l’armée israélienne le dynamitera et les bulldozers la transformeront en tas informe hérissé par les treillis d’acier. La grand-mère le sait. La petite-fille l’a deviné. C’est la vie ou ce qu’il en reste. Dans la pièce où elles se trouvent, les affaires les plus importantes sont toujours à portée de main. Les soldats ne donneront que quelques minutes pour évacuer l’endroit. Il faudra faire vite. Très vite. »
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vendredi 9 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : extrait n°1 : Bagdad

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« Bagdad est blême. Ses toits et terrasses sont couverts par un linceul d’albâtre qui s’unit à la nuit. Dans les eaux lourdes du Tigre, les carpes remontent à la surface, attirées par les faisceaux lumineux qui trouent le ciel et par les reflets de la pleine lune qui s’émiettent telles des perles échappées d’un écrin de velours.


Ce n’est pas encore l’aube mais la ville ne dort pas. Ou plutôt, elle ne dort plus. Des explosions retentissent à l’ouest et au sud, là où se dressent quelques palais du tyran. A chaque fracas, un souffle puissant fait trembler le sol et les murs. C’est l’ombre de la guerre, encore une, certainement pas la dernière, qui déploie ses ailes. »
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jeudi 8 juin 2017

Parution de Pleine Lune sur Bagdad

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Parution aujourd'hui
Jour J ; D-Day ; يوم ي
Bonne lecture aux lectrices et aux lecteurs...



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lundi 5 juin 2017

Ainsi vint la guerre

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Ainsi vint la guerre
bête qui se ramasse, fonce et bondit
dévore mères, enfants et pères
Les rayons de lune guidaient l'ennemi
ses hordes l'emportèrent
Absente, oubliée, était la poésie
Elle seule aurait pu vaincre les vipères.
A.B
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