Lignes quotidiennes

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dimanche 2 décembre 2012

La chronique du blédard : La droite la plus cocasse du monde

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris


Ah mes amis, quelle tchaqlqla, quelle drôlerie ! Merci à l’UMP, merci à la droite française, la plus cocasse du monde ! Quelle attention délicate que de nous faire autant rigoler en ces jours de grisaille bruineuse et tenace. Merci de nous montrer qu’il n’y a guère de limites dans la bouffonnerie y compris chez des gens qui n’ont eu de cesse de moquer « l’amateurisme » de la gauche depuis son retour au pouvoir en mai et juin derniers. Copé contre Fillon, mais quelle série de gags ! Une odeur de bonne vieille république bananière, de celle où l’on bourre les urnes avant d’avoir voté, où l’on intimide son adversaire politique et où l’on ne croit à la démocratie que si elle vous offre la victoire électorale (cela rappelle bien des choses aux Algériens, n’est-ce pas ?). Ah, ces organisations politiques où les bonnes manières n’existent guère quand se déroule la lutte pour le fauteuil du chef…

Autant vous le dire tout de suite, je n’adopterai pas la mine faussement contrite de nombre de mes confrères expliquant que ce qui se passe dans l’ex-parti unique de la droite dite républicaine est une mauvaise chose pour la démocratie. Pourquoi bouder son plaisir et se priver de rire ? Déjà, qui peut bien rester de marbre en prenant connaissance des sigles des instances de ce parti : la « Cocoe », la « Conare »…  On dirait qu’une main invisible a semé ici et là les ingrédients destinés à accentuer le caractère loufoque de l’affaire. Et comment ne pas piquer un fou rire en voyant à la télévision les partisans de Fillon, visages décomposés par la colère, réalisant qu’ils ont été les dindons d’une farce programmée longtemps à l’avance ? Comment ne pas s’amuser du sort infligé au pauvre Alain Juppé, casque bleu de seconde main, renvoyé à coups de pieds dans sa ville de Bordeaux après avoir tenté une médiation condamnée d’avance ?

Surtout, comment ne pas penser à un mauvais film de série B en observant le langage corporel et facial de Jean-François Copé à chacune de ses interventions (sa ride sur le front a de quoi inspirer Tarantino…) ? Mais, à dire vrai, derrière l’amusement vient vite une sorte d’inquiétude. Impossible de ne pas penser que ce caïd, qui a bien mené son affaire électorale (peut-être même, un peu trop bien) pourrait un jour gouverner la France. Là, effectivement, on s’amuse moins. Et l’on se dit que la prochaine campagne des primaires de droite pour la présidentielle de 2017 risque d’être encore plus tordue, à moins que l’UMP ne disparaisse d’ici là. Tout le monde a en tête l’hypothèse de son éclatement en diverses factions qui seraient récupérées par le Centre et par une extrême-droite plus que jamais aux aguets.

Cela peut paraître une évidence mais l’une des premières conclusions de cette histoire (qui est loin d’être terminée) c’est que le gaullisme, ou si l’on préfère le néo-gaullisme, n’existe plus. Déjà chancelante sous Jacques Chirac, cette manière de voir la France a totalement sombré sous Nicolas Sarkozy et sa dérive droitière. Aujourd’hui, l’UMP c’est soit le centre, où l’on peut trouver des hommes comme Fillon ou Raffarin, soit la droite dure (désormais symbolisée par Copé). Une droite radicale qui, à terme, n’aura aucune hésitation à faire alliance avec le Front National (et l’on comprend pourquoi ce dernier est persuadé qu’une partie des électeurs de l’UMP va le rejoindre).

Bien entendu, et c’est peut-être l’aspect le plus pathétique de l’affaire, la ligne de fracture idéologique qui divise l’UMP est brouillée par des conflits de personnes. Des haines, a même expliqué un ancien ministre de Sarkozy, ce qui prouve l’impossibilité pour la droite de se réunifier un jour. Mais, au final, la question centrale reste la mise en place ou non d’une frontière hermétique entre la droite et le Front national. Et c’est bien pour avoir remis en cause cette stricte séparation (on pense à son discours de Grenoble en juillet 2010) que Nicolas Sarkozy doit être considéré comme le principal responsable de l’actuelle débâcle d’un parti qui l’avait mené à la victoire électorale de 2007.

L’ancien président est d’ailleurs doublement responsable de la piètre situation de sa famille politique. D’abord, et comme indiqué, c’est lui qui a injecté les germes de la division en révulsant une partie des siens (discours sur l’identité nationale, sur les Roms,…). Ensuite, il est vraisemblable que c’est lui qui a tiré en coulisse les ficelles de l’affrontement entre Fillon et Copé. Le but de la manœuvre est évident : affaiblir les deux hommes, candidats à sa succession en tant que champion de la droite. Tout cela pour briguer de nouveau la présidence de la République en 2017. En clair, c’est bien parce que Sarkozy est persuadé qu’il pourra revenir et vaincre que cette crise a lieu. C’est cette ambition, certes masquée mais ô combien prégnante, qui empêche la droite française de tirer le bilan de ses cinq années à l’Elysée et, éventuellement, d’en finir avec le sarkozysme.

En tous les cas, les récents évènements devraient faire réfléchir Nicolas Sarkozy. La brutalité de l’affrontement entre Copé et Fillon, leurs déterminations respectives, leur intransigeance, tout cela montre qu’aucun d’eux n’aura peur de se frotter à lui lorsque viendra le temps des primaires. On imagine avec une délectation mêlée d’appréhension ce que donnerait un combat électoral entre Copé et Sarkozy. Plus de fureur, de coup tordus et de sauvagerie. De l’hémoglobine et des chicots. Un régal ! Vous avez aimé Copé vs Fillon ? Vous adorerez Sarkozy contre Copé. Et le titre du film est déjà trouvé : le choc des très vilains méchants.
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