Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Mouammar Kadhafi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mouammar Kadhafi. Afficher tous les articles

samedi 22 mars 2014

La chronique du blédard : L’Algérie ou la démocratie ?

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 mars 2014
Akram Belkaïd, Paris

On le sait ni la bêtise, ni la veulerie ni même l’obséquiosité n’ont de limites. Chaque jour qui passe en Algérie le prouve avec la masse de domestiques et de sycophantes qui s’agitent dans tous les sens pour décrédibiliser la revendication démocratique et l’appel au changement. On a ainsi pu entendre un âne expliquer le plus sérieusement du monde à la télévision que c’est Allah qui a donné 15 ans de règne à Bouteflika et non le peuple algérien. Sans blasphémer on aurait répondre que ce n’est effectivement pas le choix du peuple mais que le Créateur aussi n’a rien à voir avec cette affaire puisque le concerné s’est servi tout seul avec l’aval de ceux que l’on appelle les (mauvais) décideurs…

Mais il y a mieux. Une journaliste « vedette » de la télévision publique algérienne, vous savez cette chaîne unique à bien des égards, a posé la question suivante en guise de conclusion à un débat entre quatre intervenants à propos de l’élection présidentielle et du quatrième mandat possible de kivoussavé : « Préférez-vous l’Algérie ou la démocratie ? » a donc interrogé la star des bas plateaux. Réponse unanime des participants, et cela n’étonnera personne : « L’Algérie, bien sûr ! ».

Attardons-nous un instant sur cette interrogation qui m’a rappelé un jeu d’adolescents qui consiste à poser des questions idiotes ou sans réponse possible. Un jeu que l’animateur français Thierry Ardisson a repris à son compte en demandant à ses invités, plus ou moins consternés ou complices, c’est selon, s’ils préféraient leur mère ou leur père, Staline ou Hitler, perdre un œil ou un bras, etc… Bref, dans l’émission de « l’unique » et, comme me l’a fait remarquer un éminent linguiste de Ténès, il aurait été encourageant d’entendre l’un des invités faire une réponse de ce genre : « Vous posez des questions vraiment étranges mais je vais vous répondre : Je préfère l’Algérie ‘et’ la démocratie. Pas l’une sans l’autre ».

Il fut un temps où la démocratie en Algérie était une perspective plus ou moins lointaine mais souhaitable ou, du moins, reconnue comme un but à atteindre. En attendant, et pour justifier un régime autoritaire pour ne pas dire dictatorial, il fallait, nous expliquait-on, bâtir des institutions pérennes, former des cadres, éduquer le peuple et équiper le pays. Cinquante ans après l’indépendance, certains dirigeants et leurs courtisans tiennent encore ce discours. Trop tôt, pas assez prêts les Algériens, immatures même... En clair, il leur faudrait reprendre cinq décennies supplémentaires de bâton, de qallouze et d’entraves au droit aux droits.

Mais il y a un autre propos qui émerge. La démocratie, c’est le chaos, nous explique-t-on. Regardez la Syrie, la Libye et même la Tunisie : est-ce cela que vous souhaitez ? nous crie-t-on dans les oreilles pour mieux discréditer le changement. Car c’est bien cela qui sous-tend la question de la nunuche de la télévision publique. Démarche habile car elle actionne le levier du patriotisme pour ne pas dire du nationalisme le plus chauvin. Cet incroyable attachement au pays, ou pour être plus précis, à l’idée que l’on s’en fait puisqu’il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet, empêche trop souvent de se poser les bonnes questions et d’entendre certaines vérités.

L’une d’elle est simple à énoncer. Aucune dictature ne dure éternellement. Tôt ou tard, le système en place tombe et c’est l’absence de démocratie qui aboutit à la violence. Et, plus le temps passe et plus la facture qu’il faudra payer s’alourdit. Si Bachar al-Assad était allé au bout du « Printemps de Damas » esquissé au début des années 2000, son pays ne serait pas déchiré aujourd’hui par cette atroce guerre civile dont on se demande comment et quand elle va se terminer. Si Mouammar Kadhafi avait écouté les quelques recommandations, certes timides, d’ouverture conseillées par des personnalités comme Nelson Mandela, il n’aurait pas fini de la manière que l’on sait.

L’opposition algérienne ainsi que celles et ceux qui ne veulent pas d’un quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika doivent défendre l’idéal démocratique y compris si cela va à l’encontre de leurs réticences et appréhensions nationalistes. « L’Algérie avant tout » est un très beau slogan mais il est trop souvent exploité par les tenants de l’immobilisme. Opposons-leur l’affirmation que l’Algérie que nous fantasmons, celle que nous espérons, ne peut exister sans démocratie. Que, finalement, ce n’est pas « l’Algérie avant tout » qui doit primer mais « la démocratie avant tout ». Et c’est cette dernière affirmation qui n’est pas acceptée par tout le monde y compris dans le cas de celles et ceux qui abhorrent le régime. La raison en est simple : le souvenir de décembre 1991 et de la victoire électorale de l’ex-Front islamique du salut (FIS) est encore dans les souvenirs. C’est le gros éléphant dans cette pièce obscure que constitue la vie politique algérienne. Entre démocrates, on parle, on parle, et on finit toujours par revenir à cette question fondamentale : la démocratie d’accord, mais on fait quoi si c’est les barbus qui gagnent de nouveau ? De cela, le régime est conscient et il ne cessera d’exploiter cette ligne de fracture.
_

mardi 6 novembre 2012

Libye: Quand les intérêts de la tribu passent avant l'Etat

_

SlateAfrique, mardi 6 novembre 2012

A peine nommé, le nouveau Premier ministre libyen a la dure mission d'unifier un État qui n'existe pas encore.

Négociations entre le Conseil national de transition et des tribus à Bani Walid le 6 septembre 2011Reuters/Youssef Boudlal
L'AUTEUR
PARTAGER
TAILLE DU TEXTE
 
Alhamdoulillah! Louange à Dieu! La Libye a enfin un gouvernement. Après quatre mois de tergiversations, de crise larvée et de volte-face, le Premier ministre Ali Zeidan a réussi à obtenir la confiance d’une large majorité de membres du Congrès général national (CGN).
Ancien diplomate ayant fait défection au début des années 1980, Ali Zeidan aura donc réussi là où a échoué son prédécesseur Mustapha Abou Chagour.
Pour nombre d’observateurs, la mise en place de cegouvernement de 32 membres constituait l’étape préalable pour permettre à la Libye post-Kadhafi de trouver sa voie.
Désormais, outre la mise, ou remise, en place d’institutions gouvernementales, Ali Zeidan et ses ministres vont devoir piloter le processus de transition dont l’aboutissement se fera en deux étapes: d’abord l’adoption par référendum de la nouvelle loi fondamentale du pays puis l’organisation d’élections législatives.
Mais est-ce à dire que la Libye est définitivement sortie du désordre? La réponse, on s’en doute, est négative.

L'ordre des milices

Les écueils sur la route de la stabilité restent nombreux. Il y a d’abord les nombreuses milices qui n’entendent pas remettre facilement leurs armes. L’épisode récent de la prise de la ville de Bani Walid (pro-Kadhafi) par des combattants venus de Misrata (ex-rebelles) en est la meilleure illustration.
Et, plus grave encore, le fait est que personne ne semble aujourd’hui capable en Libye d’obtenir que les milices de Misrata évacuent Bani Walid et permette à ses habitants de revenir chez eux.
Interrogé par les journalistes à ce sujet, Ali Zeidan a prudemment botté en touche, déclarant que son gouvernement allait travailler à   «unifier et réconcilier le peuple libyen».
Cette question des milices est directement liée au régionalisme voire au tribalisme. Alors même que les députés libyens discutaient de la confiance à accorder au gouvernement Zeidan, des hommes en armes ont investi le bâtiment pour protester contre la répartition des portefeuilles, estimant que certaines villes étaient trop avantagées par rapport à d’autres.
Quelques jours plus tard, à Benghazi, plusieurs milliers de personnes manifestaient pour exiger que la future Constitution libyenne consacre le fédéralisme avec une large autonomie pour l’est libyen.
Une option qui n’est pas du goût des habitants et tribus de l’ouest du pays qui craignent que le fédéralisme ne signifie une confiscation de la rente pétrolière par la Cyrénaïque.
_

mercredi 10 octobre 2012

L'Afrique se cherche son Hugo Chávez

_

SlateAfrique, 10 octobre 2012

Pourquoi il n'y a pas de Chávez africain? La réponse est simple. Il n’existe pas l'équivalent du président vénézuélien sur le continent.

Supportrice d'Hugo Chavez le 8 octobre 2012 lors de sa réelection. Reuters/Jorge Silva
L'AUTEUR
PARTAGER
TAILLE DU TEXTE
 
L’épisode a été oublié depuis, mais il mérite d’être rappelé.
En 2005, le président Hugo Chávez décide le transfert de deux tiers des réserves de change vénézuéliennes, soit un pactole de pas moins de 20 milliards de dollars, des banques américaines où elles étaient placées vers des comptes suisses en euros.
C’est là, parmi tant d’autres, un acte concret d’el Presidenteresté en travers de l’administration américaine —un autre grief de cette dernière étant l’emploi d’une partie de ces fonds pour la création, toujours en projet, d’une banque régionale d’Amérique latine.

L'homme qui ose défier l'Oncle Sam

La question est simple: quel chef d’Etat africain serait capable de défier ainsi l’«empire»?
Même Mouammar Kadhafi, au plus fort de son isolement et de ses diatribes anti-américaines n’a jamais osé ainsi heurter de front l’Oncle Sam en s’attaquant à la prépondérance du dollar américain.
Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, qu’on l’assimile à un digne successeur de Simon Bolivar, le père des indépendances sud-américaines, ou qu’on le qualifie de dictateur populiste, il est évident que Chávez s’inscrit dans la lignée de ces dirigeants dont l’histoire retiendra le nom.
Ancien putschiste (comme nombre de potentats africains), devenu ensuite président de son pays par la voie légale des élections, ce dirigeant a le mérite d’avoir fait bouger les lignes de front dans son pays et sur son continent.
Partisan d’une ligne dure à l’égard des Etats-Unis, il a permis à ses homologues sud-américains, notamment ceux du Brésil et d’Argentine, de gagner plus d’autonomie vis-à-vis de Washington et de tirer profit de l’hostilité de la Maison-Blanche vis-à-vis du leader bolivariste.
Un leader dont on a trop souvent dit que son atout premier était l’argent du pétrole mais dont on vient de réaliser, à la faveur de sa réélection, qu’il jouissait aussi d’un important soutien populaire.
Qu’on en juge: avec 55% des suffrages sur près de 80% de participation au scrutin, rares sont les présidents élus —hors trucage— qui peuvent se targuer d’un tel score.

Le Chávez africain n'existe pas

Et l’on repose donc la même question. Mais où est donc le Chávez africain? La réponse est simple. Il n’existe pas. Du moins, pas encore. Et les raisons expliquant cela sont nombreuses.
Bien sûr, il est aventureux de comparer les contextes africain et sud-américain, mais il n’empêche.
Rares sont les dirigeants africains ayant une telle conscience de classe que le président vénézuélien.
Dans un monde où, faute d’épouvantail soviétique, les riches et les prépondérants n’ont plus peur de rien, Hugo Chávez a toujours pris soin d’apparaître comme le défenseur des plus pauvres et des plus démunis, quitte à s’aliéner une partie des classes moyennes.
En Afrique, c’est le régionalisme pour ne pas dire le confessionnalisme qui influe sur les stratégies politiques et cela y compris en Afrique du Sud, où Jacob Zuma a tenté, en vain, de se glisser dans les habits d’un Chávez africain.
D’ailleurs, l’Afrique est peut-être le continent où l’idéologie n’a plus droit de cité et où la lutte contre la pauvreté est ramenée à un problème de pure technique économique.
Or, qu’on le veuille ou non, l’action en faveur des plus démunis est aussi affaire d’idéologie et de parti-pris.
Une chose impensable en Afrique où nombre de dirigeants n’ont de cesse de faire croire qu’ils sont en phase avec l’enseignement de Harvard quand ils ne sont pas occupés à piller les caisses de leur pays.

Toujours des mots, les mêmes mots...

L’Afrique est aussi le continent où le bras de fer proclamé avec les puissances étrangères, notamment pour une meilleure valorisation des matières premières, relève plus du discours incantatoire que des faits.
Au milieu des années 2000, enfilant ses habits de pèlerin, c’est Hugo Chávez qui a convaincu ses pairs africains producteurs de pétrole, l’Algérie d'Abdelaziz Bouteflika en tête, du danger à libéraliser le secteur des hydrocarbures et à affaiblir, comme le souhaitaient les Etats-Unis et l’Union européenne (UE), l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).
C’est lui aussi qui encourage ses pairs sud-américains à favoriser la naissance d’une banque régionale capable de financer les grands projets d’infrastructure sans avoir à demander leur autorisation au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale, tous deux jugés trop inféodés à Washington.
L’Afrique, quant à elle, du moins pour partie, en est encore, à accepter que sa souveraineté monétaire soit gérée par des fonctionnaires du Trésor français.
Bien entendu, le Venezuela de Chávez est loin d’être ce pays idéal que les nostalgiques du Che(Che Guevara) aiment tant à louer.
Polarisant et trop souvent excluant, brouillon sur le plan économique, toujours tenté par l’autoritarisme contre une opposition souvent perméable à l’influence étasunienne, le «chavisme»crée trop de germes de violence dans la société vénézuélienne et prépare certainement des lendemains difficiles y compris pour ceux qui y adhèrent le plus.
Pour autant, il est l’illustration concrète que le technocratisme mondialisé n’est pas l’unique solution pour favoriser le développement d’une nation et qu’il est plutôt sain d’avoir des idées politiques bien arrêtées.

Akram Belkaïd
_

lundi 12 mars 2012

Sarkozy, Kadhafi et les TV-Radios françaises !

_
Imaginons un instant que nous sommes aux USA. Un site publie l'information selon laquelle la campagne électorale du président aurait été financée par un dirigeant étranger, longtemps qualifié de terroriste. On imagine sans mal la réactions des médias. Plateaux spéciaux, commentaires en boucle, conférence de presse à la Maison-Blanche, analyse d'experts et autres politologues. En clair, la une et le buzz.
Revenons en France. Mediapart publie une information selon laquelle la campagne de Sarkozy aurait été financée en partie par Kadhafi en 2007 et là... Quelques dépêches, quelques papiers mais grosses TV et radios (et sites web) traitent le sujet de loin. De très loin...
Édifiant...
_