Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

dimanche 14 mai 2017

Nuages sur la Tunisie

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Mercredi 10 mai 2017, la petite localité de Terbouba, située à 35 kilomètres à l’ouest de Tunis, dans le gouvernorat (préfecture) de La Manouba, a été le théâtre d’affrontements entre jeunes et forces de sécurité, ces dernières usant de gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs centaines de manifestants en colère. À l’origine de ces violences, la tentative d’immolation par le feu d’un jeune vendeur de fruits à la sauvette empêché de travailler par les policiers. Cela rappelle sans conteste l’événement fondateur de la révolution tunisienne de décembre 2010-janvier 2011, quand des représentants de l’ordre confisquèrent sa marchandise à Mohamed Bouazizi, le poussant à s’asperger d’essence avant de l’enflammer pour mettre fin à ses jours (17 décembre 2010).
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vendredi 12 mai 2017

L'équipe de filles qui bat les garçons

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En Espagne, rapporte le New York Times (*), en ligue junior amateur, le champion est un club de jeunes filles (le règlement permet un championnat mixte et même des équipes mixtes jusqu'à l'âge de 14 ans). L'AEM Lieida et ses joueuses ont donc mis la pâtée à nombre de clubs composés uniquement de garçons et son titre de champion lui permet de lancer une opération d'appel aux dons via internet. 
Deux citations à retenir de l'article :
1-Sur le machisme :
José Maria Salmeron, directeur de l'AEM Lieda dit : "It's strange, but most of the macho comments and insults have come from the mothers of some of the boys we play". Autrement dit, certaines mères espagnoles ne supportent pas que leurs fistons soient surclassés par des filles...
2-Sur la supériorité tactique du club féminin
Pere Clariso, directeur technique de La Noguera, club rival (et battu lui aussi) : "Tactically, you can see that these girls listen to every word from their coach. They really try to do as they're told". Et de louer leur discipline supérieure à celle de leurs concurrents.
(*) "The girls team that beat the boys", NYT (édition internationale), 12 mai 2017.
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jeudi 11 mai 2017

La Fin de l’hospitalité

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« Notre modernité a dépouillé l’hospitalité de sa positivité. Elle a retiré à l’étranger sa profondeur et son aura. Elle ne le voit plus comme un être venant d’ailleurs, mais comme un migrant qui est ici. La migration a cessé d’être considérée selon une dialectique de l’humiliation économique et de l’exil glorieux, elle est désormais pensée dans un rapport à l’ordre et au désordre. »
Guillaume Le Blanc et Fabienne Brugère, in La Fin de l’hospitalité (Flammarion), cités par Natacha Appanah dans sa chronique L’hospitalité éthique, La Croix, jeudi 11 mai 2017.
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lundi 8 mai 2017

Spring (2)

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Spring (1)

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Le boucher de Guelma : Un polar tendancieux

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Ce polar, bien particulier et quelque peu tendancieux, revient sur les événements de mai 1945 en présentant une thèse qui fera bondir plus d’un Algérien (*). L’intrigue est simple : Maurice Fabre, ancien sous-préfet français de Guelma dans les années 1940 est arrêté lors d’une escale en Algérie et inculpé de génocide et crimes contre l’humanité. Face à la justice algérienne qui lui reproche son rôle dans les massacres de mai 1945, l’accusé entend dévoiler sa « vérité ».

Selon Fabre, les manifestations nationalistes de 1945 – et les massacres qui ont suivi en représailles – étaient, non pas une révolte des Algériens, mais le résultat d’un complot – tiens, encore un… - ourdi par la CIA. L’objectif ? Provoquer le désordre et obliger les Européens à utiliser la violence afin d’achever d’installer leur domination définitive sur l’Algérie en massacrant le plus possible de musulmans. Autrement dit, faire subir à ces derniers le sort des Premières Nations d’Amérique (les Indiens). Ouvrons ici une parenthèse. Les Algériens qui liront ce livre et éprouveront certainement de la colère devant le fait qu’un événement historique et aussi symbolique – les manifestations algériennes de 1945 et les sanglantes représailles qui les ont suivies – est ramené à un simple complot extérieur. Cela leur permettra, peut-être, de comprendre pourquoi nombre de Syriens éprouvent le même sentiment quand on leur affirme que leur révolution de 2011 n’est qu’une simple histoire d’interventions extérieures et manœuvres autour de gazoducs concurrents. Fin de la parenthèse et revenons au polar en question.

Ce livre du journaliste et romancier Francis Zamponi (né en 1947 à Constantine) se réfugie bien sûr derrière la fiction et l’habituel « je est un autre » permet toutes les libertés. Au fil des pages, on découvre donc la pensée raciste de Maurice Fabre et son propos révisionniste. C’est le cas quand, par exemple, il s’adresse par la pensée, au psychiatre venu l’expertiser avant le procès.

Extrait :
« Après de nombreuses discussions, observations et lectures, j’ai [Maurice Fabre] conclu que, pour augmenter le nombre des Européens, il fallait leur réinsuffler l’esprit des pionniers et que, pour diminuer celui des Arabes, il fallait cesser de fournir la sécurité sanitaire et psychologique qui les incitait à croître et se multiplier (…) quels que soient les motifs de leur attitude, les Européens, dans leur grande majorité, avaient abandonné l’esprit combattif de leurs ancêtres. Ils avaient perdu les réflexes salutaires de ces colons qui fondaient des familles nombreuses et, suivant la recommandation du maréchal Bugeaud, le vainqueur d’Abd el-Kader, tenaient la charrue dans une main et le fusil dans l’autre. S’ils voulaient survivre, leurs descendants devaient réapprendre très vite que le fusil ne sert pas qu’à la chasse. En mai 1945, tous ces naïfs et ces idéalistes ont compris, certains au prix de leur vie, la profondeur de leur aveuglement.

« Je suis sûr de ne pas me tromper, ô réputé docteur Bensalah [le psychiatre], en pensant que ta connaissance des évènements de cette époque se limite hélas à la légende des 45 000 morts musulmans assassinés par l’armée coloniale. Si tu avais eu l’esprit un peu plus ouvert à l’égard du personnage orgueilleux et rigide que tu as cru expertiser, il t’aurait démontré que, si la paix relative qui régnait en Algérie depuis une quarantaine d’année avait émoussé la pugnacité des Européens, elle n’avait en rien fait évoluer tes coreligionnaires, dont la plupart, malgré le vernis civilisateur dont les avions recouverts, avaient conservé intacte leur sauvagerie intrinsèque. (sic) »

On termine la lecture de ce polar avec un vrai malaise. On se dit que l’auteur a voulu faire connaître la pensée de « l’autre camp » - celui qui continue d’affirmer que l’Algérie se devait de rester française. Néanmoins, on s’interroge sur les motivations de l’auteur. Ainsi, le personnage central du sous-préfet, qui ne concède rien et assume tout son passé, ce tueur de populations civiles qui ne se laisse pas influencer par les exigences de la raison d’Etat (son cas met en danger les relations franco-algériennes), ce personnage donc est bel et bien celui qui tient le beau rôle. Rien dans le roman ne vient contredire ou contrebalancer son propos et les Algériens qui peuplent cette fiction n’échappent à aucun cliché en matière de veulerie, d’arrièration ou d’insignifiance (le seul personnage porteur de valeurs positives est français et il se suicide en 1945…). Non averti, un lecteur lamda en conclura que Maurice Fabre n’a fait que ce que son devoir lui commandait de faire. En cela, Le Boucher de Guelma, est un polar des plus ambigus.


(*) Francis Zamponi, Le Boucher de Guelma, Seuil, 2007 (Folio Policier, Gallimard, 2011, pour la version en poche).
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vendredi 5 mai 2017

La chronique du blédard : Bergson, loi de Murphy et second tour

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 mai 2017
Akram Belkaïd, Paris

Tic, tac, tic, tac… Dans quelques jours, dans quelques heures, le second tour de l’élection présidentielle française va avoir lieu. A qui la victoire ? A Emmanuel Macron ou à Marine Le Pen ? Posons la question autrement. Le sursis ou la catastrophe ? J’ai pris position la semaine dernière pour un vote en faveur du premier, je n’y reviendrai donc pas si ce n’est pour dire qu’il me sera impossible d’oublier ce qui s’est déroulé cette semaine. J’ai bien pris note du « rien à foutre de vos peurs » adressé par une partie de la gauche à celles et ceux, notamment membres des minorités, qu’elles soient visibles ou non, pris par l’angoisse d’une victoire de la seconde. Quel que soit le résultat de dimanche, cette désinvolture égoïste et quelque peu méprisante, ce peu me chaut, laisseront des traces et pas simplement dans la perspective des élections législatives de juin prochain. No perdonamos…

Parlons plutôt de la catastrophe qui menace. Certains balayent son imminence avec assurance et même suffisance. Impossible, est le terme qui revient en boucle. Impossible… Il était aussi impossible que Donald Trump l’emporte aux Etats Unis ou que le Titanic coule. En réalité, la certitude, surtout quand elle est affirmée haut et fort, que la catastrophe ne peut pas advenir est le premier pas vers sa réalisation. Oh, point d’alarmisme forcené ici, juste quelques lectures et quelques enseignements passés. Je pense notamment à un livre de Jean-Pierre Dupuy, un essai intitulé « Pour un catastrophisme éclairé, quand l’impossible est certain » (*). La catastrophe… On n’y croit pas, on se trouve mille et une raisons pour se dire qu’elle ne viendra jamais mais elle finit parfois, heureusement pas toujours, par survenir. Et le pire ennemi de l’être humain dans ce genre de circonstances, c’est son refus du doute.

Parlons aussi de la loi de Murphy. On la cite souvent, on lui fait dire beaucoup de choses à propos des choses qui tournent mal mais il convient ici d’en préciser les termes. On la doit à Edward A. Murphy, ingénieur américain dont un essai en laboratoire tourna mal en raison de mauvais branchements réalisés par un technicien. Il en tira la conclusion selon laquelle toute possibilité de mauvais fonctionnement débouche sur un mauvais fonctionnement. C’est l’une des premières leçons qu’un ingénieur de conception ou de maintenance aéronautiques apprend. Concevez une pièce de façon à ce qu’elle puisse être montée d’une bonne manière ou d’une mauvaise manière, il se trouvera toujours quelqu’un pour mal la monter et provoquer, au mieux, une panne. En clair, il faut que la conception s’arrange pour qu’il n’y ait qu’une seule possibilité de montage : la bonne.

Attention, il ne s’agit pas de confondre « The Murphy’s law » avec ladite loi de « l’emmerdement maximum » illustrée par la fameuse tartine beurrée qui tombe toujours du mauvais côté. On parle ici d’une évaluation rationnelle pas de fatalisme. Ne pas se dire systématiquement que le pire est toujours possible mais simplement se poser la question suivante : Y a-t-il, dans un système donné, un facteur de risque qui peut mener à ce que personne ne souhaite ? Contrairement à certaines certitudes qui s’expriment haut et fort depuis le dimanche 23 avril, le second tour n’est pas « Murphy-compatible ». Ce scrutin peut mal se finir parce qu’il existe nombre de raisons qui peuvent mener à cela. D’abord, le vote caché pour le Front national. C’est une donnée dont l’importance croit de concert avec l’essor de ce parti depuis sa création. Ensuite, il y a l’abstention « naturelle ». Organiser le second tour de la présidentielle durant un week-end avec un pont (celui du lundi 8 mai) va à l’encontre du respect de la loi de Murphy. Enfin, il y a l’abstention « volontaire », celle qui se revendique du « ni-ni » impérieux et sur laquelle nous n’allons pas nous attarder étant fatigués des vitupérations de nombre d’atrabilaires bien fidèles en cela à leur grand zaïm. Quelques milliers de voix perdues par-ci, quelques dizaines de milliers par-là, et le mauvais tour est joué.

Mais revenons à Jean-Pierre Dupuy dont l’ouvrage cité s’inspire, entre-autres, des travaux d’Henry Bergson (1859-1941). Avant le premier conflit mondial, ce dernier estimait qu’il était à la fois « probable et impossible ». Et voici ce qu’écrivait le philosophe français, après-coup, à propos du déclenchement de la guerre en 1914 et cela en ayant en tête l’idée que l’humanité forgeait son propre destin apocalyptique : « Malgré mon bouleversement, et bien qu'une guerre, même victorieuse, m'apparût comme une catastrophe, j'éprouvais [...] un sentiment d'admiration pour la facilité avec laquelle s'était effectué le passage de l'abstrait au concret : qui aurait cru qu'une éventualité aussi formidable pût faire son entrée dans le réel avec aussi peu d'embarras ? Cette impression de simplicité dominait tout. »  

Bien sûr, l’éventuelle élection de Marine Le Pen n’a rien à voir pour le déclenchement d’une boucherie planétaire. Mais que l’on réfléchisse un peu à son caractère (aléatoire) d’impossibilité et que l’on essaie, pour quelques secondes au moins si l’on fait partie des incrédules, d’imaginer le glissement de cette hypothèse jugée improbable vers le réel. De l’abstrait au concret…


(*) Seuil, Paris, 2002.
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lundi 1 mai 2017

La chronique économique : Des vertus du commerce

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 26 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris

Ces dernières années, et plus encore depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique, il est de bon ton de décréter la fin de la mondialisation, du moins son entrée dans une nouvelle phase de repli. Les commentateurs en veulent pour preuve la volonté de l’hôte de la Maison-Blanche de redessiner le commerce de son pays dans un sens plus protectionniste. « America first », son slogan désormais célèbre, le pousse, par exemple, à réviser les termes de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena ou, en anglais, North American Free Trade Agreement – NAFTA) qui unissent son pays au Canada et au Mexique.

Il ne faut pas croire que la démarche de Trump est isolée. Certes, de manière traditionnelle, le parti républicain est favorable au libre-échange et fustige les lois protectionnistes. Mais, ces dernières années et face à la désindustrialisation continue des Etats Unis, des voix se font entendre pour réclamer une dose de protectionnisme afin de protéger les « bons » emplois américains. Le débat est loin d’être clôt et les initiatives de Trump sont mentionnées par ses adversaires et contempteurs pour prouver qu’il est un danger pour la paix.

L’esprit de Montesquieu…

En effet, ce qui fonde cette croyance fondamentale en faveur du libre commerce est que ce dernier est le premier facteur de stabilité entre pays. Autrement dit, des pays unis par les échanges de marchandises et de services ne se font pas la guerre. Le principe a été formalisé en son temps par Montesquieu dont les lignes qui suivent sont très souvent citées par les ouvrages et essais pro-mondialisation : « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur les besoins mutuels. » (*)

Il est vrai que la Seconde Guerre mondiale puise une partie de ses causes dans le protectionnisme auquel se livrèrent les grandes nations industrialisées après la fin du premier conflit mondial. Il est vrai aussi que des frontières qui se ferment, des productions qui ne trouvent pas preneur sont des facteurs de tension. Mais il faut lire la suite de ce qu’écrit Montesquieu pour se rendre compte que le commerce libre n’est pas toujours la garantie d’un ordre tranquille. « Mais, si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers. Nous voyons que dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique [au sens ancien de commercer légalement] de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales : les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour de l’argent. »

… Et l’égoïsme

En clair, le commerce n’est pas vertueux par essence. Sa contribution positive vient du fait qu’il répond à des égoïsmes particuliers et qu’on ne saurait donc lui attribuer une quelconque contribution morale. Cela veut donc dire que lorsque ces égoïsmes entrent en confrontation, le commerce n’arrange rien. C’est la situation que la planète vit actuellement. Les productions n’étant plus nationales mais pouvant être facilement délocalisées, on se retrouve dans une situation de compétition féroce du fait de la multiplicité des fournisseurs et, dans une certaine mesure, de la réduction du nombre de débouchés. Si les vendeurs sont bien plus nombreux que les acheteurs, la crise est inévitable. Cela demande donc de réfléchir à une vraie régulation des échanges. Il faudrait pour cela que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) refonde sa doctrine libre-échangiste. Ce qui est loin d’être assuré.

(*) Montesquieu, « De l’esprit des lois », (1748), livre XX, chapitre 2.
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