Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : L'Algérie en 100 questions. Un pays empêché (Tallandier, 2019)

jeudi 14 avril 2022

Loi de Murphy et élections

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Contrairement à une idée répandue en France, la loi de Murphy ne signifie pas vraiment "loi de l'emmerdement maximum", définition qui laisse entendre que les problèmes se répéteront en série. Sa véritable définition est :  si quelque chose doit mal tourner, c'est ce qui se passera.

En aéronautique, c'est l'une des premières choses que l'on apprend, qu'il s'agisse de la conception ou de la maintenance. Si vous concevez un ensemble où des pièces pourraient être montées de manière incorrecte, elles le seront. 

Si vous organisez (mal) votre atelier de manière à ce que des techniciens se trompent d'outils, ils se tromperont.

Et en matière électorale ?

S'il y a une chance pour que les choses se passent mal, se passeront-elles mal ?


lundi 28 mars 2022

"L'Algérie, espace et société" (archive)

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Note de lecture à propos de l'ouvrage "L'Algérie, espace et société"
de Marc Cote dont on vient d'apprendre le décès.

L’Algérie, espace et société
Marc Cote

par Akram Belkaïd
Le Monde diplomatique, août 1996

Marc Cote, géographe, a enseigné durant vingt-cinq ans à l’université de Constantine, et son ouvrage, riche en cartes géographiques et données chiffrées, se propose de « décrypter la réalité algérienne » à travers l’interface société-espace. On y lira avec attention la partie consacrée à « l’Algérie des campagnes » avec, à la clé, une intéressante analyse sur la situation de l’agriculture où l’auteur met en relief la nécessité d’« une révolution agricole », le pays n’atteignant plus que 30 % d’autosuffisance alimentaire. Autre impératif de sécurité, celui qui concerne « l’Algérie des villes » et leurs ressources hydrauliques. A la différence du domaine alimentaire où le pays ne peut que réduire sa dépendance extérieure, il lui est possible de couvrir tous ses besoins hydrauliques à la condition d’achever son programme de barrages à l’horizon 2025. Mais l’un des intérêts majeurs de ce livre est de fournir un outil sérieux et scientifique pour comprendre une partie des mécanismes qui ont conduit à la crise actuelle tout en replaçant cette dernière dans un contexte socio-historique et géographique qui la relativise. Si les Algériens « se sentent mal dans leur espace », leur pays, « qui a 2000 ans d’histoire derrière lui », n’en a pas moins les moyens de surmonter ses difficultés.

Éditions Masson-Armand Collin, Paris, 1996, 253 pages, 130 F.

mercredi 2 mars 2022

Le pas de côté : Non au campisme

Par Akram Belkaïd

Paris, mercredi 2 mars 2022

 

L’invasion de l’Ukraine par les forces armées russes déclenche un peu partout passions et divisions. Dans ce genre de situation, les adeptes du campisme – autrement dit ceux qui multiplient les injonctions à choisir son camp – entretiennent la confusion et poussent à la surenchère et à la radicalisation des positions. Les uns condamnent Poutine et vont jusqu’à exiger un conflit armé avec la Russie. Les autres rappellent, à juste-titre, que d’autres pays ont envahi ou annexé des territoires qui ne leur appartiennent pas et que cela ne déclenche pas les mêmes réactions indignées.

 

Que faire ? 

 

Comme pour toute crise majeure, l’unique boussole devrait être le respect du droit international et de la Charte des Nations Unies. Qu’importe la nature des régimes concernés et qu’importe le passif des uns ou des autres. Je m’explique. En 1990, l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein a provoqué une situation comparable à celle que nous vivons aujourd’hui. Il s’agissait alors d’une agression contraire au droit international puisque Bagdad entendait annexer un pays souverain reconnu par la communauté internationale. Arguant de la nature détestable de la monarchie koweitienne, nombreux furent ceux qui y trouvèrent argument pour ne pas condamner l’attaque irakienne. Or, cette condamnation était nécessaire et légitime. En attendant que l’humanité trouve mieux, la règle est simple : on n’attaque pas son voisin, on ne l’envahit pas et, surtout, on ne l’annexe pas. Le respect des frontières est la clef de voûte de la paix dans le monde.

 

Cela vaut pour ce qui se passe en Ukraine. La condamnation de l’attaque russe doit être sans équivoque et même, s’il le faut, sans passion aucune. Le droit international est trop précieux pour être séquencé ou relativisé. Et c’est cette condamnation qui donne du crédit à la position non-campiste que l’on est en droit de défendre. Condamnation ne veut pas dire naïveté ou complicité avec l’Occident. Oui, la Russie a des griefs légitimes à l’encontre de l’Occident et plus particulièrement des États-Unis. Oui, la promesse faite à Mikhaïl Gorbatchev de ne pas étendre à l’est les forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’a pas été respectée. Oui, la mise en garde vindicative de Vladimir Poutine contre l’unilatéralisme américain lancée en février 2007 lors de la Conférence sur la politique de sécurité n’a pas été prise au sérieux ou, pire, elle a été méprisée. Tous ces arguments sont recevables pour réclamer des négociations pour la paix mais ils n’excusent pas l’attaque de l’Ukraine et la mort de civils.

 

Personne ne niera que le droit international n’est pas toujours respecté par les pays qui le brandissent aujourd’hui afin de sanctionner la Russie. En 1991, il fut mis en avant pour « libérer » le Koweït alors que, dans le même temps, il continuait d’être violé par Israël qui, aujourd’hui encore, continue d’occuper – et de coloniser - des Territoires palestiniens qui ne lui appartiennent pas sans oublier l’annexion illégale du plateau du Golan syrien. Dans les deux cas, Israël foule aux pieds plusieurs résolutions des Nations Unies et cela décrédibilise les discours occidentaux à l’encontre de la Russie. Nous en avons l’habitude : droit international en faveur des uns mais pas des autres… C’est bien pour cela que la condamnation de l’invasion russe est nécessaire. Elle relève d’une cohérence de position. Si nous revendiquons le droit des Palestiniens à être libres et à bénéficier des résolutions de l’ONU, nous ne pouvons pas décider de regarder ailleurs en ce qui concerne l’Ukraine. Le message à l’égard de l’Amérique et de l’Union européenne est simple : Nous condamnons comme vous cette invasion mais nous ne sommes pas dupes quant à vos principes à géométrie variable. Et en cela, nous ne sommes pas dans le même camp.

 

Cela amène, pour finir, à la remarque suivante. Oui, il est toujours désagréable d’avoir la sensation d’être dans le même bateau que les BHL et autres néo-conservateurs qui s’étaient déjà illustrés en 2003 en soutenant l’agression anglo-américaine contre l’Irak. Ces gens sont des clowns dangereux dont la posture belliciste a déjà fait beaucoup de dégâts. Rappelons donc la formule d’usage qui sied à ce genre de situation : une montre cassée donne tout de même l’heure exacte deux fois par jour. Condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce n’est pas être dans le même camp que BHL et compagnie. C’est juste une coïncidence, surtout si on rappelle à cette camarilla ses silences et compromissions à propos de la Palestine. 

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mercredi 26 janvier 2022

Manière de voir : Le Maghreb en danger...

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Manière de voir n°181, février-mars 2022
Une soixantaine d'années après leur indépendance, les pays du Maghreb demeurent désunis et peinent à bâtir entre eux une union quelconque. La région qui fait face à des défis gigantesques - sociaux, climatiques, sécuritaires et migratoires - est de surcroît pénalisée par l'hostilité entre l'Algérie et le Maroc.
Disponible en kiosques et sur notre boutique en ligne

Désunion et autoritarisme ///// Akram Belkaïd 

Regard

Une certaine idée du Maghreb  ///// Amin Khan 

Le Maghreb central ///// Cécile Marin 

I. Différends et déceptions

Au coeur du combat anticolonial, la promesse d'un Maghreb uni cimentait les discours des nationalistes algériens, marocains et tunisiens. Un seul peuple, une culture et des langues communes sans oublier une même religion permettaient d'espérer une intégration régionale aisée. Las, au lendemain des indépendances, les contentieux frontaliers et les rivalités politiques se chargent de briser le rêve unitaire.

Un long chemin vers la liberté ///// Kateb Yacine

La « guerre des sables »///// Lyes Si Zoubir 

1963, point de bascule ///// Philippe Herreman 

Les frontières, facteur de conflits ///// P. H. 

Parfum d'intégration économique ///// Bruno Étienne 

« Une paix permanente pour les siècles à venir » ///// A. B. 

De timides retrouvailles  ///// Habib El-Malki  

Naissance d'une union

II. Ébullitions

Plus de six décennies après les indépendances, les pouvoirs maghrébins semblent ignorer les revendications politiques et identitaires de leurs peuples. La révolution tunisienne de 2011 puis le Hirak de 2017 au Maroc et celui de 2019 en Algérie ont pourtant démontré  que l'espérance démocratique reste forte. Les rares acquis demeurant fragiles, la contestation n'est pas près de disparaître.

Les obstacles à l'émancipation démocratique ///// Hicham Alaoui 

Des journalistes sous pression ///// Pierre Puchot 

Les gérontocrates et le dilettante ///// A. B. 

Soudain, le Hirak ///// Arezki Metref 

Quand le Rif défie l'État profond ///// Aboubakr Jamaï 

En Tunisie, la colère gronde toujours ///// Olfa Lamloum 

Inépuisable affirmation berbère ///// A. M. 

III. Lignes de fracture

Chacun pour soi et qu'importent les projets d'intégration régionale : telle semble  être la devise des pouvoirs maghrébins. Principal obstacle   une union, fût-elle modeste, le contentieux algéro-marocain ne cesse de s'aggraver, au point d'empêcher Alger, Rabat et Tunis d'agir de manière concertée face à la crise libyenne. Le rapprochement entre le royaume et Israël complique une situation déjà tendue.

Le fardeau du « non-Maghreb » ///// Francis Ghilès 

Impuissance maghrébine en Libye ///// Adlene Mohammedi 

Israël, source de déstabilisation régionale ///// Olivier Pironet 

La tension s'aggrave entre Alger et Rabat ///// Lakhdar Benchiba et Omar-Lotfi Lahlou 

Consensus marocain sur le Sahara ///// Réda Zaïreg 

La désertification s'étend ///// Pierre Rognon 

Mise à mal de la neutralité tunisienne///// Thierry Brésillon 

Couscous, les graines de la discorde  ///// A. B. 

IV. Une région face au monde

Entité  homogène sur les plans démographique, culturel et religieux, le Maghreb doit sans cesse redéfinir ses rapports avec ses voisins. Les liens avec le monde arabe et des projets d'union plus ou moins solides ont souvent constitué des obstacles à sa propre intégration. L'Europe s'avère incapable de lui proposer un partenariat ambitieux quand, dans le même temps, la Chine avance ses pions.

Une frénésie d'unions ///// Paul Balta 

Offensive stratégique de la Chine ///// Adel Abdel Ghafar et Anna Jacobs 

Exercice d'équilibriste pour Madrid ///// Thierry Maliniak 


 

Allez les Lions !

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Pour mémoire, et avant le match Maroc-Égypte, voici le message écrit par une personnalité française à ses amis algériens après le match Algérie-Egypte du 18 novembre 2009 à Khartoum (Oum Dourman) :
« Je suis à Casablanca. Je suis tranquille en train de travailler. Une immense clameur surgit de la ville. Inquiet je téléphone à un ami. Il me dit l'Algérie vient de marquer un but. Je continue, tranquille. Une heure après les voitures hurlent dans toutes les avenues. Je téléphone à un ami. Il me dit « Nous avons gagné ». Je lui dis «qui ?». Il me dit « ben, l'Algérie ! » »
Et cette personnalité de conclure : « Le Maghreb existe enfin, je l'ai vu et entendu ».
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