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Lignes quotidiennes, par Akram Belkaïd
Blog au fil des jours, quand la chose et l'écriture sont possibles.
Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : L'Algérie en 100 questions. Un pays empêché (Tallandier, 2019)
jeudi 19 février 2026
Avant-propos aux Chroniques du ramadan
𝐏𝐫𝐞́𝐚𝐦𝐛𝐮𝐥𝐞 Jeûner après Gaza
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Parution : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne
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samedi 22 novembre 2025
Gaza et l'Algérie
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Les débats et discussions à propos du vote de l'Algérie au Conseil de sécurité en faveur du pseudo "plan de paix" à Gaza démontrent qu'au-delà des crispations chauvines et narcissiques, il existe bel et bien un courant droitier en Algérie qui ouvrira grand les bras à une normalisation avec Israël.
vendredi 21 novembre 2025
Séries, narcotrafic et violences
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lundi 3 novembre 2025
Israël et Sparte
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En septembre 2025, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré : "Nous allons devenir super-Sparte".
https://information.tv5monde.com/international/nous-allons-devenir-super-sparte-netanyahu-defend-lisolement-croissant-disrael-et-suscite-des-critiques-2791339
Un salut au troll mono-neurone genevois !
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lundi 20 octobre 2025
Entretien avec Mohamed Arkoun : Islam et éducation
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Le Monde de l’Éducation, Paris, septembre 1996
Propos recueillis par Mohammed et Akram Belkaïd
Intellectuel et penseur d’origine algérienne, Mohamed Arkoun (1) est docteur ès lettres et professeur émérite à la Sorbonne nouvelle-Paris-III. À travers une œuvre très importante, Mohamed Arkoun a développé une nouvelle discipline, l’« islamologie appliquée » destinée. confronter les discours islamiques aux exigences de l’homme et de la société.
« Peut-on envisager une éducation de type moderne en Islam ?
– Poser la question de cette manière n’est pas correct parce que le mot « islam » est trop général aujourd’hui. À quoi se réfère-t-il exactement ? Est-ce un système de croyances et de non-croyances, à un corps de doctrines théologiques, à un code éthico-juridique, ou à ses expressions culturelles variées selon les pays et les groupes ethnoculturels répandus à travers le monde ? On ne peut mélanger tous les niveaux, comme le fait la pratique actuelle des discours militants répercutés par la littérature politologique et les médias. Il est donc préférable, de parler de contextes islamiques.
En matière d’éducation en contextes islamiques, il faut distinguer l’éducation religieuse proprement dite et l’enseignement des disciplines scientifiques, plus ou moins conditionné par un cadre de pensée théologique. Dans la période classique (750 – 1258), l’enseignement religieux a bénéficié de la pluralité d’écoles théologiques, juridiques, mystiques ; progressivement, des traditions fixées dans des manuels se sont imposées à l’extérieur de chaque école. Aujourd’hui, le même enseignement religieux est étatisé et introduit dans l’école publique obligatoire, gratuite, mais fort éloignée de la neutralité laïque. Les maîtres chargés de cet enseignement n’ont accès qu’à des fragments insignifiants, parfois dangereux, d’une théologie popularisée depuis le siècle.
Une éducation plus centrée sur la connaissance philosophique s’est répandue aussi à l’époque classique, comme en témoignent les ouvrages de Miskawayh et de Ghazali (tous deux du XIe siècle). Cette ligne philosophique a été abandonnée après la mort d’Averroès (1198). Aujourd’hui, l’idéologie nationaliste, relayée par l’idéologie islamiste, a accentué le fossé entre sciences exactes étudiées comme en Occident et sciences sociales et humaines fortement contrôlées par plusieurs États-nations-partis.
– Mais existe-t-il en dehors de cette idéologie islamiste des points de repère en matière d’éducation ?
– Les points de repère riches d’enseignements sont tous situés dans la période arabe classique, c’est-à-dire la période médiévale en Europe. Les musulmans aiment à s’y référer pour opposer leurs richesses intellectuelles à un Occident fier de sa modernité. Ce débat et cette attitude vis-à-vis d’un passé lointain pèsent lourdement sur l’enseignement de l’histoire aujourd’hui. En vérité, il convient d’admettre que tout ce qui s’est passé dans la pensée moderne en Europe depuis le XVIe siècle est rigoureusement inconnu de la pensée en contexte islamique. Le fait est qu’on ne peut faire référence à des auteurs en contexte islamique classique que par curiosité historique et surtout pas en tant que références applicables aujourd’hui. Il y a donc un vrai travail de réévaluation à accomplir. Comment investir des outils modernes vis-à-vis d’un public scolaire qui plonge justement dans le désordre sémantique créé par l’idéologie nationaliste et islamiste dans les sociétés qui se disent musulmanes ? Comment débroussailler un terrain occupé par des idées fausses avant même d’installer un certain nombre d’idées modernes au sujet de l’éducation ?
À la Sorbonne, je suis confronté aux résistances de certains de mes étudiants, largement influencés par des auteurs qui ont reçu un enseignement fortement marqué par l’apologétique de l’islam et de la nation arabe. C’est contre cette vision qu’il faut lutter aujourd’hui si l’on veut introduire une approche nouvelle d’un enseignement moderne qui serait donné à un auditoire caractérisé par le pluralisme ethno-culturel, et la nécessité démocratique de respecter toutes les convictions et les positions cognitives.
– Face aux problèmes que peuvent poser les jeunes d’origine maghrébine en France, faut-il leur fournir un enseignement sur l’islam ?
– Il est hors de question dans le contexte français, où l’école est laïque, d’enseigner l’islam sous ses expressions « orthodoxes » destinées à conforter les croyances propres à une communauté. Je vois mal comment on pourrait enseigner l’islam dans un pays qui a exclu même l’enseignement du fait religieux. En revanche, ce qu’il faut défendre en France, c’est un enseignement de l’histoire comparée des religions et, bien entendu, celle des trois religions monothéistes qui sont le plus représentées dans le contexte européen. Il s’agit là d’une nécessité scientifique et culturelle.
En éliminant tout ce qui est religieux, l’État laïciste a éliminé une partie considérable de la culture de chacun, de son histoire culturelle, intellectuelle et artistique. Ce n’est pas de la neutralité, mais de l’atrophie culturelle et intellectuelle, si bien que nombre de Français sont aujourd’hui analphabètes en matière d’histoire des religions.
On a supprimé les outils les plus élémentaires pour comprendre des données millénaires qui ont marqué profondément toutes les sociétés et les cultures dans le monde. La laïcité comprise de façon militante s’est traduite en France par l’élimination totale de la pensée théologique, qui est pourtant une activité intellectuelle aussi intéressante et aussi instructive que l’activité philosophique. Si on introduit une histoire comparée des religions, le musulman de France sera immédiatement transformé dans sa perception de ce qu’il appelle l’islam. Nos « beurs » partagent l’ignorance générale, qui est une ignorance institutionnalisée et transmise par l’institution éducative telle qu’elle a été définie par la IIIe République.
– Les pays du Maghreb n’ont pas suivi le même chemin en introduisant l’enseignement de la religion dans leurs programmes, et le résultat est pourtant loin d’être positif…
– Ces pays ont également enseigné une ignorance institutionnalisée payée par l’État, consignée par les programmes officiels et perpétuées par un grand nombre d’enseignants improvisés qui n’ont pas été formés à l’histoire de la pensée islamique. Que n’a-t-on pas lu et entendu au sujet par exemple des chrétiens et des juifs, dont le Coran a beaucoup parlé en des termes qui méritent une relecture moderne, tenant compte de la critique historique. Nous avons enseigné officiellement dans nos écoles, après les indépendances, une ignorance institutionnalisée à propos de l’islam lui-même et des autres religions. Cet enseignement a produit des esprits fortement conditionnés à propos de la notion même de vérité religieuse et de la place de l’islam devant les autres systèmes de vérité. Ce qui est enseigné à propos de l’Islam n’a rien à voir avec ce que les penseurs musulmans ont enseigné pendant la période classique.
– Pour en revenir à la France et à sa population d’origine maghrébine, on parle tout de même d’un « besoin d’islam ».
— Je pose la question sous un angle culturel : comment donner des réponses adéquates à des demandes légitimes des musulmans qui vivent en France, sachant. Que, s’ils savent multiplier des demandes cultuelles, ils ne parviennent pas à articuler des demandes culturelles et intellectuelles modernes ? Il ne faut pas faire aussi l’erreur d’englober des populations ethnoculturelles et nationales différentes d’origine musulmane sous l’étiquette « islam ».
L’État français, jacobin, centralisateur, a déjà fait prévaloir la construction de l’unité nationale sur le respect des cultures et des langues locales depuis la Révolution. Voyez la situation actuelle de la Corse. Sur le continuent, des régions comme la Bretagne, la Savoie, la Provence, l’Alsace sont « assimilées » dans le creuset de la nation française. Politiquement et philosophiquement, l’État français n’est donc pas préparé à répondre adéquatement à des demandes culturelles qui favoriseraient des « identités » arabe, turque, berbère, algérienne… Cela veut dire qu’il faut entamer un débat riche, ouvert sur l’avenir pour déterminer les évolutions nécessaires de l’État-nation européens dans un espace européen plus large, et la place des cultures nombreuses qui veulent s’affirmer et vivre au sein de cet espace. On voit que les revendications des Maghrébins, des Corses, des Africains… ne peuvent être prises en charge que dans un cadre renouvelé des rapports entre États de droit et sociétés civiles. En participant activement à la recherche de solutions, les musulmans de France et d’Europe auront la chance de traverser des étapes historiques pleines d’enseignements pour des orientations semblables en contextes islamiques.
– Vous proposez donc une autre forme d’intégration ?
– Mon approche d’un pluralisme culturel affecte ainsi la conception de l’intégration à la manière de la IIIe République. Pour moi, l’intégration doit être pensée et construite dans le cadre d’une anthropologie politique, culturelle et religieuse qui reste elle-même à élaborer sous la pression grandissante des demandes « d’identité ». Il ne s’agira pas de céder à un relativisme généralisé des valeurs et des différences revendiquées dans chaque cas : une réévaluation critique de toutes les formulations identitaires sera aussi une tâche centrale permanente de l’anthropologie évoquée ici. Le conservatisme, le dogmatisme, les rigidités doctrinales ne sont pas uniquement du côté des religieux, on peut trouver ces traits même dans certaines postures de la raison moderne. C’est en tout cas dans cet effort de la pensée, tendu vers l’identification de solutions universalisables, porteuses d’avenir pour l’émancipation de la condition humaine, c’est dans cette direction que je m’efforce d’inscrire les contributions de toute pensée liée à un contexte islamique. »
Propos recueillis par Mohammed et Akram Belkaïd
(1) Mohamed Arkoun est notamment l’auteur de L’Humanisme arabe aux IVe/Xe siècles (Vrin, 1982), Essais sur la pensée islamique, Pour une critique de la raison islamique (Maisonneuve-Larose, 1984), Ouverture sur l’islam (J. Grancher, 1992).
vendredi 9 mai 2025
Gaza : Quand Tartuffe s’indigne
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lundi 17 mars 2025
Hommage à mes parents
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jeudi 12 décembre 2024
Treize ans dans les prisons syriennes
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mardi 3 décembre 2024
Liberté pour Boualem Sansal
jeudi 5 janvier 2023
Godo, Houellebecq et le « débat fructueux »
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Tout va bien, jeudi 5 janvier 2023
Akram Belkaïd, Paris.
Dans une chronique publiée par La Croix (4 janvier 2023), l’écrivain Emmanuel Godo prend la défense de Michel Houellebecq et dénonce la décision de la Mosquée de Paris de poursuivre en justice l’auteur d’Anéantir pour « provocation à la haine contre les musulmans ». « Même dans ses excès ou dans les désaccords de fond que nous avons avec lui, il est toujours fructueux de regarder du côté de ses questions », écrit ainsi Godo. Fructueux ? J’imagine alors que l’on va bientôt nous expliquer qu’il aurait été (qu’il serait encore) fructueux de regarder du côté des questions abordées par des auteurs tels Charles Maurras ou Robert Brasillach…. « Le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, c’est qu’ils cessent de les voler et de les agresser. Ou bien autre solution, qu’ils s’en aillent », voilà ce qu’affirme Houellebecq. On imagine quel serait le débat « fructueux » à propos de cette déclaration nauséabonde.
Entendons-nous bien, on peut – et c’est ce que je pense – déplorer l’initiative de la Mosquée de Paris d’attaquer en justice un écrivain, quelles que soient ses idées. Cela ne devrait pas être de son ressort et nombre de musulmans de France n’ont certainement pas envie que cette institution prétende parler en leur nom. Michel Houellebecq peut écrire ce qu’il a envie d’écrire et l’on n’est pas obligé de le lire et encore moins de lui offrir l’occasion de se parer des habits de l’auteur opprimé. Mais il y a une différence entre défendre la liberté d’expression et donner du crédit à de tels propos.
« Porter plainte contre un écrivain de la trempe (sic) de Houellebecq est une forme d’aveu » affirme Godo qui ajoute plus loin : « Dans un pays qui a vu tomber sous les balles de fanatiques islamistes des dessinateurs joyeusement impertinents, décapiter un professeur de la République, museler dans l’autocensure une part considérable de son intelligentsia, un écrivain a le droit de dire haut et fort son pessimisme, ses rages, ses inquiétudes face à la montée de l’intolérance et de la tartufferie. Ceux qui l’accusent de jouer au pyromane ont à se demander quelle conception des libertés publiques ils défendent au juste. »
Le message d’Emmanuel Godo est sans équivoque. Les violences terroristes subies par la France et sa population imposent aux musulmans de la fermer et de faire profil bas quelles que soient les insultes et les mises en causes subies. On peut les agonir d’injures et, pire encore, les essentialiser en les mettant tous dans le même sac d’infamie, leur seul droit est le silence et la contrition. Cela en dit long sur l’installation définitive de l’islamophobie dans la vie intellectuelle française.
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lundi 5 septembre 2022
Parution : Du football, dans le monde arabe
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jeudi 14 avril 2022
Loi de Murphy et élections
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Contrairement à une idée répandue en France, la loi de Murphy ne signifie pas vraiment "loi de l'emmerdement maximum", définition qui laisse entendre que les problèmes se répéteront en série. Sa véritable définition est : si quelque chose doit mal tourner, c'est ce qui se passera.
En aéronautique, c'est l'une des premières choses que l'on apprend, qu'il s'agisse de la conception ou de la maintenance. Si vous concevez un ensemble où des pièces pourraient être montées de manière incorrecte, elles le seront.
Si vous organisez (mal) votre atelier de manière à ce que des techniciens se trompent d'outils, ils se tromperont.
Et en matière électorale ?
S'il y a une chance pour que les choses se passent mal, se passeront-elles mal ?
lundi 28 mars 2022
"L'Algérie, espace et société" (archive)
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Note de lecture à propos de l'ouvrage "L'Algérie, espace et société"
de Marc Cote dont on vient d'apprendre le décès.
L’Algérie, espace et société
Marc Cote
par Akram Belkaïd
Le Monde diplomatique, août 1996
Marc Cote, géographe, a enseigné durant vingt-cinq ans à l’université de Constantine, et son ouvrage, riche en cartes géographiques et données chiffrées, se propose de « décrypter la réalité algérienne » à travers l’interface société-espace. On y lira avec attention la partie consacrée à « l’Algérie des campagnes » avec, à la clé, une intéressante analyse sur la situation de l’agriculture où l’auteur met en relief la nécessité d’« une révolution agricole », le pays n’atteignant plus que 30 % d’autosuffisance alimentaire. Autre impératif de sécurité, celui qui concerne « l’Algérie des villes » et leurs ressources hydrauliques. A la différence du domaine alimentaire où le pays ne peut que réduire sa dépendance extérieure, il lui est possible de couvrir tous ses besoins hydrauliques à la condition d’achever son programme de barrages à l’horizon 2025. Mais l’un des intérêts majeurs de ce livre est de fournir un outil sérieux et scientifique pour comprendre une partie des mécanismes qui ont conduit à la crise actuelle tout en replaçant cette dernière dans un contexte socio-historique et géographique qui la relativise. Si les Algériens « se sentent mal dans leur espace », leur pays, « qui a 2000 ans d’histoire derrière lui », n’en a pas moins les moyens de surmonter ses difficultés.
Éditions Masson-Armand Collin, Paris, 1996, 253 pages, 130 F.
mercredi 2 mars 2022
Le pas de côté : Non au campisme
Par Akram Belkaïd
Paris, mercredi 2 mars 2022
L’invasion de l’Ukraine par les forces armées russes déclenche un peu partout passions et divisions. Dans ce genre de situation, les adeptes du campisme – autrement dit ceux qui multiplient les injonctions à choisir son camp – entretiennent la confusion et poussent à la surenchère et à la radicalisation des positions. Les uns condamnent Poutine et vont jusqu’à exiger un conflit armé avec la Russie. Les autres rappellent, à juste-titre, que d’autres pays ont envahi ou annexé des territoires qui ne leur appartiennent pas et que cela ne déclenche pas les mêmes réactions indignées.
Que faire ?
Comme pour toute crise majeure, l’unique boussole devrait être le respect du droit international et de la Charte des Nations Unies. Qu’importe la nature des régimes concernés et qu’importe le passif des uns ou des autres. Je m’explique. En 1990, l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein a provoqué une situation comparable à celle que nous vivons aujourd’hui. Il s’agissait alors d’une agression contraire au droit international puisque Bagdad entendait annexer un pays souverain reconnu par la communauté internationale. Arguant de la nature détestable de la monarchie koweitienne, nombreux furent ceux qui y trouvèrent argument pour ne pas condamner l’attaque irakienne. Or, cette condamnation était nécessaire et légitime. En attendant que l’humanité trouve mieux, la règle est simple : on n’attaque pas son voisin, on ne l’envahit pas et, surtout, on ne l’annexe pas. Le respect des frontières est la clef de voûte de la paix dans le monde.
Cela vaut pour ce qui se passe en Ukraine. La condamnation de l’attaque russe doit être sans équivoque et même, s’il le faut, sans passion aucune. Le droit international est trop précieux pour être séquencé ou relativisé. Et c’est cette condamnation qui donne du crédit à la position non-campiste que l’on est en droit de défendre. Condamnation ne veut pas dire naïveté ou complicité avec l’Occident. Oui, la Russie a des griefs légitimes à l’encontre de l’Occident et plus particulièrement des États-Unis. Oui, la promesse faite à Mikhaïl Gorbatchev de ne pas étendre à l’est les forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’a pas été respectée. Oui, la mise en garde vindicative de Vladimir Poutine contre l’unilatéralisme américain lancée en février 2007 lors de la Conférence sur la politique de sécurité n’a pas été prise au sérieux ou, pire, elle a été méprisée. Tous ces arguments sont recevables pour réclamer des négociations pour la paix mais ils n’excusent pas l’attaque de l’Ukraine et la mort de civils.
Personne ne niera que le droit international n’est pas toujours respecté par les pays qui le brandissent aujourd’hui afin de sanctionner la Russie. En 1991, il fut mis en avant pour « libérer » le Koweït alors que, dans le même temps, il continuait d’être violé par Israël qui, aujourd’hui encore, continue d’occuper – et de coloniser - des Territoires palestiniens qui ne lui appartiennent pas sans oublier l’annexion illégale du plateau du Golan syrien. Dans les deux cas, Israël foule aux pieds plusieurs résolutions des Nations Unies et cela décrédibilise les discours occidentaux à l’encontre de la Russie. Nous en avons l’habitude : droit international en faveur des uns mais pas des autres… C’est bien pour cela que la condamnation de l’invasion russe est nécessaire. Elle relève d’une cohérence de position. Si nous revendiquons le droit des Palestiniens à être libres et à bénéficier des résolutions de l’ONU, nous ne pouvons pas décider de regarder ailleurs en ce qui concerne l’Ukraine. Le message à l’égard de l’Amérique et de l’Union européenne est simple : Nous condamnons comme vous cette invasion mais nous ne sommes pas dupes quant à vos principes à géométrie variable. Et en cela, nous ne sommes pas dans le même camp.
Cela amène, pour finir, à la remarque suivante. Oui, il est toujours désagréable d’avoir la sensation d’être dans le même bateau que les BHL et autres néo-conservateurs qui s’étaient déjà illustrés en 2003 en soutenant l’agression anglo-américaine contre l’Irak. Ces gens sont des clowns dangereux dont la posture belliciste a déjà fait beaucoup de dégâts. Rappelons donc la formule d’usage qui sied à ce genre de situation : une montre cassée donne tout de même l’heure exacte deux fois par jour. Condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce n’est pas être dans le même camp que BHL et compagnie. C’est juste une coïncidence, surtout si on rappelle à cette camarilla ses silences et compromissions à propos de la Palestine.
mercredi 26 janvier 2022
Manière de voir : Le Maghreb en danger...
Désunion et autoritarisme ///// Akram Belkaïd
Regard
Une certaine idée du Maghreb ///// Amin Khan
Le Maghreb central ///// Cécile Marin
I. Différends et déceptions
Au coeur du combat anticolonial, la promesse d'un Maghreb uni cimentait les discours des nationalistes algériens, marocains et tunisiens. Un seul peuple, une culture et des langues communes sans oublier une même religion permettaient d'espérer une intégration régionale aisée. Las, au lendemain des indépendances, les contentieux frontaliers et les rivalités politiques se chargent de briser le rêve unitaire.
Un long chemin vers la liberté ///// Kateb Yacine
La « guerre des sables »///// Lyes Si Zoubir
1963, point de bascule ///// Philippe Herreman
Les frontières, facteur de conflits ///// P. H.
Parfum d'intégration économique ///// Bruno Étienne
« Une paix permanente pour les siècles à venir » ///// A. B.
De timides retrouvailles ///// Habib El-Malki
II. Ébullitions
Plus de six décennies après les indépendances, les pouvoirs maghrébins semblent ignorer les revendications politiques et identitaires de leurs peuples. La révolution tunisienne de 2011 puis le Hirak de 2017 au Maroc et celui de 2019 en Algérie ont pourtant démontré que l'espérance démocratique reste forte. Les rares acquis demeurant fragiles, la contestation n'est pas près de disparaître.
Les obstacles à l'émancipation démocratique ///// Hicham Alaoui
Des journalistes sous pression ///// Pierre Puchot
Les gérontocrates et le dilettante ///// A. B.
Soudain, le Hirak ///// Arezki Metref
Quand le Rif défie l'État profond ///// Aboubakr Jamaï
En Tunisie, la colère gronde toujours ///// Olfa Lamloum
Inépuisable affirmation berbère ///// A. M.
III. Lignes de fracture
Chacun pour soi et qu'importent les projets d'intégration régionale : telle semble être la devise des pouvoirs maghrébins. Principal obstacle une union, fût-elle modeste, le contentieux algéro-marocain ne cesse de s'aggraver, au point d'empêcher Alger, Rabat et Tunis d'agir de manière concertée face à la crise libyenne. Le rapprochement entre le royaume et Israël complique une situation déjà tendue.
Le fardeau du « non-Maghreb » ///// Francis Ghilès
Impuissance maghrébine en Libye ///// Adlene Mohammedi
Israël, source de déstabilisation régionale ///// Olivier Pironet
La tension s'aggrave entre Alger et Rabat ///// Lakhdar Benchiba et Omar-Lotfi Lahlou
Consensus marocain sur le Sahara ///// Réda Zaïreg
La désertification s'étend ///// Pierre Rognon
Mise à mal de la neutralité tunisienne///// Thierry Brésillon
Couscous, les graines de la discorde ///// A. B.
IV. Une région face au monde
Entité homogène sur les plans démographique, culturel et religieux, le Maghreb doit sans cesse redéfinir ses rapports avec ses voisins. Les liens avec le monde arabe et des projets d'union plus ou moins solides ont souvent constitué des obstacles à sa propre intégration. L'Europe s'avère incapable de lui proposer un partenariat ambitieux quand, dans le même temps, la Chine avance ses pions.
Une frénésie d'unions ///// Paul Balta
Offensive stratégique de la Chine ///// Adel Abdel Ghafar et Anna Jacobs
Exercice d'équilibriste pour Madrid ///// Thierry Maliniak




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