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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 25 janvier 2018

Editorial, Manière de Voir Palestine : Duplicité arabe, impasse palestinienne

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Akram Belkaïd et Olivier Pironet
Manière de Voir
Février - Mars 2018


LLa décision, le 6 décembre 2017, du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël n’a pas simplement remis en cause un statu quo en vigueur depuis plusieurs décennies à propos du statut de la Ville sainte. Elle a aussi souligné la duplicité de nombre de gouvernements arabes. Certes, aucun d’entre eux n’a manqué de voter en faveur de la résolution de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui a (implicitement) condamné l’initiative américaine. De même, la Ligue arabe envisageait de demander à l’ONU la reconnaissance internationale d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale. Mais, au-delà d’un effet d’affichage, principalement destiné à leurs opinions publiques, Washington a bien pris note de l’absence d’autres manifestations concrètes de la réprobation des régimes arabes.

La suite est à lire ici : Duplicité arabe, impasse palestinienne


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samedi 16 décembre 2017

La chronique du blédard : La Palestine ou le goût amer de la défaite

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 décembre 2017
Akram Belkaïd

Personne n’aime la défaite. Personne n’aime faire partie du camp des perdants surtout si cela dure depuis longtemps et que les revers se répètent et se multiplient. La prise de distance à l’égard de la cause palestinienne par certains ressortissants de pays arabes – certes, ils sont loin de refléter la majorité - s’explique, en partie, par ce constat (on reviendra sur les autres raisons dans de prochains textes). Les années passent et se ressemblent. Hormis l’euphorie des premiers mois de 2011 nées des multiples soulèvements populaires, l’actualité quotidienne des rives de l’Atlantique à celles de l’océan indien n’est guère flatteuse pour un ensemble qui fera bientôt 400 millions d’habitants. Ici et là, ce ne sont que guerres, affrontements fratricides, crises économiques sans oublier férule de fer, absence de démocratie, extrémisme religieux et résurgence des pratiques policières arbitraires. Chaque espoir né est rapidement balayé par la désillusion, la colère voire les regrets que l’on cultive pour l’ordre ancien. De quoi prendre la poudre d’escampette et clamer que l’on a rien à voir avec « ces gens-là », que l’on ne veut pas partager avec eux le fardeau dégradant des relégués.

On peut analyser de différentes manières la décision récente du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et cela au mépris du droit international et de diverses résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une chose est certaine, cet acte unilatéral signifie autant aux Arabes et Palestiniens qu’aux Européens que les Etats Unis continueront toujours de faire ce qu’ils veulent sans respecter l’avis des autres nations. Mais, ce qui nous importe c’est que cette reconnaissance sonne comme une nouvelle défaite dans la longue liste des composantes du drame palestinien. Et pour cause, nombreux sont les experts qui affirment qu’il n’y aura d’Etat palestinien ayant pour capitale Al-Qods voire qu’il n’y aura tout simplement pas d’Etat.

Dans les vagues et vaguelettes que charrient les réseaux sociaux, notamment en Algérie (mais cela vaut aussi pour la Tunisie et le Maroc), on peut lire certains internautes affirmer avec force qu’ils ne se sentent pas concernés par ce qui arrive aux Palestiniens. Les uns jugent qu’il ne s’agit que d’une cause « arabe » et mettent en avant leur berbérité et donc leur volonté de s’en tenir à leur propre combat identitaire. Quant aux autres, ils avouent leur lassitude face à cette question. Des décennies de luttes et de mobilisations n’ont rien donné tandis qu’Israël et ses dirigeants triomphent et font preuve d’une incroyable arrogance. Les médias occidentaux, à leur façon, prennent acte de cette « victoire » de l’Etat qui se veut à cent pour cent hébreu, et consacrent les intellectuels arabes qui lui adressent maints actes de reconnaissance voire d’allégeance.

Difficile dans de telles circonstances de ne pas céder aux sirènes de la versatilité. A force de voir son équipe perdre, on en finit par soutenir les vainqueurs. On se dit que lâcher les Palestiniens, c’est faire disparaître une blessure d’amour-propre. C’est soigner un orgueil sans cesse bafoué. Et que ce serait aussi l’occasion d’obtenir de l’Occident un autre regard. Qui sait même, une adoption ? Pathétique mais humain... Seul celui qui vit sous la férule coloniale israélienne sait ce que le terme soumoud veut dire dans le contexte palestinien. La ténacité.

De cet abandon qui pointe, les Palestiniens sont très conscients. Ils savent depuis longtemps qu’ils n’ont rien à attendre des gouvernements arabes (lesquels ont compris, eux aussi, qu’un rapprochement, même officieux, avec Israël leur vaudra mille attentions amicales de l’Occident). Les Palestiniens découvrent désormais qu’ils devront peut être mener une bataille de l’opinion publique au sein même des populations qu’ils croyaient acquises à leur cause. Il fut un temps où les mouvements de la gauche palestinienne rêvaient à la fois d’obtenir les droits de leur peuple à exister dans un Etat souverain mais aussi de changer le monde arabe. Aujourd’hui, le combat n’est même plus le même. Il s’agit de survivre et de ne pas être (complètement) abandonné.

Le drame des Palestiniens est multiple. Comment obtenir ses droits quand sa propre cause a été autant instrumentalisée par des régimes arabes incompétents, corrompus et brutaux ? Comment obtenir ses droits quand ses propres dirigeants sont aussi incapables ? L’échec de l’Autorité palestinienne, ses compromissions sécuritaires avec l’arsenal répressif israélien, sa caste de nantis, ses politiques économiques libérales : tout cela se paie aujourd’hui. Mais aucune raison au monde ne justifie que l’on tourne casaque et que l’on abandonne les Palestiniens à leur sort.

On connaît l’habituel argument de la propagande pro-israélienne que reprennent les nouveaux amis, arabes ou berbères, de Netanyahou et consorts : Pourquoi la Palestine et pas le Tibet, le Rif, les Rohingyas ? Mauvaise et tendancieuse question pour laquelle il existe une réponse simple : C’est la Palestine ET le Tibet comme hier c’était l’Afrique du Sud ET la Palestine. Tout comme cela doit être absolument la Palestine ET la Syrie ET le Yémen. Les combats sont multiples mais on peut tous les mener en même temps, on ne peut se démultiplier. Pour autant, cela ne veut pas dire que s’engager dans l’un signifie que l’on se lave les mains des autres.
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samedi 24 octobre 2015

La chronique du blédard : La Palestine et son occupation coloniale

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 23 octobre 2015
Akram Belkaïd, Paris

L’affaire devrait être entendue tant elle est évidente. Les violences qui se déroulent aujourd’hui à Jérusalem et dans les Territoires Palestiniens occupés ou contrôlés par Israël sont incontestablement liées à cette occupation. Et le plus étonnant c’est que cette flambée n’arrive que maintenant. Pour dire les choses simplement, le peuple palestinien n’en peut plus d’être privé de ses droits les plus élémentaires. Il n’en peut plus d’être humilié quotidiennement et de ne pas voir son sort s’améliorer. Vingt-deux ans après les accords d’Oslo, le processus de paix est enterré et aucune perspective ne se dégage pour lui dans le ciel noir d’un Proche-Orient en proie à de multiples conflits.
 
Dans les multiples analyses que l’on peut lire dans la presse occidentale, notamment française, se déploie une campagne insidieuse qui cherche à disqualifier la révolte palestinienne. Et la méthode employée doit être dénoncée. D’abord, les attaques au couteau ou, plus rarement, à la voiture-bélier, sont mises dans le même sac que les manifestations quotidiennes de la jeunesse palestinienne face aux militaires israéliens. Ainsi, on installe dans l’imaginaire occidental l’idée qu’il ne s’agit que d’attaques sanglantes contre des juifs. L’intention est claire, le fait d’insister sur l’usage de la violence discrédite la revendication politique et la dénonciation de la colonisation.
 
Ensuite, et c’est le plus important, il y a une tentative manifeste de répandre la thèse selon laquelle les motivations réelles de la contestation ne sont pas politiques mais religieuses. Autrement dit, ce n’est pas le maintien d’une présence militaire et policière israélienne en Cisjordanie, ni l’essor continuel de la colonisation ni encore moins les attaques que subissent les villages palestiniens isolés de la part de colons (lesquels jouissent d’une totale impunité) qui serait la source de cette colère. Non, on nous explique que c’est un conflit désormais religieux où les musulmans, comprendre les Palestiniens, ont décidé de s’attaquer aux juifs, comprendre les Israéliens. Pourquoi maintenant ? Eh bien, ce serait parce que les musulmans auraient décidé de défendre coûte que coûte la mosquée d’Al-Aqsa – à laquelle les neuf-dixièmes des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie ou à Gaza n’ont pas accès, il faut le rappeler – contre une tentative de contrôle accru du Mont du Temple par les autorités israéliennes.
 
La mise en avant de l’aspect religieux pour caractériser la colère palestinienne n’est pas nouvelle. En 2000, déjà, c’est ce que les partisans d’Israël avaient avancé lors de la seconde intifada. Les manifestants palestiniens, d’hier et d’aujourd’hui ont beau réclamer leur terre, le retrait israélien des territoires occupés et le démantèlement des colonies – illégales selon le droit international, il faut, là aussi, le rappeler – c’est donc la piste de l’effervescence religieuse qui est retenue. Pourquoi ? La réponse est évidente.
 
Ramener la question israélo-palestinienne au religieux c’est faire passer au second plan le fait colonial. C’est occulter cette occupation illégale qui engendre injustices et drames pour les Palestiniens. Dans un monde où l’islam a mauvaise presse ne serait-ce qu’en raison des atrocités commises par le groupe de l’Etat islamique (EI) et d’autres organisations djihadistes, ramener la contestation palestinienne sur le terrain du religieux, c’est chercher à la discréditer sur le plan international. Daech et les jeunes lanceurs de pierres, ce serait donc la même chose… Pour Israël et ses partisans, on comprend l’utilité (et l’urgence) de cet amalgame quand on sait que les appels récurrents au boycottage des produits issus des colonies israélienne voire de l’Etat hébreu ne cessent de gagner en audience dans le monde entier.
 
Reste enfin l’argument suprême qui entend fustiger la protestation palestinienne (et ceux qui ont de la sympathie pour elle). Les Palestiniens, comme le majorité des Arabes, continueraient à ne pas accepter l’existence d’Israël et chercheraient encore à détruire cet Etat. Or, cette affirmation ne résiste pas à l’examen des faits. D’abord, Israël existe et nombre de pays arabes entretiennent des relations officielles ou, c’est plus fréquent, officieuses avec ce pays. Ensuite, depuis 1973, aucun pays arabe n’a attaqué Israël (qui ne s’est pas gêné pour envahir le Liban à plusieurs reprises). Il est temps que les partisans d’Israël admettent que les Arabes comme les Palestiniens ont tourné la page. Appelons-ça de la résignation, du renoncement, du pragmatisme ou du réalisme mature : le résultat est le même : le temps des slogans tels que « mort à Israël » ou « les Juifs à la mer » est bel et bien révolu.
 
Par contre, ce qui n’existe toujours pas, ce qui ne cesse d’être renvoyé aux calendes grecques, ce qu’Israël refuse encore et encore de voir apparaître, c’est bien l’Etat palestinien. Nombre d’experts qui connaissent bien la région affirment même qu’il n’y aura jamais de solution à « deux Etats ». Le panorama est donc bien moins compliqué qu’on ne le dit. D’un côté, un Etat reconnu sur le plan international, une armée puissante, un arsenal nucléaire, des citoyens qui peuvent aller et venir où bon leur semble, en Israël comme ailleurs dans le monde (exception faite de nombreux pays arabes). De l’autre, un peuple sans pays, sans passeport, confiné un jour, parqué le lendemain, qui sait très bien que l’objectif à long terme est de le maintenir dans cet état de servitude ou, à défaut, de le faire partir ailleurs. La question israélo-palestinienne est d’ordre colonial. Chercher à faire croire le contraire, c’est être partisan d’un statu quo qui fait les affaires (à court terme) d’Israël.

Dans ce contexte, il n’est guère étonnant de voir le premier ministre Netanyahou dédouaner Hitler qui, selon lui, n’aurait décidé d’exterminer les juifs que parce que le Mohamed al-Hussein, mufti de Jérusalem (qu’il n’a rencontré qu’en novembre 1941…) le lui aurait suggéré ( !). Voilà donc les Palestiniens accusés d’être à l’origine de la Shoah… Une manœuvre minable qui reprend un autre mot d’ordre : « les Palestiniens sont pire qu’Hitler ». A vomir…
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