Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Pétrole de schiste. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pétrole de schiste. Afficher tous les articles

lundi 4 décembre 2017

La chronique économique : L’Amérique, puissance pétrolière

_
Le Quotidien d’Oran, mercredi 30 novembre 2017
Akram Belkaïd, Paris

Petit retour en arrière. En 2006, la production américaine de pétrole, atteint difficilement les 7 millions de barils par jour (mbj). Pour de nombreux experts, c’est la preuve du déclin définitif de l’industrie de l’or noir aux Etats-Unis et la confirmation de la thèse du pic du géophysicien Marion King Hubbert. Ce dernier établit dans les années 1960 le fait que la production de brut était irrémédiablement condamnée à baisser après avoir atteint son pic dans les années 1970. Mais c’était compter sans la révolution du pétrole de schiste.

Futur exportateur net

Avec les nouvelles technologies d’extraction – au demeurant très controversées en raison de leur impact négatif sur l’environnement – de nouveaux sites sont apparus et les Etats-Unis ont repris le chemin de la croissance pétrolière. L’été dernier, une étude de la compagnie BP relevait qu’ils occupaient désormais la place de premier producteur mondial avec 12 mbj devant l’Arabie saoudite 11 mbj. Il y a quelques jours, c’est l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui a annoncé que les Etats-Unis sont le pays qui va le plus contribuer à la croissance de la production mondiale. En 2025, 80% de cette augmentation des pompages viendra donc des champs américains. Du jamais vu depuis les années 1960 et 1970 où une telle contribution était le fait de l’Arabie saoudite.

Pour l’AIE, les Etats-Unis sont donc le « leader mondial incontesté du pétrole ». On est loin du scénario décliniste en vogue jusqu’à la fin des années 2000. Plus important encore, l’AIE prévoit que ce pays sera un exportateur net d’or noir d’ici 2030 et cela notamment en raison d’une baisse de sa demande intérieure (compensée par des énergies alternatives, entre autres). Les conséquences d’une telle évolution risquent d’être énormes. Autonome en matière de pétrole, l’Amérique aura-t-elle alors le même intérêt géostratégique pour les pays du Golfe ?

Résistance du pétrole de schiste

S’il est difficile pour le moment de répondre à une telle question (la péninsule arabique détient tout de même les deux tiers des réserves mondiales d’or noir conventionnel), on peut d’ores et déjà tirer une première conclusion quant à la capacité de l’industrie américaine du pétrole (et gaz) de schiste à résister aux fluctuations du marché. Alors qu’on pensait qu’elle allait s’effondrer en raison de la baisse des prix du baril, elle a pu rebondir. Baisse continue des coûts, flexibilité de la production selon l’évolution des cours : le pétrole de schiste s’est avéré capable de faire face aux aléas du marché.


Autrement dit, l’Arabie saoudite a échoué à mettre à genou l’industrie américaine du pétrole de schiste. En ouvrant grand les vannes il y a deux ans, le royaume entendait préserver coûte que coûte ses parts de marché quitte à provoquer une baisse durable des cours. Ces derniers se sont certes repliés mais les producteurs de « shale oil » n’ont pas disparu pour autant. Riyad va donc devoir se résoudre à composer avec ce concurrent qui va d’ailleurs bénéficier du fait que l’Arabie saoudite œuvre désormais à favoriser un prix plus élevé du baril pour financer ses réformes et sa guerre au Yémen.
_

jeudi 15 novembre 2012

La chronique économique : L’AIE relance le débat sur les gaz de schiste

_

Le Quotidie d'Oran, mercredi 14 novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a jeté un pavé dans la mare concernant le débat, très polarisé, à propos des hydrocarbures non conventionnels. Dans son dernier rapport sur les perspectives énergétiques mondiales (World Energy Outlook), l’Agence basée à Paris a annoncé que les Etats-Unis sont en bonne voie vers l’indépendance énergétique grâce notamment au gaz et pétrole de schiste. Ainsi, ce pays deviendrait le premier producteur mondial de pétrole en 2020 et un exportateur net de brut entre 2030 et 2035, reléguant derrière lui la Russie, l’Arabie saoudite et les autres monarchies pétrolières du Golfe. On imagine sans peine les bouleversements géopolitiques que cela devrait induire…


L’AIE est dans le camp des pays consommateurs


Avant d’aller plus loin, il faut tout de même préciser que l’AIE n’est pas un acteur neutre et impartial. Dans le bras de fer permanent que se livrent les producteurs (surtout ceux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, Opep) et les consommateurs (Etats-Unis, Europe, Japon), cette agence est clairement dans le camp des seconds et sa mission principale est de faire en sorte que l’offre en énergie soit la plus abondante possible. Du coup, on comprend pourquoi son économiste en chef Fatih Birol estime que les gaz de schiste peuvent être exploités sans dommages pour l’environnement (à condition, précise-t-il néanmoins, que l’industrie pétrolière consente de gros investissements).

Ceci étant précisé, et comme indiqué dans une précédente chronique (*), il ne faut pas se mentir. Les Etats-Unis, même sous la nouvelle présidence d’Obama, ne vont certainement pas sacrifier l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels. De même qu’Ottawa avec les sables bitumineux de l’Alberta, Washington n’aura aucun scrupule à endommager une partie de son propre environnement pour répondre à sa demande énergétique interne et pour contenter les lobbies pétroliers. Car ce n’est pas qu’une question d’indépendance en matière d’hydrocarbures qui se pose. Pour les Etats-Unis, comme pour le Canada, c’est tout simplement le retour à des taux importants de croissance économique qui est en jeu. Il suffit de se renseigner sur le dynamisme des marchés de l’emploi en Alberta (sables bitumineux) ou dans les deux Etats du Dakota (gaz de schiste) pour en prendre conscience.

Cela signifie que les indignations et protestations des défenseurs de l’environnement risquent de ne pas suffire. Car, encore une fois, c’est une question de civilisation qui est en train de se jouer et le plus fort va imposer sa loi y compris à l’intérieur de ses frontières. Au Canada comme aux Etats-Unis, les organisations écologiques tentent vaille que vaille de stopper les exploitations d’hydrocarbures non conventionnels mais les opinions publiques, sensibles aux questions d’emplois et d’autosuffisance énergétique, sont loin d’être convaincues d’autant que les pouvoirs politiques sont peu transparents sur ce dossier. Question importante : quel pays, quel dirigeant mondial sera capable d’aborder ce dossier dans une enceinte comme l’Onu ? Au passage, on devine pourquoi il n’existe pas à ce jour d’Organisation mondiale pour l’environnement car cette dernière aurait été l’instance idéale pour freiner, voire pour encadrer, le développement des gaz de schiste.


Les pessimistes pas assez réalistes ?


Par ailleurs, cette nouvelle donne énergétique donne finalement raison aux optimistes qui n’ont jamais cru au proche déclin des hydrocarbures. Alors que les pessimistes, dont des géologues reconnus, avançaient que le pic pétrolier (moment où la production mondiale atteint son plafond) interviendrait en 2020, les projections avancées par l’AIE tendent à démontrer le contraire. En clair, cela signifie que l’âge du pétrole et du gaz ne semble pas près de s’interrompre même si le coût environnemental sera de plus en plus élevé.

(*) Les gaz de schiste : nouvelle manne ou future calamité, 7 novembre 2012.
_

vendredi 22 juin 2012

La chronique économique : Petite pause pour le baril de pétrole

_

Revoici donc le baril de pétrole sous la barre des 100 dollars. Certes, ce n'est pas une décrue considérable puisqu'il se maintient au-dessus de 96 dollars à Londres. Pour autant, cela place les prix de l'or noir à leur plus bas niveau depuis dix-huit mois et cela relance les discussions concernant l'évolution à court et moyen terme du marché pétrolier. Il existe à ce sujet plusieurs hypothèses mais la plus répandue est que cette baisse modérée devrait durer encore plusieurs semaines en raison de la conjoncture mondiale.

DE NOMBREUX FACTEURS BAISSIERS

Il est vrai que le contexte économique ne favorise pas une hausse des cours. En Europe, la croissance est au plus bas et de nombreux pays sont confrontés à une grave crise de finances publiques. Aux Etats-Unis, la situation est moins grave mais de nombreux signaux - dont la hausse récente du chômage - démontrent la réalité du ralentissement de l'activité. Tout cela a un impact négatif sur la demande en pétrole et il est donc normal que les prix de l'or noir baissent. De plus, de nombreux investisseurs se détournent du marché pétrolier en raison de l'appréciation du dollar étasunien, monnaie dans laquelle sont libellées les transactions pétrolières (cette hausse du dollar est due aux doutes sur l'avenir de l'euro).

Un autre facteur baissier réside dans l'arrivée massive, sur le marché physique, du pétrole de schiste («oil shale »). C'est le cas notamment aux Etats-Unis où l'Etat du Dakota du nord - principal lieu d'exploitation de ce type d'hydrocarbure - est devenu la seconde source de production pétrolière derrière le Texas mais devant l'Alaska. 

Cette émergence du pétrole de schiste - conjuguée à la montée en puissance du gaz de schiste - n'est pas un phénomène anodin. Cela offre aux Etats-Unis mais aussi à d'autres pays consommateurs, une diversification importante. Il est encore trop tôt pour dire si le pétrole de schiste va contribuer à rééquilibrer la répartition de la production mondiale (42% sont assurés par les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole - Opep) mais une chose est sûre : le marché sait qu'à l'avenir, le pétrole de schiste pourra compenser en partie la diminution de la production du brut classique.

Enfin, circonstance suffisamment rare pour ne pas être évoquée, la géopolitique influe aujourd'hui à la baisse sur les marchés pétroliers. Ainsi, la crise du nucléaire iranien n'est-elle pas dans une phase aiguë.      Les pourparlers entre Téhéran et les pays occidentaux ont repris tandis que l'annonce d'un éventuel retrait de la vie politique du président Mahmoud Ahmadinejad en 2013 alimente les supputations sur un rapide règlement du différend entre l'Iran et la communauté internationale.

En tout état de cause, les primes de risque pour le passage du détroit d'Ormuz ont diminué ce qui, de manière mécanique, a un effet baissier sur les prix du pétrole. Par ailleurs, l'entrée en vigueur, le 1er juillet prochain, de l'embargo européen sur une partie des exportations pétrolières iraniennes a déjà été intégrée par le marché et ne devrait pas engendrer de hausse significative des cours (cela d'autant que le rebond de la production irakienne permet de compenser les effets de cet embargo).

UN MARCHE HAUSSIER A TERME

Mais l'équilibre du marché pétrolier reste fragile. Malgré l'émergence du pétrole de schiste, l'essentiel de l'approvisionnement de la planète continuera de dépendre de zones plus ou moins instables à commencer par le Golfe et l'Afrique de l'ouest. Cela signifie que la moindre crise politique aura des conséquences immédiates sur les cours du brut d'autant que des zones de production, plus stables sur le plan politique, comme la Mer du nord ou le Golfe du Mexique, ont commencé à décliner.
En clair, il ne devrait pas se passer trop de temps pour que le baril ne repasse la barre des 100 dollars. A moins que les géants de l'Opep ne s'engagent dans une course effrénée à la production. Ce qui est une autre histoire…

Le Quotidien d'Oran, mercredi 20 juin 2012
Akram Belkaïd, Paris
_