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jeudi 26 octobre 2017

La chronique économique : La Chine et ses « talents » étrangers

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 25 octobre 2017
Akram Belkaïd, Paris


Le Parti communiste chinois (PCC) a donc tenu son dix-neuvième congrès. A chaque fin de lustre, cet événement mobilise l’attention des observateurs internationaux qui attendent les signes d’une évolution politique ou, c’est plus souvent le cas sous la présidence de Xi Jinping, une réaffirmation du dogme du « socialisme chinois spécifique ». Autrement dit la poursuite d’une ouverture économique toujours d’inspiration libérale mais un rejet hermétique de toute ouverture politique.

Expertise importée

Ce fut encore le cas cette fois-ci. La Chine, a expliqué XI Jinping, entend continuer de jouer le jeu de la mondialisation et des échanges commerciaux. Mieux, elle promet de mieux ouvrir son marché intérieur aux entreprises étrangères. On le sait, Pékin est très critiqué pour son protectionnisme notamment en matière de défense des intérêts de ses entreprises publiques. Désormais, les autorités chinoises tiennent un discours économique à l’opposé de celui du président américain Donald Trump qui prône un retour à une plus grande régulation des échanges commerciaux.

Concernant la stratégie chinoise, on connaît le paradoxe qui alimente nombre de controverses. Sur le long terme, peut-on demeurer libéral sur le plan économique tout en cadenassant le champ politique avec une poigne d’acier ? En juillet dernier, la mort en prison de Liu Xiabo, le prix Nobel de la Paix 2010 a montré que le régime chinois n’entend rien céder aux dissidents alors qu’il fait assaut de séduction à l’égard des investisseurs étrangers. Même si le succès économique est au rendez-vous, on peut se dire que ce genre de stratégie ne dure qu’un temps et que si, d’aventure, la conjoncture se retourne, Pékin sera obligé de lâcher du lest pour assurer la pérennité du PCC. Mais cela fait trois décennies que ce genre de raisonnement est rabâché. Et rien ne change.

De fait, le verrouillage du champ politique sert même d’argument vis-à-vis des investisseurs étrangers qui, par exemple, trouvent en Chine un environnement où les syndicats officiels servent surtout à briser les grèves… Mais il y a plus important. De nombreux cadres internationaux confirmés n’hésitent plus à s’installer en Chine, attirés par le boom économique et les perspectives de carrière. Cela vaut aussi pour des étudiants étrangers pour lesquels un cursus en Chine est un avantage stratégique. Publié récemment, un rapport met en exergue le fait que le pays réalise une double performance (*).

La première, c’est qu’il attire des étudiants et des « talents » étrangers de tous les horizons, y compris des ressortissants américains. A ce sujet, aucun pays, hormis la Chine, n’a réussi la performance d’être à la fois un exportateur d’étudiants nationaux et un importateur d’expertises étrangères (lesquelles acceptent de travailler pour des entreprises locales). La seconde performance est la capacité à convaincre les nationaux partis étudier à l’étranger de rentrer chez eux pour y faire carrière.  Là aussi, rares sont les pays du Sud qui y arrivent.

Le prix du silence

Que penser de tout cela ? L’une des conclusions premières est que le fameux environnement des affaires, que l’on agite à bout de bras pour classer les pays selon leur attractivité, peut s’accommoder d’un régime autoritaire, pour ne pas dire dictatorial, si le reste est assuré. Le reste ? Des entreprises modernes ou en voie de modernisation, des universités reconnues et capables de concurrencer des établissements occidentaux, des marchés en croissance et, bien sûr, des rémunérations à la hauteur des ambitions de ces élites économiques. Mais la règle implicite est connue de tous. On travaille, on gagne (bien) sa vie mais on ne se mêle pas de politique. Si l’on est étranger, on tient sa langue. En Chine, plus qu’ailleurs, le silence et la soumission au pouvoir en place sont le prix du succès professionnel.


(*) « Rapport 2018 sur la mobilité mondiale de talents et la gestion de la richesse », Forbes et Wailan, Overseas Consulting Group.
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jeudi 21 novembre 2013

La chronique économique : Chine, une feuille de route pour plus de marché

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 20 novembre 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Un peu plus de marché mais toujours autant sinon plus de Parti. C’est la conclusion lapidaire que l’on peut tirer à propos des travaux du troisième plénum du 18ème Comité central chinois. Nombreux étaient les observateurs qui espéraient des annonces spectaculaires en matière de libéralisation politique du régime. Ils en ont été pour leurs frais. Il n’y aura ni démocratisation ni ouverture majeure. Certes, Pékin a décidé la fermeture des camps de réinsertion par le travail (ce qui n’est pas rien !) et l’abandon de la politique de l’enfant unique. Pour autant, aucune rupture majeure n’est prévue. Le Parti communiste chinois (PCC) reste le seul maître à bord et il n’est pas question qu’il abandonne son monopole sur la vie publique.

LE PROJET «383»

Comme d’habitude, les choses sont un peu moins tranchées en ce qui concerne l’économie. Le PCC s’est ainsi engagé à céder un « rôle décisif » au marché par le biais de plusieurs réformes dont la feuille de route est décrite dans un document intitulé projet « 383 ». Le premier trois correspond à l’articulation entre Etat, entreprises (qu’elles soient publiques ou privées) et marché. Viennent ensuite huit domaines de réformes : la gouvernance, la réglementation concurrentielle, la gestion foncière, la finance, les finances publiques, les actifs étatiques, l’innovation et la libéralisation des échanges internationaux. Enfin, le dernier chiffre concerne trois objectifs à atteindre : faire en sorte d’apaiser les pressions venant de l’extérieur pour un changement du modèle économique chinois, la mise en place d’une législation sociale susceptible de diminuer les tensions et les disparités à l’intérieur du pays et, enfin, une intensification de la réforme foncière.

Il est encore difficile de cerner quelles seront les mesures concrètes qui naîtront de la « vision » 383. Dans leurs commentaires, de nombreux sinologues s’attendent à ce que les agriculteurs chinois aient davantage de droits sur les terres qu’ils travaillent (mais qu’ils ne possèdent pas). De même, il est prévu une refonte fiscale destinée à mettre plus de pression sur les entreprises publiques et à obliger les collectivités locales à mettre en ordre leurs finances. On pourrait aussi assister à une libéralisation plus marquée des taux d’intérêts bancaires (réforme prudemment entamée l’été dernier).

A l’inverse, le PCC n’entend pas abandonner à la société civile une partie des prérogatives détenues actuellement par l’Etat. Par exemple, il n’est pas question, du moins pour le moment, d’assister à l’émergence de puissantes associations de consommateurs, une revendication de plus en plus fréquemment exprimée sur les réseaux sociaux chinois.

La zone expérimentale de Shanghai

Autre point majeur : il ne semble pas qu’une réforme d’envergure soit prévue pour les entreprises publiques. Là-aussi, de nombreux observateurs espéraient l’annonce d’une ouverture de leur capital à des opérateurs privés, nationaux ou étrangers. L’Etat restera donc présent dans l’économie via ces mastodontes dont les performances sont souvent très critiquées. En réalité, comme le précisent plusieurs experts chinois dont Wang Jiann-Yuh, Pékin va surtout opérer par expérimentations localisées (*). D’où la mise en place en septembre dernier d’une nouvelle zone de libre-échange à Shanghai. C’est là que la feuille de route 383 sera testée de manière concrète. Sur le seul plan économique, bien entendu…


(*) La Chine se cherche un nouveau modèle économique, Afrique Méditerranée Business, Novembre 2013.
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