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lundi 2 novembre 2015

La chronique économique : La Chine, sa croissance et ses statistiques

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 21 octobre 2015
Akram Belkaïd, Paris

C’est l’interminable et constant feuilleton de l’économie mondiale. Où en est la Chine ? Lundi 19 octobre, le bureau national des statistiques à Pékin a dévoilé les chiffres de la croissance du Produit intérieur brut (PIB) pour le troisième trimestre. Le chiffre est tombé comme un couperet : +6,9%. C’est-à-dire quelques poussières en dessous de l’objectif officiel de 7%. En somme, rien de bouleversant. Le gouvernement chinois ne peut pavoiser en revendiquant un retour plus vigoureux de l’activité mais il peut aussi dire sa tranquillité puisque les performances de la deuxième économie du monde (ou la troisième selon les calculs) reste dans les clous.

Une croissance surévaluée ?

Sur les marchés internationaux, la nouvelle a été diversement commentée. Les uns se sont inquiétés de cette « stagnation », d’autres ont, au contraire, salué la « résistance » de l’économie chinoise. Plus discrets, certains analystes ont essayé de relativiser l’emprise immédiate de la statistique chinoise pour dégager des perspectives à moyen terme. Selon eux, Pékin ne peut pas accepter que le taux de croissance demeure aussi « moyen » en comparaison des performances passées (celles où la création de richesses dépassait les 10% de progression annuelle). Car, en Chine, plus qu’ailleurs, le taux de croissance fait partie du contrat entre pouvoir et peuple. D’un côté la richesse et donc les emplois et la réduction de la pauvreté. Et, de l’autre, la stabilité politique et l’acceptation de l’ordre imposé par le Parti communiste chinois.

Certes, comme le relève le célèbre artiste chinois Ai Weiwei en parlant de son pays « on ne peut pas développer un pays où l’on propose comme seul but aux gens de s’enrichir » (*), mais pour l’heure cela marche assez bien. Le problème risque d’apparaître si cette perspective de gagner de l’argent s’amenuise. Or, c’est ce qu’affirment certains experts. Pour eux, les statistiques chinoises sont mensongères et les taux de croissance annoncés ne sont pas réels. Ils seraient juste gonflés afin de ne pas inquiéter la population et de ne pas semer la panique sur les marchés locaux et internationaux. Pékin craint ainsi qu’une baisse de la croissance ne provoque une aggravation de la fuite de capitaux que subit la Chine actuellement.

Il reste à savoir de combien la croissance chinoise est surévaluée. Une lecture de la presse économique montre que la fourchette haute table sur un taux de 5% quand d’autres analystes n’hésitent pas à avancer le chiffre de 4% soit à peine plus que l’économie américaine. Pour mémoire, même quand la Chine annonçait des taux à deux chiffres, il s’est toujours trouvé des économistes pour les réviser à la baisse de plusieurs points. Le débat n’est donc pas nouveau. Et l’argument des sceptiques est toujours le même : quand on fait la somme des PIB de chaque province on arrive à un résultat différent du PIB national ! Une anomalie qui permet toutes les interprétations. Soit, les provinces gonflent leurs chiffres et le gouvernement central ajuste à la baisse. Soit, c’est l’inverse.

L’importance d’expertises multiples

Cette réalité illustre l’enjeu autour des organismes de statistiques. Si ces derniers sont sous le contrôle du pouvoir politique, les risques de manipulation sont importants. Dans le même temps, le cas de la Grèce et de ses chiffres maquillés, a montré que même un organisme indépendant voire un organisme régional peut se laisser abuser par des manipulations en amont. Du coup, c’est l’abondance de l’expertise, autrement dit l’existence de plusieurs sources d’analyse et de retraitement, qui peut faire la différence et permettre de se faire une idée objective de la situation. A condition que ces sources ne sombrent pas dans des comportements moutonniers comme c’est trop souvent le cas en matière d’analyse économique.

(*) L’Obs, 24 septembre 2015
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mardi 15 septembre 2015

La chronique économique : De l’économie positive

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 9 septembre 2015
Akram Belkaïd,Paris

Il règne aujourd’hui dans le monde des économistes une insatisfaction qui témoigne de l’incertitude de notre époque. On le sait, le Produit intérieur brut (PIB) est un indicateur de plus en plus contesté même si son évolution (croissance ou récession) demeure incontournable dans toute évaluation. Malgré ses limites, comme le fait qu’il ne traduit pas les dommages écologiques ou que sa valeur peut croître en raison des dépenses engendrées par une catastrophe, le PIB n’a pas été détrôné par l’indicateur du bonheur ou par la « comptabilité verte ». Au-delà des discours, il reste la référence.

Une question d’altruisme

La tendance aujourd’hui est d’élaborer des modèles d’évaluation complémentaire susceptible d’affiner la lecture univoque qu’offrait jusque-là le PIB. Depuis quelques années, Jacques Attali, homme aux activités et parcours multiples – il fut conseiller du président François Mitterrand – cherche ainsi à promouvoir le concept d’« économie positive », un forum annuel étant organisé sur ce thème (il a lieu du 16 au 19 septembre dans la ville du Havre). Qu’est-ce que l’économie positive ? Selon l’économiste et producteur d’idées, c’est « une économie qui prend en compte l’intérêt des générations futures » et sa quantification doit devenir « un instrument de conduite des politiques publiques ».

De manière concrète, l’économie positive selon Jacques Attali repose sur trois points : l’altruisme entre générations, l’altruisme entre territoires et l’altruisme entre acteurs. Au fond, c’est une réhabilitation de la générosité mais aussi du don de soi, deux qualités que les sciences économiques minées par leur fascination pour les mathématiques n’ont guère cherché à modéliser.  On relèvera avec intérêt cette notion de prise en compte des générations futures. A-t-elle toujours existé ? On ne peut le nier quel que soit le scepticisme que l’on peut éprouver à l’égard de l’être humain. Au cours des siècles passés, les efforts de ce dernier ont, malgré tout, toujours tendu vers l’amélioration des conditions de vie. Agriculture, défrichage, hygiène, développement des techniques, toutes ces composantes du Progrès ont fait que, de façon générale, toute génération a bénéficié des efforts de celle qui l’a précédée. La révolution industrielle, la pollution et le dérèglement climatique qu’elle a engendrés ont changé la donne de manière dramatique. Aujourd’hui, c’est une évidence. Les économies du XXème siècle, notamment celles des pays industrialisés, ont peut être amélioré les conditions de vie contemporaines mais elles ont créé d’importants déséquilibres qu’ils soient écologiques ou même financiers (poids des dettes publiques que les générations futures devront porter).

La Norvège en tête

Adossés à plusieurs indicateurs statistiques mais aussi à des sondages, le concept d’économie positive permet au groupe Positive Planet (ex PlaNet Finance créé en 1998) d’élaborer un classement des pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) selon l’indice de « positivité ». Les bons élèves sont la Norvège, la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, l’Islande et la Suisse. En queue de peloton, on trouve le Japon, le Mexique, la Turquie, la Hongrie et, comme lanterne rouge, la Grèce. La France, l’Espagne ou le Royaume-Uni font partie du ventre mou de ce classement qui coïncide, peu ou prou, avec des études sur la qualité de vie des individus ou leur adhésion au système politique et économique de leur pays. A ce sujet, il serait intéressant d’appliquer l’indice de « positivité » aux pays arabes pour savoir s’il en existe au moins un qui prépare sérieusement l’avenir de ses enfants…
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