Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 16 décembre 2017

La chronique du blédard : La Palestine ou le goût amer de la défaite

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 décembre 2017
Akram Belkaïd

Personne n’aime la défaite. Personne n’aime faire partie du camp des perdants surtout si cela dure depuis longtemps et que les revers se répètent et se multiplient. La prise de distance à l’égard de la cause palestinienne par certains ressortissants de pays arabes – certes, ils sont loin de refléter la majorité - s’explique, en partie, par ce constat (on reviendra sur les autres raisons dans de prochains textes). Les années passent et se ressemblent. Hormis l’euphorie des premiers mois de 2011 nées des multiples soulèvements populaires, l’actualité quotidienne des rives de l’Atlantique à celles de l’océan indien n’est guère flatteuse pour un ensemble qui fera bientôt 400 millions d’habitants. Ici et là, ce ne sont que guerres, affrontements fratricides, crises économiques sans oublier férule de fer, absence de démocratie, extrémisme religieux et résurgence des pratiques policières arbitraires. Chaque espoir né est rapidement balayé par la désillusion, la colère voire les regrets que l’on cultive pour l’ordre ancien. De quoi prendre la poudre d’escampette et clamer que l’on a rien à voir avec « ces gens-là », que l’on ne veut pas partager avec eux le fardeau dégradant des relégués.

On peut analyser de différentes manières la décision récente du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et cela au mépris du droit international et de diverses résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une chose est certaine, cet acte unilatéral signifie autant aux Arabes et Palestiniens qu’aux Européens que les Etats Unis continueront toujours de faire ce qu’ils veulent sans respecter l’avis des autres nations. Mais, ce qui nous importe c’est que cette reconnaissance sonne comme une nouvelle défaite dans la longue liste des composantes du drame palestinien. Et pour cause, nombreux sont les experts qui affirment qu’il n’y aura d’Etat palestinien ayant pour capitale Al-Qods voire qu’il n’y aura tout simplement pas d’Etat.

Dans les vagues et vaguelettes que charrient les réseaux sociaux, notamment en Algérie (mais cela vaut aussi pour la Tunisie et le Maroc), on peut lire certains internautes affirmer avec force qu’ils ne se sentent pas concernés par ce qui arrive aux Palestiniens. Les uns jugent qu’il ne s’agit que d’une cause « arabe » et mettent en avant leur berbérité et donc leur volonté de s’en tenir à leur propre combat identitaire. Quant aux autres, ils avouent leur lassitude face à cette question. Des décennies de luttes et de mobilisations n’ont rien donné tandis qu’Israël et ses dirigeants triomphent et font preuve d’une incroyable arrogance. Les médias occidentaux, à leur façon, prennent acte de cette « victoire » de l’Etat qui se veut à cent pour cent hébreu, et consacrent les intellectuels arabes qui lui adressent maints actes de reconnaissance voire d’allégeance.

Difficile dans de telles circonstances de ne pas céder aux sirènes de la versatilité. A force de voir son équipe perdre, on en finit par soutenir les vainqueurs. On se dit que lâcher les Palestiniens, c’est faire disparaître une blessure d’amour-propre. C’est soigner un orgueil sans cesse bafoué. Et que ce serait aussi l’occasion d’obtenir de l’Occident un autre regard. Qui sait même, une adoption ? Pathétique mais humain... Seul celui qui vit sous la férule coloniale israélienne sait ce que le terme soumoud veut dire dans le contexte palestinien. La ténacité.

De cet abandon qui pointe, les Palestiniens sont très conscients. Ils savent depuis longtemps qu’ils n’ont rien à attendre des gouvernements arabes (lesquels ont compris, eux aussi, qu’un rapprochement, même officieux, avec Israël leur vaudra mille attentions amicales de l’Occident). Les Palestiniens découvrent désormais qu’ils devront peut être mener une bataille de l’opinion publique au sein même des populations qu’ils croyaient acquises à leur cause. Il fut un temps où les mouvements de la gauche palestinienne rêvaient à la fois d’obtenir les droits de leur peuple à exister dans un Etat souverain mais aussi de changer le monde arabe. Aujourd’hui, le combat n’est même plus le même. Il s’agit de survivre et de ne pas être (complètement) abandonné.

Le drame des Palestiniens est multiple. Comment obtenir ses droits quand sa propre cause a été autant instrumentalisée par des régimes arabes incompétents, corrompus et brutaux ? Comment obtenir ses droits quand ses propres dirigeants sont aussi incapables ? L’échec de l’Autorité palestinienne, ses compromissions sécuritaires avec l’arsenal répressif israélien, sa caste de nantis, ses politiques économiques libérales : tout cela se paie aujourd’hui. Mais aucune raison au monde ne justifie que l’on tourne casaque et que l’on abandonne les Palestiniens à leur sort.

On connaît l’habituel argument de la propagande pro-israélienne que reprennent les nouveaux amis, arabes ou berbères, de Netanyahou et consorts : Pourquoi la Palestine et pas le Tibet, le Rif, les Rohingyas ? Mauvaise et tendancieuse question pour laquelle il existe une réponse simple : C’est la Palestine ET le Tibet comme hier c’était l’Afrique du Sud ET la Palestine. Tout comme cela doit être absolument la Palestine ET la Syrie ET le Yémen. Les combats sont multiples mais on peut tous les mener en même temps, on ne peut se démultiplier. Pour autant, cela ne veut pas dire que s’engager dans l’un signifie que l’on se lave les mains des autres.
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mardi 12 décembre 2017

La chronique du blédard : Pour le Yémen

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 décembre 2017
Akram Belkaïd, Paris

Des bombardements quotidiens, un blocus impitoyable, des conditions sanitaires désastreuses et une population au bord de la famine. C’est le tableau actuel du Yémen. Un pays qui connaît plusieurs guerres simultanées, entremêlées. Houthistes contre loyalistes au président exilé (à Riyad) Abd Rabbo Mansour Hadi et leurs alliés du mouvement sudiste. Coalition menée par l’Arabie saoudite et ses alliés contre les houthistes. Drônes américains contre les éléments, ou supposés tels, d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique. Pas un jour ne passe sans son cortège funèbre de morts et de dévastation. Selon l’ONU, 8,4 millions de Yéménites sont menacés par la faim. Le choléra et d’autres maladies infectieuses font de terribles dégâts. Et la situation ne fait que se dégrader.

De l’avis de tous les spécialistes de ce pays, la mort de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, vraisemblablement exécuté par ses anciens partenaires houthistes après qu’il eut rompu l’alliance avec eux, va aggraver la situation. Pour l’Arabie saoudite, la disparition de Saleh intervient alors qu’il venait à peine d’être « retourné », Riyad comptant sur lui pour disposer d’un relais politique efficace pour isoler les houthistes. Ces derniers se sentent renforcés par cette « victoire » et leur détermination à poursuivre coûte que coûte la guerre en sortira renforcée. Pour Abdelmalek Al-Houthi, chef de la rébellion, la mort d’Ali Abdallah Saleh signifie l’élimination d’un rival potentiel d’un ennemi de l’intérieur.

Autrement dit, chaque camp en présence entend persister. La coalition saoudienne va poursuivre ses bombardements et rien n’indique que le blocus imposé au Yémen, qu’il soit aérien ou maritime sera levé, y compris de manière temporaire. Signe inquiétant, l’ONU ainsi que des ONG ont décidé le rapatriement, dès que possible, d’une partie de leur personnel présent dans la capitale Sanaa. Pour mémoire, au printemps dernier, les houthises ont déjà chassé de cette ville, l’émissaire des Nations unies, Ismail Ould Cheikh Ahmed. Pour eux, c’est la prise de contrôle du maximum de territoire qui compte. Sur internet, des informations contradictoires circulent d’ailleurs sur le choix de plusieurs militaires, hier fidèles à Saleh, de rejoindre ou non la rébellion.

Dans ce contexte, le sort des populations civiles est plus qu’inquiétant. Mais qui s’en soucie ? Surtout, comment expliquer ce silence de la communauté internationale et, plus particulièrement des pays arabes ? Il est saisissant de noter qu’aucune initiative de paix, régionale ou internationale, n’a été enclenchée depuis le début des hostilités. Certes, ce genre d’engagement est rarement productif ou efficace, à l’image de ce qui se passe depuis 2012 en Syrie. Mais tout de même ! Les Yéménites sont-ils à ce point indignes d’attention pour qu’on les abandonne à leur sort ?

Il est vrai que ce qui se passe au Yémen est une sorte de guerre par procuration. On y voit surtout un affrontement entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ce dernier agissant par houthistes interposés. La situation est abordée sous le prisme habituel de la « lutte entre sunnites et chiites ». C’est oublier deux choses. D’abord, il fut un temps – et cela jusqu’aux années soixante – où l’on considérait le zaïdisme, courant religieux dont se réclament les houthistes, comme la branche du chiisme la plus proche du sunnisme. Plus important encore, il fut même parfois qualifié de cinquième branche juridique du sunnisme. Ensuite, il ne faut pas remonter loin, c’est-à-dire aux années soixante, pour retrouver trace d’une alliance forte entre Saoudiens et Zaïdites.

En clair, rien ne peut justifier le statu quo. Les acteurs en présence se connaissent depuis longtemps et sont susceptibles de trouver un compromis pour peu qu’ils soient poussés à le faire. On objectera, avec raison, que les marchands d’armes ne veulent pas d’une conciliation. Pas plus qu’ils ne souhaitent voir Riyad s’asseoir à la même table que Téhéran pour négocier le compromis historique que Barack Obama les incitait à trouver. C’est pourtant la seule et unique solution pour que revienne la paix dans cette région. Ou du moins, un peu plus de stabilité.

Actuellement, seul le sultanat d’Oman essaie de ramener un peu de raison entre les belligérants. Une approche très discrète et très prudente tant est crainte une réaction extrême de rejet de la part d’un royaume saoudien désormais bien belliqueux et bien imprévisible. A défaut d’initiative de paix, le Yémen va sombrer dans un chaos sans nom. Ce pays est même menacé d’une nouvelle partition. Outre les groupes djihadistes qui activent au nord-est, on peut aussi citer les manœuvres des Emirats arabes unis (EAU) pour se doter d’une zone d’influence lui assurant un débouché sur l’océan.

Dans un livre récent, l’universitaire et chercheur Laurent Bonnefoy montre à quel point le Yémen compte, loin de l’image de pays relégué qu’en forgent les médias occidentaux (*).  Son peuple, mérite que l’on parle de lui. Il mérite tout autant que les Palestiniens, les Syriens ou les Libyens que l’on se mobilise pour lui.

(*) Le Yémen, de l’Arabie heureuse à la guerre, Fayard, 347 pages, 23 euros.
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lundi 11 mai 2015

La chronique économique : Quand l’Arabie saoudite aura besoin d’un baril cher

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 6 mai 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
 
Quel est le prix d’équilibre du marché pétrolier ? En 2014, comme en 2013, de nombreux experts estimaient qu’un baril à 80 dollars avait pour avantage de mettre d’accord pays producteurs et pays consommateurs. Aujourd’hui, alors que les cours ont nettement reflué et que leur moyenne récente se situe autour de 55 dollars, il est clair que les pays producteurs font désormais figure de grands perdants de cette évolution. Et l’on peut se demander s’ils ont aujourd’hui la capacité à inverser la tendance.
 
Riyad en maître du jeu
 
Pendant longtemps, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a joué le rôle d’ajusteur du marché. Que ce dernier soit orienté à la hausse ou à la baisse, c’est le Cartel qui avait la capacité à influer sur les prix via une modification de sa production et cela sous l’impulsion de l’Arabie saoudite. Au milieu des années 1990, l’organisation a tout de même vécu une première alerte avec sa décision d’augmenter ses pompages alors même que l’Asie, l’un de ses principaux clients, s’enfonçait dans la crise. On se souvient du résultat avec un baril frisant les dix dollars et une presse spécialisée qui s’est dépêchée de décréter la fin de l’Opep. Quelques années plus tard, notamment avec l’invasion de l’Irak par une coalition menée par les Etats-Unis, l’Organisation a regagné en influence. Mais qu’en est-il aujourd’hui alors que l’époque, pas si lointaine, d’un baril à plus de 100 dollars semble presque oubliée ?
 
Comme toujours, la réponse réside dans la stratégie décidée par l’Arabie Saoudite. Ce pays, véritable pompe à essence de la planète, fait face à une situation à la fois compliquée et nouvelle. Dans le passé, les préoccupations stratégiques du royaume semblaient simples avec la nécessité de garder intacte une cohésion interne, notamment au sein de la famille royale, et la nécessité de contenir le rival iranien. Concernant le premier point, la récente modification de l’ordre de succession montre l’existence de tensions dont l’impact potentiel exige des dirigeants qu’ils disposent de ressources pour acheter la paix sociale et prévenir toute contestation d’ordre politique. Quant au second point, les choses n’ont certes pas changé mais elles ont tout de même gagné en complexité. La guerre froide que se livrent Téhéran et Riyad touche désormais le Yémen et n’a pas baissé en intensité en Syrie. Surtout, l’Arabie Saoudite est directement engagée chez son voisin yéménite avec son entrée en lice dans le conflit contre la rébellion houtiste. Ce qui signifie que ses dépenses militaires mais aussi civiles – comme par exemple les dons humanitaires à destination de la population yéménite - vont devoir augmenter.
 
Une marge de manœuvre qui n’est pas éternelle
 
On sait que le Royaume wahhabite a les moyens de faire face aux conséquences d’une baisse des cours du pétrole. Ses réserves financières importantes ainsi que sa part de marché lui donnent de quoi compenser ses pertes. Mais la question est de savoir combien de temps peut durer cette marge de manœuvre ? Six mois, un an ? Que se passera-t-il si le conflit au Yémen s’enlise ? Et si d’autres foyers d’affrontements apparaissent obligeant Riyad à multiplier les interventions militaires dans la région ? Ces questions sont encore rarement prises en compte par le marché pétrolier parce qu’elles sont nouvelles. Mais rien ne dit que cela ne sera plus le cas dans les prochains mois. De fait, on ne peut pas affirmer que l’Arabie saoudite n’aura pas besoin, à plus ou moins court terme, d’un baril à nouveau orienté à la hausse. Et cela même si l’Iran et la Russie, actuels adversaires de Riyad sur le plan géopolitique, y trouvent eux aussi leur compte.
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