Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 20 mai 2018

La chronique du blédard : L’Iran, la prochaine cible

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 mai 2018
Akram Belkaïd, Paris

Le monde est tel que les Etats Unis veulent qu’il soit. Cette affirmation peut paraître exagérée et semble vouloir disculper la responsabilité d’autres grandes nations mais les récents développements du dossier du nucléaire iranien viennent de nous rappeler que l’Amérique fait souvent ce qui lui plait, quand cela lui plait, et que c’est l’ensemble de la planète qui doit en subir les conséquences. Ce fut déjà relevé quand le président Donald Trump a décidé de manière unilatérale que son pays sortirait de l’accord de Paris sur le climat. Bien sûr, cet accord suit toujours son chemin, vaille que vaille, mais sa portée est clairement réduite avec le retrait de l’un des premiers pollueurs mondiaux.

Aujourd’hui, Trump vient de saboter ce que l’on pensait être l’un des rares points diplomatiques positifs de la décennie en cours. En 2015, après des mois de négociations secrètes, d’incertitudes et de tensions, les Etats Unis s’engageaient dans un accord historique avec l’Iran. Pour une fois, Américains, Russes, Chinois et les autres (Français, Britanniques et Allemands) parlaient d’une même voix. Même s’il convient de garder à l’esprit qu’il fut aussi le président de la guerre à outrance par l’usage de drônes (bien plus que son prédécesseur George W. Bush), cet accord de juillet 2015 fut l’une des réussites d’Obama (on notera aussi que la décision américaine de ne pas intervenir contre le régime d’Assad en fut aussi le prix à payer).

Avec Trump, revient l’air de la guerre. Non seulement son pays se retire de l’accord sur le nucléaire iranien mais toute entreprise, qu’elle soit européenne, africaine ou autre, sera punie par Washington si elle mène des affaires en dollars avec l’Iran. Pourquoi ? Parce que c’est ainsi. C’est la loi du plus fort, le véritable ordre international. La guerre donc. On dira que cette dernière est bien installée dans la région. Que ce qui se passe en Syrie est déjà une calamité et que l’on n’a pas fini de payer les conséquences de ce drame. C’est vrai. Mais que dire de ce qui se profile ? La décision de Trump ne casse pas simplement un accord tout en empêchant des entreprises non-américaines de faire des affaires en Iran. Elle ouvre la voie à un conflit de plus grande dimension. « Il veut sa guerre » disent nombre de journalistes spécialistes des Etats Unis à propos de Trump. De son bureau ovale, le locataire de la Maison Blanche semble penser qu’un conflit se mène aussi facilement que d’envoyer un message sur les réseaux sociaux. Bush croyait que les soldats américains seraient accueillis avec des fleurs à Bagdad et Saddam Hussein pensait vaincre l’Iran en quelques mois. Dans les deux cas, la suite est connue…

La remise en cause de l’accord de juillet 2015 par les Etats Unis crée les conditions propices à un « contexte de guerre ». Avant d’attaquer l’Iran, directement ou par le biais de ses alliés dans la région, les Etats Unis vont alimenter les tensions avec Téhéran. Il y aura des incidents, des menaces et des représailles. La propagande qui fonctionne à plein régime grâce aux lobbies saoudien et israélien va inonder le monde d’informations sur les crimes du régime des Mollahs, sur sa dangerosité, sur sa capacité à détruire ses voisins et, bien sûr, sur sa responsabilité en matière de terrorisme. Les habituelles personnalités médiatiques vont squatter colonnes de journaux et plateaux de télévision pour expliquer à quel point l’Iran est dangereux pour la paix mondiale. On connaît les mécanismes. Une partie de l’opinion publique renâclera mais le ventre mou, comme à son habitude, laissera faire.

En 2019, cela fera quarante ans que l’Iran est mis au ban de la communauté international. Cet immense pays dont les assises reposent sur une base civilisationnelle vieille de plusieurs milliers d’années, est quasiment interdit de développement par les Etats Unis et leurs alliés du Golfe. Car ce qui se joue actuellement ne concerne pas que le dossier du nucléaire. Comme le dit un jour Jacques Chirac, avant de se reprendre très vite, personne ne peut croire que la République islamique puisse prendre le risque de bombarder Israël, qui est une puissance nucléaire à qui personne ne demande des comptes sur ce sujet. Le régime iranien est détestable mais ceux qui le dirigent ne sont pas fous. Ils savent que la moindre attaque contre l’Etat hébreu, qu’elle soit conventionnelle ou non, sera payée au centuple.

En réalité, dans le drame qui se déroule devant nos yeux, c’est la mise à genou définitive de l’Iran qui est en train de se jouer. Il ne s’agit pas de verser dans la théorie du complot car le constat est là. Depuis 2003, et son invasion par les Etats Unis et leurs alliés sous des prétextes fallacieux, l’Irak est un pays à la dérive, divisé, incapable de peser sur le plan régional. La Syrie est un gigantesque charnier à ciel ouvert et son gouvernement, comme ses forces rebelles, ne survivent que grâce au bon vouloir de puissances étrangères. Reste l’Iran, le « vrai » poids lourd potentiel du Moyen Orient. Une population nombreuse, jeune et éduquée. Un territoire vaste, des ressources énergétiques et hydrauliques sans oublier le plus important : un mouvement fort en faveur du changement. A Washington, comme à Riyad ou à Tel Aviv, l’objectif est clair et affiché : l’Iran ne peut être « la » puissance régionale. Et ce n’est pas simplement qu’une question de régime. Avec ou sans les mollahs au pouvoir, ce pays est destiné à être mis au pas, affaibli et amoindri.


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lundi 23 octobre 2017

La chronique du blédard : Désordre stratégique

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 octobre 2017
Akram Belkaïd, Paris

Ce n’est pas une nouveauté. La situation internationale est marquée du sceau de l’incertitude ce qui n’est pas sans générer de l’inquiétude. Les problèmes globaux qui existaient il y a un an, c’est-à-dire avant l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, sont, non seulement persistants mais ils ont été aggravés par l’arrivée du milliardaire à la Maison-Blanche. Cela a pour conséquence d’empêcher que les grands de ce monde adoptent enfin une approche commune, fut-elle à minima. Nombre de politistes ont une formule pour désigner cet état de fait : il s’agit d’un « désordre stratégique » à grande échelle. Face à des problèmes récurrents, qu’ils ont parfois eux-mêmes créés, ces grandes puissances sont incapables de trouver une solution. Elles n’arrivent pas à mettre en place des stratégies efficaces.

La question de la prolifération nucléaire en est la bonne illustration. Au début des années 2010, les autorités iraniennes de l’époque ont fait le constat suivant : l’Irak de Saddam Hussein n’a pu être envahi en 2003 par les Etats Unis et leurs alliés que parce qu’il ne possédait pas d’armes de destruction massive (qu’on lui reprochait de dissimuler…). A l’inverse, la Corée du nord, a su poser un défi insurmontable à Washington mais aussi à ses voisins chinois, japonais et coréens du sud, en n’abandonnant jamais son programme nucléaire. On pensait que l’accord conclu en juillet 2015 entre les grandes puissances et Téhéran pour la suspension du programme civil iranien sonnerait le début d’une nouvelle phase. Cela devait montrer que les grands de ce monde pouvaient œuvrer pour la mise en place d’une solution pacifique et négociée susceptible d’empêcher que la tentation du nucléaire militaire se diffuse dans le monde. C’était sans compter avec la récente volonté américaine, mais aussi israélienne (permanente quant à elle), de torpiller cet accord.

Si les choses restent en l’état (Trump refuse de certifier l’accord) et que les Etats-Unis décident d’aller plus loin dans la dénonciation de ce qui a été conclu en 2015, il est évident que Téhéran relancera son programme, lequel, rappelons-le, demeure officiellement cantonné au nucléaire civil. Face à l’incertitude engendrée par le comportement erratique du président américain et l’attentisme électoral du Congrès (les élections de mi-mandat ont lieu dans un an, c’est-à-dire demain), le régime iranien peut décider que sa seule protection est d’imiter la Corée du nord. Un Iran avec la bombe ou sur le point de l’avoir sera plus difficilement attaquable. Et cela aura des conséquences pour toute la région. L’Egypte, La Turquie ou même les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, seront tentés eux aussi d’entrer dans le cercle fermé des pays détenteurs de l’arme atomique. Certes, jusque-là, leur parrain américain les en dissuade. Mais avec Trump aux manettes, rien ne peut être exclu.

Il y a autre chose d’inquiétant en ce qui concerne l’arme nucléaire. Jusqu’à présent, le grand mot pour ses détenteurs (officiels et officieux) était la dissuasion. En gros, il s’agirait de ne l’utiliser qu’en cas de légitime défense face à une attaque atomique. Or, on assiste depuis plusieurs mois à des dérapages verbaux aux Etats-Unis comme en Russie mais aussi en Inde et au Pakistan. A chaque fois, des officiels laissent entendre que bombes ou missiles nucléaires sont susceptibles d’être utilisés lors de conflits conventionnels. On reparle ainsi de plus en plus de « frappes tactiques » et cela renvoie à un passé (la guerre froide) que l’on croyait définitivement révolu. La grande peur aujourd’hui est le dérapage ou l’incident armé qui créera un précédent. La situation est d’une telle gravité qu’elle exige que l’ONU s’empare de la question mais que peut faire cette organisation quand on sait que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (tous détenteurs de l’arme atomique) ont des approches différentes vis-à-vis de cette question.

La question du réchauffement climatique et de ses conséquences est un autre exemple du désarroi stratégique global. En août dernier, Donald Trump a adressé à l’ONU la notification du désengagement de son pays du traité international de lutte contre le réchauffement scellé lors de la COP21 (« Conferences of the Parties ») qui a eu lieu en décembre 2015 à Paris. Contrairement à ce que l’on peut lire ici et là, ce désengagement est un fait d’une grande gravité. Qu’est-ce qu’une stratégie de lutte globale contre le réchauffement climatique sans la présence du second pollueur mondial derrière la Chine ? Qui va convaincre d’autres pays récalcitrants (Brésil, Inde, monarchies du Golfe) de tenir leurs promesses en matière de réduction des gaz à effet de serre ? On est en train de découvrir que le réchauffement climatique n’est pas simplement la perspective d’événements météorologiques extrêmes (sécheresses, inondations, tempêtes) c’est aussi un facteur de guerre et de désordres qui appelle une réponse coordonnée laquelle semble désormais impossible à mettre en place.

On terminera par ce qui occupe l’attention de nombre d’entre-nous. La situation au Proche-Orient est une succession ininterrompue de conflits. Après la guerre civile syrienne marquée par l’intervention russo-iranienne sans oublier la guerre menée par la coalition internationale contre l’Organisation de l’Etat islamique (OEI), on se dirige vers une nouvelle phase. Les risques de conflit sont multiples : gouvernement irakien contre le Kurdistan autonome, Turquie contre le « Kurdistan » syrien (appelé aussi Rojava) sans oublier la persistance de la guerre entre Ankarra et le PKK. A cela s’ajoute la perspective d’une attaque militaire israélienne contre le Hezbollah voire, directement contre l’Iran. En un mot, l’incendie en cours peut se transformer en brasier encore plus violent. Mais les jours passent et tout laisse à penser qu’il existe un consensus général pour lâcher la bride aux événements.
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