Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 27 septembre 2013

La chronique économique : Quand la Fed surprend les marchés

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 25 septembre 2013
Akram Belkaïd, Paris  
 
La Réserve fédérale américaine serait-elle devenue une adepte du contre-pied ? La semaine dernière, les marchés et la majorité des observateurs s’attendaient à ce qu’elle augmente ses taux et qu’elle mette fin à sa politique de soutien actif à l’économie américaine (Quantitative easing ou QE) en cessant progressivement ses achats de Bons du Trésor à long terme et de titres hypothécaires. Or, le dernier Comité de politique monétaire (FOMC) a décidé de ne rien en faire en maintenant son taux directeur au plus bas (il est de 0,25%) et en injectant chaque mois 85 milliards de dollars dans les circuits financiers.

Le «QE» est maintenu

La nouvelle a été saluée par les marchés mais aussi par les capitales émergentes confrontées à une fuite de capitaux vers les Etats-Unis (si la Banque centrale américaine remonte ses taux, placer son argent sur les marchés étasuniens sera plus rentable). Pour se justifier, la Fed – qui doit changer de président en 2014 (Janet Yellen, vice-présidente de l’institution est annoncée pour succéder à Ben Bernanke) - a estimé que la reprise de l’économie américaine reste encore fragile et qu’elle nécessite le maintien de son soutien. Un avis que confortent les chiffres de conjoncture puisque si la croissance du Produit intérieur brut (PIB) est de retour, le chômage peine à diminuer ce qui place les Etats-Unis dans la situation inconfortable de la «jobless recovery» soit la reprise sans emplois nouveaux. La Fed a d’ailleurs abaissé ses prévisions de croissance pour 2013 et 2014 ce qui laisse présager d’un maintien plus long que prévu du Quantitative easing, une politique d’intervention monétaire dite «non-orthodoxe» (jusqu’en 2012, l’approche habituelle excluait qu’une Banque centrale rachète la dette de son propre pays ce qui, in fine, revient à faire fonctionner la planche à billet).
 
Mais la bonne surprise passée, des critiques se sont fait entendre. Plusieurs experts ont regretté ce qu’ils qualifient de laxisme de la Fed. Pour eux, il est temps que la Banque centrale américaine mette fin à cette période « d’argent gratuit » dont les conséquences pourraient être catastrophiques à terme. En effet, avec cette abondance de liquidités, il y aurait au moins trois bulles en formation : dans l’immobilier, sur le marché des actions et sur celui des Bons du Trésor (treasuries). Et qui dit bulle dit, au final, éclatement et donc nouvelle crise. Car en se gardant de resserrer le marché du crédit, la Fed serait finalement fidèle à sa réputation grandissante de « serial bulber », comprendre un provocateur de bulles en série, la première ayant été celle des marchés d’actions et des valeurs internet il y a une quinzaine d’années.

La Fed n’a que faire des anticipations

Si ces critiques sont recevables et même nécessaires, d’autres sont pour le moins étonnantes. Ainsi, de nombreux acteurs du marché ont reproché à la Fed son «manque de sérieux» pour n’avoir pas adopté la position largement anticipée par le marché. Donc, et à suivre ce raisonnement, il aurait fallu que la Réserve fédérale augmente ses taux parce que le marché en était persuadé… Voilà qui redéfinirait les règles de cette institution, cette dernière s’obligeant à respecter les anticipations des investisseurs. En réalité, il n’est nulle question de crédibilité dans cette affaire car il est bon que le marché soit confronté à quelques surprises de temps à autre. Et il est aussi  bon pour lui de se rappeler qu’une anticipation n’est rien d’autre qu’un pari plus ou moins risqué.
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jeudi 19 septembre 2013

La chronique économique : Coup de mou pour les pays émergents

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 11 septembre 2013
Akram Belkaïd, Paris

Ils étaient cités en exemple pour leur dynamisme, les voici accusés de menacer la reprise de l’économie mondiale. Et pourtant, ce n’est pas entièrement leur faute… De fait, depuis plusieurs semaines, les alertes se multiplient quant à la baisse des performances des principaux pays émergents cela alors même que les Etats-Unis mais aussi la zone euro s’éloignent de la zone dangereuse de la récession. Or, si le ralentissement est bien tangible chez les fameux BRIICS (Brésil, Russie, Inde, Indonésie, Chine et Afrique du Sud), ses raisons sont, en grande partie, à rechercher du côté des pays développés.


La Fed a allumé l’incendie

En annonçant, le 22 mai dernier, qu’elle envisageait de cesser ses injections massives de liquidités dans l’économie (85 milliards de dollars par mois), la Réserve fédérale américaine (Fed) a enclenché un mouvement d’ajustement des flux de capitaux qui dessert les pays émergents. En effet, la perspective de la fin de ce programme d’ « assouplissement quantitatif » a provoqué une hausse des taux d’intérêts aux Etats-Unis. Du coup, nombre d’investisseurs rapatrient en masse leurs capitaux placés dans les pays émergents car cette hausse des taux longs américains leur garantit de meilleures rentabilité et liquidité.

En moins de trois mois, les fonds placés dans les pays émergents ont perdu près de 60 milliards de dollars et ont été rapatriés vers les Etats-Unis et la zone euro. Un reflux plus important encore que lors de la crise financière de 2008. Pays soumis à des déficits de paiements structurels, l’Inde et le Brésil sont les plus affectés par ce réajustement et leurs monnaies ont perdu près de 20% de leur valeur par rapport au billet vert depuis mai dernier. Du jamais vu depuis 1995, ce repli faisant écho aux grandes crises monétaires ayant ébranlé les pays émergents durant les années 1980 et 1990.

Cette fuite des capitaux jusque-là placés dans les pays émergents vers les Etats-Unis et l’Europe a plusieurs conséquences négatives. En provoquant la dépréciation des devises comme la roupie ou le real, elle engendre des tensions inflationnistes lesquels dissuadent les ménages d’épargner ce qui aggrave la dégradation des comptes externes des pays concernés.  Pour autant, les risques d’une grande crise financière des pays émergents doivent être relativisés car la majorité des pays émergents disposent de confortables réserves de change ce qui leur évitera, du moins dans un premier temps, de faire appel au Fonds monétaire international (FMI) pour équilibrer leurs comptes. Dans le même temps, l’Inde et le Brésil envisagent de créer un fonds commun d’intervention sur le marché des monnaies.  Une intervention qui passera par l’achat de dollars afin de provoquer l’appréciation du billet vert et, inversement, de freiner la glissade de leurs monnaies.

Un G20 toujours vain

Comme l’avaient prédit de nombreux observateurs, la tenue du G20 au cours du week-end dernier n’a débouché sur aucun accord concret pour trouver une solution aux déboires monétaires des pays émergents.  Certes, les gouverneurs des banques centrales du G20 se sont engagés « sur le fait que les changements futurs de politiques monétaires continueront d'être calibrés avec précaution » mais cela ne signifie pas que la Fed renoncera à sa décision de ne plus injecter des fonds dans l’économie américaine. En clair, l’hémorragie de capitaux dans les places émergentes risque de se poursuivre. C’est là une nouvelle preuve du caractère hautement volatil des investissements financiers étrangers et cela devrait inciter les pays pénalisées à développer leurs marchés intérieurs et à encourager l’épargne des ménages.
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lundi 4 juin 2012

La chronique économique : Nuages sur l'Inde

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 30 mai 2012
Akram Belkaïd, Paris

L’Inde ne brillerait-elle plus ? On se souvient de ce slogan (« India is shining ») du milieu des années 2000, quand New Delhi prétendait vouloir (et pouvoir) rattraper son voisin chinois en matière de performances économiques. Aujourd’hui, ce pays est l’objet de toutes les inquiétudes, même si le taux de croissance de son Produit intérieur brut (PIB) devrait être compris entre 6 et 7% en 2012. Un niveau envié par tous les pays occidentaux mais qui reste insuffisant pour réduire une pauvreté endémique. De fait, il faudrait un taux de croissance supérieur à 8%, voire à 10% selon certains économistes, pour que la plus vieille démocratie du monde s’engage dans un cycle durable, et non réversible, de diminution des inégalités.

LA ROUPIE PLONGE
Mais les problèmes de l’Inde ne concernent pas uniquement son taux de croissance. Depuis un an, la roupie, sa monnaie, est en chute libre, ayant perdu plus du quart de sa valeur face au dollar américain. Alors que la devise indienne est actuellement autour de 56 roupies pour un billet vert, les spécialistes du marché de change s’attendent à ce qu’elle glisse encore à un rapport historique de 60 pour 1. Comment expliquer une telle baisse dont l’une des conséquences est la persistance d’une inflation élevée à 7% (ce qui pénalise encore plus les catégories les plus pauvres de la population) ?

Pour de nombreux économistes, la chute de la roupie est la preuve d’une défiance des milieux économiques indiens et internationaux à l’égard de la politique économique menée par le gouvernement de Manmohan Singh. Longtemps présenté comme l’un des pères du miracle économique indien, le Premier ministre est à la tête d’une coalition hétéroclite empêtrée dans ses conflits et rivalités. Résultat, l’Inde est paralysée sur le plan politique et n’est plus capable de mener des réformes de grande envergure. Qu’il s’agisse de la réforme fiscale, du lancement de nouveaux grands chantiers d’infrastructures ou de la réduction de sa facture énergétique (le pays importe 80% de ses besoins en hydrocarbures) ou encore de la modernisation de l’appareil industriel, l’Inde s’avère ainsi incapable de la moindre initiative pour répondre à ses problèmes structurels.

C’est donc un pays en panne dont semblent se méfier les investisseurs. Alors que les agences de notation menacent de dégrader son rating, New Delhi se retrouve confrontée à une crise de confiance qui menace de se transformer en crise de liquidités. En effet, pour assurer leurs arrières, de nombreux opérateurs économiques indiens achètent actuellement des dollars en prévision d’une dépréciation plus accrue de la roupie. Cela pourrait obliger la Banque centrale indienne à intervenir en vendant directement des dollars à ces opérateurs afin de les dissuader d’écouler de la roupie sur le marché des changes (et donc de contribuer à une plus forte baisse de cette devise). Seul problème, ce procédé n’est pas soutenable dans la durée et peut déboucher sur une baisse conséquente des réserves de change.

LES PAYS ÉMERGENTS TOUS CONCERNES ?
Il reste à savoir si l’Inde est un cas isolé ou si ses difficultés n’annoncent pas un revirement de fortune pour les autres pays émergents. Déjà, la Chine annonce une croissance moins importante que prévu (elle restera tout de même de l’ordre de 8%), tandis que le Brésil reste confronté à une menace de surchauffe de son économie. A bien des égards, la deuxième partie de l’année 2012 dira si les pays émergents ont été rattrapés à leur tour par la crise économique qui frappe déjà les pays avancés. Si tel est le cas, l’économie mondiale serait gravement pénalisée par une crise généralisée aux conséquences dévastatrices en matière d’emploi mais aussi de stabilité politique.
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