Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 20 juin 2015

La chronique du blédard : Une petite faim

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 18 juin 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
C’est la nuit, la journée a été longue et on est loin de chez soi, dans une belle petite chambre d’hôtel, trop fatigué pour sortir. Mais le monde moderne offre de nombreuses possibilités. Ainsi, est-il possible de commander une pizza. N’importe quel type de pizza y compris une californienne avec des tranches d’ananas sur la sauce tomate « bio ». Il y en a même une qui est sucrée aux fraises, « bio » elles aussi. Par contre, et il est évident que cela va faire de la peine à de nombreux habitants de Mascara (pourquoi eux ? mystère…), impossible de trouver une pizza avec le duo kiwi-banane. Mais passons et regardons la liste des autres plats disponibles à la réception.
 
Bon, pas de chorba. Normal. Pour qu’elle s’impose ici et là dans l’Hexagone, il faudra certainement bien plus de temps qu’il ne s’en est écoulé pour que le couscous devienne le numéro un incontesté. Par contre, il est possible de commander en entrée « les délicieuses soupes bio ». Premier choix offert : « la savoureuse soupe de potiron » (7,90 euros). Là, on éprouve quelques doutes quant à la combinaison entre les termes « savoureuse » et « potiron » sauf à aimer les soupes (et les pizzas) sucrées. Deuxième choix : « La fine crème de tomates fraîches » (8,20 euros). Option posée car c’est ce qui se rapproche le plus de la chorba. Cela d’autant que le « velouté de crustacés à notre façon » (8,90 euros) n’inspire guère. Il y a déjà le « notre façon » qui sonne comme une incitation à la prudence. Prudence d’autant plus nécessaire que le voyageur, comme c’est souvent le cas, a oublié ses antihistaminiques…
 
Après la soupe, au tour de la « sélection de plats raffinés ». Ah, ce raffinement qui cherche toujours à masquer le raffinage… Premier choix : « les fameux tortellinis frais aux légumes de Méditerranée » (13,90 euros). Si vous n’avez jamais entendu parler de ces pâtes, c’est que quelque chose manque à votre culture ! On peut néanmoins s’interroger sur le label méditerranéen accolé aux légumes. D’habitude, cela vaut pour les fruits ou le poisson… Et puis, il n’est pas précisé s’ils sont « bio » ou pas. Méfiance. Deuxième choix : « Les savoureux tortellinis frais et leur chorizo doux » (14,50 euros). On pourra relever le soin mis à éviter les répétitions - les uns sont fameux, les autres sont savoureux – mais, hélas, le halouf (vous prononcez « chorizo » ou « korizo » ?) impose de passer son chemin… Même chose pour « l’authentique choucroute d’Alsace garnie » (15,30 euros). Ceci étant, et ce n’est pas une blague, on trouve désormais des choucroutes labellisées « halal » (les Québécois rétorqueront que chez eux aussi, il existe des cabanes à sucre – d’érable – qui servent des repas halal en lieu et place de l’habituelle charcuterie…).
 
Reprenons. Quatrième choix : « l’incontestable chou farci au canard confit » (15,90 euros). Et là, on se pose une question fondamentale. En quoi consiste le fait de contester un chou farci ? Le goût ? La cuisson ? La farce ? Poursuivons. Cinquième choix : « L’excellent blanquette de veau et ses légumes glacés » (16,50 euros). Là, il n’y a pas le moindre doute. Ça sent l’arnaque car la seule blanquette de veau qui fut excellente se cuisinait jadis à Lardy dans l’Essonne. Enfin, c’est ce qu’affirment les guides spécialisés. Mention spéciale aussi à propos des légumes. Pourquoi les glacer ? Surtout s’ils sont méditerranéens, autrement dit peu enclins à apprécier les basses températures...  Sixième et dernier choix : « l’incontournable bœuf bourguignon et ses pommes de terre » (17,50 euros). Mouais… ça peut être bon, mais avec un prix pareil on se dit que l’obstacle peut se contourner aisément.
 
Puisque c’est ainsi, on se dit alors que l’on optera pour la combinaison entrée plus dessert. Il est d’ailleurs recommandé de considérer cette option ou sa variante, deux entrées et un dessert. C’est souvent plus appétissant et nourrissant et cela évite le naufrage du plat principal. Les desserts donc. Attribués à une certaine Manon dont on se demande quelques microsecondes qui elle peut bien être. Premier choix : « la petite douceur chocolat café » (5,10 euros)… Dénomination étrange qui fait passer son chemin. Deuxième choix : « L’accord parfait baba et canelé » (5,50 euros). Ah, enfin quelque chose de tentant. Oui, je sais, qui dit baba dit rhum… En une autre saison, peut-être. On garde ça en tête. Troisième choix : « l’excellent Dom Tom d’ananas » (5,70 euros). Allez savoir ce qu’est ce dessert. Un sabayon aux fruits exotiques ? Une mousse de melon et d’ananas ? Le lecteur ayant la solution peut écrire au Quotidien d’Oran et recevra en retour un kilogramme de zlabia de Koléa (bien meilleure que celle de Boufarik, ce secret nécessitant désormais d’être éventé).
 
Reste enfin le quatrième et dernier choix : « Le délice de crêpes Suzette » (5,90 euros). Là, aucune hésitation. Niet, walou.  Les meilleures crêpes de ce genre – l’alcool étant flambé, donc matssakontiche pour les récriminations bigotes – se mangeaient jadis au restaurant El Boustane avec vue unique sur la baie d’Alger. Impossible donc d’insulter ce souvenir gustatif. Terminons enfin cette revue par une précision sur le picrate proposé : un « 100% Merlot » (4,90 euros les 18,7 cl) auquel la notice n’attribue hélas aucun qualificatif. Pas de « le véritable nectar » ou autre « l’insubmersible piquette »…
 
Tout compte fait, le menu a produit l’effet escompté. S’obliger à sortir à pas d’heure, en quête d’un « nourriture rapide à toute heure ». Bingo. Un kébab classique avec son « vrai pita croustillant », sa « viande excellemment grillée », ses « véritables oignons méditerranéens », ses « irrésistibles tomates marocaines » et sa « cosmique sauce algérienne » et, bien sûr, ses « frites craquantes et aériennes ». Et, en dessert, le « flan divin aux pruneaux » le tout arrosé par un « onctueux Ayran frappé ». Qu’est-ce que l’estomac vide pourrait exiger de plus ? Je vous laisse, ne pouvant écrire la bouche pleine…
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PS : Bon ramadan à toutes et à tous. Et doucement sur le « véritable sucre enchanteur ».

mardi 4 décembre 2012

Entretien avec le Pr-Dr Piotr G. Champepeo (2) : Pizza et intégration

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"La pizza ronde signifie à certaines populations immigrées qu’elles ne sont plus chez elles"

Le Professeur Piotr G. Champepeo est spécialiste de tout et de beaucoup plus encore. 
Nous continuons à aborder avec lui la question des aliments et du comportement des populations d’origine étrangères.

L’intervieweur.- Bonjour Docteur...                                
Pr. Piotr G. Champepeo.- Bonjour, je suis aussi Professeur en sciences de gestion !

Bien, Professeur. Outre le pain au chocolat dont nous avons parlé il y a peu, existe-t-il d’autres aliments capables de générer des tensions sociétales ?

C’est certain ! Il serait fastidieux de tous les énumérer mais on peut évoquer la question de la pizza. Vous savez, en Algérie, les pizzas qui se vendent dans les boulangeries sont carrées avec une grosse pâte sablée. Lorsqu’ils arrivent en France, les personnes originaires de ce pays ont du mal à retrouver ce genre d’aliment. Chez nous, la pizza est ronde et ses parts vendues à l’unité sont triangulaires. Cela provoque un désarroi certain. La pizza ronde signifie à ces populations immigrées venues du Sud de la Méditerranée qu’elles ne sont plus chez elles et qu’il faut qu’elles s’habituent à leur nouveau pays. Et cela ne se fait pas sans heurts.  Il suffit d’être attentif pour voir que l’on assiste à la montée généralisée d’une revendication radicale pour la généralisation de la pizza carrée en France et pour un emploi plus important du tchouchou salé, ou, si vous préférez, de l’anchois, comme ingrédient principal avec la tomate et les olives. Ce à quoi la société française résiste. Pour elle, la pizza est ronde et doit le rester. Ces tensions sont inévitables mais elles disparaîtront à long terme. Les nouvelles générations se sont déjà habituées à la pizza ronde et elles contribuent même à sa diffusion dans les pays d’origine. C’est un signe encourageant même si le débat se déplace désormais sur la halalité de la pizza ronde. Mais, c’est une autre affaire ! (rires).

Propos recueillis par Aziouz F. Douglass

(*) Université d’Abilene. Dernier ouvrage : La géopolitique gustative dans l’œuvre de Christine Angot (Editions du Festi).