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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 18 avril 2019

La chronique du blédard : Cette bien commode « main de l’étranger » …

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 18 avril 2019
Akram Belkaïd, Paris

Qu’est-ce que « la main de l’étranger » ? Avant de répondre à cette question si fondamentale aux yeux de nombre de nos dirigeants et de nos compatriotes, commençons par dire qu’il ne faut certainement pas être naïf. Tous les pays du monde se dotent d’institutions et de moyens pour, justement, contrer les ambitions d’autres pays rivaux ou bien encore ennemis. C’est, si on ose le dire ainsi, de bonne guerre. L’Algérie n’échappe pas à la règle. Qu’elle se doive de protéger ses intérêts, ses richesses et, avant tout, sa population est chose normale. Mais puisqu’on ne cesse de parler de complots, de menaces, la vraie question est de savoir de qui et contre quoi elle doit se protéger.

La main de l’étranger, ce ne sont pas des étudiants qui se mobilisent dans les rues d’Alger pour demander un changement profond dans les structures qui dirigent et gouvernent l’Algérie. La main de l’étranger, ce ne sont pas ces millions d’Algériens qui sortent de chez eux tous les vendredis pour exprimer leur ras-le-bol et leur volonté d’en finir avec un système qui a conduit le pays à l’échec. Dire que l’on veut le changement, prendre le risque de se faire bastonner, écrire clairement qu’il est temps que la donne soit modifiée, c’est aimer son pays. C’est lui vouloir le meilleur possible. A contrario, assimiler les manifestants à des auxiliaires de la main de l’étranger, c’est soit être totalement intoxiqué par une vision paranoïaque du monde soit, et c’est plus grave, être le vrai relais de la main de l’étranger.

Défendre le statu quo en Algérie, ce n’est pas servir l’intérêt des Algériens mais bien défendre, consciemment ou non, ceux d’autrui. Expliquons-nous avec quelques exemples pris au hasard. Le statu quo, cela signifie que les projets d’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels comme le gaz de schiste vont se poursuivre. Le statu quo, cela signifie que les Algériens qui s’opposent à cette folie aux conséquences écologiques – et économiques – incalculables n’ont pas le droit d’être entendus. Cela veut dire aussi que les protestataires contre l’exploitation du gaz de schiste – lesquels ont précédé de plusieurs années le mouvement du 22 février - se battent pour rien. Dans un pays démocratique, avec des institutions sérieuses, une telle exploitation devrait être débattue dans un parlement représentatif voire être soumise à un référendum. Le statu quo, ou une transition biaisée, empêchent et empêcheront cela.

Dans cette affaire, la main de l’étranger, ce sont les compagnies pétrolières occidentales qui pourront venir réaliser en Algérie ce qu’elles n’ont pas le droit d’accomplir dans leurs pays ou bien encore ce qu’elles ne peuvent faire que dans des conditions strictes de surveillance et d’encadrement par les autorités. Si on réfléchit bien à la question de l’exploitation du gaz de schiste – qui risque de ruiner les nappes aquifères du grand sud – on comprend mieux le lien entre statu quo et main de l’étranger qui, dans ce cas, est représentée aussi par les lobbies au service des pays consommateurs. Pour ces derniers, plus il y aura d’hydrocarbures pompés dans le monde, plus le prix de l’énergie sera bas. Bref, leur logique est simple : que l’Algérie pompe et pompe encore, qu’elle saccage son environnement, qu’elle épuise ses réserves, pourvu que les marchés soient satisfaits.

La main de l’étranger, c’est aussi celle qui tire avantage du fait que l’Algérie se soit désindustrialisée au fil des ans pour se transformer en un immense comptoir d’importations. Le statu quo, c’est des dizaines de milliards de dollars qui continuent d’être dépensés pour acheter de tout et de n’importe quoi à l’extérieur, avec les pratiques délictueuses que l’on connaît, notamment les procédés de surfacturation qui équivalent à des fuites illégales – et massives - de capitaux. Le changement, le vrai, impliquerait une plus approche plus rationnelle en matière de commerce extérieur, des lois destinées à protéger les consommateurs algériens du « made n’importe où » frelaté, périmé ou tout simplement inapte à la consommation. Le changement dans un sens de plus grande cohérence économique, cela signifierait donc des marchés perdus, des manques à gagner pour nombre de fournisseurs d’Europe, d’Asie ou même d’Amérique du nord. La main de l’étranger ne veut pas le chaos en Algérie, elle veut juste que les choses ne changent pas, que le système demeure en l’état. Elle veut juste pouvoir continuer à faire ses affaires au détriment du potentiel de production locale, au détriment de l’emploi local, des compétences locales. Elle veut ainsi continuer à écouler tranquillement ses produits, comme les automobiles, plutôt qu’elles soient fabriquées sur place.

On dira qu’il n’y a pas que l’économie et que la politique, notamment internationale, compte beaucoup. C’est un fait. Il est encore quelques dossiers où la position algérienne irrite plus ou moins. Le soutien aux Palestiniens et aux Sahraouis, le refus d’intervenir militairement en Libye et au Sahel, tout cela fait grincer des dents. Mais l’époque de la grande Algérie révolutionnaire, non-alignée, clairement anti-impérialiste est révolue. Nous prêtons de l’argent au Fonds monétaire international (FMI), nous participons à des manœuvres conjointes avec l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) et nous ne cherchons guère à peser sur le dossier palestinien que les Etats-Unis de Donald Trump cherchent à boucler au détriment d’un peuple qui, jadis, proclama symboliquement la naissance de son État à Alger. Pour faire l’objet d’un complot, il faut ne pas filer droit ou être dans la résistance (réelle) à l’ordre mondial. Ce n’est pas le cas aujourd’hui de l’Algérie, cela le sera peut-être demain si, démocratie oblige, les aspirations et les convictions du peuple algérien se traduisent concrètement en matière de politique étrangère et économique.

jeudi 5 mars 2015

Solidarité avec les manifestants d'In Salah contre l'exploitation du gaz de schiste

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Pour soutenir cet appel : acda-algerie@mailfr.com Merci

ALGÉRIE

Solidarité avec la lutte de In Salah contre l’exploitation du gaz de schiste
 
Depuis le 1er janvier 2015, les habitants de In Salah manifestent, avec détermination et sans violence, leur opposition à la décision du gouvernement de procéder à l’exploitation du gaz de schiste dans le bassin de l'Ahnit, proche de la ville, aux confins du désert : plusieurs oasis des alentours sont concernés par la fracturation hydraulique mise en oeuvre. Chaque jour plus nombreux, ils dénoncent également la collusion des multinationales telles que Halliburton et Shlumberger dans l’exécution de ce projet. 
 
La mobilisation s’est étendue à toute la région, puis au Grand Sud. Elle a reçu le soutien de nombreux chercheurs scientifiques et d’experts dans le domaine des hydrocarbures. Prenant une ampleur inédite depuis les grandes manifestations de juin 2001, elle a gagné la sympathie de très nombreux citoyens à travers tout le pays, inaugurant un rapport de force nouveau au sujet de l’avenir énergétique national – jusque-là considéré comme un pré-carré d’un petit cercle de pétroliers et de technocrates –, afin d’offrir une croissance maîtrisée à toute l’Algérie dont, aujourd’hui, l’économie tourne à 97 % grâce à l’extraction des hydrocarbures du sous-sol saharien.
 
Un collectif constitué de militants actifs et représentatifs de la ville a vu le jour, animant et coordonnant les manifestations, assurant l'information et les liaisons avec les chercheurs et experts, la presse et les médias. Il a adressé un moratoire à la présidence de la République et au Premier ministre, ainsi qu’aux ministères de l’énergie, des ressources en eau, de l’environnement et de l’agriculture. Son objectif est d’ouvrir un espace de dialogue sérieux et franc, et de trouver une issue satisfaisante pour l’ensemble des acteurs, tant de l’Etat que de la société civile. Le moratoire contient un argumentaire solide pour démontrer que l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste ne sont pas dans l’intérêt du pays, et ce à divers niveaux : économique, environnementale, sociale et sanitaire.
 
Les autorités algériennes n'ont pas répondu à cette demande de moratoire. Bien au contraire, elles démontrent jour après jour qu’elles comptent poursuivre leur projet, en se soumettant entièrement aux exigences des multinationales, en déconsidérant et réprimant les manifestant(e)s qui s’y opposent. Les 28 et 29 février derniers, un assaut a été donné par la gendarmerie et des compagnies nationales de sureté, utilisant gaz lacrymogène et balles en caoutchouc : plus de 40 manifestants ont été blessés, dont 3 graves ; d’autres ont été détenus. La répression des manifestant(e)s se poursuit.
 
Nous, mouvements associatifs de l'émigration et des pays du Maghreb, et associations de défense de l'environnement, dénonçons avec vigueur cette répression ainsi que le silence du gouvernement algérien face aux revendications d’un moratoire contre l'exploration et l’exploitation du gaz du schiste, que le collectif de lutte de In Salah lui a présenté.  

Nous exigeons la libération des manifestants détenus. 

Nous exprimons toute notre solidarité aux citoyen(ne)s de In Salah dans leur lutte contre la fracturation hydraulique qui risque de mettre en danger l'avenir de l'eau de toute une région d'Afrique.
 
Nous appelons tout le mouvement associatif, tou(te)s les ami(e)s de l'Algérie, à soutenir les revendications du collectif d'In Salah : 
- mise en place d'un moratoire sur la prospection et la production d'énergie par fracturation hydraulique, 
- arrêt des forages en cours.

Pour vous joindre à cet appel, envoyez vos mails à : acda-algerie@mailfr.com 

Paris, le 5 mars 2015.
Signataires

Collectif algérien en France ACDA (Agir pour le changement et la démocratie en Algérie)
APEL-Egalité (association de femmes algériennes en France)
Massira (Collectif citoyen de soutien aux luttes sociales et démocratiques en Algérie) 
Manifeste des libertés
CRLDHT (Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie)
ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France)
FTCR (Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives)
AMF (Association des Marocains en France)
ATF (Association des Tunisiens en France)



Mouhieddine Cherbib, militant associatif
Tewfik Allal, militant associatif
Driss El Kherchi, militant associatif
Souad Chaoui, militante associative
Salah Menia, militant associatif
Sanhadja Akrouf, militante associative
Omar Bouraba, militant associatif
Mouloud Boumghar, militant associatif
Omar Kezouit, militant associatif
Nabil Challal, militant associatif
Kahina Redjala, militante associative
Sabra Sahili, militante associative

dimanche 1 mars 2015

La chronique du blédard : Ce système qui n’a pas besoin d’opposition

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 février 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Donc, la règle est claire – et elle l’est effectivement depuis longtemps. Personne n’a le droit de manifester contre le pouvoir algérien. L’opposition ? Ça n’existe pas, ou plutôt ça ne doit pas exister. Pourquoi le devrait-elle d’ailleurs ? Le pays va bien. Très bien même. L’Algérie est au top de tous les classements internationaux. C’est la meilleure économie du monde, c’est du moins ce qu’en disent les experts respectifs du Fonds monétaire international (FMI), de l’Unesco, du Forum économique mondial, des principales organisations altermondialistes, d’Amnesty International, de Reporters sans frontières et de tutti quanti. Elle fait partie des BRIC, les fameux leaders émergents qu’elle surclasse aisément en matière de performances macro, micro et tactico-tactiques.
 
De plus, comme ne cesse de l’écrire le Nobel Joseph Stiglitz, Alger est l’archétype de la place financière du XXIème siècle avec sa Bourse aux milliers de valeurs cotées qui attirent les fonds d’investissement du monde entier. Un « hub » bancaire ultraperformant où le souvenir de l’époque où il était impossible de payer par chèque fait désormais beaucoup rire. Le système de santé algérien est cité en exemple à chaque grande messe internationale de même que celui de l’éducation dont ne cessent de s’inspirer les dirigeants de l’Ivy league étasunienne. Et que dire des infrastructures… Des lignes ferroviaires à grande vitesse, des barrages ultra-modernes, des centrales solaires au top de la technologie, de grandes centres de recherche et, last but not least, une agriculture à la fois innovante et respectueuse de l’environnement. Pour l’Afrique, l’Algérie est ainsi l’exemple à suivre en matière de sécurité alimentaire et, là aussi, le temps où elle faisait partie des pays les plus vulnérables en raison de leur dépendance aux céréaliers étrangers, et bel et bien révolu.
 
Que l’on pardonne au présent chroniqueur ce préambule ironique. Il a été écrit à dessein pour que certains de ses lecteur, pas tous, prennent conscience de ce drôle de sentiment ambigu qu’ils viennent d’éprouver. Le constat, le vrai, c’est-à-dire l’accablant, à propos de l’Algérie, ils le partagent avec des milliers, pour ne pas dire des millions de compatriotes. Oui mais voilà, la fierté est toujours là, cette brave fifille d’un nationalisme ombrageux qui nous tenaille – notez bien que j’écris « nous » - jusqu’à la moelle des os et qui fait aussi que le pouvoir a beau jeu de ridiculiser la moindre critique à son égard. De fait, il y a une question que l’on doit nécessairement se poser après la contestation empêchée dans les rues de la capitale le 24 février dernier. Ce qui prime, ce n’est pas de savoir pourquoi la manifestation a été contrée par les forces de l’ordre et par les orchestres folkloriques qui ont sillonné la ville pour soit disant célébrer l’anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures (nationalisation qui, rappelons-le au passage, a subi quelques liftings depuis et qui a même failli appartenir au passé avec la fameuse réforme avortée in extremis des années 2000). Non, ce qui est important c’est de comprendre pourquoi un régime politique avec un tel bilan catastrophique, et cela quel que soit le thème examiné, est finalement si peu contesté.
 
On parlera de l’effet rémanent de la décennie noire (c’est comme si, en 1977, on ne parlait encore que de la Guerre d’indépendance…). On évoquera l’effet insidieux de la rente plus ou moins (et plutôt mal) redistribuée. Mais on dira surtout qu’Alger n’est pas l’Algérie, que c’est une vitrine tenue d’une main de fer quand, dans le reste de pays, jacqueries et colères spontanées peuvent éclater à tout moment. On rappellera aussi que la colère au sud du pays contre cette insanité que sont les gaz de schiste montre que la résignation n’est pas de mise partout. Pour autant, il faut bien reconnaître l’existence d’une vraie réticence à s’élever contre le système. Ah ce système, on ne l’aime pas mais on a bien du mal à accepter que le critiquer dans la rue n’équivaut en rien à un acte de trahison nationale ou à une action au profit objectif de la fameuse main de l’étranger. On ne l’aime pas ce système, mais on agit comme si on faisait sien son échec et, du coup, tout discours semblable au liminaire de cette chronique est vécu comme une attaque personnelle qui fait oublier toute raison et objectivité.
 
Il y a quelques temps déjà, dans mon blog, je me suis étonné de la vigueur des réactions outragées des Algériens à une (mauvaise) plaisanterie du président François Hollande à propos de leur pays. Je relevais que tout cela me paraissait disproportionné et que j’aurais aimé assister à de telles colères concernant des choses bien plus sérieuses. Que n’ai-je pas écrit… Des amis qui décident de rompre tout contact, des insultes sur les réseaux sociaux… Et ce genre de schizophrénie perdure. La question de l’exploitation des gaz de schiste devrait mobiliser des millions d’Algériens préoccupés par le sort des futures générations et convaincus que les ressources aquifères du Sahara sont un atout fondamental pour l’avenir. A la place, ça crie et ça tempête, à partir de son clavier, parce que Roger Hanin a été enterré à Alger, conformément à ses dernières volontés…
 
On accuse souvent l’opposition algérienne de ne pas être à la hauteur des enjeux. Mais encore faudrait-il que le fait de se regrouper à quelques-uns dans la rue ne soit plus considéré comme un délit. Encore faudrait-il que cette jeunesse militante – l’une des grandes satisfactions du moment et un espoir pour le pays – ne soit pas brimée comme elle l’est et, surtout, abandonnée à son sort par les plus anciens. On le sait, le système et sa clientèle ne lâcheront pas l’affaire facilement. C’est une question de survie pour eux. Mais ce n’est pas une raison pour leur faciliter la tâche. Sauf si, et c’est une explication qui n’est pas à négliger, les uns et les autres y trouvent finalement leurs petits et grands comptes et cela au-delà de leurs sempiternelles récriminations.
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mercredi 4 juin 2014

La chronique économique : Le mal algérien

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 4 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Le gouvernement algérien vient donc de prendre l’irresponsable décision d’exploiter les hydrocarbures de schistes qui seraient contenus dans le sous-sol du pays. On notera au passage que l’Algérie va donc permettre à des opérateurs pétroliers étrangers de recourir à des procédés d’extraction – autrement dit la fracturation rocheuse – qui leur sont interdits dans leur propre pays. C’est le cas par exemple du groupe français Total dont le patron expliquait il y a quelques mois au quotidien Le Monde qu’il n’y a pas, pour le moment, d’autres méthodes pour récupérer ce type de pétrole ou de gaz. Or, il est prouvé que cette technique est polluante et qu’elle met en danger les réserves aquifères – pour bien le comprendre, il suffit de se reporter à l’actualité du Québec ou des Etats-Unis. Pour résumer, permettre à autrui de réaliser ce qu’il ne peut se permettre chez lui est peut-être la définition que donne le gouvernement algérien au terme de souveraineté ou à celui de patriotisme. Mais passons.
 
Une addiction
 
Quand on évoque l’économie algérienne, un fait s’impose. C’est sa totale dépendance aux hydrocarbures qui représentent entre 95 et 98% des recettes extérieures. Plus de cinquante ans après l’indépendance, ce taux dit à lui seul l’échec des politiques économiques menées depuis 1962. La diversification, qu’il s’agisse de l’industrie ou des services, reste un vœu pieu et c’est peu dire que le peuple algérien mange du pétrole et boit du gaz puisque, sans les hydrocarbures, l’Algérie serait incapable d’honorer sa facture alimentaire. En théorie cela devrait provoquer un sentiment d’angoisse et d’urgence. Il n’en est rien et le système fonctionne comme si les réserves d’or noir et de gaz étaient éternelles.
 
En termes imagés, on parle ainsi d’addiction au pétrole. Ce n’est pas exagéré. L’Algérie se conduit comme un camé au pétrole qui promet sans cesse de sortir de sa dépendance mais qui ne fait rien pour. Bien au contraire, l’accoutumance mais aussi la perspective d’un manque prochain pousse le toxicomane à se chercher d’autres substances jugées plus fortes. Dans le cas présent, il s’agit des hydrocarbures de schiste. Des ressources dont l’exploitation, catastrophique sur le plan environnemental – on ne le dira jamais assez -, va prolonger cette addiction et maintenir l’Algérie dans son mal, c’est-à-dire son incapacité à diversifier son économie et donc, à créer suffisamment d’emplois (si le pétrole offre de la richesse, il a peu d’impact direct sur le chômage).
 
Dans l’arsenal d’expressions convenues à propos de cette situation, on évoque souvent le « mal hollandais », en faisant référence aux conséquences négatives provoquées par l’exploitation des gisements pétro-gaziers de la Mer du nord sur l’économie des Pays-Bas (hausse de l’inflation, appréciation du florin, baisse des exportations hors hydrocarbures, perte de compétitivité…). Concernant l’Algérie, le parallèle n’est pas faux mais il ne suffit pas à décrire la situation. Le « mal hollandais » des années 1960 et 1970 a touché un pays qui était déjà industrialisé et qui, très vite, a pu se sortir de cette nasse.
 
Pas de fonds souverain
 
L’Algérie, contrairement aux Pays-Bas, veut aller encore plus loin dans sa dépendance à l’or noir quitte à ne pas régler ses problèmes structuraux à commencer par une corruption endémique et une incapacité à rentabiliser ses excédents financiers avant que ces derniers ne commencent à fondre. On relèvera à ce sujet que la Norvège a su minimiser son « mal hollandais » en créant un fonds souverain destiné à préparer l’après-pétrole. Une perspective qui n’est toujours pas à l’ordre du jour en Algérie ! Après le pétrole ? Le pétrole… En clair, à bien y réfléchir, le mal hollandais paraît bien moins grave que ce qu’il convient désormais d’appeler le mal algérien.
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jeudi 6 février 2014

La chronique économique : Quand le Golfe veut importer du gaz d’Amérique

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 29 janvier 2014
Akram Belkaïd, Paris

On pourrait dire que c’est le monde à l’envers. Depuis quelques mois, plusieurs pays du Golfe regardent du côté de l’Amérique du nord pour y investir. Rien de nouveau, certes, mais cette fois, c’est le secteur énergétique qui est visé. Ainsi, les Emirats arabes unis (EAU) et, à un degré moindre, l’Arabie Saoudite et le Koweït, se disent intéressés par les gisements de gaz de schiste aux Etats-Unis et au Canada. Pour mémoire, l’émirat d’Abou Dhabi s’était déjà intéressé aux sables bitumineux de l’Alberta, dans le nord-ouest canadien, mais l’exploitation de ces hydrocarbures non-conventionnels lui apparaît aujourd’hui bien plus coûteuse que celle du « shale gas », c’est-à-dire le gaz de schiste.

Une consommation en hausse

Pour les pays du Golfe, l’idée n’est pas uniquement de tirer profit du boom de cette ressource. Selon le Financial Times, le but recherché à travers ces futurs investissements est de rapatrier physiquement une partie de la production nord-américaine. Les Emirats envisagent même pour cela la construction d’un terminal de gaz naturel liquéfié et la mise en place d’une flotte de méthaniers. Un étonnant renversement de tendance quand on sait que, à partir du milieu du XXème siècle, c’est le mouvement inverse qui s’opérait avec un continent nord-américain importateur d’hydrocarbures de la péninsule. Plus récemment, à partir des années 2000, les Etats-Unis ont pratiquement réduit à zéro leurs achats de pétrole et de gaz en provenance des pays du Golfe tandis que ces derniers expédiaient leurs cargaisons vers l’Asie. A court terme, et si le développement du gaz de schiste ne s’interrompt pas (une bulle financière s’est formée autour de ce secteur), les rôles seront donc inversés.

Bien entendu, cela ne doit pas faire oublier que les pays du Golfe possèdent d’importantes réserves de gaz naturel mais ces dernières ne sont pas mises en valeur et il faudrait plusieurs années pour que cela soit le cas. Aujourd’hui, la Fédération des Emirats est obligée d’importer du gaz du Qatar. De même, la perspective d’une levée des sanctions contre l’Iran remet au goût du jour plusieurs projets énergétiques dont la construction d’un gazoduc entre l’ouest iranien et l’émirat d’Abou Dhabi. Mais, confrontés à une hausse de la consommation électrique, qu’il s’agisse de celles des foyers ou de l’industrie de l’aluminium, les Emirats ne veulent pas dépendre d’un seul fournisseur, surtout s’il s’agit d’un voisin encombrant comme l’Iran ou d’un rival régional comme le Qatar. Du coup, émerge l’idée d’aller investir plusieurs milliards de dollars aux Etats-Unis et au Canada pour importer de 5 à 10% des quantités de gaz nécessaire à sa propre consommation.

Le nucléaire renforcé

Cette problématique renforce l’hypothèse d’un développement à moyen terme de l’énergie nucléaire civile dans le Golfe. On le sait, les Emirats sont déjà bien avancés en la matière et l’Arabie Saoudite devrait elle aussi lancer concrètement un projet de grande envergure cette année. Ryad envisage en effet la construction de 16 réacteurs nucléaires soit un projet d’un montant total estimé entre 70 et 100 milliards de dollars. Un pactole qui fait saliver toute l’industrie nucléaire mondiale qui sait que le royaume est confronté lui aussi à une hausse permanente de sa consommation énergétique. 
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lundi 4 février 2013

Total, l'Algérie et le gaz de schiste

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L'entretien accordé par Christophe de Margerie dans Le Monde du 11 janvier 2013 mérite qu'on y revienne. Interrogé par les journalistes Marie-Béatrice Baudet, Denis Cosnard et Pierre Le Hir, le PDG de Total a notamment rappelé que même si "les techniques de fracturation vont continuer à évoluer", pour le moment "il n'y a pas d'alternative" et cela d'autant que "la piste de la fracturation de la roche par arc électrique" sur laquelle Total et l'Université de Pau travaillent ensemble "n'est pas concluante".

Mais, ce qui attire l'attention, c'est lorsque Christophe de Margerie a les mots suivants à propos de la réticence française vis-à-vis du gaz de schiste : "Il est quand même paradoxal", dit-il, "d'entendre un membre du gouvernement (français) annoncer que la France va faire des tests de fracturation hydraulique en Algérie - les Algériens en font du reste depuis des années -, pour rapatrier la technique en France si elle est finalement jugée acceptable pour l'environnement".

Question : et que devraient en dire les Algériens que personne n'a consulté sur cette question ? Il est toujours intéressant d'entendre de la part d'autrui que son pays est un champ d'expérimentation. Après les essais nucléaires des années 1960, la fracturation hydraulique ? Cette fracturation que l'on nous incite à appeler "massaging" ou "massage". Et pourquoi pas "caresse expérimentale" pendant qu'on y est ?...
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dimanche 25 novembre 2012

Chronique économique : La Banque mondiale et l'apocalypse climatique

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 21 novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris


Tout arrive ! Il fut un temps où les grandes institutions financières doutaient de la réalité du changement climatique et se rangeaient dans le camp des climato-sceptiques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aucune instance multilatérale ne doute de cette évolution et seuls les lobbies professionnels (pétrole, chimie, transports, etc.) continuent d’activer pour empêcher la mise en place de législations contraignantes. Il n’est donc pas étonnant que la Banque mondiale mette en garde contre les conséquences catastrophiques d’un réchauffement de la planète. Cela vient de se faire par le biais d’un document élaboré pour elle par l’Institut de Postdam (un organisme spécialisé dans la recherche sur le changement climatique).

UN SCENARIO EFFRAYANT


Que dit ce document ? Le fait le plus marquant est qu’il prédit une hausse de la température de quatre degrés centigrades d’ici 2060, autrement dit après-demain. On le voit, on est loin de la limite que la communauté internationale s’est fixée à savoir une hausse de deux degrés au maximum (seuil qui serait, de toutes les façons, catastrophique pour l’humanité). Du coup, c’est un scénario apocalyptique que dresse l’étude dans la perspective d’une augmentation de pareille ampleur. Qu’on en juge : en 2060, la Terre pourrait être confrontée à des catastrophes naturelles récurrentes d’une rare violence. Sans oublier des phénomènes extrêmes comme des sécheresses, ce qui aurait pour conséquence directe, la baisse dramatique des stocks alimentaires ainsi que la disparition de nombreux écosystèmes. Et last but not least, le document affirme aussi qu’aucune région du globe ne sera épargnée, ce qui rend donc urgent une prise de conscience mondiale du phénomène.

Cette sortie de la Banque mondiale va-t-elle modifier une tendance qui se confirme d’année en année à savoir que la température terrestre augmente de manière inexorable ? Il faudrait pour cela que les Etats et les intérêts privés s’entendent sur une action d’urgence. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on en est loin. A ce jour, la dynamique née du lancement du protocole de Kyoto en 1997 est à la recherche d’un second souffle. Au nom de la croissance et de l’emploi, de nombreux pays émergents refusent de brider leurs émissions de gaz à effet de serre (ges) tandis que leurs homologues développés ont repris leurs mauvaises habitudes. C’est le cas, par exemple, du Canada, pourtant signataire du Protocole de Kyoto et dont l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels a fait exploser ses émissions de ges.

Fait notable, la Banque mondiale affirme qu’il faut cesser d’opposer lutte contre le réchauffement climatique et croissance économique. Selon elle, les efforts menés pour réduire les émissions de ges doivent être considérés comme une perspective supplémentaire de développement pour les entreprises. C’est le cas notamment dans le bâtiment ou même dans les transports. De même, juge l’institution de Washington, les subventions accordées à travers le monde aux carburants pourraient être réorientées vers des secteurs innovants dédiés à la lutte contre le réchauffement climatique. Sur le papier, un tel transfert serait idéal mais, dans la réalité, les choses sont bien différentes. Allez expliquer à un ouvrier de la banlieue du Caire ou de Djakarta qu’il doit renoncer à prendre le bus ou sa mobylette pour aller travailler…


L’ALGERIE DOIT SE PREPARER


La mise en garde de la Banque mondiale est un avertissement à prendre au sérieux. Dans la perspective d’une confirmation inéluctable de son scénario, il est indispensable qu’un pays comme l’Algérie prenne ses dispositions à commencer par la mise en place d’une stratégie de sécurité alimentaire. Car, contrairement à ce que croient certains naïfs actuellement impressionnés par le niveau record des réserves de change, avoir de l’argent ne suffira pas pour pouvoir manger en 2060. C’est donc maintenant que cette future bataille, celle de nourrir le peuple algérien, se prépare. Encore faudrait-il en prendre conscience et accepter l’idée que le réchauffement climatique concerne aussi l’Algérie.
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jeudi 15 novembre 2012

La chronique économique : L’AIE relance le débat sur les gaz de schiste

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Le Quotidie d'Oran, mercredi 14 novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a jeté un pavé dans la mare concernant le débat, très polarisé, à propos des hydrocarbures non conventionnels. Dans son dernier rapport sur les perspectives énergétiques mondiales (World Energy Outlook), l’Agence basée à Paris a annoncé que les Etats-Unis sont en bonne voie vers l’indépendance énergétique grâce notamment au gaz et pétrole de schiste. Ainsi, ce pays deviendrait le premier producteur mondial de pétrole en 2020 et un exportateur net de brut entre 2030 et 2035, reléguant derrière lui la Russie, l’Arabie saoudite et les autres monarchies pétrolières du Golfe. On imagine sans peine les bouleversements géopolitiques que cela devrait induire…


L’AIE est dans le camp des pays consommateurs


Avant d’aller plus loin, il faut tout de même préciser que l’AIE n’est pas un acteur neutre et impartial. Dans le bras de fer permanent que se livrent les producteurs (surtout ceux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, Opep) et les consommateurs (Etats-Unis, Europe, Japon), cette agence est clairement dans le camp des seconds et sa mission principale est de faire en sorte que l’offre en énergie soit la plus abondante possible. Du coup, on comprend pourquoi son économiste en chef Fatih Birol estime que les gaz de schiste peuvent être exploités sans dommages pour l’environnement (à condition, précise-t-il néanmoins, que l’industrie pétrolière consente de gros investissements).

Ceci étant précisé, et comme indiqué dans une précédente chronique (*), il ne faut pas se mentir. Les Etats-Unis, même sous la nouvelle présidence d’Obama, ne vont certainement pas sacrifier l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels. De même qu’Ottawa avec les sables bitumineux de l’Alberta, Washington n’aura aucun scrupule à endommager une partie de son propre environnement pour répondre à sa demande énergétique interne et pour contenter les lobbies pétroliers. Car ce n’est pas qu’une question d’indépendance en matière d’hydrocarbures qui se pose. Pour les Etats-Unis, comme pour le Canada, c’est tout simplement le retour à des taux importants de croissance économique qui est en jeu. Il suffit de se renseigner sur le dynamisme des marchés de l’emploi en Alberta (sables bitumineux) ou dans les deux Etats du Dakota (gaz de schiste) pour en prendre conscience.

Cela signifie que les indignations et protestations des défenseurs de l’environnement risquent de ne pas suffire. Car, encore une fois, c’est une question de civilisation qui est en train de se jouer et le plus fort va imposer sa loi y compris à l’intérieur de ses frontières. Au Canada comme aux Etats-Unis, les organisations écologiques tentent vaille que vaille de stopper les exploitations d’hydrocarbures non conventionnels mais les opinions publiques, sensibles aux questions d’emplois et d’autosuffisance énergétique, sont loin d’être convaincues d’autant que les pouvoirs politiques sont peu transparents sur ce dossier. Question importante : quel pays, quel dirigeant mondial sera capable d’aborder ce dossier dans une enceinte comme l’Onu ? Au passage, on devine pourquoi il n’existe pas à ce jour d’Organisation mondiale pour l’environnement car cette dernière aurait été l’instance idéale pour freiner, voire pour encadrer, le développement des gaz de schiste.


Les pessimistes pas assez réalistes ?


Par ailleurs, cette nouvelle donne énergétique donne finalement raison aux optimistes qui n’ont jamais cru au proche déclin des hydrocarbures. Alors que les pessimistes, dont des géologues reconnus, avançaient que le pic pétrolier (moment où la production mondiale atteint son plafond) interviendrait en 2020, les projections avancées par l’AIE tendent à démontrer le contraire. En clair, cela signifie que l’âge du pétrole et du gaz ne semble pas près de s’interrompre même si le coût environnemental sera de plus en plus élevé.

(*) Les gaz de schiste : nouvelle manne ou future calamité, 7 novembre 2012.
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lundi 12 novembre 2012

La chronique économique : Les gaz de schiste : nouvelle manne ou future calamité ?

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 7 novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

L’organisation à Alger d’une conférence-débat sur les gaz de schiste par le Collectif national pour les libertés nationales (CNLC), est une initiative à saluer tant ce sujet risque de peser sur l’avenir de la politique énergétique algérienne. On sait que cette ressource naturelle non-conventionnelle est très répandue dans le monde, y compris dans des pays habituellement importateurs d’hydrocarbures. On sait aussi que son exploitation a pour conséquence d’importants dégâts environnementaux puisqu’il faut notamment d’importantes quantités d’eau pour fracturer la roche emprisonnant le gaz. 

ENVIRONNEMENT ET CHOIX DE DÉVELOPPEMENT ECONOMIQUE

 La question qui se pose est donc très simple. Doit-on, au nom de l’addiction aux hydrocarbures, prendre le risque de mettre en péril les ressources hydrauliques qui se trouvent dans le sous-sol algérien ? Comme nombre de pays d’Afrique, l’Algérie ne peut se vanter de mener une politique environnementale ambitieuse. Le fait est que la pollution des sols et des eaux est déjà une réalité et il y aurait beaucoup à dire sur l’emploi intensif de pesticides dans l’agriculture. Du coup, l’exploitation des gaz de schistes ne ferait qu’aggraver une situation guère reluisante.

Mais la question des gaz de schistes ne relève pas uniquement de la question écologique. C’est aussi un choix de politique de développement. Dans le cas de l’Algérie, le consensus au cours de ces dernières années était de favoriser les énergies renouvelables dont le solaire. Si jamais l’Algérie opte pour les gaz de schiste, il est évident que le développement des énergies vertes sera ralenti pour ne pas dire remis en cause. Mais, il y a plus important car on est en présence d’un choix de civilisation. Faut-il, en effet, dépendre à tout prix la rente gazière ? Ne faut-il pas chercher autrement les moyens de la prospérité algérienne ?

Il est souvent admis que l’Algérie ne sortira des nombreux problèmes qui entravent son développement que le jour où elle sera moins dépendante des hydrocarbures. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’économie se diversifiera vraiment et que, peut-être, disparaîtront les phénomènes de corruption et de captation de la rente. Faire le pari des gaz de schiste, ce n’est donc pas simplement prendre le risque d’endommager l’environnement. C’est aussi, tel un toxicomane à la recherche d’une drogue de substitution, prolonger son addiction au carbonne. A titre d’exemple, la décision récente de l’Arabie saoudite d’exploiter les gaz de schiste en vue de répondre à sa demande énergétique intérieure peut être assimilée à un aveu d’échec. Cela signifie que le Royaume wahhabite admet qu’il n’est pas capable d’assurer son développement autrement que grâce aux hydrocarbures (le recours aux gaz de schiste permettra à l’Arabie saoudite de maintenir le niveau de ses exportations d’hydrocarbures conventionnels).

UNE DÉCISION DIFFICILE

 Ceci étant précisé, il faut tout de même reconnaître que la question n’est pas simple. Renoncer aux gaz de schistes signifie effectivement que l’on se prive d’une manne que d’autres pays ne dédaigneront pas. C’est le cas des Etats-Unis qui, grâce à l’exploitation du gaz non conventionnel, ont réussi à réduire leur dépendance à l’égard des approvisionnements extérieurs. C’est le cas aussi du Canada et des pays du Golfe mais aussi de la Russie et d’autres pays d’Europe de l’Est. A terme, cela modifiera la géopolitique gazière et les questions de sécurité énergétique mondiale. Faire le choix de renoncer au gaz de schiste ne sera donc pas une décision simple. Et, en tout état de cause, cette question exige non seulement un débat national mais exigera aussi, en cas de renoncement (souhaitable) à l’exploitation des gaz de schiste, la mise en place d’une politique de développement alternative susceptible de compenser le manque à gagner

(*) Exploitation des gaz de schiste, enjeux et perspectives : thème d’une conférence-débat organisée le samedi 3 novembre par le Collectif national pour les libertés citoyennes (CNLC), à Alger. Avec la participation de Kacem Moussa, docteur en géologie, maître de conférences à l’université d’Oran, de Yacine Teguia, membre du conseil national du MDS et de Fares Kader Affak, porte parole du CNLC.
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vendredi 22 juin 2012

La chronique économique : Petite pause pour le baril de pétrole

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Revoici donc le baril de pétrole sous la barre des 100 dollars. Certes, ce n'est pas une décrue considérable puisqu'il se maintient au-dessus de 96 dollars à Londres. Pour autant, cela place les prix de l'or noir à leur plus bas niveau depuis dix-huit mois et cela relance les discussions concernant l'évolution à court et moyen terme du marché pétrolier. Il existe à ce sujet plusieurs hypothèses mais la plus répandue est que cette baisse modérée devrait durer encore plusieurs semaines en raison de la conjoncture mondiale.

DE NOMBREUX FACTEURS BAISSIERS

Il est vrai que le contexte économique ne favorise pas une hausse des cours. En Europe, la croissance est au plus bas et de nombreux pays sont confrontés à une grave crise de finances publiques. Aux Etats-Unis, la situation est moins grave mais de nombreux signaux - dont la hausse récente du chômage - démontrent la réalité du ralentissement de l'activité. Tout cela a un impact négatif sur la demande en pétrole et il est donc normal que les prix de l'or noir baissent. De plus, de nombreux investisseurs se détournent du marché pétrolier en raison de l'appréciation du dollar étasunien, monnaie dans laquelle sont libellées les transactions pétrolières (cette hausse du dollar est due aux doutes sur l'avenir de l'euro).

Un autre facteur baissier réside dans l'arrivée massive, sur le marché physique, du pétrole de schiste («oil shale »). C'est le cas notamment aux Etats-Unis où l'Etat du Dakota du nord - principal lieu d'exploitation de ce type d'hydrocarbure - est devenu la seconde source de production pétrolière derrière le Texas mais devant l'Alaska. 

Cette émergence du pétrole de schiste - conjuguée à la montée en puissance du gaz de schiste - n'est pas un phénomène anodin. Cela offre aux Etats-Unis mais aussi à d'autres pays consommateurs, une diversification importante. Il est encore trop tôt pour dire si le pétrole de schiste va contribuer à rééquilibrer la répartition de la production mondiale (42% sont assurés par les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole - Opep) mais une chose est sûre : le marché sait qu'à l'avenir, le pétrole de schiste pourra compenser en partie la diminution de la production du brut classique.

Enfin, circonstance suffisamment rare pour ne pas être évoquée, la géopolitique influe aujourd'hui à la baisse sur les marchés pétroliers. Ainsi, la crise du nucléaire iranien n'est-elle pas dans une phase aiguë.      Les pourparlers entre Téhéran et les pays occidentaux ont repris tandis que l'annonce d'un éventuel retrait de la vie politique du président Mahmoud Ahmadinejad en 2013 alimente les supputations sur un rapide règlement du différend entre l'Iran et la communauté internationale.

En tout état de cause, les primes de risque pour le passage du détroit d'Ormuz ont diminué ce qui, de manière mécanique, a un effet baissier sur les prix du pétrole. Par ailleurs, l'entrée en vigueur, le 1er juillet prochain, de l'embargo européen sur une partie des exportations pétrolières iraniennes a déjà été intégrée par le marché et ne devrait pas engendrer de hausse significative des cours (cela d'autant que le rebond de la production irakienne permet de compenser les effets de cet embargo).

UN MARCHE HAUSSIER A TERME

Mais l'équilibre du marché pétrolier reste fragile. Malgré l'émergence du pétrole de schiste, l'essentiel de l'approvisionnement de la planète continuera de dépendre de zones plus ou moins instables à commencer par le Golfe et l'Afrique de l'ouest. Cela signifie que la moindre crise politique aura des conséquences immédiates sur les cours du brut d'autant que des zones de production, plus stables sur le plan politique, comme la Mer du nord ou le Golfe du Mexique, ont commencé à décliner.
En clair, il ne devrait pas se passer trop de temps pour que le baril ne repasse la barre des 100 dollars. A moins que les géants de l'Opep ne s'engagent dans une course effrénée à la production. Ce qui est une autre histoire…

Le Quotidien d'Oran, mercredi 20 juin 2012
Akram Belkaïd, Paris
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