Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 26 décembre 2019

La chronique du blédard : Une initiative politique, et vite !

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 décembre 2019
Akram Belkaïd, Paris

L’Algérie a donc un nouveau président. Personne n’est dupe en ce qui concerne les conditions dans lesquelles ce « scrutin » a été préparé et s’est tenu. Le chiffre officiel de la participation (40% des inscrits) est déjà un aveu de taille. Si l’on applique le nécessaire correctif à ce taux, on pourrait aisément le diviser par deux. En théorie, une telle abstention devrait conduire à une annulation de l’élection mais nous savons tous que c’est une option impossible à envisager pour le pouvoir.

A peine le « résultat » connu, on a vu l’habituel empressement des chercheurs d’opportunités. C’est un phénomène universel, le vainqueur d’un scrutin attire toujours les indécis de la veille, celles et ceux qui ont à craindre quelque chose, les partisans de l’heure plus un et, enfin, celles et ceux qui, par dépit ou lassitude de toujours appartenir au camp des vaincus (celui de la démocratie), préfèrent rejoindre le camp du triomphe. On n’oubliera pas les confrères qui font mine d’analyser le scrutin en faisant abstraction de son caractère fabriqué. En abordant la chose comme si tout s’était déroulé normalement ; en oubliant, par exemple, que les opposants à ce scrutin n’ont jamais été invités à s’exprimer devant les micros des médias publics, ces personnes contribuent à donner une impression de normalité et de légalité à un contexte délétère. Mais c’est de bonne guerre. Hirak ou pas, on ne peut guérir certains travers y compris celui de l’aplat-ventrisme qui pousse d’ores et déjà des responsables à dérouler d’immenses portraits du nouveau raïs. L’Algérie, pays du nif et de la fierté ? Oui, mais pas pour tout le monde.

Désormais, une question majeure se pose : que faire ? Le nouveau locataire du Palais d’El Mouradia affirme tendre la main au Hirak et vouloir « le dialogue ». Pendant ce temps-là, nous avons tous vu les images et lu les récits de la répression qui a visé des manifestants dans de nombreuses villes algériennes dont Oran. Comme l’a relevé un internaute, cette vidéo où l’on voit une jeune femme frêle être balayée par un élément des forces de l’ordre suffit à résumer la situation. A moins d’être une dictature ou un pays rongé par le fascisme, on ne traite pas ainsi son peuple. On ne se comporte pas ainsi avec des citoyens qui manifestaient de manière pacifique. Et que l’on ne vienne pas me dire qu’en France, la répression est plus forte. Ce n’est ni une référence ni excuse. Dialoguer pour quoi faire ? Pour se faire balayer par un soudard sûr de son impunité ?

Le Hirak n’est pas un parti politique. C’est un jaillissement, une éruption. En termes politiques, c’est un levier, une contrainte, pacifique et mature, qu’un peuple exerce sur le pouvoir pour être entendu. Le « scrutin » du 12 décembre a certes ouvert un nouvel épisode. Le Hirak n’a pas à s’adapter mais il est temps de s’appuyer sur lui pour faire de la politique. On a bien compris que les partis d’opposition sont incapables de prendre appui sur la contestation populaire pour relayer ses revendications et obliger le pouvoir à faire des concessions. Mais il y a un début à tout.

Pour dire les choses autrement, on est dans l’attente d’une initiative majeure. Un regroupement entre partis, syndicats et associations et qui inclurait toutes les personnalités indépendantes désireuses de s’impliquer. On attend un texte, une plate-forme, une matrice qui réaffirment les objectifs et les attentes du Hirak. Cela ne se fera pas sans mal car beaucoup trouveront à y redire, les uns rappelleront que personne n’a le droit de parler au nom du Hirak, les autres craindront l’entrisme habituel du système tandis que les querelles d’égo, celles qu’évoquent tous les militants à qui nous avons parlé au cours des dernières semaines, se chargeront de compliquer les choses. Mais qu’importe, pourvu que la démarche soit collective. Au Soudan — oui, ce pays est une source d’inspiration—, l’existence d’une coalition de partis politiques, d’organisations non gouvernementales et de syndicats a beaucoup contribué au dénouement, certes partiel et imparfait, de la crise avec la junte. Pourquoi n’arrive-t-on pas à en faire de même en Algérie ?

Autre souhait (j’insiste sur ce terme, bien plus préférable à celui de « conseil » ou de « préconisation »). La formule est connue : dans un monde de plus en plus incertain, les initiatives locales font à la fois la différence et le lit des grands mouvements structurés. Il s’agirait tout simplement de réinventer l’idée de Communes, de représentations locales, qui donneraient au Hirak un vivier d’idées, de revendications mais aussi d’informations et de potentiels représentants. La remise en cause de l’ordre actuel, de cette première République qui n’en finit pas d’agoniser sous nos yeux – et la comédie électorale l’a bien montré – a besoin de cela.

Quant au pouvoir qui met le mot dialogue à toutes les sauces, ce qui dans sa bouche signifie allégeance et soumission de la part des contestataires, qu’il donne d’abord des gages : libération de tous les détenus d’opinion et ouverture du champ médiatique à l’opposition. C’est un minimum raisonnable dont le rejet augurera de jours difficiles pour le pays.

jeudi 21 novembre 2019

La chronique du blédard : Élections en Algérie : Le quintette des histrions

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 novembre 2019
Akram Belkaïd, Paris

La pseudo campagne électorale a donc commencé dimanche dernier. Première constatation, les cinq candidats ont vraiment l’air d’y croire. Oui, oui, je vous le jure, ils y vont sérieusement, à donf… L’un fait la prière sur un trottoir, l’autre se tape la boussa dans une zaouïa pour obtenir talismans et baraka, un troisième prononce un discours devant deux pékins et trois chats en écartant ses bras emprisonnés dans les manches d’une veste étriquée, un autre promet de rappeler à la France que l’Algérie est indépendante (Macron, t’as entendu ?) et le dernier affirme que dans l’Algérie qu’il présidera, on rasera gratis (enfin, il n’a pas dit cela exactement mais c’est juste un résumé de l’intention). Cinq candidats donc. Cinq comédiens plus ou moins talentueux (d’où le titre de la chronique). Cinq fois x occasions de rigoler, n’eut été la gravité de la situation.

On a même vu l’un des membres de ce quintette se faire remettre solennellement une peinture encadrée représentant sa propre bibine moustachue et cravatée. Un cadre… encore ! Il faudra un jour que l’on réfléchisse sérieusement à cette obsession du bordurage doré. En 2014, déjà, on avait eu droit à une campagne électorale avec un président candidat absent représenté par son premier ministre de l’époque accompagné par un cadre tout en couleurs molles. Saura-t-on un jour qui est « l’artiste » derrière ces croutes d’un autre âge ou bien alors est-ce du made in China, pays où existent des fabriques intensives de portraits rococo et autres reproductions chevalines ?

Au-delà des considérations politiques dont on s’affranchira un peu pour cette chronique, le pouvoir algérien a toujours eu un penchant pour le manque de goût et le ridicule. On se souvient de cette chorale accueillant à Tlemcen les présidents Bouteflika et Hollande. Il paraît que le petit gros moqueur des « sans-dents » en rigole encore. Plus récemment, ce sont les croassements d’une zorna fêtant l’inauguration à Alger d’une franchise de junk food en présence de l’ambassadeur yankee qui a fait la joie des internautes. Constat : le bon goût est aussi rare que les libertés publiques et politiques.

Continuons et restons dans le registre du comique. Selon plusieurs internautes, les personnes qui accueillent « spontanément » les candidats à Adrar sont les mêmes qui les saluent tout aussi « spontanément » à El-Oued. Ah, la spontanéité (rémunérée). Quand c’est du Hirak dont il s’agit, la « 3afwiya » n’a pas de droit de cité. A en croire la légion de lustreurs de rangers à guêtrons qui affirment l’existence d’une « unanimité sur la nécessité de voter en masse » [pour le Brexit ?], il y a forcément complot, manipulation. Par contre, cinquante vachers qui clopinent dans la rue pour clamer leur soutien aux élections – ils ne disent pas « processus électoral » car mauvais souvenir -, là, c’est l’ « élan spontané » qui est loué au nom de la sacro-sainte « stabilité ». A ce sujet, l’un des marioles du quintette nous jure que si l’élection ne se tient pas, l’Algérie basculera dans une situation à la syrienne. Si mes souvenirs sont bons, c’est ce que nous avait affirmé un ex-premier ministre au début du Hirak avant de rejoindre sa paillasse à El-Harrach.

Concernant ces marches en faveur des élections, encadrées-protégées par les forces de sécurité et accompagnées par des cavaliers ayant sorti leurs costumes de figurants dans L'Épopée de Cheïkh Bouamama, son Excellence Fakhamatouhou Le Nouveau, nous dit qu’elles sont « massives ». Que dire ? Que plus c’est gros et naïf et plus le système croit que ça va passer ? Nier l’évidence en inventant une réalité improbable est une constante du système. Question : qui y croit ? Personne. Il faut juste faire semblant. Autre interrogation : que se passe-t-il dans l’esprit de l’un de ces laudateurs de ce système qui craque de partout. Comment fait-on pour répéter, encore et encore, des choses auxquelles personne ne croit ? Comment fait-on taire sa conscience ? Faut-il considérer que, pour certains, cette dernière a complètement disparu ?

Autre motif d’amusement. Un quintettiste promet une sortie du tout-pétrole. Ah ouais ? Et la loi sur les hydrocarbures que tes amis viennent de voter mon gars, t’en fais quoi ? Belle tentative de donner du contenu à des programmes qui en manquent. Cité par un twitto algérien, l’un d’eux affirme avoir « pour objectifs majeurs d'assurer l'amélioration du bien-être social et le renforcement de la fierté d'appartenance à la Nation ». Comme c’est beau ! Comme c’est noble. Lecteur, sois ému, pleure ! Question que le présent chroniqueur s’adresse à lui-même : mais, persifleur, pourquoi es-tu persuadé que ces gens qui, il y a peu, chantaient les louanges de Bouteflika et de son cinquième mandat ou qui l’ont servi à un moment ou un autre de leur vie, seront incapables de sortir le pays de l’ornière ? Come on, give the içaba a chance !

Autre point intéressant des « programmes » : l’omniprésence du référentiel religieux. Appel du pied à l’électorat islamo-conservateur ? Certainement. Mais surtout le vide de la pensée, l’incapacité à concevoir et mettre en pratique la rupture dont a besoin le pays. En rire mais d’un rire triste. Accablé.
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