Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 22 novembre 2025

Gaza et l'Algérie

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Les débats et discussions à propos du vote de l'Algérie au Conseil de sécurité en faveur du pseudo "plan de paix" à Gaza démontrent qu'au-delà des crispations chauvines et narcissiques, il existe bel et bien un courant droitier en Algérie qui ouvrira grand les bras à une normalisation avec Israël.

L'Algérie a voté une résolution néocoloniale concernant Gaza (abstention de la Russie et de la Chine).
Cela n'enlève rien au soutien du peuple algérien au peuple frère palestinien.
C'est le monde réel qui s'impose.
Et qui met fin à la fantasmagorie et à la grandiloquence.

Les Gazaouis sont seuls et bien seuls.
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lundi 17 mars 2025

Hommage à mes parents

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Fadhila Ayari (14 juillet 1940 – 4 décembre 2024)
Mohammed Belkaïd (15 février 1939 – 8 mars 2025)

Mes parents, paix à leurs âmes, se sont mariés en 1963 à Tunis.
La vie, l’usure du temps, les aléas ont fait diverger leurs routes.
Aujourd’hui, il me plaît d’imaginer qu’une partie de scrabble les réunit, l’une de ces joutes (avec revanche, belle et consolante) qui nous captivaient et nous inquiétaient à la perspective de l’inévitable mauvaise humeur du perdant.
Ma mère aimait Saliha, Ismahane, Jacques Douai, Gérard Philipe, la littérature, les livres, les mouwachahat, The Platters, la Palestine et les Palestiniens, son père – homme attaché à sa terre du Tell tunisien-, ses élèves, bons ou mauvais, les mosaïques d’Essers, sa ville natale, et les chevaux. Elle détestait corriger les copies.
Mon père aimait Ténès, sa ville natale, la langue arabe, la linguistique, les Cadets de la Révolution, les déclinaisons latines, la socio de Bourdieu, Fausto Coppi (et Gino Bartali), Audrey Hepburn et Taha Hussein, le cinéma en général, les anacroisés, les chansons potaches du lycée de Ben Aknoun, les Mu'allaqāt, Ahmed Wehbi, Jean Ferrat et Charles Aznavour. Il détestait corriger les copies.
Tous les deux ont appartenu à une génération exceptionnelle de femmes et d’hommes. Celle qui a eu l’immense charge de prendre les choses en main à l’indépendance. Un seul mot d’ordre : bâtir un pays. Il leur fallait éduquer, transmettre, organiser, imaginer, former des cadres, créer des institutions et des infrastructures. Construire. On n’imagine pas ce que cette génération de patriotes a affronté comme défis en partant de rien ou presque. Gardons cela à l’esprit en espérant vivre le jour où il sera temps de refonder notre pays, qu’il s’agisse de l’Algérie ou la Tunisie.
L’absence de mes parents est un abysse mais ainsi va la vie.
Il n’y a pas d’âge pour entrer dans la vaste confrérie silencieuse des orphelins. (*)
Nous sommes à Dieu et à Lui nous revenons.

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(*) Merci à Katya Berger et à Arezki Metref d’avoir inspiré cette phrase.

mardi 3 décembre 2024

Liberté pour Boualem Sansal

 

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Commençons par l’essentiel. L’indiscutable. Boualem Sansal n’a rien à faire en prison et j’en appelle ici aux autorités algériennes les plus hautes pour qu’il soit libéré et qu’il puisse aller où qu’il aille. On n’embastille pas un écrivain – ou tout autre citoyen anonyme – pour ce qu’il a pu dire, penser ou écrire. On ne devrait traduire personne en justice pour des opinions fussent-elles déplorables, déplaisantes, outrancières ou transgressives. L’opinion n’est pas un acte. Et c’est encore moins un délit. Quelqu’un qui bastonne sa femme, dans la rue ou à la maison, est un délinquant qui mérite d’être poursuivi et châtié. Quelqu’un qui affirme que la terre natale de l’émir Abdelkader n’est pas algérienne n’est rien d’autre qu’un ignare. Ou un provocateur en mal de publicité éditoriale ce qui, pour autant, ne vaut pas viatique pour la geôle.
Dans une Algérie idéale, Sansal serait rentré dans son pays, sans encombre ni représailles. Des journalistes de la chaîne III, profitant d’une totale liberté éditoriale, l’auraient invité pour qu’il s’explique sur ses récentes déclarations et là, n’importe quel contradicteur l’aurait ridiculisé, lui et son propos incohérent. L’Algérie existe. Elle est indépendante depuis juillet 1962. De quoi pourrait-elle avoir peur ? Que les élucubrations de Sansal poussent le conseil de sécurité de l’Onu à annuler la résolution 176 du 4 octobre 1962 ? Soyons sérieux…
Beaucoup a été dit et écrit sur la stratégie de cet écrivain et d’autres de (bien) profiter des souffles qui empestent la France. Comme un bon marin, les opportunistes savent discerner le bon vent à prendre. Aujourd’hui, c’est celui de la réaction et de l’islamophobie. Je n’ai pas l’intention d’insister là-dessus. Cela fait des années que le phénomène existe. Nous savons tous quoi penser de ces écrits et propos qui n’existent que pour tirer avantage d’un certain état d’esprit méprisant pour ne pas dire raciste. Insulter l’Algérie (et les Algériens) tout comme faire mine d’ignorer qu’un génocide se déroule à Gaza peut rapporter moult distinctions. Chacun sa conscience.
Le plus important, à mon sens, est juste de réclamer la libération de Sansal. Ce qui ne veut pas dire qu’on partage ses idées. Ce qui ne veut pas dire que l’on est obligé de signer des pétitions où figurent des noms de personnes pour lesquelles on n’a ni respect ni considération. Car ces gens sont comparables à une montre cassée. Elle a raison deux fois par jour mais pour le reste... Sansal a les amis et admirateurs qu’il mérite. Qu’il les rejoigne au plus vite. Libre.

lundi 28 mars 2022

"L'Algérie, espace et société" (archive)

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Note de lecture à propos de l'ouvrage "L'Algérie, espace et société"
de Marc Cote dont on vient d'apprendre le décès.

L’Algérie, espace et société
Marc Cote

par Akram Belkaïd
Le Monde diplomatique, août 1996

Marc Cote, géographe, a enseigné durant vingt-cinq ans à l’université de Constantine, et son ouvrage, riche en cartes géographiques et données chiffrées, se propose de « décrypter la réalité algérienne » à travers l’interface société-espace. On y lira avec attention la partie consacrée à « l’Algérie des campagnes » avec, à la clé, une intéressante analyse sur la situation de l’agriculture où l’auteur met en relief la nécessité d’« une révolution agricole », le pays n’atteignant plus que 30 % d’autosuffisance alimentaire. Autre impératif de sécurité, celui qui concerne « l’Algérie des villes » et leurs ressources hydrauliques. A la différence du domaine alimentaire où le pays ne peut que réduire sa dépendance extérieure, il lui est possible de couvrir tous ses besoins hydrauliques à la condition d’achever son programme de barrages à l’horizon 2025. Mais l’un des intérêts majeurs de ce livre est de fournir un outil sérieux et scientifique pour comprendre une partie des mécanismes qui ont conduit à la crise actuelle tout en replaçant cette dernière dans un contexte socio-historique et géographique qui la relativise. Si les Algériens « se sentent mal dans leur espace », leur pays, « qui a 2000 ans d’histoire derrière lui », n’en a pas moins les moyens de surmonter ses difficultés.

Éditions Masson-Armand Collin, Paris, 1996, 253 pages, 130 F.

jeudi 23 décembre 2021

[Plus de trois cent prisonniers d’opinion] La chronique du blédard : Nos joies amères

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Jeudi 23 décembre 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

One, two, three, on a gagné et la vie est belle… 

La formule consacrée affirme que le football est l’opium des peuples. On peut aussi reprendre l’expression romaine « panem et circences » (du pain et des jeux du cirque) en l’adaptant : « panem et pila ludum pedites »(du pain et du football) [NDC, que le distingué latiniste me pardonne cette traduction approximative]. Du football donc, il en a été beaucoup question ces derniers jours avec la victoire de l’équipe A’ de l’Algérie à la Coupe arabe des nations disputée au Qatar.

 

Les lecteurs réguliers de cette chronique savent que son auteur est un passionné de ballon rond, aussi aurais-je du mal à feindre l’indifférence. Une victoire et une ligne supplémentaire dans un palmarès, somme toute bien maigrichon si on le compare à celui de l’Égypte ou du Nigeria (*), sont toujours bonnes à prendre. Mais de là à se comporter comme si nous avions remporté la Coupe du monde, il y a un immense pas que beaucoup ont franchi. On me dira que les manifestations de joie qui ont suivi le but de Brahimi contre la Tunisie et la remise de la coupe aux Verts (de grâce, cessez de les appeler « Fennecs ») sont le signe d’une triste époque. De celles où les occasions d’être heureux ne sont pas très nombreuses pour ne pas dire inexistantes. Conclusion, tout est bon pour se défouler un peu. D’accord, mais dans ce genre de joie, il y a une forme d’indécence qui pose problème.

 

Le football est une passion algérienne. Je crois même que les jeunes générations sont encore plus mordues que leurs aînées, du moins en ce qui concerne les manifestations d’enthousiasme comme celles auxquelles nous avons assisté dans le centre-ville d’Alger au moment de la parade des joueurs dans leur bus à impériale. Les chants, les cris, l’éclat des fumigènes, les lumières des milliers de téléphones portables filmant la scène donnaient à cette froide nuit de décembre un goût de juillet. Certes, ce n’était pas l’impressionnant feu d’artifice tiré la veille à Doha mais cela en imposait.

 

Mais il était impossible de ne pas se faire la remarque suivante : il y a deux ans, nos journaux titraient « marée humaine pour exiger le changement en Algérie ». Aujourd'hui, cette marée humaine célèbre une équipe vaillante mais la régression est là. Il est d’ailleurs symbolique que les images télévisées de cette liesse aient été aussi lugubres, comme si un filtre rappelant à la réalité s’imposait coûte que coûte. Le wanetoutrismefootballistique aura donc remplacé le Hirak interdit. Pour rester optimiste, on dira que ceci n’empêchera pas cela. Que la passion autour du sport précède et cristallise les contestations politiques, que cela fut vrai en février 2019, le Hirak s’étant annoncé dans les stades et dans les virages des ultras. Mais tout de même… 

 

L’évidente récupération de la victoire par les autorités du pays est manifeste. On pourra faire le parallèle avec le passé et se demander si Houari Boumediene aurait accepté de poser (de poser, pas de recevoir) avec les joueurs ayant remporté la médaille d’or aux Jeux méditerranéens de 1975. Les temps sont ce qu’ils sont et les statures d’antan sont peut-être démodées… Oui, je sais, il ne faut pas être naïfs. Tous les pouvoirs politiques, où que l’on soit, en France comme en Chine ou aux États-Unis, n’hésitent pas à récupérer une victoire sportive. Mais il me paraît évident que certains en ont manifestement un besoin plus pressant que d’autres…

 

Il ne s’agit pas ici de dire qu’il faudrait se priver d’être heureux parce que son équipe nationale a remporté une compétition au grand dam de ressortissants du Golfe. C’est d’autant plus vrai que ces « cousins arabes » sont d’autant plus enclins à nous détester que nous ne nous gênons pas pour afficher notre soutien aux Palestiniens quand leurs dirigeants préfèrent désormais les boîtes de nuit de Tel Aviv. Mais gardons les pieds sur terre. Le football n’arrange en rien la situation du pays. Une fois les clameurs tues, il reste la réalité. Et, sans parler de la situation économique et sociale, cette réalité est sordide : plusieurs centaines de nos compatriotes sont injustement détenus ou poursuivis parce qu’ils n’ont fait qu’exprimer une opinion ou parce qu’ils militent pour une vraie Algérie nouvelle, plus démocratique et plus libre. 

 

Samedi et dimanche soirs, alors que me parvenaient les images d’euphorie, j’ai pensé à ces femmes et à ces hommes. Qu’ont-ils pensé en entendant les clameurs de la rue ? Ont-ils reçu des messages de solidarité leur affirmant qu’ils n’étaient pas seuls ? One-two-three ou pas, tant qu’ils ne seront pas libres, nos joies auront un goût d’inachevé. Un sale goût d’amertume et d’échec. Et la coupe la plus dorée ne doit pas nous faire oublier ces prisonniers qui n’ont pour seule faiblesse que le fait d’aimer leur pays.

 

(*) 7 Coupes d’Afrique des nations et une Coupe arabe pour l’Égypte, 1 médaille d’or aux Jeux olympiques et 3 Coupes d’Afrique des nations pour le Nigeria.

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jeudi 7 octobre 2021

La chronique du blédard : Une affaire franco-française

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 octobre 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Commençons par une mise au point. Les Algériennes et les Algériens connaissent la nature du pouvoir qui dirige leur pays. Ils n’ont pas attendu qu’Emmanuel Macron, frappé peut-être par un soudain accès de lucidité, s’exprime de manière non-diplomatique à son sujet. Les banderoles et les slogans du Hirak n’ont jamais cessé de le montrer. Alors, certes, il est parmi nous quelques flagorneurs et plumitifs caudataires qui, ici ou ailleurs, disent le contraire et prétendent que tout va bien dans le meilleur des pays mais soyons sérieux : l’affaire est entendue depuis longtemps. L’Algérie a besoin de renouveau et son régime politique doit absolument changer. « Le slogan ‘‘Yatnahaw Gaâ’’ exprime une volonté de rupture avec les institutions actuelles, dans leur composante, leur performance, leurs pratiques et leurs conséquences » déclarait il y a près d’un an l’initiative de concertation autonome « Nida 22 ». C’est un constat qui demeure valide.

 

Venons-en maintenant au caquetage macronien à propos de la nation algérienne qui, selon lui, n’aurait pas existé avant 1830. Un dérapage (voulu ?) qui a fait l’unanimité contre lui en Algérie et qui fera peut-être comprendre au président français qu’être opposé au régime ne signifie pas que l’on adhère à ce révisionnisme ambiant concernant l’histoire de notre pays. Autant le préciser tout de suite : cette chronique n’entend pas argumenter en réponse à cette provocation. Des historiens algériens, dont Hosni Kitouni, se sont exprimés là-dessus (1) et, de toutes les façons, cela ne changera rien au problème. De plus, comme le dit la désormais fameuse « loi » de Brandolini, « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter les idioties est largement supérieure à celle nécessaire pour les produire. » Ce « principe d’asymétrie des idioties »implique donc que l’on soit économe de ses efforts et que l’on ne cherche pas à convaincre celui qui refusera de l’être.

 

De fait, osons ici une petite remarque. Comme nombre d’élites françaises, qu’elles soient politiques, universitaires ou intellectuelles, Emmanuel Macron ne peut s’empêcher d’expliquer aux Algériens ce qu’ils sont ou ce qu’ils ont été. Après plusieurs décennies de pratique du métier de journalisme, je n’ai jamais vu ça ailleurs qu’en France, pays où l’on vous explique d’un ton docte votre propre histoire, votre propre sociologie tout en balayant d’un geste, entendu ou agacé, vos remarques ou réserves. C’est ainsi. Chercher à changer cet état de fait risque d’être épuisant.

 

Ce qu’il y a d’intéressant concernant cette sortie présidentielle sur la nation algérienne, c’est qu’elle reprend le discours colonialiste de la Terra nullius, locution latine qui signifie « territoire sans maître. » Comprendre que la France avait le « droit » de coloniser l’Algérie puisqu’elle était sans maître ni… nation. Mais attention, il ne faut surtout pas croire que cette pensée est majoritaire. Nombre de Français n’ont aucune sympathie pour la période coloniale et savent à quoi s’en tenir. Mais l’air du temps est ce qu’il est et les lignes bougent. Il n’échappe à personne que la conjoncture est marquée par la forte résurgence du plaidoyer pro-colonial lequel s’impose dans la campagne électorale pour la prochaine élection présidentielle.

 

Hasard du calendrier, cette dernière coïncidera avec le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’indépendance avec son lot de commémorations : les tueries du 17 octobre 1961, les morts du métro Charonne à Paris, le 8 février 1962, les négociations d’Evian, le cessez-le-feu du 19 mars 1962 sans oublier les attentats, en Algérie comme en France, de l’Organisation armée secrète (OAS). A chaque fois, ce n’est pas d’Algérie que viendra la « surenchère mémorielle » mais bien de France où l’on est tenu - même si l’on professe un discours critique à l’égard de la colonisation et de ce que fut la guerre d’Algérie – de mettre systématiquement les indépendantistes algériens en accusation. Cinq minutes pour les enfumés du Dahra, et cinq minutes pour Pélissier. Cinq minutes pour les victimes d’Aussarès et de Papon, cinq minutes pour les « exactions » du FLN. C’est la règle qui s’impose désormais. Tendez-bien l’oreille ou lisez bien la majorité de ce qui se publiera, le message sera toujours de la même teneur. Dans le meilleur des cas, ce sera : les Algériens avaient raison de vouloir être indépendants mais le FLN a tout de même…

 

A quoi tient cette mise à distance égale ? La réponse est simple. La colonisation est encore un poids à expier. Parce que le rapport fantasmé au passé, la nostalgie pour la puissance de l’empire et, certainement, la mauvaise conscience et la culpabilité, empêchent l’expiation et donc la délivrance définitive. Ce à quoi s’ajoutent les considérations de politique intérieure qui rendent impossibles une reconnaissance définitive des torts et la présentation d’excuses au peuple algérien. Personne ne niera que les déclarations françaises à propos de l’Algérie sont toujours du pain béni pour le régime d’Alger car cela lui offre de belles occasions pour faire diversion et appeler à resserrer les rangs. 

 

Mais il faut revenir au point de départ. J’affirme ici que c’est en France que l’obsession du passé algérien est la plus prenante et c’est d’autant plus complexe que cela n’est pas assumé. Pourtant, n’importe quel politicien français le confirmera. S’exprimer à propos de l’Algérie, c’est d’abord prendre des risques sur le plan de la politique intérieure. C’est fâcher des électeurs. C’est prendre le risque de se mettre à dos les uns ou les autres ou même tout le monde : rapatriés, enfants de rapatriés, harkis et leurs enfants, français issus de l’immigration maghrébine, anciens appelés du contingent, ressortissants originaires des protectorats maghrébins ou des colonies d’Afrique subsaharienne, etc. 

 

Donc, on se tait, on élude, on tergiverse, on n’ose pas réagir quand l’extrême-droite fait dans la surenchère ou bien alors on l’accompagne. Mieux, on la devance. Bref, tout cela est d’abord une affaire franco-française qui pourrait même passer inaperçue en Algérie si nous avions les moyens d’avoir nos propres débats, si nos éditeurs étaient aidés et encouragés par l’Etat à publier et faire œuvre de mémoire, si la liberté de parole était consacrée au lieu d’être entravée et si, enfin, nos historiens avaient un droit d’accès à toutes les archives nationales. Au lieu de cela, nous sommes toujours en position défensive par rapport à ce qui se dit et s’écrit en France et nous nous engageons dans des polémiques mémorielles qui, en réalité et pour l’essentiel, sont d’abord une affaire hexagonale. Ce qui se joue en France n’est rien d’autre qu’un réveil puissant de mémoires algériennes difficilement réconciliables. Certes, cela concerne les Algériens. Mais de loin. Et il sera vain d’espérer un apaisement mémoriel entre Alger et Paris tant que la France n’aura pas trouvé un consensus majoritaire sur son passé algérien.  

 

(1) « Macron sous-estime la mémoire blessée des Algériens », El-Watan, 4 octobre 2021.

  

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jeudi 26 août 2021

La chronique du blédard : Algérie – Maroc, l’escalade ?

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Jeudi 26 août 2021

Akram Belkaïd, Paris


La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, à l’initiative des autorités algériennes, est un événement d’une rare gravité. Certains en rient, tournant en dérision l’efficacité ou les fondements d’une telle décision. D’autres applaudissent, cédant à un vieux fond de défiance, voire de mépris structurel, à l’égard du royaume voisin. En réalité, il s’agit d’un pas supplémentaire d’une lente escalade entamée depuis le début des années 2000, autrement dit depuis l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika aux affaires. 

Certes, le contentieux du Sahara occidental, le souvenir de la Guerre des sables de 1963 avec le fameux « hagrouna » du président Ahmed Ben Bella ont toujours alimenté une solide inimitié entre les deux pays. Ils ont fait oublier le soutien marocain à l’indépendance de notre pays et plus personne ne se souvient aujourd’hui de la conférence de Tanger (avril 1958) où les grands partis indépendantistes algérien, marocain et tunisien, entérinèrent le projet d’un Maghreb uni. Les brefs affrontements armés de 1975 et 1976, la honteuse expulsion de dizaine de milliers de Marocains (décembre 1975) décidée par Houari Boumediene en personne ainsi que l’imposition unilatérale d’un visa par Rabat en 1994 (en réponse, Alger ordonna la fermeture des frontières terrestres, fermeture encore en vigueur aujourd’hui) font aussi partie du passif bilatéral que rien ne semble pouvoir, ou vouloir, apurer.

Mais, depuis deux décennies on a la sensation, espérons qu’elle soit infirmée par les faits à venir, qu’une mécanique du pire s’est mise en place. Des deux côtés, on achète beaucoup d’armes. Des deux côtés, on se cherche querelle, on franchit des paliers dans le propos irrespectueux ou l’initiative officielle provocatrice. Sur le plan diplomatique, on se livre un bras de fer en coulisse des grandes organisations internationales, notamment l’Union africaine. Tout cela pourquoi faire ? Pour que deux peuples frères que tout devrait réunir finissent par se faire la guerre ? Est-ce cela qui est mis en branle ? Une telle perspective serait terrible pour l’Algérie comme pour le Maroc mais aussi pour toute la Méditerranée de l’Ouest.

Que l’Algérie ait des griefs à l’encontre de son voisin, cela personne ne peut le contester. L’affaire Pegassus, même si elle a disparu de la une des médias, n’est en rien réglée et sa gravité demeure évidente. On aura beau dire que tous les pays s’espionnent entre eux, la règle entendue est qu’il ne faut jamais se faire attraper et quand c’est le cas, le minimum que l’on peut attendre du pris en faute est de s’excuser.

De même, aucun Algérien ne peut accepter la provocation de l’ambassadeur marocain aux Nations Unies qui, en juillet dernier, a soumis aux pays membres une note dans laquelle il estime, que le « peuple kabyle mérite plus que tout autre de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». L’histoire de l’Algérie, celle de sa lutte anticoloniale, sa géographie, sa sociologie, la nature même de sa société où s’imbriquent et s’interpénètrent les faits arabophones et berbérophones font que le parallèle entre Kabylie et Sahara occidental ne tient absolument pas la route. 

On peut critiquer le soutien accordé par notre pays au Front Polisario. On peut même s’interroger sur, à la fois, sa pertinence et son efficacité  tout en analysant sérieusement ses conséquences négatives sur la stabilité et la cohérence politique du Maghreb. Mais il ne faut pas tout confondre ou alors on ouvre la voie à des surenchères sans fin sur l’autodétermination du Rif ou du Haut-Atlas marocains. Si Rabat avait voulu calmer le jeu, l’initiative de son ambassadeur aurait dû être désavouée. Ce ne fut pas le cas, c’est donc un geste murement réfléchi qui ne pouvait que déclencher des conséquences en retour.

A l’inverse, la thèse selon laquelle le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) serait, avec le soutien du Maroc et d’Israël, derrière les incendies qui ont ravagé le centre du pays ne vaut même pas qu’on la commente. Il est vrai que le MAK, dont le dirigeant clame à qui veut l’entendre que la Kabylie subit « un génocide » (ces simples mots suffisent à lui ôter tout crédit), cherche sans vergogne des soutiens à Rabat et à Tel Aviv. Mais de là à l’impliquer dans une catastrophe qui a mis en exergue les manquements de l’Etat algérien et son incapacité à prendre en compte les dangers engendrés par le réchauffement climatique, il y a un fossé que ne craint pas de franchir l’habituel discours à la fois complotiste et dilatoire. Il est fort possible que parmi les incendies qui ont embrasé le pays, certains soient d’origine criminelle mais cette thèse de la triple main criminelle (Mak, Maroc, Israël) laisse plus que dubitatif…

Quoi qu’il en soit, cette malheureuse crise bilatérale nécessite un appel, un retour ( ?), à la raison. Cette raison dont s’est toujours prévalue la diplomatie algérienne. Dans un environnement parfois chaotique, cette institution a le plus souvent gardé le cap de la retenue et du sang-froid. D’un autre côté, illustration de ce fameux « non-Maghreb » dont on ne cesse de déplorer les effets délétères, on réalise que l’Algérie et le Maroc ont été incapables de mettre en place ce que l’on qualifie de « facteurs d’irréversibilité », autrement dit des projets ou des organisations communes capables d’atténuer les conséquences de tensions bilatérales et renforçant la construction maghrébine. Un peu comme deux voisins qui mettraient en commun leur alimentation en eau potable ou dont les maisons s’appuieraient sur le même mur porteur. On pensait que le gazoduc Maghreb – Europe – qui transite par le territoire marocain et dont l’avenir est désormais suspendu en était un. Il en aurait fallu bien plus. 

De même, on se rend compte que les bonnes volontés dédiées à apaiser les tensions ne se bousculent guère au portillon. Il fut un temps où l’une des préoccupations des monarchies du Golfe était de convaincre Alger et Rabat de se parler. Exception faite du Qatar, cela ne semble plus être le cas aujourd’hui. Quant à la France, toujours encline à soutenir Rabat, elle ne semble pas réaliser qu’une détérioration plus marquée des relations algéro-marocaines aura une incidence directe sur la quiétude de l’Hexagone. 

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mardi 24 août 2021

La chronique du blédard : Haro sur le Zmigri !

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 3 juin 2021

Akram Belkaïd


Il y a quelques jours, le spectacle de nos compatriotes agglutinés devant l’agence d’Air Algérie, avenue de l’Opéra à Paris, m’a brutalement renvoyé dans le passé. Aussi loin que remontent mes souvenirs, cela s’est toujours passé ainsi ou presque. Dès les premiers beaux jours, sous le regard incrédule ou amusé des passants et des touristes asiatiques, la « chaîne » se formait et, avec elle, ses scènes respectives de colères collectives, de pertes de sang-froid, de malaises voire de bagarres (l’une d’elles, mémorable, avait opposé des clients et des vigiles antillais et provoqué l’intervention brutale des CRS à la fin des années 1990). Ailleurs, notamment devant les agences pour réserver un passage en bateau, c’était aussi le même spectacle affligeant d’une communauté avilie et transformée en bétail. 

Nous ne sommes plus dans les années 1980 et 1990. Il y a internet et ce qu’il est censé offrir comme gains de temps. Mais en ces temps de Covid-19, après plus d’une année de verrouillage des frontières, des milliers d’Algériens résidant en France veulent absolument rentrer au pays. Sur le net, les réservations sont difficiles à valider et la rumeur se charge du reste. Ce « serait » plus facile en agence. Là-bas, si on est patient, on peut s’arranger et trouver chaussure à son pied.

Je ne m’attarderai pas sur les conditions iniques imposées aux candidats au retour. Elles ont changé en moins de deux jours et cela pourrait encore évoluer. Mais le message intrinsèque qui est envoyé à la communauté est toujours le même : vous devez en chier, vous devez souffrir. Rien, en Algérie, ne s’obtient facilement, il n’y a donc aucune raison pour que vous ne soyez pas confrontés à la même difficulté. Il est des pays qui ouvrent grand leurs bras à leur diaspora, ne serait-ce que pour des raisons économiques. Il en est d’autres, l’Algérie est en tête, qui prennent un malin plaisir à la rudoyer voire à l’humilier. Et cela ne date pas d’hier. 

En observant les personnes installées dans la file d’attente – leur nombre a été tel que ces regroupements sont désormais interdits, les réservations ne se faisant que via internet – j’ai vu donc de la colère mais aussi de l’abattement et de la résignation. Comme si tout cela était normal. Un acte d’une simplicité absolue, rentrer chez soi pour les vacances d’été, devient ainsi une épreuve où l’on se doit de se vider de soi, de consumer ses forces. « Ils aiment ça. Ils sont incapables de faire les démarches normalement » m’avait dit un jour un très haut responsable avec un immense mépris dans le ton. Pour lui, les premiers responsables sont les Algériennes et les Algériens, incapables d’autodiscipline, toujours enclins à créer le bazar là où il ne devrait pas exister.

Personne n’aime être rudoyé. Personne n’aime la difficulté quand les choses pourraient être plus simples et plus fluides. Mais il y a des décennies de conditionnement, d’application de mesures bureaucratiques tatillonnes, de soupçons à l’égard de celui qui vient de l’extérieur. Il y a aussi cette volonté d’en imposer à l’autre, de toujours le dompter, de lui signifier qu’il y a ceux qui commandent et imposent et ceux qui obéissent et baissent l’échine. Ainsi, les droits dont nous sommes tous censés bénéficier deviennent des exceptions, des prodigalités accordées de manière aléatoire ou intéressée, c’est selon. Donc non, « ils » n’aiment pas ça. Mais « ils » ont, nous avons, été conditionnés à ce rapport de force.

On me dira que c’est la faute à la pandémie de Covid-19 et qu’il est normal que les autorités soient vigilantes pour ne pas favoriser la diffusion du virus. Comme presque toujours avec ce système, des arguments rationnels sont destinés à conforter l’arbitraire. Tous les pays du monde ont pris des mesures prophylactiques mais seule l’Algérie a fermé ses frontières à ses ressortissants vivants, ou étant présents, à l’étranger. Dans le même temps, des privilégiés ont continué de faire l’aller-retour avec l’Europe, notamment la France. Des travailleurs étrangers employés dans des chantiers sont entrés en Algérie alors que certains venaient de zones où l’épidémie flambait. Une logique à géométrie variable…

Nombre d’Algériennes et d’Algériens vivant au pays ont trouvé ça « normal ». Ces mesures restrictives n’ont guère choqué ni indigné. Chose rare, cette fermeté discriminatoire est peut-être même l’un des uniques points de convergence entre gouvernants et gouvernés. Haro sur les zmigri ! Celles et ceux qui, via les réseaux sociaux, se sont plaint de ne pouvoir rentrer au pays peuvent en témoigner. Peu d’empathie, peu de soutien et même des propos moralisateurs et insultants. « Vous êtes à l’étranger, c’est votre choix, ne venez pas vous plaindre », « c’est de votre faute [les émigrés] si le virus est entré en Algérie », etc.

Dans une série de Tweet datant de mercredi 2 juin, ma consœur Leïla Beratto dresse un constat pertinent : « J'ai lu, écouté, regardé, un certain nombre de commentaires liés aux premières arrivées d'hier, et au processus d'ouverture partielle des frontières algériennes. J'en conclus que peu de personnes comprennent ce par quoi les gens bloqués sont passés/passent. » Et d’ajouter : « Les auteurs de commentaires semblent ne pas mesurer ce qui se joue, non pas uniquement d'un point de vue économique, mais d'un point de vue émotionnel et psychologique. Et je ne peux m'empêcher de penser que c'est de notre faute [celle des journalistes et des médias, note du chroniqueur], de ne pas avoir su raconter. »

Cela est vrai. Mais la tâche est rude car la force de ces récits devra vaincre au moins deux conditionnements cités précédemment. Le premier est celui du « pour l’Algérien, rien ne s’obtient facilement de la part de ses autorités. Il faut qu’il en sue et qu’il peine ». Le second est lié à la combinaison de détestation, de mépris et d’envie à l’égard de la diaspora. Le « tu es parti, tu dois payer » semble avoir encore de beaux jours devant lui sauf si, bien sûr, on est un footballeur né en France (et encore, on en reparlera à la prochaine défaite de l’équipe d’Algérie…).

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jeudi 10 juin 2021

La chronique du blédard : Relire Edgar Morin en pensant à l’Algérie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris


Il y a plus de onze ans, le sociologue et philosophe Edgar Morin publiait un texte encourageant les êtres humains à changer d’urgence leurs « modes de vie et de pensée » (1). Dans un contexte de dégradation croissante de l’environnement et d’aggravation des effets du réchauffement climatique, le chantre de la « pensée tourbillonnante » appelait à réfléchir sur les modalités de la transformation nécessaire du « système Terre » pour éviter la catastrophe. Ce texte n’a pas perdu une once de pertinence et doit accompagner toute réflexion sur l’avenir de la planète.

Du réchauffement climatique, qui est pourtant un défi majeur pour l’agriculture algérienne, et de ses menaces – on pense notamment aux phénomènes météorologiques extrêmes (tornades, orages torrentiels, etc.) qui mettent en périls des millions d’habitants de la bande nord du pays, il n’en a guère été question durant la campagne électorale qui vient de s’achever. A l’inverse, on a respectivement vu des bonbons pleuvoir sur la tête d’une claque mobilisée pour un meeting, des candidates qualifiées « de fraises » par un chef de parti et des affiches où des visages féminins ont été gommés, preuve, s’il en fallait, d’une régression manifeste des mentalités. On a entendu aussi des insultes à l’égard de la Kabylie et des Kabyles, astuce habituelle quand il s’agit de jouer une partie de l’Algérie contre l’autre pour contrôler tout le monde. Voilà pour ce qui est du niveau…

Le texte d’Edgar Morin concerne le « système Terre » mais on peut décider de le lire avec un prisme algéro-algérien. Voici ce que dit le philosophe en préambule : « Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. » Depuis février 2019, date du début du Hirak, nous sommes nombreux à espérer une métamorphose. Certains rêvaient de révolution immédiate et de départ manu militari, si on ose l’écrire, du système. Mais l’acceptation de la démarche pacifique impliquait une transition négociée, voulue par les deux parties. Il faut être deux pour mener un changement. Celles et ceux qui, pour continuer à se singulariser, se complaisent aujourd’hui dans la posture des « contempteurs objectifs » du Hirak, en faisant porter aux manifestants et à leurs soutiens la responsabilité du blocage de la situation, semblent oublier que dès juin 2019, le discours officiel a été clair : pas de transition et encore moins de négociation. Ce qui avait été possible en 1988, où le régime avait entamé de lui-même des réformes avant même que les oppositions ne puissent s’organiser, ne l’a donc jamais été ces deux dernières années. 

On peut utiliser tous les éléments de langage que l’on veut, convoquer les meilleurs communicants possibles et bombarder l’opinion publique de messages triomphalistes, le réel, en ces temps de mondialisation de l’information, ne saurait être masqué. Absence totale de diversification de l’économie, prégnance du modèle gazo-pétrolier, fuite des capitaux, insécurité alimentaire, déshérence du système de santé : tous ces défis sont connus depuis au moins quatre décennies mais rien ne change de manière structurelle. « Le probable est la désintégration. L’improbable mais possible est la métamorphose. » poursuit Edgar Morin qui cite toutefois cinq raisons d’espérer.

La première, est « le surgissement de l’improbable ». Le Hirak de février 2019 en fut un. Cela n’a peut-être pas changé la donne mais cela a engendré une tectonique qui perdure. « Tout en fait a recommencé mais sans qu’on le sache, précise le philosophe. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, de la réforme de vie. Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n’en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. »

Il en est ainsi de tous ces groupes d’Algériens venus à la chose politique par le biais du Hirak. Certes, certains se contentent du clicktivisme mais d’autres s’organisent, réfléchissent, débattent, se retrouvent, s’entraident, malgré le rouleau-compresseur de la répression et l’attentisme des gagne-petit du statuquo. Il en est ainsi qui s’interrogent sur la durabilité du modèle alimentaire caractérisé par l’importance des importations et la prégnance des protéines animales tandis que d’autres distribuent des poulets avec leur affiche électorale collée dessus…

Des quatre autres raisons d’espérer citées par Edgar Morin – vertus génératrices/créatrices inhérentes à l’humanité ; vertus créatrices de la crise ; opportunités offertes par le péril et aspiration multimillénaire de l’humanité à l’harmonie, on ne rebondira que sur la dernière. En bientôt six décennies d’indépendance, les Algériennes et les Algériens aspirent à cette harmonie. Mais l’enjeu est plus important. Il s’agit de sauver le pays qui, faute de changement réel, chemine tranquillement vers une nouvelle catastrophe comme il le fit au début des années 1980 quand quelques milliards de dollars d’importations de biens de consommation donnèrent l’illusion de la réussite et d’un développement harmonieux.


(1) « Éloge de la métamorphose », Le Monde, 10 janvier 2010.


dimanche 11 avril 2021

La chronique du blédard : Qui est (un vrai) DZ ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 8 avril 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Voilà une (rare) bonne nouvelle. Le projet de loi prévoyant de déchoir des Algériens de la diaspora de leur nationalité pour, entre-autres, des actes « préjudiciables aux intérêts de l’État » a été retiré. Le spectre d’une instrumentalisation politique d’un tel texte contre celles et ceux qui s’opposent au pouvoir et qui le font savoir, notamment via les réseaux sociaux, s’éloigne et c’est tant mieux. La nationalité est une affaire trop sérieuse pour donner naissance à de tels risques de manipulation. On attend maintenant l’abrogation de la disposition, toujours en vigueur, qui interdit à des ressortissants binationaux d’occuper certains hauts postes dans l’administration.

 

Tout cela s’inscrit dans un contexte particulièrement négatif. Avec l’emballement provoqué par le Hirak et les divergences politiques que ce mouvement peut engendrer, on a vu s’amplifier les habituels procès en authenticité à l’encontre des Algériennes et Algériens résidants à l’étranger. Hors des frontières, ils seraient moins Algériens que d’autres, moins légitimes à s’exprimer à propos de la situation du pays, moins aptes à faire des propositions et interdits de formuler la moindre critique. Pour peu que les idées divergent, l’anathème est immédiat et l’excommunication fréquente. Vivre à l’étranger serait une condition suffisante pour ne pas avoir voix au chapitre. C’est l’argument favori des moucherons qui traquent les voix discordantes sur les réseaux sociaux. C’est aussi, plus finement avancé, celui des idiots utiles de l’islamophobie et du mépris anti-algérien qui sévissent dans les médias français et qui confortent sciemment l’intelligentsia hexagonale dans ses préventions et clichés à l’égard des peuples du Sud.

 

Il y a quelques années une polémique m’avait opposé au consul général d’Algérie à Paris. Pour avoir décrit, sans vraiment forcer le trait, les conditions d’accueil des citoyens dans un immeuble consulaire du dix-neuvième arrondissement, j’avais reçu une longue mise au point indignée et, bien entendu, excommunicatrice et pleine de sous-entendus. Aujourd’hui, je le reconnais, les choses ont beaucoup changé, et en mieux. L’informatisation, une meilleure gestion des rendez-vous, la sensibilisation manifeste du personnel consulaire, ont modifié la donne. Certes, il y a encore des progrès à faire mais le sentiment d’être systématiquement maltraité par les représentants administratifs de son pays a largement disparu. Hélas, la pandémie du Covid-19 a grippé la machine.

 

Ces derniers jours, un communiqué de l’Ambassade d’Algérie en France informait les « membres de la communauté nationale en France, que les vols de rapatriement assurés par la compagnie nationale Air Algérie demeurent toujours suspendus ». Autre information, celle selon laquelle « il a été également décidé de surseoir, jusqu’à nouvel ordre, à la délivrance d’autorisations d’accès au territoire national via les compagnies aériennes étrangères. » Autrement dit, pas d’Algérie pour les Algériennes et les Algériens vivant à l’étranger.

 

Cette chronique a déjà abordé le sujet mais j’avoue ne pas comprendre ce blocus inversé. Certes, la situation sanitaire est toujours préoccupante et de nombreux pays mettent en place des mesures d’endiguement de la maladie. Mais, boucler tout un peuple ! Être en cohérence avec les discours répétés sur le nationalisme, le patriotisme, l’exceptionnalisme algérien (si, si), obligerait à ne pas fermer la porte à celles et ceux qui n’ont pas vu le pays et les leurs depuis plus d’un an. Des quarantaines, des tests à l’arrivée, tout cela est pratiqué par d’autres. Pourquoi pas l’Algérie ?

 

Il est difficile de ne pas y voir une certaine forme de mépris officiel à l’égard de citoyens de seconde catégorie. Un mépris partagé d’ailleurs par nombre de compatriotes qui sont persuadés du bien-fondé de la mesure et pour qui les « zmigris » sont responsables de biens des maux, y compris le début de la pandémie à Blida. En gros, qu’ « ils » restent chez eux et tout ira bien.

 

On parle beaucoup des nationalités qui transcendent les frontières grâce à Internet. Grâce ou à cause de ses réseaux sociaux, il n’est plus possible d’être un Algérien à l’étranger comme c’était encore le cas il y a une vingtaine d’années. On peut vivre à Chicoutimi, Québec, tout en ayant un pied – virtuel – à Ténès. Mais les événements rappellent parfois que les séparations physiques existent toujours et que celles et ceux qui vivent à l’intérieur du pays auront toujours une prééminence sur les autres. Quels que soient les efforts et l’agitation que ces derniers déploient pour clamer leur attachement à l’Algérie.

 

La diffusion annoncée d’une émission de téléréalité réunissant des Algériennes à Dubaï a d’ailleurs été l’occasion d’une nouvelle flambée de procès en non-algérianité. La raison en est qu’il semble que les participantes enfermées entre quatre murs dans la cité bling-bling appartiennent, pour la plupart, à la communauté algérienne de France. « Vous n’êtes pas des DZ, pas des vraies Algériennes. Vous faites honte au pays » clamaient les messages vengeurs avant même la diffusion des premières images. Finalement, pour se voir attribuer le label « vrai DZ », il faut être discret, accommodant ou alors exemplaire, selon la perception générale, à l’image des nombreux binationaux qui jouent pour l’équipe nationale de football et qui, compétitions obligent, ont le droit d’aller et de venir entre les deux pays. 

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jeudi 1 avril 2021

La chronique du blédard : L’Histoire n’aime pas les questions sans réponses

Jeudi 1er avril 2021

Akram Belkaïd, Paris


Comment atteindre un objectif ?

La réponse est simple, il faut d’abord le définir. Dans le cas présent, la définition est simple : il s’agit d’effacer l’unanimité solidaire qui existait dans les rangs du Hirak il y a un an et qui perdurait encore il y a quelques mois. Quelle que soit l’orientation et les convictions politiques, la volonté majoritaire refusait un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Face à cette insulte faite au peuple, il fallait dépasser les clivages, taire les rancœurs et serrer les rangs face à un système qui était loin d’accepter d’abandonner la partie. On connaît la suite.

Aujourd’hui, la donne a changé. Un processus de normalisation imposée par le haut est en cours. Des élections législatives vont avoir lieu en juin prochain et certains sont dans les starting-blocks, persuadés que l’affaire en vaut la peine (pas sur le plan politique mais matériel, mais a-t-on besoin de le préciser ?). Le Hirak, lui, existe toujours. Il a repris possession de la rue chaque mardi et, surtout, chaque vendredi. Bouteflika étant parti, le Hirak répète ce qu’il revendique envers et contre tout depuis le printemps 2019 : un changement profond, politique et institutionnel ainsi qu’un État de droit. Des revendications qui ne cadrent pas avec la normalisation. Alors, il faut que le Hirak s’essouffle.

Comment faire pour qu’il s’essouffle ? Les pratiques habituelles de conditionnement des masses apportent des solutions qui ont fait leur preuve. Dans un premier temps, il faut créer un contexte. Si on ne peut le créer, il faut attendre qu’il se forme et, ensuite, l’exacerber. La virulence dans le ton et le comportement inacceptable de certains membres de la mouvance islamiste non-légale ou tolérée – on ne parle pas ici des islamistes de cabinets ministériels – a fourni l’élément déclencheur. Que l’on soit en Algérie ou ailleurs dans le monde arabo-musulman, on ne peut s’empêcher de relever que ces comportements outranciers, largement relayés par les réseaux sociaux, tombent toujours à pic quand il s’agit de créer le fameux contexte. Mais passons.

Créer un contexte, signifie appuyer là où ça fait mal. Cela veut dire entretenir les différends, les aiguiser. Verser du sel sur des plaies mal refermées. Il s’agit ensuite de laisser les événements décider. Pour avoir consacré un article à ladite mouvance islamiste et à sa place dans le Hirak mais aussi en diffusant les extraits de prise de parole de certaines personnalités de l’ex-Front islamique du salut (FIS) vivant à l’étranger, le journaliste El-Kadi Ihsène s’est pris un torrent de boue et d’attaques personnelles. On répètera toujours et encore que la critique à l’encontre d’un journaliste est normale et souhaitable. Mais les attaques contre la famille, les accusations de « traîtrise », d’inféodation à « l’ennemi sioniste » et autres joyeusetés charriées par les réseaux sociaux sont inacceptables. C’est ce qui s’est produit. Et c’est cela « le » contexte.

Quand un tel emballement se produit, toutes les attitudes sont discernables. Il y a l’expression de gens blessés, profondément traumatisés, qui ne peuvent pas accepter ce qu’ils ressentent comme une tentative de réhabilitation de l’ex-Front islamique du salut (FIS). Des gens qui ne peuvent pas oublier et qui, surtout, n’ont pas accepté qu’on les oblige à pardonner sans que justice soit faite. Mais il y a aussi les inévitables fauteurs de trouble, travaillant en commandite, bien décidés à miner le Hirak de l’intérieur, trop heureux d’entonner leur « on vous l’avait dit, ça ne peut pas tenir ». Il y a encore les opportunistes qui n’en ont jamais assez de se donner en spectacle, qui rejouent à l’envi leur moment warholien, mélangeant appropriation mémorielle, posture moralisatrice et hystérie, juste pour exister, pour y aller de son commentaire assassin à l’encontre d’un journaliste accusé de pactiser avec les assassins d’hier. Bref, des inutiles bien utiles.

Est-ce la réalité ou est-ce une dérive propre aux réseaux sociaux et au clicktivisme ? La réponse relève d’un mélange des deux. Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas revenus, du moins pas encore, à la situation de janvier 1992 où il fallait choisir son camp. Nous n’en sommes pas retournés aux débats âpres et aux tiraillements provoqués par les deux rencontres de l’opposition algérienne organisées à Rome par la communauté de Sant’Egidio en 1994 et en 1995. Mais il serait dangereux d’affirmer qu’on n’en est pas loin et que cela n’arrivera pas.

L’Histoire n’aime pas les questions non-résolues. Elles finissent toujours par revenir sur le devant de la scène de manière dramatique et il n’y a pas mille et une réponses. Dans le cas algérien, le problème est simple : les islamistes – et là encore, on ne parle pas des courants « domestiqués » par le pouvoir - ont-ils leur place dans une transition politique (pour peu qu’elle s’enclenche) ? Faut-il leur faire une place à la table des confrontations partisanes pacifiques, autrement dit les élections, ou faut-il les interdire (sachant qu’ils existent et qu’ils ont un poids électoral non négligeable) ? Peut-être, avons-nous cru naïvement que le Hirak à ses débuts avait relégué ces questions dans les abysses. Elles viennent de remonter brutalement à la surface.

Dans tout ce fracas, et au-delà du sort qui est réservé à El-Kadi Ihsène – dont je suis totalement solidaire – il y a donc un enseignement que les islamistes doivent tirer. Beaucoup, en Algérie, ne leur ont pas pardonné la décennie noire. Beaucoup n’ont pas tourné la page. Dans l’hypothèse d’une transition inclusive, fondée par exemple sur un pacte national, cela signifie que les Rachad et consorts devront convaincre cette Algérie qui s’oppose à eux que les choses ont (vraiment) changé. Cela signifie qu’il faudra des gestes forts pour sceller la réconciliation. Cela signifie donc qu’il faudra reparler du repentir et du pardon. D’une manière ou d’une autre. Et ce ne sera pas une mince affaire.

N.B : je joins ici, le premier commentaire d’un premier lecteur, aussi vigilant que fraternel. Commentaire que je partage totalement :

« Le problème est que l'article 46 de la loi sur la réconciliation empêche "l'autre" douleur de s'exprimer tout en permettant la dénonciation des islamistes. Sans justice transitionnelle - et c'est bien la raison qui fait que le régime ne veut pas de transition -, on sera toujours face à un récit incomplet et biaisé. Plus que les manifs, c'est la libération de toutes les paroles sur les années 90 que le régime craint et empêche par tous les moyens. »

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mercredi 31 mars 2021

La chronique du blédard : Faire revivre le socialisme ?

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Le Quotidien d’Oran, 18 mars 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Quelqu’un dans la salle peut-il nous dire quel est le modèle économique de l’Algérie ? Si je pose cette question, c’est à la suite d’un échange, très cordial, sur les réseaux sociaux à propos de l’égalitarisme et du socialisme. Il est évident que deux ou trois décennies de socialisme à l’algérienne ont dégoûté à jamais nombre de nos compatriotes du socialisme, vu désormais comme synonyme d’inefficacité économique, d’empêchement en matière d’initiatives individuelles et, in fine, de retard en matière de développement et de développement de la corruption. 

 

Durant les révoltes arabes de 2011, il était intéressant de noter que nombre de figures emblématiques de la contestation en Égypte étaient totalement rangées du côté du libéralisme. Pour ces activistes, dont le très célèbre Wael Ghonim, la démocratie et l’État de droit vont de pair avec l’ouverture du marché, la libre-entreprise, la libéralisation des échanges, etc. Dans le cas algérien, à l’heure où le Hirak témoigne d’une volonté de changement politique et institutionnel, il est malaisé de faire entendre une voix allant à l’encontre de ce consensus libéral. C’est un peu comme si dans la tête de chacun, la meilleure issue pour le pays serait l’avènement d’une économie de marché débarrassée des pesanteurs administratives et où plus rien ne s’opposerait à l’envie de faire du profit. Dans ces conditions, il peut paraître ringard de défendre les principes socialistes en rappelant que le libéralisme est pourtant, à ce jour, une grande machine à créer et à aggraver les inégalités et que la prospérité de certains « happy few » ne peut faire oublier la grande précarité d’une grande majorité.

 

Quelle que soit l’évolution politique de l’Algérie dans les prochaines années, des choix clairs devront être faits. La rente pétrolière se tarit peu à peu et il faudra bien trouver des solutions pour nourrir cinquante millions d’habitants voire plus. Dans tous les cas, la vie en autarcie sera impossible car on imagine un tel choix être accepté par une population jeune qui a envie de vivre dans son siècle. Il faudra alors définir de manière claire la stratégie économique à long terme. Ouverture totale ? Infitah ? Capitalisme assumé avec un retrait de l’État et un inévitable démantèlement des amortisseurs sociaux ? Ou alors réinvention du socialisme avec la volonté affirmée de défendre les intérêts de tous ? 

 

Bien entendu, des leçons doivent être tirées de l’expérience collectiviste des années 1960 et 1970. L’idée que l’Etat doive être le premier opérateur économique a certainement vécu. Il ne sert à rien d’entraver les ambitions individuelles en empêchant le développement du secteur privé. Il est des gens qui aiment entreprendre, créer des entreprises, les développer, cela relève de la nature humaine et ce fut peut-être la grande erreur de Houari Boumediene de croire que seule une action coercitive pouvait endiguer cela. Le résultat du verrouillage administratif de l’économie fut que certains Algériens développèrent des trésors d’inventivité pour tirer profit de cette situation, l’exemple des pénuries et du marché noir les accompagnant parlant de lui-même.

 

Pour ne plus avoir à dire « socialisme » et pour ne pas trop utiliser le terme « capitalisme » - lequel, de toutes les façons, n’existe pas en Algérie (on parlerait plutôt de « capitalisme de copains et de coquins ») – nombre de nos dirigeants usent de l’expression « économie sociale de marché ». En gros, ce serait « vive le marché » mais en s’arrangeant pour que la prospérité concerne la majorité avec des règles imposées par l’État qui veille au grain. Le concept est séduisant mais on se lasse vite de l’eau tiède. Née en Allemagne, cette vision des choses résiste de moins en moins bien à l’ubérisation du monde et à toutes les contraintes imposées par la mondialisation (délocalisations, primauté du financier sur l’économique, « amaigrissement » de l’État, etc.). De même, la récente affaire de l’éviction du PDG de Danone démontre bien que le concept de « capitalisme responsable » a encore beaucoup de chemin à faire pour s’imposer dans les esprits et les pratiques.

 

Le « capitalisme à la chinoise », quant à lui, fait l’objet de nombreuses études et réflexions. La situation est pour le moins atypique : un parti au pouvoir qui continue de se réclamer du communisme mais qui laisse se développer une puissante économie de marché avec l’émergence progressive de géants privés qui pèsent autant que les mastodontes d’État. S’il faut refuser la gestion policière et liberticide de la société par le parti communiste chinois (PCC), la manière dont Pékin gère l’économie tout en veillant à garantir des mécanismes de distribution mérite d’être analysée en Algérie. Il y a certainement des enseignements à en tirer.

 

Cela vaut aussi pour tout ce qui concerne les réflexions autour des Biens communs et de la non-marchandisation de certains secteurs vitaux ou stratégiques. Dans l’une de ses définitions premières, avant même que ne s’impose la vision marxiste, le socialisme tire sa substance d’une ambition d’améliorer le sort de la majorité de la population. A moins de croire aux chimères de la théorie du ruissellement (« si les riches sont plus riches, cela profite au reste de la société »), c’est ce point de départ qu’il faut privilégier dans la réflexion. L’approvisionnement du pays pendant le ramadan et le prix du kilogramme de pomme de terre sont certainement des éléments importants mais l’énonciation de ce que serait ou devrait-être le modèle économique algérien est plus urgente et mérite un débat national. Et il serait regrettable de confier, en toute opacité, cette réflexion à tel ou tel cabinet international, chantre de la mondialisation heureuse.

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jeudi 4 mars 2021

La chronique du blédard : L’urgence est là…

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 25 février 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Tic-tac, tic-tac, le temps passe, les défis restent et les questions fondamentales attendent leurs réponses… Mais, bonne nouvelle, le Hirak a repris le chemin de la rue. Certains doutaient de sa capacité à reprendre le fil des revendications. D’autres se sont, volontairement ou non, égarés dans les méandres du discours relativisant son impact, sa représentativité, sa nature sociale (vous savez, la fameuse ruralité…). La réponse s’est affichée le lundi 22 février. Mais personne ne conteste qu’il reste tant de choses en suspens.

 

Je ne vais pas vous infliger une énième laudation du Hirak. Ce qui m’importe c’est d’écrire noir sur blanc à quel point la situation dans son intégralité me semble préoccupante. L’Algérie a un besoin urgent de réformes, de décisions stratégiques et de chantiers à mettre en œuvre. Le grand problème c’est qu’il faut un minimum de cohésion nationale pour que ces défis soient relevés. Certains sont conjoncturels, d’autres structurels. Il est temps de les prendre à bras le corps. Et pour cela, il faut un minimum de confiance entre le peuple et ceux qui le dirigent. Ce qui n’est certainement pas le cas.

 

Pour les économistes et les banquiers que l’on croise à Paris ou Londres, le scénario est déjà écrit. Ils sont persuadés que l’Algérie n’aura pas d’autres recours que de s’endetter de nouveau. L’équation est simple : le pays dépense plus que ce qu’il ne gagne. Conclusion, il doit piocher dans son épargne qui fond comme neige au soleil. Dans ce genre de situation, il n’y a pas mille et une solutions. Soit on baisse ses dépenses avec un plan drastique d’économies soit en s’endette en espérant que le temps des vaches grasses va vite revenir. On peut aussi combiner les deux. Baisse des dépenses et endettement. On connait les conséquences sociales d’une telle recette.

 

On notera que je n’ai pas évoqué une autre possibilité : la hausse des recettes. Dans le cas de l’Algérie, c’est mission impossible ou presque. Il faudrait pour cela que le prix du baril augmente ou alors que l’on exporte plus de volumes de pétrole ou de gaz. Or, une petite musique commence à se faire entendre et il serait temps que les dirigeants algériens disent enfin la vérité au peuple : beaucoup d’experts considèrent que l’Algérie n’est plus un pays pétrolier. C’est toujours, et cela le restera encore un bon bout de temps, un pays gazier, mais le pétrole, khlass, ou presque. Les réservoirs se vident. Merci au pouvoir bouteflikien d’avoir fatigué, pour ne pas dire abimé, les grands gisements en pompant avec frénésie durant les deux dernières décennies. Et pour quels résultats…

 

On ne peut pas augmenter nos recettes car la diversification de l’économie est un échec. Quarante ans de slogans creux, de lois censées encourager l’initiative privée, tout cela s’est soldé par une stagnation des exportations hors-hydrocarbures. Bref, tout cela est connu mais l’urgence est là. La rente ne suffit plus. Et, au risque de me répéter, j’attends toujours que l’on m’explique pourquoi l’Algérie n’a pas été capable, en vingt ans, de créer un fonds souverain qui nous serait bien utile aujourd’hui…

 

Au risque de paraître totalement décalé, il n’est pas trop tard pour cela. On peut toujours construire sa cheminée en attendant d’avoir les buches. Cela ferait partie d’un plan de diversification qui ne porterait ses fruits qu’à moyen terme mais ce serait un bon début. Il y a quelques années, j’ai posé la question à l’un de nos responsables, désormais hors du coup : pourquoi l’Algérie n’a pas de fonds d’investissement. Sa réponse fut sans aucune équivoque : « qui va le contrôler ? ». La question, pour lui, n’était pas de savoir comment le mettre en place, quelle politique d’investissement lui faire suivre et quels actifs lui demander d’éviter. Non, c’était, comment le contrôler ? Comment l’empêcher de gagner en autonomie comme ce fut le cas, de manière éphémère, avec la Banque centrale.

 

Le Hirak est une manière, pour les Algériens, de dire qu’il est temps qu’ils soient « vraiment » associés à la prise de décisions les concernant. Bien sûr, un gouvernement est fait pour gouverner, un parlement, pour voter les lois, mais rien ne peut fonctionner sans légitimité. Sans adhésion réelle à un projet explicite de relèvement du pays. Exemple : dire aux Algériens, dans les temps actuels, que nous avons le meilleur système de santé en Afrique n’est pas sérieux. Mieux vaut reconnaître la gravité de la situation et réfléchir avec le maximum de gens compétents à améliorer cette situation.

 

Autre enjeu, ne pas perdre le contact avec la marche du monde et les grands enjeux internationaux. Je me trompe peut-être mais j’ai rarement entendu un dirigeant algérien aborder la question du réchauffement climatique ou de la situation écologique. On me dira, il y a d’autres problèmes plus urgents or, se préoccuper de ce sujet, ce n’est pas un caprice de pays riches et de sociétés développées. La dégradation des eaux et des sols, la détérioration de la qualité de l’air, l’usage intensif de pesticides – dont l’une des conséquences est l’explosion des cas de cancer en Algérie – tout cela mérite aussi réflexion, débats et prises de décisions. 

 

Le Hirak est une formidable occasion de libérer les actes mais aussi la parole. Il ne s’agit plus de cacher la réalité en prétendant être capable de tout gérer. Les solutions aux problèmes existent, du moins en partie, mais à la seule condition que cesse l’immobilisme et que les Algériens soient dans l’adhésion avec ceux qui les dirigent.

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dimanche 14 février 2021

La chronique du blédard : La torture, ce mal absolu

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Inédit, 14 février 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Il y a quelques semaines, les Algériens réagissaient avec vigueur à la publication du « Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » rédigé par l’historien Benjamin Stora à l’attention du président français Emmanuel Macron. Très critiqué, ce document a déclenché nombre de mises au point quant à ce que fut la réalité coloniale. Beaucoup ont évoqué la violence génocidaire de la conquête, d’autres ont rappelé ce qu’était le statut d’indigène cela sans oublier les drames subis par la population en 1945 ou durant la Guerre de libération (1954-1962). Aujourd’hui, l’Algérie demande officiellement que la France reconnaisse ses crimes coloniaux. On relèvera, au passage, que ce n’est pas une exigence d’excuse ou de « repentance » mais de « reconnaissance ».

 

Parmi ces crimes coloniaux, il en est un, majeur, qui a été beaucoup documenté. Il s’agit de la torture pratiquée par l’armée française durant la guerre d’indépendance. Depuis La Question d’Henri Alleg, ouvrage publié en 1958 et immédiatement interdit à l’époque, ce sujet s’impose de lui-même quand on évoque le passif mémoriel entre l’Algérie et la France. Rares sont ceux qui nient son existence même si l’on continue à entendre ici et là des justifications à une pratique qui aurait été rendue nécessaire par – je cite – « les crimes du FLN.. » Bref, le bla-bla habituel. 

 

En réalité, la torture est une immense tâche qui assombrit le passé français. Qu’il y ait reconnaissance ou pas, la réalité est la même. Souillure, il y a eu. Nous le savons tous. C’est une certitude partagée, fut-ce de manière implicite. Ce qu’on dit moins souvent, c’est que cette torture existait bien avant le 1er novembre 1954 et la naissance du FLN. Dans les commissariats de l’Algérie coloniale, on tabassait « l’indigène », on l’humiliait. On le cassait. C’était une pratique répandue et loin d’être exceptionnelle.  La torture procédait de l’ordre colonial. Elle en était à la fois le fondement, la protection et le prolongement.

 

Voilà pourquoi l’affaire Walid Nekkiche, cet étudiant algérien enfermé durant quatorze mois, et qui a témoigné des violences et tortures subies dans les locaux des services de sécurité à Ben Aknoun, est une immense défaite morale pour l’Algérie indépendante. Comment peut-on accepter qu’un jeune homme puisse subir des traitements dégradants alors que la Constitution – tant vantée par l’exécutif - proclame noir sur blanc l’« inviolabilité de la personne humaine » ? Hier, les Algériens étaient les victimes des cruautés que des pervers coloniaux leur infligeaient. Aujourd’hui, les pervers sont parmi nous car comment qualifier un homme qui torture et viole un prévenu ? 

 

Les hommes et les femmes qui dirigent l’Algérie détestent entendre qu’ils ne sont finalement que la continuation, sous une autre forme, de la domination coloniale. Qu’ils sont les piliers d’un système inique face aux « autres », au « reste », celles et ceux qui n’ont aucun droit. C’est pourtant la réalité. Il est arrivé à Walid Nekkiche, ce qui pouvait arriver à n’importe quel « musulman », « arabe » ou « indigène », qu’il soit ou non militant du PPA-MTLD. Il suffisait d’une suspicion, d’un geste de colère, d’un regard soutenu, pour être embarqué par les képis, disparaître plusieurs jours sans que personne ne sache où l’on se trouve et atterrir dans un trou pour y subir l’innommable. 

 

Dans la masse d’ouvrages sur l’histoire de l’Algérie, l’expression « ordre colonial » et « arbitraire » vont très souvent de pair. L’ordre colonial a disparu, du moins dans sa forme ancienne. L’arbitraire, lui, demeure. La torture a-t-elle jamais disparu ? Après 1962, elle a visé les opposants à Ahmed Ben Bella. Après 1965, elle a touché les opposants à Houari Boumediene. Durant les années 1970 et 1980, elle a concerné tout autant les opposants de gauche, les berbéristes et les islamistes. Après les émeutes d’octobre 1988 et l’usage, massif, de la torture contre la jeunesse, un collectif d’intellectuels, de juristes et de personnalité avait eu le courage de dénoncer cette pratique. Le Comité national contre la torture osa ainsi publier « Le carnet noir d’octobre » (toujours disponible en ligne). Bien sûr, cela n’avait pas fait vaciller le pouvoir, cela n’avait débouché sur aucune enquête sérieuse et sur aucune condamnation de tortionnaires pourtant connus de tous mais cela avait permis à la société de dire non tandis que les victimes eurent la possibilité de témoigner.

 

L’Algérie est signataire de la Convention internationale contre la torture qu’elle a aussi ratifiée. Cela veut dire que la torture ne devrait pas exister dans notre pays. Certes, elle est officiellement passible d’un minimum de dix ans de prison. Certes, le Parquet général d’Alger a ouvert une enquête préliminaire après les déclarations de Nekkiche mais il faut que les choses changent en profondeur. Que le respect du droit humain ne soit pas juste un propos vague et lénifiant. Dans l’Algérie nouvelle, les services de sécurité devront respecter la loi et les droits des citoyens : l’armée qui entend jouer un rôle pivot dans la stabilité du pays doit solennellement s’engager à interdire ces pratiques dégradantes. La justice, elle, doit les punir sans hésiter. 

 

Walid Nekkiche est un homme courageux parce qu’il a parlé et témoigné. Qu’il trouve ici l’expression de mon admiration et de ma reconnaissance. Dans un contexte où règne l’impunité des uns, la lâcheté des autres (le silence de certains intellectuels, journalistes et écrivains est assourdissant) il a osé dire les mots. Grâce soit aussi rendue à ses avocates et avocats. Ils sont aussi l’honneur du peuple algérien.  

 

jeudi 28 janvier 2021

La chronique du blédard : Objectif, juillet 2022 ou « Algérie-60 »

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 28 janvier 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

En mars 2012, mon ami et confrère K. Selim déplorait l’absence de projets culturels concrets pour commémorer le cinquantième anniversaire de l’indépendance (1). Dans son éditorial, il relevait que ce vide nous imposait de systématiquement réagir à ce que des Français – ou des Algériens vivant en France - pouvaient produire comme reportages, documentaires, films de fiction ou même ouvrages littéraires traitant de la période coloniale et plus particulièrement de la Guerre d’indépendance. Dix ans plus tard, rien n’a changé. Comme vient de le montrer la publication, en France, du rapport de l’historien Benjamin Stora (2), nous sommes toujours dans la réaction défensive et dans l’incapacité à imposer notre agenda, ce dernier étant tout simplement inexistant. Il se dit qu’un rapport algérien serait en préparation. On l’attend… On l’espère…

 

On dira que nous avons d’autres priorités et c’est exact. La situation du pays est, à bien des égards, très préoccupante. Qu’il s’agisse de la santé ou des finances, les craintes et les interrogations sont multiples. A cela s’ajoute la manière inique dont sont traités nombre de détenus d’opinion dont on ne dira jamais assez qu’ils ont besoin de soutien et de solidarité active, le silence à leur égard, fut-il « tactique », n’étant rien d’autre qu’une compromission non assumée.

 

Mais la question du passé demeure incontournable surtout quand son interprétation nous vient de France. Concernant les excuses que l’Algérie est en droit d’exiger de la France, non pas simplement pour ce qui s’est passé durant la Guerre d’indépendance mais d’abord et avant tout pour le simple fait colonial, les opinions sont nombreuses. Pour celles et ceux qui réfléchissent sérieusement à cette question – je ne parle pas ici des incontournables excités et donneurs de leçons qui ne sont bons qu’à délivrer des certificats de patriotisme ou à jeter l’anathème sur celles et ceux qu’ils ne peuvent souffrir -, les excuses sont parfois jugées nécessaires ou, à l’inverse, inutiles, l’Algérie étant indépendante et n’ayant pas à s’embarrasser avec ces histoires du passé.

 

Pour ma part, comme indiqué dès 2005 dans mon ouvrage Un regard calme sur l’Algérie, je suis favorable à ces excuses ou, si l’on préfère, à une « reconnaissance » de ce qu’exprimait Abdelaziz Bouteflika en juin 2000 lors de sa visite officielle à Paris : la reconnaissance, donc, de la « lourde dette morale, ineffaçable et imprescriptible » de la France à l’égard de l’Algérie. » Une reconnaissance, écrivais-je alors, « au nom de la morale et de la vérité historique. De la morale, parce qu’il n’était pas juste d’envahir par la force et de coloniser une terre déjà peuplée, avec ses propres traditions et religions. Il n’était pas juste de déstructurer sa population en se justifiant d’une prétendue supériorité civilisationnelle (…) De la vérité historique, parce que la colonisation a été tout, sauf une œuvre civilisatrice. La violence de la conquête coloniale, les milliers de têtes coupées lors de la ‘‘pacification’’, les tribus – hommes, femmes et enfants – enfumées dans des grottes jusqu’à la mort, les terres confisquées, les insurrections et les révoltes matées dans le sang – la dernière en date étant celle du printemps 1945 – démontrent que les Lumières n’ont rien à voir avec cette période tragique (…) »

 

Nous connaissons tous le bénéfice politique et propagandique que tirerait le pouvoir algérien d’excuses officielles françaises. Cela peut inciter à différer ces excuses, à attendre que le Hirak et la démocratie triomphent enfin. Mais ce n’est pas la question. Personne n’est vraiment en droit de dire s’il faut ou non les exiger. L’idéal serait que cela entre dans une réflexion plus globale concernant notre passé, que l’on sache ce que nous voulons vraiment, ce qui nous paraît le plus important : les archives ? des reconnaissances précises concernant tel ou tel événement ? La cartographie exacte des essais nucléaires ou des mines aux frontières ? Et c’est là où pointe le rendez-vous de 2022. Qu’allons-nous faire pour commémorer le soixantième anniversaire de l’indépendance ? Attendre les documentaires d’Arte ou les « reportages » de M6 pour se lancer à plumes et posts perdus dans l’une de ces chaqlalas dont nous avons le secret ? Ou produire du « made in Algeria », aussi modeste soit-il ?

 

Il ne faut pas trop compter sur l’Etat même s’il pourrait, lui aussi, commander un rapport à un ou plusieurs historiens algériens, ce qui serait une façon de faire entendre un autre discours. Certes, les conditions sanitaires sont très contraignantes mais pourquoi ne pas imaginer une mobilisation nationale des éditeurs, des créateurs, des artistes, des chercheurs et des historiens sous un label commun, « Algérie-60 » ou autre chose ? Je suis, par exemple, frappé par le nombre de personnes s’exprimant sur les réseaux sociaux au sujet de leur propre histoire familiale et de la manière dont l’engagement de l’un des leurs – souvent mort au maquis – a été nié après 1962. Comment faire pour relayer ces voix ? Pour leur donner plus d’échos ?

 

Et puis, il y a les questions qui fâchent. Nous portons en nous des silences assourdissants quant au passé. Des choses qui, certes, peuvent (enfin) s’écrire dans les journaux ou les livres mais qui ne seront jamais abordées à la télévision voire à la radio. Quatre exemples simples qui mériteraient débats, colloques, série d’articles : Qui était Messali Hadj ? Que représentait Ferhat Abbas ? Qui a tué Abbane Ramdane et pourquoi ? Quel fut le « vrai » rôle des Oulémas ?

 

Notre histoire est tragique mais elle est aussi passionnante. C’est à nous de l’explorer mais aussi d’en être les passeurs à destination de la jeunesse. Ayons en tête ceci pour bien comprendre l’enjeu : pour un jeune qui aura vingt ans en 2022, l’indépendance sera aussi éloignée de son quotidien que l’an 1900 ne l’était pour un jeune du même âge en 1962… Réfléchir et produire en prévision de juillet 2022, voilà une autre mobilisation urgente.

 

 

(1) « Benjamin Stora 2 ENTV 0 », Le Quotidien d’Oran, jeudi 15 mars 2012.

(2) « Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation, et la guerre d’Algérie ». Document rédigé à l’attention du président Emmanuel Macron.

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