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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 18 mai 2021

KARIM, NIKOLA, INDULGENCE ET DEVOIR D'EXEMPLARITÉ

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Le retour de Karim Benzema en équipe de France de football est une vraie surprise. Personne ne dira le contraire. Par contre, ce qui n’est pas surprenant, c’est la colère pour ne pas dire la haine que cela a provoqué chez celles et ceux qui ont toujours réclamé sa tête. Une détestation motivée, du moins officiellement, par son implication dans une obscure histoire de chantage à la sex-tape au détriment d’un autre joueur, Mathieu Valbuena. Pour mémoire, Benzema aurait joué le rôle d’intermédiaire entre la victime et les maîtres-chanteurs. Rappelons que la justice a été saisie et que l’affaire suit toujours son cours.

 

Soyons clairs, il ne s’agit pas de trouver la moindre excuse à Benzema au cas où la justice viendrait à le condamner. Et s’il vient à subir des sanctions sportives, cela ne sera pas scandaleux. Mais rappelons que, dès lors qu’il y a une accusation par la puissance publique, la notion de présomption d’innocence s’applique jusqu’au jugement définitif. Pourtant, sans jamais avoir été condamné par la justice, Benzema a été immédiatement suspendu de l’équipe de France durant près de six ans et voué aux gémonies par plusieurs personnalités politiques dont l’ineffable Manuel Valls. Ce dernier, alors qu’il était premier ministre, s’est personnellement impliqué dans cette affaire et l’on sait qu’il a exercé des pressions sur la Fédération française de football pour qu’elle écarte définitivement Benzema de l’effectif des Bleus. On pourra faire remarquer que c’est une très bonne chose qu’un responsable politique défende l’éthique et la justice.

 

Admettons et parlons maintenant d’une autre affaire. En 2017, la justice française a définitivement condamné « pour escroquerie » la star du handball Nikola Karabatic. Une peine de deux mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour avoir trempé dans une histoire de paris sur un match entre son équipe, le Montpellier Agglomération Handball et Cesson Rennes. Pour la faire simple, Karabatic, capitaine emblématique de l’équipe de France, a parié, ainsi que nombre de ses proches contre sa propre équipe... Rappelons que depuis l’explosion des paris en ligne, les sportifs sont tenus de ne jamais parier sur les compétitions de leurs disciplines. Ajoutons à cela qu’il est tout de même pour le moins choquant qu’un joueur parie sur… la défaite de sa propre équipe. Le genre de mise qui éveille les soupçons quant à un éventuel arrangement du score, autrement dit un autre délit. Bref, pour la justice française, Karabatic s’est rendu coupable d’une escroquerie au détriment de La Française des Jeux, organisme de paris, qui avait été alertée par le niveau inhabituel des sommes engagées sur ce match. « Un comportement de petit con » dira Daniel Constantini, ancien entraîneur de l’équipe de France de handball, à propos de Karabatic.

 

Une escroquerie donc… Mais durant toute cette affaire, Karabatic n’a jamais été suspendu ni exclu de l’équipe de France de handball. Personne au sein du personnel politique, et certainement pas Manuel Valls, n’a trouvé scandaleux que ce délinquant continue de jouer avec la sélection nationale . In fine, après sa condamnation définitive, la fédération de handball lui a infligé la punition terrible de… six matchs de suspension dont deux aménageables en travaux d’intérêt général. Six ans de mise à l’écart pour l’un, six matchs pour l’autre. Deux poids, deux mesures.

 

La tradition d’indulgence à l’égard de sportifs vedettes coupables d’incartades est bien connue. Dopage, bagarres, violences conjugales, les pouvoirs politiques agissent souvent pour atténuer les peines et réintégrer au plus vite les fautifs. On se souvient de feu le footballeur italien Paolo Rossi impliqué dans le scandale des paris clandestins et qui purgea une suspension de trois ans avant de faire son retour dans l’équipe d’Italie à la veille de la coupe du monde de 1982 dont il fut la vedette. Cette indulgence est universelle mais pour en bénéficier en France, il est préférable de se prénommer Nikola plutôt que Karim. Cette règle d’airain est un argument supplémentaire, mais en faut-il vraiment, pour que certains sachent que l’exigence du devoir d’exemplarité s’applique bien plus à eux qu’à d’autres. 

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jeudi 2 juin 2016

La chronique du blédard : Bleus sans Beurs

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 2 juin 2016
Akram Belkaïd, Paris

Dans quelques jours, va débuter le championnat d’Europe des nations, appelé souvent « euro de football ». Pour la France, pays organisateur, l’enjeu est de taille. Depuis seize ans, et sa victoire dans l’euro 2000 face à l’Italie, les « Bleus » n’ont plus rien gagné et leurs supporters vivent avec la nostalgie de cette fameuse passe de deux (Coupe du monde en 1998 et Euro en 2000). Pour l’heure, la « famille » du football hexagonal refuse d’accepter l’idée que la France n’est pas un grand pays de football. Une vérité que confirment pourtant les piètres performances de ses clubs dans les compétitions européennes. Qu’on en juge, à peine deux victoires (Marseille en 1993 pour la Ligue des Champions et Paris Saint-Germain en 1996 pour la Coupe des vainqueurs de coupe) en soixante ans !

Ces chiffres méritent d’être rappelés à nombre de confrères français qui ont tendance à commenter l’actualité footballistique comme si leur pays était la référence absolue. Pour eux, il ne devrait même pas s’agir d’être modeste mais simplement de faire preuve d’humilité et, plus important encore, de s’interroger sur les raisons des défaites systématiques de leurs équipes en Ligue des champions ou en Ligue Europa. Cela malgré les centaines de millions d’euros que déverse le Qatar au profit du Paris Saint-Germain (une générosité qui ne lui rapporte rien en terme d’image mais ceci est une autre histoire).

Ouvrons ici une parenthèse à l’adresse des wanetoutristes qui viennent de se délecter des lignes qui précèdent. Disons leur donc que le même constat vaut pour l’Algérie. On a beau dire, on a beau faire, notre pays est un nain footballistique sur le plan des résultats. Qu’ils soient internationaux ou même continentaux. Le bilan tient sur une ligne : une Coupe d’Afrique des Nations (à domicile en 1990). Certes, plusieurs de nos clubs ont remporté des trophées africains mais, pour reprendre un langage de technocrate, on dira que le football algérien est loin d’avoir réalisé son potentiel. Ses responsables peuvent bien jouer les matamores et tenter de faire croire qu’une qualification en Coupe du monde équivaut à une victoire finale, les chiffres sont implacables. Les Verts ne seront de vrais géants africains (commençons par cela) que lorsqu’ils auront remporté une Coupe d’Afrique des nations à l’extérieur de nos frontières. C’est d’ailleurs une règle générale qui s’applique aussi à la Coupe du monde. Un « vrai » champion du monde est celui qui gagne le trophée hors de chez lui. Fin de la parenthèse.

Revenons donc aux bleus. Une victoire à domicile de l’équipe à Deschamps permettrait de recréer une dynamique et de redonner quelques couleurs à un palmarès qui reste maigre malgré le « un, deux et trois zéro » de 1998. Mais l’affaire ne sera pas simple. Depuis la création de l’Euro en 1960, seuls trois pays organisateurs ont pu s’imposer chez eux : l’Espagne (1964), l’Italie (1968) et la France (1984) pour qui ce fut alors le premier titre international. Diminuée par plusieurs blessures, l’équipe de France doit aussi assumer les choix de son sélectionneur de ne pas avoir fait appel à deux joueurs d’origine maghrébine : Karim Benzema et Hatem Ben Arfa.

Ces deux absences ont déclenché nombre de polémiques. Eric Cantona, figure iconoclaste du foot français, a estimé qu’il s’agissait là d’un choix « raciste ». Même son, en moins abrupt, chez le comédien Jamel Debbouze qui nous avait habitué à plus de prudence et qui, du coup, doit subir les foudres de l’ineffable Malek Boutih, désormais préposé au rôle de franco-maghrébin réac. Enfin, et en attendant la suite de ce feuilleton, c’est Karim Benzema qui accuse le sélectionneur d’avoir cédé à une partie raciste de l’opinion publique. Avant d’aller plus loin, il convient de noter que, dès le départ, la sélection de Deschamps était exclusivement « Black-Blanc » et que si le franco-marocain Adil Rami a finalement été appelé, ce n’est qu’après la blessure de plusieurs joueurs (relevons d’ailleurs au passage que la présence de ce joueur n’a rien de rassurant pour la défense française…).

Alors, raciste Deschamps ? L’accusation ne tient pas la route. L’homme est à la fois un gagneur, un pragmatique et un créateur d’esprit de groupe. Ne pas sélectionner un joueur, aussi doué soit-il, pour ne pas mettre en péril l’équilibre interne de l’équipe, fait partie de ses habitudes. Cela peut expliquer pourquoi Ben Arfa n’est pas présent à l’euro. Par contre, l’affaire Benzema est plus emblématique de l’air du temps et le principal concerné l’a bien compris en pointant du doigt l’influence de l’opinion publique. Deschamps voulait absolument Benzema mais il a cédé. A qui ? D’abord, à la pression des politiques, le premier ministre, menton-toujours-haussé, Manuel Valls et quelques uns de ses ministres dont on ne cessera jamais de dire que leur exigence d’exemplarité (à propos de l’implication de Benzema dans la sordide affaire de « sex-tape » de Valbuena) est à géométrie variable (Platini, englué dans les scandales scabreux de la Fifa, garde encore toute leur « confiance »…).

Ensuite, il y a effectivement l’influence d’une partie de l’opinion publique qui se crispe dès lors qu’il s’agit de franco-maghrébins. Il ne faut pas nier cette réalité. Dans un contexte politique et social délétère, les amalgames sont nombreux et l’islamophobie, qu’elle soit assumée ou non, conditionne nombre de comportements. Les commentateurs beaufs et néoconservateurs, mais ô combien influents, notamment ceux qui sévissent sur RMC ou canalplus (vous savez, le fatso-falso), voulaient la tête de Benzema. Ils l’ont obtenue. Demain, en cas de victoire finale de la France, ils pourront clamer que la page de 1998 et 2000 est définitivement tournée, et que le sport hexagonal, et donc la France, peuvent très bien se passer des Beurs qui ne fileraient pas droit. D’une manière ou d’une autre, le foot dit toujours ce qui traverse une société…
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mercredi 20 mars 2013

Karim Benzema, dites-leur « merde ! » C’est un mot bien français

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Disons-le, les incivilités et autres actes d’enfants gâtés dont sont responsables les footballeurs français d’origine maghrébine (pour ne parler d’eux) ne cesseront jamais de m’énerver. J’y ai consacré plusieurs écrits et lectures dont celle de l’excellent ouvrage du sociologue Stéphane Beaud (Traîtres à la nation, en collaboration avec Philippe Guimard). Mais, il y a une limite à tout. Le lynchage médiatique dont fait actuellement l’objet Karim Benzema ne relève pas d’une indignation sincère dénuée d’arrière-pensées. Il ne veut pas chanter La Marseillaise ? Et alors ? C'était déjà le cas de Michel Platini ou de Fabien Barthez ! Ce serait un grave crime ? Où est-il écrit que c’est une obligation légale, juridique, morale ou même patriotique ? Et, pour celles et ceux qui font le lien avec le tristement célèbre match France-Algérie d’octobre 2001 au Stade de France (où La Marseillaise avait été sifflée), je rappelle qu’il y a une différence énorme entre siffler un hymne et ne pas le chanter. Et depuis quand juge-t-on de l’amour que l’on peut porter à un pays de la connaissance ou non des paroles de l’hymne national ? On peut très bien chanter La Marseillaise à chaque occasion et planquer son argent en Suisse…

Qu’on le veuille ou non, cette affaire relève d’un racisme qui dit de plus en plus son nom et qui ne craint plus de s’afficher. Ainsi, parce que l’on serait d’origine étrangère, et plus spécialement maghrébine, on n’aurait plus le droit de dire ce que l’on pense ? On n’aurait pas le droit de faire comme tant d’autres « vrais » français qui se fichent de La Marseillaise comme de leur premier bouton d’acné ? On en revient donc au « discours imposé » que les communautés porteuses d’altérités devraient servir pour être acceptées. Oui, missiou, ji chante La Marseillaise, moi ji souis un bon fronçais… Voilà les propos qui sont attendus et exigés.

Cher Karim Benzema, je ne vous connais pas et je n’apprécie guère certains de vos écarts (pas plus que, en tant que supporter viscéral du Barça, je n’admets votre appartenance au Real, mais ça c’est une autre histoire…). Je suis sûr que vous êtes suffisamment fort pour bien vous défendre mais, en tous les cas, vous avez dit ce que vous pensiez et je vous dis bravo pour cela. Tenez bon et ne faites pas machine arrière. A vos détracteurs, dites que vous êtes Français avec vos droits et vos devoirs. Oui, que vous êtes un citoyen français comme les autres et qu’il faut qu’ils s’y fassent ou qu’ils en appellent à un nouveau Pétain pour changer cela. Et s’ils persistent dans leurs hurlements hypocrites, renvoyez-leur le plus célèbre mot de la langue française depuis Cambronne à Waterloo. Dites-leur « merde ». Tout simplement.

Akram Belkaïd
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